lundi 5 septembre 2011

L'inaction d'Alger devant l'intervention de l'OTAN en Libye: une erreur fatale?


J’ai pris connaissance de cet article hier soir, via le blog du «Moor next door». J’ai commencé à le traduire tout de suite mais je n’avais pas trop pu avancer compte tenu de l’heure tardive. Entre temps, des comptes rendus de ce papier sont sortis dans la presse francophone. Après un moment d’hésitation, j’ai quand même décidé d’en terminer la traduction parce qu’il importe d’avoir l’intégralité de ce genre de pièce de propagande (vous pouvez bien sûr sauter mon intro qui est un peu longue).
L’article détaille en effet un projet de transaction secrète qui aurait permis à la Chine de fournir au régime de Mouammar Kadhafi d’importantes quantités d’armes afin de l’emporter sur les « rebelles ». Cette transaction impliquait l’Algérie qui était en quelque sorte chargée de faire « l’avance » du matériel à l’armée libyenne en attendant d’être « remboursée » par la Chine via un rééquipement.
Ce morceau de propagande s’inscrit dans le droit fil des pseudo-informations autour de l’envoi de mercenaires Algériens pour combattre aux côtés des troupes du régime du colonel Kadhafi.
Aucune preuve n’a jamais été apportée de ces renforts en mercenaires. Ce qui est certain par contre, c’est que l’accueil par Alger de plusieurs membres de la famille de M. Kadhafi, dont l’épouse de ce dernier, n’a pas mis les pseudo-rebelles dans de meilleures dispositions vis-àvis du gouvernement algérien.
Cette accusation de tentative de transfert d’armes, qui d’ailleurs passe de tentative à  fait avéré au gré de l’imagination des cadres de la « rébellion » puisque les radars de Benghazi ont suivi des avions de transport militaire algériens qui livraient ce matériel militaire dans les bastions loyalistes.
Sûrement avec la complicité de l’OTAN qui, malgré la zone d’exclusion aérienne et son omniprésence dans le ciel libyen, a été incapable de détecter des avions comme le C 130 Hercules ou le Iliouchine Il-76 qui, s’ils ne sont pas géants comme le prétend l’article, sont cependant fort peu discrets.



Illyushin Il-76 de l'armée de l'air algérienne (l'aviation libyenne en possédait aussi)
Les « rebelles » Libyens ont au moins une qualité, un talent : l’OTAN leur donne le début d’une bonne histoire et ils vous racontent la suite comme s’ils y avaient été et ne mégotent pas sur les détails.
Parce que c’est l’OTAN qui a inventé cette histoire de fourniture d’armes avec ce procédé de prêt sur gage d’Alger au gouvernement libyen que seul un esprit capitaliste tordu aurait pu inventer. Et ce n’est pas un hasard si les trois pays visés par ces accusations sont ceux qui sont susceptibles de mettre des bâtons dans les roues des forces occidentales : la Chine dont la présence sur la scène africaine et mondiale s’affirme de manière inexorable, l’Afrique du Sud qui est en train de construire justement avec la Chine mais aussi la Turquie, la Russie , l’Inde et le Brésil une alliance d’intérêts qui s’opposera de plus en plus à l’axe du « bien » (en fait, l’axe du mal), et enfin l’Algérie qui fait encore mine de  garder son contrôle sur ses richesses en hydrocarbures et tient une place significative sur la scène régionale.
Une histoire à jeter à la poubelle ? Tout le contraire, puisque les « rebelles » prétendent avoir découvert les documents compromettants en partie dans un tas de détritus, et le reste éparpillé un peu plus loin du tas.
Cette inspiration directe par l’OTAN est la seule manière de comprendre comment des « rebelles » qui n’en ont pas encore fini avec leur ancien dirigeant, et sont incapables d’obtenir le moindre succès militaire sans un pilonnage intensif d’aviation étrangère (et devraient donc avoir un profil plutôt bas) se permettent d’aller jusqu’à menacer un pays voisin.
L’Algérie n’a pas aidé militairement la Libye et elle a sans doute eu tort et elle va le payer. Mais avant d’aider militairement le gouvernement libyen, l’Algérie aurait pu jouer un rôle diplomatique plus efficace, notamment auprès de ses pais africains, l’Afrique du Sud au premier chef pour dissuader cette dernière de voter la résolution 1973.
Certes Alger a sans doute craint des mesures de rétorsion de la part des puissances coalisées, arabes ou occidentales. En restant neutre, le gouvernement algérien a sans doute pensé pouvoir éviter des problèmes, ‘autant qu’il n’a eu de cesse de mettre en exergue la qualité de son partenariat pour la sécurité régionale avec les Etats Unis.
Ce n’est pourtant pas cela qui va éviter de gros ennuis à l’Algérie : Kadhafi coopérait assidument avec les services secrets britanniques et américains, il en a été bien récompensé come on l’a vu.
Parce que ce qui compte, ce n’est pas la quantité ou la qualité des informations qu’on échange avec les services secrets des Etats Unis ou de la Grande Bretagne.  Les pays anglo-saxons sont dans une stratégie de puissance à l’échelle planétaire, et ce qu’ils cherchent, c’est à contrôler l’accès aux ressources pétrolières qui sont la source de la puissance. C’est en effet le seul moyen qu’ont trouvé ces puissances qui tendent à décliner pour contenir la Chine ou tout autre acteur qui menacerait leur suprématie.
Cette stratégie qui s’est déployée en Asie est en train de se déployer aujourd’hui en Afrique et il y aura sans doute encore beaucoup de sang et de larmes.
L’Algérie pourra-t-elle échapper au piège qui lui est tendu ?
C’est fort peu probable. Il est clair que certains membres de la classe dirigeante algérienne ont compris qu’il fallait élargir encore plus la base du pouvoir, c’est-à-dire démocratiser plus le pays. Mais il n’y a pas unanimité sur ce point parce que partage du pouvoir signifie difficulté accrue de s’approprier la rente pétrolière et gazière.
Il y a cependant urgence pour une évolution ordonnée vers un Etat de droit parce que le temps joue contre l’Algérie où certains se voient déjà à la tête d’un Conseil National de Transition porté au pouvoir par les bombes de l’OTAN. Ce ne sont pas les leviers de la discorde qui manquent en Algérie et des services secrets étrangers n’auraient sans doute aucune difficulté à les actionner.
Et, comme on le sait, Bernard-Botul-Henri Lévy a aussi des amis à Alger.



