Affichage des articles dont le libellé est Hanoucca. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Hanoucca. Afficher tous les articles

dimanche 19 janvier 2014

Un rabbin que Dieudonné devrait inviter à discuter

Les Juifs hollandais, souvent originaires de la péninsule ibérique, contrôlaient, nous dit-on dans l'article que je vous propose, 17 % du commerce dans la Caraïbe néerlandaise. 17 % c'est beaucoup pour une communauté qui devait représenter une infime fraction de la population des Pays bas à l'époque (la grande migration des Juifs ashkénazes n'avait pas encore eu lieu),
Et dans ce commerce, il y avait celui des esclaves dont l'écho persiste à ce jour aux Pays Bas dans une tradition vivace lors des fêtes de Noël où le Père Noël est flanqué d'un esclave, Pierre le Noir ("Zwarte Piet" en néerlandais). Cette tradition témoigne de la place qu'occupe l'esclavage dans la mémoire collective des Pays Bas, une mémoire partagée par les Juifs qui, s'ils s'abstiennent de mettre en scène le Père Noël (Saint Nicolas) ont intégré Pierre le Noir dans « Hanuklaas », probablement donc en lien avec la fête juive de Hanoucca.
Saint Nicolas et Pierre le Noir (Zwarte Piet)
Saint Nicolas et Pierre le Noir (Zwarte Piet)
La reconnaissance de ce rôle juif dans le commerce des esclaves est apparemment un sujet que le judaïsme hollandais officiel refuse d'aborder même si, d'un autre côté, on n'hésite pas à célébrer la splendeur de ceux qui firent leur fortune par cette activité.
Et ce n'est pas un hasard si le rabbin qui souhaite faire le point sur cette période de l'histoire des Juifs hollandais est aussi partisan d'un dialogue avec les Musulmans et s'oppose à leur diabolisation.
Il est vrai que reconnaître clairement le rôle majeur des marchands juifs dans le négoce des esclaves est de nature à contredire l'image d'une minorité confessionnelle éternelle victime sous toutes les latitudes.
Ce qui ne va pas pas dans le sens des besoins propagandistes du sionisme pour qui il est important de cultiver cette image de perpétuelle victime censée justifier le déploiement de force brute de s terroristes sionistes contre le peuple palestinien en Cisjordanie et à Gaza.

Manifestation de protestation contre la tradition de"Zwarte Piet"
  

Quel degré de culpabilité pour les Juifs hollandais dans le commerce des esclaves ?

par Cnaan Liphshiz et Iris Tzur, Jewish Telegraphic Agency 26 décembre 2013 10 traduit de l'anglais par Djazaïri
 LA HAYE, Pays-Bas (JTA) - Dans une rue passante près du Parlement néerlandais, trois musiciens blancs aux visages peints en noir régalent les passants avec des airs de fêtes qui évoquent le Père Noël néerlandais, Sinterklaas, et son esclave, Pierre le Noir.
Beaucoup de Hollandais de souche considèrent que se déguiser en Pierre le Noir au mois de décembre est une tradition vénérable, mais d'autres le considèrent comme un affront raciste aux victimes de l'esclavage. Avec la commémoration du 150e anniversaire de l'abolition de l'esclavage en Hollande cette année, la controverse sur Pierre le Noir a atteint de nouveaux sommets. Des centaines de personnes ont manifesté contre la coutume à Amsterdam le mois dernier, et plus de 2 millions ont signé une pétition en faveur de cette tradition.
De leur côté, les Juifs hollandais – dont certains célèbrent leur propre version de la coutume de Pierre le Noir, appelée «Hanukklaas » - sont généralement restés silencieux.
 Mais les choses ont changé en octobre, quand Lody van de Kamp, un rabbin orthodoxe à la personnalité peu commune a écrit une critique mordante à ce sujet dans Republiek Allochtonie, un site internet hollandais d'information et de d'opinion. « La représentation de Pierre l'esclave » remonte à une époque à laquelle nous, en tant que citoyens, ne répondions pas aux critères qui nous engagent aujourd'hui, » écrivait van de Kamp.

