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mercredi 17 février 2016

Syrie: Jeffrey Sachs balance tout (ou presque)

L'article que je vous propose est signé Jeffrey Sachs. Jeffrey Sachs n'est pas exactement n'importe qui: c'est un universitaire de renom qui dirige un institut à la Columbia University (New York) et est consultant auprès du Secrétaire Général des Nations Unies.

Eh bien dans cet article Jeffrey Sachs balance tout sur la Syrie. Dans le meilleur esprit complotiste, il pointe le rôle des services secrets américains dès le début de la crise en Syrie et il souligne l'obstination de la diplomatie américaine, de Hillary Clinton en particulier, à empêcher tout règlement politique qui ne passerait pas par le préalable d'une reddition du président Bachar al-Assad quitte à aggraver et à prolonger l'effusion de sang.

Jeffrey Sachs

Il est , je pense, une des premières signatures dans la presse grand public américaine à relever le rôle de l'entité sioniste dans la situation en Syrie et le partenariat entre cette même entité et deux puissances régionales qu'il qualifie de "sunnites", la Turquie et l'Arabie Saoudite.


par Jeffrey Sachs, The Huffington Post (USA) 14 février 2016 traduit de l'anglais par Djazaïri

Pendant le débat de Milwaukee [avec Bernie Sanders] , Hillary Clinton s'est flattée de son rôle dans une récente résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU pour un cessez-le-feu en Syrie:
Mais je voudrais ajouter ceci. Vous le savez, le Conseil de Sécurité a finalement adopté une résolution. Au coeur de cette résolution se trouve un accord que j'avais négocié en juin 2012 à Genève qui prônait un cessez-le-feu et la marche vers une solution politique en essayant d'amener les parties prenantes en Syrie  à se parler.

C'est là le genre de déclarations compulsivement trompeuses qui rendent Clinton inapte à la fonction présidentielle. Le rôle de Mme Clinton en Syrie a été de contribuer à provoquer et à prolonger le bain de sang en Syrie, pas d'y mettre un terme.

En 2012, Mme Clinton était l'obstacle, pas la solution, à un cessez-e-feu qui était négocié par l'envoyé spécial de l'ONU Kofi Annan. C'est l'intransigeance des Etats Unis - l'intrnsigeance de Mme Clinton - qui avait abouti à l'échec des démarches pour la paix de M. Annan au printemps 2012, un fait bien connu des diplomates. En dépit de l'insinuation de Mme Clinton pendant le débat de Milwaukee, il n'y eut (évidemment) pas de cessez-le-feu en 2012, mais seulement une escalade dans le carnage. Mme Clinton porte une lourde responsabilité pour le carnage qui a causé la mort de 250 000 Syriens et en a déplacé plus de dix millions.

Comme tout observateur averti l'a bien compris, la guerre en Syrie n'avait pas tellement rapport avec Bachar al-Assad, ni même avec la Syrie. C'est surtout une guerre par procuration avec l'Iran.Et le bain de sang n'en est que plus tragique et malheureux pour cette raison.

L'Arabie Saoudite et la Turquie, les principales puissances sunnites au Moyen Orient perçoivent l'Iran, la grande puissance chiite, comme un concurrent en termes d'influence et de pouvoir dans la région. La droite israélienne voit l'Iran comme un ennemi implacable qui contrôle le Hezbollah, une organisation militante chiite qui opère au Liban, un Etat limitrophe d'Israël. C'est pourquoi la Turquie l' Arabie Saoudite et Israël ont tous  réclamé l'élimination de l'influende iranienne en Syrie.

Cette idée est d'une naïveté incroyable. L'Iran est présent en tant que puissance régionale depuis longtemps - en fait depuis près de 2700 ans. Et l'Islam chiite ne va pas disparaître comme par enchantement. Il n' y  a auun moyen, et aucune raison, de "vaincre" l'Iran. Lespuissances régionales doivent forger un équilibre géopolitique qui reconnaît les tôles mutuels et d'équiliration des pays arabes du Golfe d el'Iran et de la Turquie. Et la droite israélienne est naïve et profondment ignorante de l'histoire pour regarder l'Iran comme son ennemi implacable, particulièrement quand cette façon de voir erronée pousse Israël à se ranger du côté des djihadistes sunnites.