Botul Botul et le futur président du CNT algérien

par Graeme Smith, The Globe & Mail (Canada) 3 septembre

La Chine a propose d’énormes quantités d’armes au colonel Mouammar Kadhafi pendant les derniers mois d’existence de son régime, selon des documents qui  décrivent des discussions secrètes sur des livraisons via l’Algérie et l’Afrique du Sud.
Les documents obtenus par le Globe & Mail montrent que les industries d’Etat d’armement chinoises étaient disposées fin juillet  à vendre des armes et des munitions pour une valeur d’au moins 200 millions de dollars  à Kadhafi assiégé, une violation des sanctions onusiennes.
.Les documents laissent entendre que Pékin et d’autres gouvernements ont pu jouer un double jeu pendant la guerre en Libye, affirmant être neutres mais aidant en sous-main le dictateur. Les documents ne confirment pas si une assistance militaire quelconque a été fournie, mais de hauts dirigeants du nouveau gouvernement de transition à Tripoli disent que ces documents renforcent leurs soupçons sur les récentes actions de la Chine, de l’Algérie et de l’Afrique du Sud. Ces pays pourraient souffrir d’un désavantage au moment où les nouveaux maîtres de la Libye répartiront le butin de leurs vastes ressources énergétiques et où ils choisiront des entreprises pour la reconstruction du pays.
Omar Hariri, chef du comité militaire du Conseil National de Transition a examiné les documents et a conclu qu’ils expliquaient la présence d’armes flambant neuves auxquelles ses hommes se sont affrontés sur le champ de bataille. Il a exprimé son indignation devant le fait que les Chinois négociaient une vente d’armes au moment où ses forces subissaient de lourdes pertes dans leur lente progression vers Tripoli.
“Je suis Presque certain que ces fusils sont arrivées et ont été utilisées contre notre peuple,” déclare M. Hariri.
Des officiels rebelles de haut niveau ont confirmé l’authenticité du memo de quatre pages, rédigé dans un style formel sur le papier avec l’aigle vert en en-tête utilisé par un département du gouvernement connu sous le nom d’Autorité de l’Approvisionnement, qui s’occupe de la passation des marchés. Le Globe & Mail a trouvé des papiers à en-tête identiques dans les bureaux de ce département à tripoli. Le memo a été découvert dans un tas d’immondices au bord d’un trottoir dans un quartier appelé Bab Akkarah où plusieurs des plus fidèles partisans du colonel Kadhafi avaient de somptueuses résidences.
Les documents relatent en détail un voyage de responsables des services de sécurité de Kadhafi, de Tripoli à Pékin. Arrivés le 16 juillet, ils avaient rencontré dans les jours suivants des cadres des trois entreprises étatiques de fabrication d’armes : China North Industries Corp. (Norinco);  la China National Precision Machinery Import & Export Corp. (CPMIC); et China XinXing Import & Export Corp.Les entreprises chinoises avaient proposé de vendre l’ensemble de leurs stocks, et avaient promos de fabriquer plus de matériel si nécessaire.
Leurs hôtes avaient remercié les Libyens pour leur discrétion, insistant sur le besoin de confidentialité, et avaient recommandé d’effectuer la livraison via des tierces parties.
 «Les entreprises avaient suggéré d’établir les contrats soit avec l’Algérie, soit avec l’Afrique du Sud parce que ces pays avaient déjà travaillé avec la Chine, » indique le mémo.
Les compagnies chinoises avaient aussi observe que de nombreux matériels demandés par la délégation libyenne étaient déjà présents dans les arsenaux de l’armée algérienne, et pouvaient être transportés immédiatement à travers la frontière ; les Chinois disaient pouvoir regarnir les stocks algériens par la suite. Le memo indiquait aussi que l’Algérie n’avait pas encore accepté un tel arrangement et avait proposé de nouvelles discussions dans les succursales des entreprises chinoises à Alger.
Des annexes agrafées au memo, et éparpillées non loin, montrent les machines de mort qui étaient en discussion : des lance-roquettes montés sur véhicules ; des missiles (fuel-aire explosive, aucune idée de ce que c’est, NdT). Et des missiles antichars entre autres. Peut-être plus sujet  à controverse, les Chinois avaient semble-t-il proposé aux hommes du colonel Kadhafi le QW-18, un missile sol-air assez petit pour être porté à l’épaule par un soldat – assez semblable au missile US Stinger et capable d’abattre quelques avions de combat.
Les porte parole officiels de Pékin, Alger et Pretoria ont  refusé de s’exprimer ou étaient injoignables vendredi. Des courriels envoyés aux deux fabricants d’armes chinois sont restés sans réponse.
Ces trois gouvernements ont été réticents à approuver les actions de l’OTAN en Libye, mais ont affirmé soutenir l’embargo sur l’armement. Avant de s’abstenir de voter la résolution 1973 qui autorisait « toutes les mesures nécessaires » pour protéger les civils, la Chine avait approuvé une décision antérieure, la résolution 1970 qui interdisait toute assistance militaire à Tripoli. A l’époque, le représentant Chinois à l’ONU avait déclaré que « l’effusion de sang et les victimes civiles faisaient partie des « circonstances spéciales » qui avaient poussé son pays à voter en faveur des sanctions. L’Afrique du Sud avait également approuvé les sanctions, affirmant qu’elles enverraient un message au régime libyen pour qu’il cesse son recours indiscriminé à la force.