Le rabbin Lody van de Kamp
Plaider contre la tradition de Pierre le Noir participe de ce que van de Kamp appelle sa fonction sociale, une mission qui l'amène à rappeler aux Juifs hollandais que l'implication profonde de leurs ancêtres dans le commerce des esclaves. En avril, il doit publier un livre sur la complicité des Juifs hollandais dans le commerce des esclaves, une démarche qui, il l'espère, sensibilisera les Juifs à l'esclavage en général et à la question de Pierre le Noir en particulier.
« J'ai écrit le livre et je me suis lancé dans le débat sur Pierre le Noir à cause de ce que j'ai appris de mes prédécesseurs sur ce qu'être un rabbin veut dire  - à savoir s'exprimer sur des questions de société, pas seulement donner des directives sur la manière de cuisiner pendant le Sabbat, » a déclaré van de Kamp à la JTA.
« De l'argent était gagné par les communautés juives en Amérique du Sud, en partie par l'esclavage, et l'argent partait en Hollande chez les banquiers juifs, » dit-il. « Des non Juifs étaient aussi complices, mais nous aussi. Je me sens en partie complice. »
 Quoique il ne jouisse d'aucun poste officiel dans la communauté juive hollandaise, van de Kamp, 65 ans, est un des rabbins orthodoxes les plus connus aux Pays bas, une notoriété qu'il doit à plusieurs de ses livres sur la communauté juive hollandaise et à sa présence médiatique.
Son prochain livre, un roman historique intitulé « L'esclave juif » va sur les traces d'un marchand juif du XVIIème siècle et de son esclave noir qui enquêtent que plantations propriétés de Hollandais dans le nord du Brésil dans l'espoir de persuader les Juifs de ne plus investir dans le commerce des esclaves. En faisant des recherches pour son livre, van de Kamp a appris des choses qui l'ont choqué.
Dans une partie de ce qui était alors la Guyane hollandaise [Surinam aujourd'hui, NdT], 40 plantations appartenant à des Juifs accueillaient une population totalisant au moins 5 000 esclaves, dit-il. Connue sous le nom de Jodensavanne, ou Savane Juive, cette région avait une communauté juive de plusieurs centaines de personnes avant sa destruction lors d'un soulèvement d'esclaves en 1832. Presque tous [les Juifs] émigrèrent en Hollande en emportant avec eux leurs richesses accumulées.
Une partie de ces richesses a été exposée l'an dernier dans la cave de la synagogue portugaise d'Amsterdam dans le cadre d'une exposition dédiée à la richesse des immigrants qui avaient fondé la synagogue.Van de Kamp explique que c'est cette exposition qui a éveillé son intérêt pour le rôle des Juifs hollandais dans l'esclavage, un rôle important.
Dans l'île caribéenne de Curaçao, les Juifs hollandais ont été responsables de la revente d'au moins 15 000 esclaves acheminés par des marchands hollandais du commerce transatlantique, selon Seymour Drescher, un historien de l'université de Pittsburgh. A un moment donné, les Juifs contrôlaient 17 % du commerce caribéen dans les colonies hollandaises, précise Drescher.
Les Juifs étaient si influents dans ces colonies que les ventes aux enchères d'esclaves qui tombaient au moment de fêtes juives étaient souvent reportées, selon Marc Lee Raphael, professeur d'études judaïques à la faculté de William & Mary.
Aux Etats Unis, le rôle des Juifs dans le commerce des esclaves a été l'objet d'un débat scientifique pendant près d'une vingtaine d'années, stimulé en partie par les efforts pour réfuter les thèses de la Nation of Islam selon lesquelles les Juifs dominaient le commerce transatlantique es esclaves. Mais en Hollande, on discute rarement de la question de la complicité juive.
« C'est parce que nous, aux Pays Bas, n'avons fait que profiter de l'esclavage mais ne l'avons pas vu de nos propres yeux, » explique van de Kamp. « Mais l'expérience américaine est différente. »
La question de l'esclavage n'est pas la première incursion de van de Kamp dans un domaine controversé. Dans les milieux juifs, il a la réputation d'un anticonformiste avec un penchant pour l'expression de points de vue anti-establishment.
 Une image qui s'est renforcée l'an dernier quand il a pris position contre un compromis conclu entre la communauté juive et le gouvernement [néerlandais] sur l'abattage rituel [casher]. Conçu pour éviter une interdiction totale, l'accord mettait certaines restrictions à l'abattage rituel qui ne sont pas contraires à la loi juive selon les grands rabbins de Hollande. Van de Kamp a dénoncé cet accord en tant que entrave inacceptable à la liberté religieuse.
Plus récemment, il a mécontenté des militants hollandais en soutenant que la diabolisation des Musulmans contribuait à générer de l'antisémitisme. Il a aussi plaidé pour le dialogue avec les Musulmans ouvertement antisémites [c.à.d. probablement antisionistes, NdT] à un moment où les organisations juives appelaient à les poursuivre e justice.
Mais sa réputation de rabbin non-conformiste dans une communauté portée sur le consensus a auusi valu quelques partisans à van de Kamp.
« Il est dans sa propre organisation, » explique Bart Wallet, un historien de l'université d'Amsterdam spécialiste d'histoire juive. « Depuis sa position un peu en marge il est libre de critiquer et n'a pas à se conformer à quoi que ce soit, »

jeudi 2 décembre 2010

Hanoucca revisitée par David Shasha

Je vous avais déjà proposé un texte de David Shasha dans lequel ce dernier s'en prenait aux doctrines cabalistiques qu'il associait d'ailleurs au sionisme. David Shasha revient à la charge en traitant maintenant de Hanoucca, la fête juive dite des lumières.