Pourtant Mme Clinton n'a pas suivi cette voie. Elle a au contraire rejoint l'Arabie Saoudite la Turquie et le droite israélienne pour essayer d'isoler et même de vaincre l'Iran. En 2010, elle avait encouragé des négociations secrètes entre Israël et la Syrie pour essayer de soustraire la Syrie à l'influence de l'Iran. Ces discussions avaient échoué. Alors la CIA et Mme Clinton avaient poussé avec succès en faveur d'un Plan B: renverser Assad. 

Quand les troubles du Printemps Arabe ont éclaté début 2011, la CIA et le font anti-iranien constitué par la Turquie, l'Arabie Saoudite et Israël y virent une opportunité pour renverser rapidement Assad et de s'assurer ainsi une victoire géopolitique. Mme Clinton se fit la principale promotrice de l'entreprise menée par la CIA pour un changemet de régime en Syrie.

Début 2011 la Turquie et l'Arabie Saoudite mirent à profit des protestations locales contre Assad pour essayer de fomenter les conditions de son éviction. Vers le printemps 2011, la CIA et les alliés des États Unis organisaient une insurrection armée contre le régime. Le 18 août 2011, le gouvernement des États Unis rendait publique sa position:"Assad doit partir."

Depuis, et jusqu'au récent et fragile accord de cessez-le-feu au Conseil de Sécurité de l'ONU, les États Unis ont refusé d'accepter tout cessez-le-feu tant qu'Assad n'était pas écarté du pouvoir. La politique américaine - sous Clinton et jusqu'à récemment - a été celle du changement de régime d'abord et du cessez-le-feu ensuite. Après tout, ce ne sont que des Syriens qui meurent. Les efforts de paix d'Annan avaient été sabotés par l'exigence inflexible des États Unis pour qu'un changement de régime contrôlé par les USA précède ou au moins accompagne un cessez-le-feu. Comme l'avait observé en août 202 la rédaction de The Nation [hebdomadaire progressiste américain]::

L'exigence par les États Unis d'un départ d'Assad et de l'imposition de sanctions avant même que débutent des négociations sérieuses, tout comme le refus d'inclure l'Iran dans le processus condamnaient la mission [d'Annan].

Clinton n'a pas été un acteur mineur dans la crise syrienne. Son représentant diplomatique à Benghazi, Chris Stevens, avait été assassiné alors qu'il s'occupait d'une opération de la CIA pour expédier des armes lourdes libyennes en Syrie. Clinton elle-même a été à la pointe de l'organisation des soi-disant "Amis de la Syrie" pour soutenir l'insurrection dirigée par la CIA.

La politique américaine a été un échec massif et terrible. Assad n'est pas parti, et il n'a pas été vaincu. la Russie est venue l'aider, l'Iran est venu l'aider. Les mercenaires envoyés pour le renverser étaient eux-mêmes des djihadistes extrémistes avec leurs propres agendas? Le chaos a ouvert la voie à l'Etat Islamique, bâti avec des officiers de l'armée irakienne mécontents (exclus de l'armée par les États Unis en 2003) des armes américaines et avec le soutien considérable de fonds saoudiens. Si la vérité devait être entièrement connue, les nombreux scandales associé rivaliseraient certainement avec le Watergate dans leurs ébranlement des fondations de la classe dirigeante des États Unis.

L'arrogance des États Unis dans cette approche semble ne connaître aucune limite. Le procédé du changement de régime fomenté par la CIA est si profondément inscrit comme un instrument "normal" de la politique étrangère américaine qu'elle est à peine remarquée par l'opinion publique ou les médias aux États Unis. Renverser le gouvernement d'un autre pays est contraire à la charte de l'ONU et au droit international. Mais a-t-on besoin de telles subtilités entre amis?

L'instrument [la déposition d'Assad] de la politique étrangère des États Unis n'a pas été seulement en violation flagrante du droit international mais a aussi été un échec massif et répété. Au lieu d'un coup d'état rapide et décisif pour résoudre un problème de politique étrangère, chaque changement de régime ourdi par la CIA a été, presque inévitablement, le prélude à un bain de sang. Comment pouvait-il en être autrement? Les autres sociétés n'aiment pas que leur pays soit manipulé par des opérations secrètes des États Unis.