Le ministre Algérien des affaires étrangères, Mourad Medelci, a fait une déclaration jeudi, dans laquelle il affirme que son pays a « résolument appliqué » les termes des résolutions de l’ONU, et se plaint des rumeurs très répandues du contraire.
“La vérité sur l’attitude de l’Algérie sera révélée,” a déclaré M. Medelci.
Une possible justification pour un quelconque pays pris à livrer des armes au colonel Kadhafi serait que l’OTAN, et d’autres commanditaires (sponsors) des rebelles Libyens, fournissaient des armes au camp opposé dans le conflit. Des camions remplis de fournitures militaires pour les rebelles ont franchi la frontière avec l’Egypte à l’est, et la France a confirmé avoir largué des armes – dont des missiles antichars Milan – pour les rebelles dans les montagnes sur le front occidental.
Ces livraisons pour les rebelles n’étaient cependant pas prohibées par la résolution 1970, car l’embargo référait spécifiquement à la « Jamahiriya Arabe Libyenne, » au gouvernement libyen.
“Concernant l’excuse ‘Oh, l’OTAN l’a fait aussi’, je ne pense pas qu’elle tienne,” explique Shashank Joshi, un chercheur associé au Royal United Services Institute, un think-tank sur les affaires de défense.
Les embargos sur les armes sont habituellement contrôlés par des panels d’experts désignés par l’ONU. George Lopez, professeur au Kroc Institute for International Peace Studies, qui a récemment collaboré à un tel panel, affirme que la preuve d’une infraction requiert habituellement des bons de fret ou d’autres documents qui montrent que des armes ont changé de mains.
Cependant, si quiconque conclut un accord qui enfreint les règles, on peut aussi le considérer comme une violation des sanctions.
“La volonté d’accepter l’accord est suffisante,” explique M. Lopez.
Compte tenu de la difficulté à punir les infractions à l’embargo de l’ONU, il semble probable que les conséquences les plus importantes pour les pays impliqués – la Chine et l’Algérie en particulier – seront en terme réputation ternie à Tripoli.
Maintenant que le colonel Kadhafi a perdu le pouvoir, les Chinois semblent craindre, avec quelque raison, de perdre leur part des champs pétroliers libyens.
« Le pétrole est à la base de la guerre, et le pétrole a été le principal intérêt derrière la guerre, » écrit le groupe de presse chinois Caixin dans un récent commentaire.
Un haut responsable de l’Arabian Gulf Oil Co à Benghazi a déclaré le mois dernier au Globe & Mail qu’il aurait des réticences à faire affaire avec des compagnies chinoises à l’avenir parce que leur gouvernement a pris position contre la rébellion.
Si une dispute diplomatique entre la Chine et la Libye pourrait avoir des conséquences économiques significatives, les tensions le long de la frontière algérienne pourraient s’avérer plus problématiques du point de vue sécuritaire. De nombreux Libyens ressentent de l’indignation du fait que l’épouse du colonel Kadhafi et trois de ses enfants aient fui vers l’Algérie la semaine dernière, et un officier rebelle a laissé entendre que ses hommes pourraient les poursuivre en territoire algérien.
Au début du soulèvement, les rebelles s’étaient servis des installations radar de l’aéroport de Benin après de Benghazi pour suivre des avions suspects circulant entre l’Algérie et les bastions loyalistes de Sabha et Surt. Ils ont enregistré des détails sut plusieurs vols d’avions géants C 130 Hercules et des Iliouchine Il-76, portant des matricules en usage dans l’armée algérienne.
“Nous savons maintenant ce que contenaient ces avions,” déclare Mohammed Sayah, un membre du Conseil National de Transition. « C’est pour ça qu’il a fallu si longtemps aux Lybiens pour se débarrasser du dictateur, parce que ils combattaient contre les mercenaires et la machinerie fournis par nos voisins. »
Les nouveaux dirigeants de Tripoli semblent extrêmement conscients cependant que la Libye a besoin de paix les voisins dans cette phase délicate de transition. S’étant emparés du contrôle de la capitale, les rebelles ne se sont pas encore assurés de certaines villes éloignées du désert qui restent dangereusement proches de la frontière algérienne. Alors même qu’il critique Alger pour son rôle dans la guerre, M. Hariri parle des «frères» Algériens. M. Sayeh souligne que le nouveau gouvernement doit forger de bonnes relations avec tous les pays, indépendamment de leur histoire.
“Nous allons commencer une ère nouvelle,” affirme M. Sayeh. « Nous leur pardonnerons, mais nous n’oublierons pas. »
Les combattants endurcis par la guerre semblent moins enclins à pardonner. Le régime autoritaire d’Alger se retrouve maintenant dangereusement proche de deux pays d’Afrique du Nord qui ont renversé leurs dictateurs, et pourraient devenir un havre pour les dissidents.
Salaheldin Badi, un ancien pilote qui commande une des brigades de Misrata qui a fondu sur Tripoli le mois dernier laisse entendre que ses hommes pourraient vouloir déverser leur ferveur révolutionnaire de l’autre côté de la frontière.
“L’Algérie a joué un rôle important, en aidant Kadhafi à obtenir ses armes chinoises, » déclare M. Badi. « C’est très bien, » ajoute-t-il avec un sourire malicieux, « parce que nous renverrons les armes pour les révolutions dans leurs pays. »