Un texte instructif et à méditer


Notes sur Hanoucca: les Macchabées et les 'traditions inventées' par le sionisme

par David Shasha, Mondoweiss (USA)1er décembre 2010 traduit de l'anglais par Djazaïri

 
1. Le fête juive de Hanoucca, un mot hébreu signifiant "consacré", est une petite fête juive sans aucune source biblique.

2. Hanoucca est une fête historique qui commémore la victoire d'une famille sacerdotale appelée les Macchabées sur les Séleucide gréco-syriens en 165 av. JC. Ces Macchabées ne cherchaient pas seulement à vaincre les occupants grecs, mais aussi à défaire leurs alliés Juifs, ceux qu'on appelait les "Juifs hellénisants."

 3. Nos sources rabbiniques ne nous ont pas gardé d'informations historiques fiables. Mais les rabbins ont déterminé les exigences légales de la fête, la simple prescription d'allumer des bougies pendant huit nuits dans le Tractate Shabbat du Talmud babylonien. Cette discussion juridique, notre seule source juive "officielle" pour cette fête, est annexée à une discussion bien plus large sur le problème complexe de l'allumage de bougies pour le Sabbat.

4. Notre source historique pour cette fête est un apocryphe, Le Livre des macchabées 4.52 ff. qui nous parle de la reconsécration du Temple le 25 kislev, date traditionnelle pour Hanoucca.
5. Les rabbins qui ont canonisé les écrits hébraïques à Yavneh vers 100 après JC ont omis d'inclure Le Livre des Macchabées dans leur Bible. On peut spéculer de bien des manières sur cette exclusion du Livre des macchabées de la Bible massorétique.

6. Les rabbins considéraient la dynastie hasmonéenne comme usurpatrice de la fonction sacerdotale dans le Temple et dans le royaume. Les Hasmonéens étaient des prêtres issus du peuple et qui n'appartenaient pas au lignage Zadokite et ils avaient pris sur eux de diriger la rébellion contre Antiochos et les Syro-Grecs. Du point de vue rabbinique, tous les résultats positifs obtenus par la défaite des Séleucides étaient contraires à le lettre même de la loi juive concernant la succession sacerdotale telle qu'explicitée par les sources rabbiniques.

7. Nous pouvons maintenant examiner le lignage hasmonéen et son impact sur la culture juive dans le judaïsme pharisien et post-pharisien. En gros, les premiers Hasmonéens sont restés fidèles aux traditions légales juives sur le modèle rabbinique. Mais au fil des générations, les hasmonéens ont continué à accroître leurs pouvoirs et à oublier les traditions qui avaient animé la rébellion au début. Au nadir du pouvoir hasmonéen, l'usurpation du trône par l'usurpateur Iduméen Hérode; qui était en principe un membre du clan hasmonéen par son mariage dans la famille, marqua le couronnement de plusieurs décennies d'hellénisation des prêtres du Temple.

8. Il convient donc d'observer que les rabbins étaient tout sauf satisfaits des spécimens physiques de la dynastie hasmonéenne qui peuplaient l'enceinte du Temple à leur époque. Il semblerait donc logique que les rabbins aient cherché à expurger les traces historiques de la révolte des macchabées et les raisons pour la célébration de la fête de Hanoucca.

9. Mais les rabbins ne pouvaient pas supprimer une fête qui avait des racines populaires aussi bien dans les masses juives que dans l'élite sacerdotale. ILS ont alors élaboré le récit hagiographique d'une fiole d'huile qui avait été découverte dans les vestiges du temple et qui était la seule huile "pure" à utiliser pour allumer la Menora, le candélabre hébraïque: selon les rabbins, cette huile, en quantité suffisante pour un jour, avait duré les huit jours de la cérémonie de reconsécration. Il est curieux de noter que la menora du temple comportait sept branches tandis que la Menora de Hanoucca en a neuf.