Écarter un dirigeant, même quand l'opération est un "succès" ne résout aucun des problèmes géopolitiques sous-jacents, et encore moins les problèmes de nature écologique, sociale ou économique. Un coup d'état invite à la guerre civile, du genre de celles qui secouent aujourd'hui l'Afghanistan, l'Irak, la Libye et la Syrie. Il invite une réaction internationale hostile, comme celle de la Russie en appui à son allié syrien pour faire face aux opérations dirigées par la CIA. Nous en sommes au point où la somme des malheurs causés par es opérations secrètes de la CIA peut littéralement remplir des volumes. Sera-t-on dès lors surpris de voir Mme Clinton reconnaître en Henry Kissinger un mentor et un guide?

Et où en sont les médias de l'establishment  dans cette débâcle? Le New York Times a fini par parler d'une partie de cette histoire le mois dernier en présentant la connexion entre la CIA et l'Arabie Saoudite, dans laquelle l'argent saoudien sert à payer les opérations de la CIA afin de contourner le Congrès et le peuple américain. Après cette première publication, il n'y a pas eu de suite. Pourtant le financement saoudien d'opérations de la CIA est fondamentalement le même procédé que celui utilisé par Ronald Reagan et Peter North dans le scandale Iran-Contra des années 1980 (avec des ventes d'armes à l'Iran utilisées pour financer des opérations secrètes de la CIA en Amérique Centrale sans le consentement ou la supervision du peuple américain).

Mme Clinton elle-même n'a jamais montré la moindre réserve ou le moindre scrupule à mettre en oeuvre cet instrument de la politique étrangère américaine. A son actif en matière de soutien enthousiaste à des changements de régime sous l'impulsion des Etats Unis, on inclura (liste non exhaustive) le bombardement de Belgrade en 1999 l'invasion de l'Afghanistan en 2001 la guerre contre l'Irak en 2003, le coup de force au Honduras en 2009, l'assassinat du Libyen Mouammar Kadhafi en 2011 et l'insurrection contre Assad coordonnée par la CIA de 2011 à ce jour.

Libye octobre 2011 -Pour  une Hillary Clinton  radieuse, c'est comme si Mouammar Kadhafi était déjà mort

Il faut un grand leadership présidentiel pour résister aux malheureuses aventures de la CIA. Les présidents finissent par s'entendre avec les entreprises du secteur de la défense, les généraux et les cadres de la CIA. Ils se protègent ainsi des attaques venues de la droite extrémiste dure. Ils réussissent en exaltant la puissance militaire des États Unis, pas en la contenant. Beaucoup d'historiens pensent que JFK [John Fitzgerald Kennedy] a été assassiné suite à ses ouvertures de paix en direction de l'Union Soviétique des ouvertures qu'il avait faites contre les objections d'une opposition de droite tenante d'une ligne dure au sein de la CIA et d'autres secteurs de l'appareil d'état américain.

Hillary Clinton n'a jamais fait montre d'un iota de courage, ou même de compréhension , dans la confrontation avec la CIA. Elle a été un inlassable partisan de la CIA et  jubilait à montrer sa fermeté en soutenant chacune de ses opérations malavisées. Les échecs sont bien sûr constamment dissimulés à notre vue. Clinton est un danger pour la paix mondiale. Elle doit répondre de beaucoup de choses en ce qui concerne le désastre en Syrie.

Jeffrey Sachs est le Directeur de l'Earth Institute (Institut de la Terre) à la Columbia University

lundi 25 août 2014

L'Etat Islamique en Irak et au Levant fruit d'une erreur stratégique des Etats Unis?