dimanche 4 septembre 2011

L'OTAN en Libye, ou quand les fripouilles parlent d'honneur (comme les mafieux, c'est vrai)


L’intervention militaire de l’OTAN en Libye, avec la participation de démocraties avancées comme la Jordanie, le Qatar ou les Emirats Arabes Unis, est l’exemple même d’une action humanitaire qui répond non seulement aux critères des droits de l’homme mais aussi de la morale.

Oui, Alain Juppé a parlé d'un «investissement sur l'avenir.» Mais en fait vous êtes trop prosaïque parce que je ne crois pas qu’il parlait de contrats pétroliers ni de contrats de »reconstruction » (oui, une spécialité de l’Occident est la reconstruction de ce qu’il a détruit). Il voulait parler du surcroît de richesse spirituelle et morale que le rôle de la France allait lui valoir et du nouveau rayonnement des valeurs universelles que porte la France.

C’est-y-pas beau ?

Un calcul électoral de la part de certains dirigeants politiques comme Cameron, Obama ou Sarkozy ainsi que le suggère le Daily Mirror ?
Une thèse étayée par les tous récents propos de François Fillon qui
a regretté dimanche au Campus UMP à Marseille la "relative indifférence qui a entouré le succès" de la diplomatie et de l'armée françaises en Libye.
"Ce qui est sûr, c'est que si Nicolas Sarkozy n'avait pas eu l'audace de sauver Benghazi, le carnage aurait eu lieu et l'honneur de la communauté internationale aurait été bafoué", a jugé le Premier ministre.
François Fillon parle d’honneur, on va croire qu’il sait ce que c’est ! S’il avait lu Hannah Arendt, François Fillon aurait compris que les victoires dans les guerres impérialistes suscitent rarement un élan populaire en faveur de ceux qui les commanditent.

Maintenant, voyons d’un peu plus près ce qu’il en est des principes chez ceux qui se sont coalisés contre le régime de Mouammar Kadhafi, en foulant aux pieds la lettre et l’esprit de la résolution 1973 de l’ONU.
Vos journaux parlent d’une opération réalisée par le gouvernement britannique afin de contourner l’embargo onusien sur la Libye qui interdisait aux « rebelles » de se procurer le carburant indispensable aux véhicules de combat et de transport. Ce contournement était en tant que tel une violation en toute connaissance de cause du droit international

Le Figaro et Le Monde vous parlent en détail de cette opération secrète.menée sous la houlette d’Alan Duncan, un ministre dont je vous avais parlé au sujet de la fermeté de ses principes. Seul le journal Le Monde apporte les précisions suivantes sur la compagnie Vitol :
Certes, les arrière-pensées de relations publiques n'étaient pas absentes après une série de scandales qui ont terni l'image de Vitol (en 2008, l'organisme américain de régulation des marchés à terme avait classé Vitol comme un spéculateur et non plus comme un intermédiaire commercial)
Ce journal qui s’inscrit lui aussi dans la démarche propagandiste au service des buts de guerre en Libye, en dit pourtant soit trop, soit pas assez..
Le Daily Mirror, nous en dit beaucoup plus, aussi bien sur la compagnie Vitol que sur le ministre Alan Duncan.

Après avoir lu l’article, je me suis dit que décidément Mouammar Kadhafi n’avait pas su s’y prendre avec les politiciens Occidentaux et qu’il avait omis de mettre à disposition quelques éphèbes locaux. Il est vrai que dans les monarchies, on sait beaucoup mieux faire sous cet aspect. Et soyez certain que des Alan Duncan, ce n'est pas ce qui manque dans les pays coalisés.

Par Ryan Parryn Daily Mirror (UK) 3 septembre 2011 traduit de l'anglais par Djazaïri




Alan Duncan, député et ministre conservateur Britannique


Sous le feu de la critique, le ministre conservateur Alan Duncan faisait face hier à des pressions croissantes au sujet de son rôle secret dans un accord pétrolier d’une valeur d’un milliard de dollars pour un vieil ami.