10. Le récit de la fiole d'huile a été occulté à dessein des fondements historiques de la fête qui, en plus du Livre des macchabées, apparait au chapitre 7 du livre 12 des Antiquités Judaïques de Flavius Josèphe. Nos sources historiques ne nous disent rien de la fiole d'huile mais nous parlent longuement des macchabées et de leur guerre contre les Syriens.

11. Comme on le sait, les rabbins étaient divisés sur leurs propres aspirations et désirs concernant l'indépendance juive. Il y avait une faction emmenée par R. Akiba qui continuait à lutter pour l'indépendance juive tandis qu'une autre faction, emmenée par le rabbin Yohanan Ben Zakkai, voulait faire la paix avec les occupants et à développer une nouvelle expérience nationale juive basée sur l'étude et la pratique des traditions écrites et orales de la foi hébraïque. Selon ce modèle, les Juifs vivraient en paix avec les Romains en échange de la liberté religieuse et de l'autonomie communautaire.

12. La fête de Hanoucca, d'évidence une fête nationaliste, une fête qui était plus politique que spirituelle, fut mise au second plan du calendrier liturgique. Les rabbins s'intéressaient moins à l'indépendance politique qu'à la restauration de l'étude de la Torah par les Macchabées La Hanoucca rabbinique est une fête contemplative qui souligne la chaleur des liens familiaux et la liberté de culte obtenue pour les Juifs par la révolte des macchabées.

13. Avec la double émergence de nouvelles tendances à l'époque moderne, le nationalisme juif sous la forme du sionisme et l'attention accrue portée aux modèles de comportements des Gentils et à l'assimilation, la fête de Hanoucca, à la place assez mineure dans le calendrier juif comme nous l'avons dit, prend un rôle significatif nouveau.

14. Pour les sionistes, la révolution des macchabées était un modèle historique alternatif au récit standard des rabbins. Avec les macchabées; les sionistes ont trouvé un modèle historique valide sur lequel baser leur propre nationalisme judéen. Au lieu de maintenir les codes et les croyances des sages talmudistes, les sionistes ont re-constitué une "nation" juive sur des "traditions inventées" qui étaient profondément informées par le paradigme des Macchabées.

15. Dans le récit sioniste, les Macchabées hellénisants ont été scotomisés et les Macchabées nationalistes mis en valeur. L'évolution qui a conduit à Hérode puis à la destruction finale du Temple de Jérusalem en 70 après JC a été effacée, tout comme le modèle d'évolution de R. Yoahanan Ben Zakkai et l'émergence d'un nouveau judaïsme humaniste basé sur le rassemblement pendant cette période de sources de la tradition écrite et orale sous la forme des écritures massorétiques et de la Mishna, aboutissant à l'œuvre majeure du formalisme rabbinique, le Talmud de Babylone.

16. Le sionisme s'est perçu lui-même comme héritier de la révolution des Macchabées, et non des rabbins. Le quiétisme des rabbins a été éliminé au profit d'une nouvelle agressivité qui faisait peu de cas des implications culturelles et religieuses de cette réorientation de la vie juive. Le sionisme a été une tentative de restauration de la vie nationale juive au détriment des impératifs religieux élaborés dans la diaspora par les Sages Juifs.

17. Le degré croissant d'assimilation des Juifs dans la société gentille a fait de Hanoucca une fête qui vise à rivaliser avec Noël, une grande fête chrétienne qui est, avec le jour de l'an, au cœur même de la définition du christianisme. Au cours du siècle dernier, Noël a pris d'énormes proportions et a servi de moteur au consumérisme occidental.

18. Ainsi, les Juifs qui se sentaient mal à l'aise avec leur propre religion se sont tournés vers Hanoucca comme un vers une fête "jumelle" qui se tient à proximité de Noël.

19. Donc, en résumé, Hanoucca est une fête juive très mineure dont la signification a été obscurcie par la manière dont le judaïsme a utilisé le matériau historique source et par la manière dont les rabbins juifs ont cherché à imposer leur propre empreinte sur la définition de la fête. Les Juifs modernes ont reformulé cette fête et lui ont donné un nouveau sens qui n'a à la base aucun lien inhérent avec le sens historique ou avec le sens religieux (s) de la commémoration, transformant ainsi Hanoucca en une «grande» fête juive.



David Shasha est directeur du Center for Sephardic Heritage à Brooklyn, New York. Il a écrit des articles pour le Huffington Post et publie une letter électronique hebdomadaire, Sephardic Heritage Update.Pour vous abonner à la newsletter visitez: http://groups.google.com/group/Davidshasha,.