Intéressant cet article qui attire l'attention sur les liens entre les organisations "djihadistes" qui font beaucoup parler d'elles en ce moment, notamment en Irak, et les appareils politico-militaires des principales puissances occidentales, c'est-à-dire les Etats Unis, la Grande Bretagne et bien sûr la France (la France UMP comme la France PS faut-il préciser).
L'auteur de l'article, une universitaire, pense que les accointances entre le gouvernement  des Etats Unis et les organisations comme le Front al Nosra sont des erreurs qui viennent répéter d'autres erreurs du même type commises en Libye et en Afghanistan.
Je ne sais pas vous, mais je ne crois pas qu'on se trouve présentement devant des "erreurs" stratégiques parce que je vois mal des officiers du Pentagone répéter en un laps de temps très court des erreurs dont les militaires américains sur le terrain ont eu à payer le prix pour des gains stratégiques finalement minimes (la dislocation de l'URSS ne s'est effectivement pas jouée en Afghanistan mais sur le terrain économique et la rébellion des républiques d'Europe orientale, Pologne en tête).
Si ces prétendues erreurs sont répétées, c'est qu'elles satisfont à une démarche autre que celle qui est affichée par le gouvernement des Etats Unis. Et cette démarche est celle des néoconservateurs dont Robert Parry a montré la persistance de l'influence dans l'administration Obama.
Ces néoconservateurs, qui peuvent être Démocrates ou Républicains, sont avant tout motivés par ce qu'ils jugent être l'intérêt de l'entité sioniste. Pour eux, cet intérêt réside avant tout dans l'affaiblissement des dernières structures ou régimes politiques qui représentent un obstacle à la domination sioniste dans la région.
Les structures et régimes dont nous parlons ici sont le Hezbollah libanais, la Syrie baathiste et la république islamique d'Iran.
C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre la situation en Irak dont le gouvernement de Nouri al-Maliki était un allié très proche du régime iranien, la démission de ce dernier ayant ne l'oublions pas été posée comme préalable à toute assistance par les autorités américaines. Dans l'hypothèse de la confirmation d'un dégel entre Washington et Téhéran, l'Etat Islamique en Irak et au Levant est l'instrument qui pourrait permettre d'annuler en partie le gain stratégique de l'Iran en sortant l'Irak de sa sphère d'influence.

Les terroristes qui nous combattent en ce moment ? Nous venons juste de finir de les entraîner.