Le ministre du Département pour le Développement International a secrètement négocié un accord lucratif entre la société pétrolière Vitol et les rebelles.
On a su hier soir que M. Duncan avait auparavant fait partie du personnel de l’entreprise, empochant 1 750 £ par jour.
Ses liens étroits avec Vitol et son chef Ian Taylor sont apparus au microscope par rapport à un accord pour couper l’approvisionnement en carburant des troupes du colonel Kadhafi et assurer d’énormes profits à Vitol.

Nous avons aussi appris que M. Taylor, qui est un contributeur financier du parti conservateur, avait payé des dizaines de milliers de livres sterling au cabinet privé de M. Duncan.
Des questions plus graves ont été soulevées  sur le maintien des relations entre ce député âgé de 54 ans et le milieu interlope du négoce international de pétrole.
Avant d’entrer en politique, M. Duncan s’était fait beaucoup d’argent en décrochant des contrats pour acheter et vendre de grandes quantités « d’or noir », et en le transportant à travers le globe sur une flotte de bateaux pétroliers affrétés.
Pendant une vingtaine d’années, il a évolué dans des milieux qui étaient mêlés  à des contrats douteux avec des dictateurs, des criminels de guerre et des gouvernements corrompus. Le passé d’aventurier du pétrole du député soulève un énorme point d’interrogation sur son dernier projet et a suscité des appels à une enquête du gouvernement.

Sur fond «d’énorme conflit d’intérêt, » l’ancien ministre de la défense, Bob Ainsworth, a exigé hier qu’Alan Duncan divulgue tout les détails sur cette opération secrète
M. Ainsworth, un député travailliste, et membre de la commission des affaires étrangères, a déclaré qu’il était “essentiel” de tout savoir sur la cellule du pétrole libyen, une organisation mise en place par M. Duncan qui a en définitive profité à Vitol.
Il a affirmé: « Il importe que nous trouvions des voies adéquates pour enquêter à fond sur ce sujet. Il est inacceptable que ce genre de choses se passe à huis clos. »

Et hier soir, Douglas Alexander, ministre des affaires étrangères du cabinet fantôme, a déclaré : « Les ministres du gouvernement devraient consacrer leur temps à agir de manière impartiale pour l’intérêt national du Royaume Uni, pour aider le peuple libyen plutôt que de faire des déclarations grandiloquentes sur leur propre rôle et leur expertise. » De 1982 à 1988, M. Duncan, formé à Oxford, a travaillé pour Marc Rich, un négociant Américain de matières premières très controversé.
M. Rich avait été inculpé sur l’accusation de commerce illégal avec l’Iran et pour évasion fiscale, ce qui avait obligé l’Américain à vivre en Suisse parce que ce pays n’avait pas d’accord d’extradition avec les Etats Unis.
Il avait été finalement gracié pendant la dernière semaine du mandat de Bill Clinton.(grâce à l’intercession du délinquant Ehud Barak).

M. Duncan, alors qu’il travaillait pour M. Rich, avait été impliqué dans une opération complexe pour contourner les sanctions de l’ONU contre l’Afrique du Sud de l’apartheid, selon un journal en 2001.
Le ministre a rejeté ces allégations qu’il qualifie de “malveillantes et fausses », affirmant qu’un exemplaire des documents sur l’accord lui avait été adressé par erreur.
Il a créé le cabinet Harcourt Consultants après la fuite de M. Rich des Etats Unis.
Il gagnait environ 400 000£ par an – et se vantait de s’être fait 1 million de £ pendant la guerre du Golfe en vendant du pétrole au Pakistan, entre 1988 et 1992.

A la même époque, M. Duncan mettait le pied en politique, et était élu à la chambre des Communes en 1992.
Après plusieurs postes mineurs dans le gouvernement de John Major, il joua un rôle essentiel dans l’accès de William Hague à la direction du parti Conservateur en 1997.
M. Duncan devint ministre du commerce et de l’industrie dans le cabinet fantôme dirigé par David Cameron.
Mais il maintint des liens très étroits avec ses vieux amis de l’industrie pétrolière.
En 1993 encore, alors qu’il était dans la vie politique depuis un an, M. Duncan s’était trouvé mêlé à un contrat pétrolier de plusieurs millions de £ dont l’illégalité présumée avait entraîné une enquête criminelle.

En 2001, on avait appris que  le gouvernement pakistanais enquêtait sur une énorme cargaison de pétrole livrée en 1993, quand Vitol avait vendu 280 000 tonnes de pétrole « contaminé » à la société publique d’électricité de ce pays.
M. Duncan était un consultant rémunéré par Vitol à l’époque et il s’occupait principalement de ses opérations au Pakistan.
En 1994; le gouvernement pakistanais avait lance une enquête sur ce scandale. Elle sera abandonnée par la suite.
Rien ne permet de laisser entendre que M. Duncan ou Vitol aient agi de manière irrégulière ou illégale.

Son amitié avec Vitol, plus spécialement avec le patron de la compagnie, M. Taylor ; se poursuivra les 17 années suivantes.

M. Taylor a donné plus de 200 000£ au Parrti Conservateur, dont une bonne partie s’est retrouvée directement sur le bureau [parlementaire] de M. Duncan. M. Duncan a toujours soutenu ne pas être au courant que l’argent de son bureau venait de M. Taylor.
Le député n’était certes pas perturbé par les controverses régulières autour de Vitol.
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Entre avril 2008 et avril 2009, Duncan, alors ministre du cabinet fantôme, était payé 35 000£ par an pour 20 jours de travail – 1 750 £ par jour – au service d’Arawak Energy, une société de prospection pétrolière avec des intérêts en Russie, en Azerbaïdjan et au Kazakhstan.
La société, qui a des bureau à St James, à Londres, appartient en partie à Vitol.
M. Duncan était entré à Arawak comme administrateur non exécutif, seulement quelques semaines après que cette entreprise canado-britannique ait levé des capitaux par une introduction à la bourse de Londres.
A la même époque, M. Duncan gagnait également 45 000 £ par an avec le société technologique basée à Los Angeles Catalytic Solutions.

M. Duncan -qui avait dit une fois qu’il aurait été « super-riche » s’il avait continué à travailler dans le secteur pétrolier – a démissionné de ses deux fonctions en 2009 et son cabinet de consultant avait aussi cessé ses activités.
Une démarche effectuée après que David Cameron ait exigé un contrôle sur les intérêts extérieurs des ministres du cabinet fantôme. Mais la persistance des liens lucratifs de M. Duncan avec Vitol avaient causé plus de soucis, notamment  quand des contrats pétroliers douteux ont été évoqués par les media.
Des documents montraient qu’il avait signé un contrat avec la compagnie serbe Orion pour vendre du pétrole à l’ex Yougoslavie.

En 2007, Vitol avait plaidé coupable de “vol qualifié” devant un tribunal des Etats Unis et avait été condamnée à une amende de 17 millions de dollars pour avoir payé 13 millions de dollars de dessous de table au gouvernement de Saddam Hussein pour faciliter l’obtention de contrats pétroliers.

L’éloquent M. Duncan a l'oreille des magnats du pétrole super-riches, particulièrement ceux du Moyen Orient, depuis une vingtaine d’années.
Ce politicien, ouvertement homosexuel [gay] avait même proposé le mariage à son compagnon, James Dunseath, le jour de la Saint Valentin alors qu’ils séjournaient à Oman.

Ses liens avec cette riche nation pétrolière se sont tissés par son travail et il manqué rarement de passer le nouvel an là-bas en tant qu’invité du sultanat. Ces dix dernières années, il a passé plus de 100 jours à vivre dans le luxe à Oman. Les frais sont à la charge du gouvernement du sultan qui lui a offert cinq montres, trois paires de boutons de manchette, une cafetière traditionnelle omanaise et un encensoir.

Duncan a toujours rejeté l’idée selon laquelle il y a quelque chose d’anormal dans ses relations avec le régime omanais mais, une fois encore, elles soulèvent la question de savoir comment il peut rester impartial quand il négocie des contrats pétroliers pour le compte du gouvernement britannique.

Hier soir, le député travailliste John Speller a déclaré: “Il est curieux qu’il ait gardé des liens aussi forts avec ces compagnies qui ont eu régulièrement des démêlés avec la loi. Cela soulève de graves problèmes de jugement. »
Les Etats Unis doivent transférer 300 millions de dollars d’avoirs libyens bloqués au Vitol Group pour payer le carburant livré aux rebelles.

On rapporte que Vitol a acheté deux cargaisons de pétrole brut au Conseil National de Transition, l’organisation qui chapeaute les rebelles, tout en fournissant environ 20 chargements de pétrole raffiné.

Duncan a affirmé avec force qu’il n’y a pas eu de conflit d’intérêt dans son rôle avec la cellule du pétrole libyen et il a explique que ses liens avec l’industrie pétrolière sont connus et déclarés.

vendredi 2 septembre 2011

Libye: portrait d'un agent d'al Qaïda avant réhabilitation par la presse "libre"


La machine de propagande de l’OTAN continue à tourner à plein régime au sujet de ce qui s’est passé et continue à se passer en Libye. Quand je dis machine de propagande, je ne parle pas que de bureaux où des agents gouvernementaux fabriquent discrètement des « histoires» qu’ils fourguent à la presse. Vous pouvez en effet inclure aussi dans cette machinerie de propagande ces journalistes qui se présentent comme des portes drapeaux de la démocratie. A moins qu’ils soient extrêmement naïfs, ce dont on peut douter vu l’expérience de certains.
J’écoutais tout à l’heure d’une oreille distraite Alain Duhamel sur Canal +. Un modèle de probité journalistique en effet… J’espère qu’il donne des cours à ceux qui veulent apprendre le métier.  Le « Téléphone sonne » mercredi dernier sur France Inter était encore plus à gerber, d’autant que les journalistes de cette station ont entrepris de participer à l’entreprise de réhabilitation des militants de ce qu’on appelle Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), puisque ces derniers sont désormais des partenaires des démocraties éclairées au même titre que les démocraties avancées du Qatar, de Bahreïn ou d’Arabie Saoudite.

L’histoire semble bégayer avec cette réédition de pratiques coloniales qu’on croyait révolues. Elle bégaie d’autant plus que cette alliance entre les fondamentalistes wahhabites et les puissances occidentales fait furieusement penser au rapport qu’entretenait la secte dite des Assassins avec les Croisés :
Il prêchera désormais la haine contre les représentants de l’islam officiel et verra, ainsi que ses successeurs, d’un bon œil l’arrivée des hordes de Croisés en Orient. Sa prochaine cible fut la Syrie, où il put recruter beaucoup de chiites intégristes et fonder toute une série de villages fortifiés. Massyaf devint l’Alamut de la Syrie et abrita Rachîdaddîn Sinân, un des plus célèbres Vieux de la secte.
L’incompatibilité entre ces extrémistes wahhabites et l’Occident « éclairé » n’est donc que purement théorique et rhétorique et n’empêche nullement qu’une alliance se noue en pratique.

Pepe Escobar nous brosse le portrait d’Abdelhakim Belhadj, un des chefs militaires de la « rébellion » libyenne. A garder en mémoire à chaque fois que vous lirez ou entendrez ici ou là des journalistes « très propres sur eux » vous le présenter comme quelqu’un de fréquentable voire modéré. Il est vrai que pour nos journalistes, l’Arabie Saoudite est un pays «modéré.»

Par Pepe Escobar, Asia Times (Hong Kong) 30 août 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

Son nom est Abdelhakim Belhadj. Certains au Moyen Orient, mais très peu en Occident et dans le reste du monde, ont dû en entendre parler

Il est temps de se rattraper. Parce que l’histoire de la manière dont un agent d’al Qaïda est devenu un haut responsable militaire dans une Libye encore déchirée par la guerre est du genre à faire voler en éclats – une fois de plus – ce kaléidoscope qu’est la » guerre contre le terrorisme », ainsi qu’à gravement fragiliser la propagande soigneusement élaborée pour l’intervention « humanitaire » de l’OTAN en Libye.

Mardi dernier, déjà, Belhadj jubilait devant la manière dont la bataille avait été gagnée, avec les forces de Kadhafi fuyant “comme des rats” (notez que la même métaphore est utilisée par Kadhafi lui-même pour désigner les rebelles).
La forteresse de Mouammar Kadhafi à Bab el Azizia a été investie et prise la semaine dernière par les hommes de Belhadj – qui étaient à la tête d’une milice de berbères des montagnes au sud-ouest de Tripoli. La milice est la soi disant brigade de Tripoli, entraînée en secret depuis deux mois par les forces spéciales US. Elle s’est avérée la milice rebelle la plus efficace de ces six mois de guerre civile/tribale.

Abdelhakim Belhadj, alias Abou Abdallah al-Sadek; est un djihadiste Libyen. Né en mai 1966, il a fait ses armes avec les moudjahidine dans le djihad contre les Soviétiques en Afghanistan dans les années 1980. Il est le fondateur Groupe Islamique de Combat Libyen (GICL) et son émir de facto – avec Khaled Cherif et Sami Saadi comme adjoints. Après la prise de pouvoir à Kaboul par les talibans en 1996, le GICL a conservé deux camps d’entraînement en Afghanistan ; un d’entre eux, à 30 kilomètres de Kaboul – dirigé par Abou Yahia – était strictement réservé à des djihadistes liés à al Qaïda.
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Après le 11 septembre, Belhadj est allé au Pakistan et aussi en Irak où il s’est lié d’amitié avec nul autre que l’ultra-méchant Abou Moussab al-Zarkaoui – tout ça avant qu’al Qaïda en Irak fasse allégeance à Oussama ben Laden et Aymen al-Zawahiri et adopte avec enthousiasme ses méthodes macabres.

En Irak, les Libyens se sont trouvés être le plus important contingent de djihadistes étrangers, ne le cédant qu’aux Saoudiens. En outre, les djihadistes Libyens ont toujours été des vedettes du sommet de la hiérarchie de l’al Qaïda historique – d’Abou Faraj al-Libi (chef militaire jusqu’à son arrestation en 2005, et qui reste un des détenus de premier plan dans le centre de détention US de Guantanamo) à Abou al-Laith al-Libi (un autre chef militaire tué au Pakistan début 2008).

L’époque du transfert extraordinaire

Le GICL était dans le collimateur de la CIA depuis le 11 septembre. En 2003, Belhadj  sera finalement arrêté en Malaisie – et puis transféré, dans le style des transferts extraordinaires, vers une prison secrète à Bangkok, et torturé en bonne et due forme.
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En 2004, les Américains décidèrent d’en faire cadeau aux services secrets libyens – jusqu’à sa libération par le régime de Kadhafi en mars 2010 en compagnie de 21 autres “terroristes”, dans une opération de relations publiques claironnée avec grande fanfare.
Le chef d’orchestre n’était pas moins que Saif el-Islam Kadhafi – le visage moderniste du régime formé à la London School of Economics. Les chefs du GICL – Belhadj et ses adjoints Cherif et Saadi – publièrent 447 pages de confessions baptisées « études correctives » dans lesquelles ils déclaraient que le djihad contre Kadhafi était terminé (et illégal) avant d’être finalement mis en liberté.
Un compte rendu fascinant de l’ensemble du processus peut être lu dans un rapport intitulé « Combattre le terrorisme en Libye par le dialogue et la réinsertion. » Notons que les auteurs, des «spécialistes » du terrorisme établis à Singapour qui avaient été des hôtes de choix du régime, expriment leur plus «profonde gratitude » pour Seif el-Islam et la fondation Kadhafi internationale pour le développement qui ont rendu le visite possible.
Un fait très important, toujours en 2007,  le numéro 2 d’al Qaïda à l’époque, Zawahiri, avait annoncé officiellement la fusion du GICL et d’al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Donc, à partir de là, pour tous les aspects opérationnels, le GICL et AQMI n’ont été qu’une seule et même entité – et Belhadj en était l’émir.
En 2007, le GICL appelait au djihad contre Kadhafi mais aussi contre les Etats Unis et tous les « infidèles » occidentaux.
Bien après, en février dernier et en tant qu’homme libre, Belhadj a décidé de retourner au djihad et de joindre ses forces avec la rébellion orchestrée en Cyrénaïque.
Tous les services de renseignements des Etats Unis, d’Europe et du monde arabe savent d’où il vient. ll a déjà fait savoir en Libye que sa milice et lui-même n’auraient de cesse que la sharia soit appliquée.

Il n’y a rien de “pro-démocratie” là dedans – même avec un gros effort d’imagination. Et pourtant, un tel atout ne pouvait pas être tenu à l’écart de la guerre de l’OTAN simplement parce qu’il n’est pas très friand des «infidèles.»
L’assassinat en juillet dernier du chef militaire rebelle, le général Abdel Fatah Younes – par les rebelles eux-mêmes – semble être le fait de Belhadj ou du moins, de personnes très proches de lui. Il est très important de savoir que Younes, avant de faire défection du régime – avait été responsable des forces spéciales qui combattaient avec acharnement le GICL en Cyrénaïque entre 1990 et 1995.
Le Conseil National de Transition (CNT), selon un de ses membres, Ali Tarhouni, a laissé entendre que Younes avait été tué par une mystérieuse brigade connue sous le nom d’Obaida ibn Jarrah (un des compagnons du prophète Mohamed). Pourtant, cette brigade semble maintenant avoir disparu dans la nature.


Ce ne peut être que difficilement un hasard si tous les hauts responsables militaires rebelles sont du GICL, depuis Belhadj à Tripoli à un certain Ismaël Ali Salabi et un Abdelhakim al-Assadi à Derna, sans même parler d’un personnage important, Ali Salabi qui est au cœur du CNT. C’est Salabi qui avait négocié avec Seif al-Islam Kadhafi la « fin » du djihad du GICL, assurant ainsi un brillant avenir à ces « combattants de la liberté » born-again.

Pas besoin d’une boule de cristal pour décrire les conséquences de la prise du pouvoir militaire par le GICL/AQMI -  et de sa présence parmi les « vainqueurs » - qui ne sont pas disposés du tout à céder la place simplement pour satisfaire aux caprices de l’OTAN.

Pendant ce temps, au milieu des brumes de la guerre, on ne sait pas bien si Kadhafi envisage de piéger la brigade de Tripoli dans des combats urbains, ou de forcer la plus grande partie des milices rebelles à pénétrer dans l’immense territoire des tribus Warfallah.
L’épouse de Kadhafi appartient aux Warfallah, la plus grande tribu libyenne, avec plus d’un million de personnes et 54 fractions. Ce qui se dit à mot couvert à Bruxelles est que l’OTAN s’attend à voir Kadhafi combattre pendant des mois sinon des années ; avec la mise à prix de sa tête dans le plus pur style du Texan George W. Bush et le retour désespéré au plan A de l’OTAN qui avait toujours été de l’éliminer, la Libye risque de se trouver devant l’hydre d’une guérilla bicéphale en Libye : les forces de Kadhafi contre un gouvernement central du CNT faible et des soldats de l’OTAN sur le terrain ; et la nébuleuse GICL/AQMI dans un djihad contre l’OTAN (si elle est écartée du pouvoir).

Kadhafi peut bien être une relique dictatoriale du passé, mais ce n’est pas pour rien que vous monopolisez le pouvoir pendant quatre décennies sans, et sans que vos services secrets apprennent une ou deux choses intéressantes. Kadhafi a dit que c’était une opération soutenue par l’étranger et al Qaïda ; il avait raison (même s’il a oublié de dire que c’était pas dessus tout une guerre néo-napoléonienne du président Français Nicolas Sarkozy, mais c’est une autre histoire).
Il avait dit aussi que c’était le prélude à une occupation étrangère dont l’objectif est de privatiser et prendre le contrôle des ressources naturelles libyennes. Il se pourrait bien – encore – qu’il s’avère être dans le vrai.

Les “experts” de Singapour  qui avaient loué la décision du régime de Kadhafi de libérer les djihadistes du GICL l’avaient qualifiée de “stratégie nécessaire pour réduire la menace pour la Libye. »
Aujourd’hui, le GICL/AQMI est finalement en passé concrétiser son rôle en tant que « force politique indigène. »

Dix ans après le 11 septembre, il est difficile de ne pas se figurer le crâne d’une certaine personne tout au fond de la mer d’Arabie se fendre d’un rire qui résonnera longtemps.