Non, l'ennemi de notre ennemi n'est pas notre ami.
par Souad Mekhennet, The Washington Post (USA) 18 août 2014 traduit de l'anglais par Djazaïri
Souad Mekhennet
      Souad Mekhennet
Souad Mekhennet, co-auteure de “The Eternal Nazi,” est professeur auxiliaire à Harvard, John Hopkins et au Geneva Centre for Security policy.
Au cours des dernières années, le président Obama, ses amis européens, et même certains alliés du Moyen-Orient, ont soutenu des «groupes rebelles» en Libye et en Syrie. Certains de ces groupes ont reçu une formation, un soutien financier et militaire pour renverser Mouammar Kadhafi et combattre Bachar al Assad. C'est une stratégie qui suit le vieil adage, "L'ennemi de mon ennemi est mon ami», et elle a été l'approche des Etats Unis et de leurs alliés depuis des décennies quand il fallait décider de soutenir des organisations et des mouvements d'opposition.
Le problème est qu'elle n'est pas fiable du tout – et souvent pire que d'autres stratégies. Chaque année on voit de nouveaux cas de retour de flamme avec cette approche. L'échec le plus flagrant et le plus connu est celui de l'Afghanistan où certaines des organisations entraînées (et équipées) pour combattre l'armée soviétique sont par la suite devenues résolument hostiles à l'Occident. Dans cet environnement, al Qaïda avait prospéré et établi les camps où les auteurs des attentats du 11 septembre avaient été préparés. Pourtant, au lieu de tirer des leçons de leurs erreurs, les Etats Unis persistent à les répéter.
Washington et ses alliés ont aidé des organisations dont les membres avaient dès le départ des idées anti-américaines ou anti-occidentales ou qui avaient été attirés par ces idéees dans le temps du combat. Selon des entretiens réalisés avec des membres d'organisations militantes, comme l'Etat Islamique en Irak et le Front al Nosra en Syrie (qui est affilié à al Qaïda), c'est exactement ce qui s'est passé avec certains des combattants en Libye et même avec des factions de l'Armée Syrienne Libre (ASL).
"Dans l'Est de la Syrie, il n'y a plus d'Armée Syrienne Libre. Tous ceux qui étaient dans l'Armée Syrienne Libre [dans cette région] ont rejoint l'État islamique ", dit Abu Yusaf, un haut cadre militaire de l'Etat islamique, qui a fait l'objet d'un article d'Anthony Faiola la semaine dernière dans le Washington Post.
L'Etat Islamique est jusqu'à présent celui qui a le mieux réussi, contrôlant les principaux champs pétroliers et gaziers en Syrie. Il a aussi amassé beaucoup d'argent, d'or (pris dans les banques des zones sous son contrôle) et d'armes au cours de ses combats contre les armées syrienne et irakienne ; « Quand l'armée irakienne a fui Mossoul et d'autres zones, elle a laissé derrière elle le bon matériel que les Américains lui avaient donné, » explique Abu Yusaf.
« De l'Etat Islamique à l'armée du Mahdi, on voit des organisations qui ne sont à la base pas de nos amies mais qui montent en puissance parce que nous avons mal géré les situations, » affirme un haut responsable américain des services de sécurité qui s'est exprimé sous condition d'anonymat.
Certains officiels de services de renseignements arabes et européens ont aussi expprimé leurs inquiétudes et leur frustration à propose de ce qu'ils qualifient d'erreurs commises par les Etats Unis dans la gestion des soulèvements dans les Etats arabes. « Nous avons été tr-s vite informés de l'utilisation par des organisations extrémistes du vide laissé par le Printemps arabe, et du fait que cerains de ceux que les Etats Unis et leurs alliés avaient entraînés pour combattre pour la 'démocratie' en Libye et en Syrie avaient un agenda djihadiste - - et avaient déjà rejoint ou rejoindraient par la suite le Front al Nosra ou l'Etat Islamique, » déclarait un haut responsable arabe du renseignement dans une récente interview. Il affirmait que ses homologues américains lui disaient souvent des choses comme, « Nous savons que vous avez raison, mais notre président et ses conseillers à Washington n'y croient pas. » Ces organisations, disent des officiels de services de sécurité occidentaux, sont des menaces non seulement pour le Moyen Orient mais aussi pour les Etats Unis et l'Europe, où ils ont des membres et des sympathisants.
Les dires des officiels ont été corroborés par des membres de l'Etat Islamique au Moyen Orient et hors du Moyen Orient, dont par Abu Yusaf, le responsable militaire. Dans plusieurs entretiens conduits ces deux derniers mois, ils ont décrit comment l'insécurité pendant le Printemps Arabe les a aidés à recruter, à se regrouper et à utiliser la stratégie occidentale –consistant à soutenir et à entraîner des organisations qui combattent les dictateurs – dans leur propre intérêt. « Il y avait [aussi]... quelques Britanniques et Américains qui nous entraînaient pendant le Printemps Arabe en Libye, » dit un homme qui se désigne lui-même sous le nom d'Abu Saleh et qui n'a accepté d'être interviewé qu'à condition que son identité reste secrète.
Abu Saleh, originaire d'une ville près de Benghazi, affirme que lui et un groupe d'autres Libyens ont reçu un entraînement et un soutien de la part des armées et des services secrets de la France, de la Grande Bretagne et des Etats Unis – avant de rejoindre le Front al Nosra ou l'Etat Islamique. Des sources militaires arabes et occidentales interrogées pour cet article ont confirmé les dires d'Abu Saleh sur « l'entraînement » et « l'équipement » fournis aux rebelles en Libye pendant les combats contre le régime de Kadhafi.
Abu Saleh a quitté la Libye en 2012 pour la Turquie et s'est ensuite rendu en Syrie. « D'abord, j'ai combattu dans les rangs de ce qu'on appelle 'Armée Syrienne Libre' mais je suis ensuite passé avec al Nosra. Et j'ai déjà pris la décision de rejoindre l'Etat Islamique quand mes blessures seront guéries, » déclare cet homme de 28 ans depuis un hôpital en Turquie où il reçoit des soins médicaux. Il a été blessé au cours d'une bataille avec l'armée syrienne, dit-il, et a été amené en Turquie sous de faux papiers. « Certains des Syriens qu'ils [les Occidentaux] ont entraîné ont rejoint l'Etat Islamique, d'autres le Front al Nosra, » dit-il en souriant. Il ajoute, « Quelques fois, je plaisante à la cantonade en disant que je suis un combattant fabriqué par l'Amérique. »
Pendant longtemps, des Etats arabes et occidentaux ont soutenu l'Armée Syrienne Libre non seulement avec de la formation mais aussi avec des armes et d'autres matériels. Le commandant de l'Etat Islamique, Abu Yusaf, ajoute que les membres de l'Armée Syrienne Libre qui avaient reçu un entraînement – par des officiers d'armées arabes, des armées turque et américaine dans une base américaine dans le sud de la Turquie – ont maintenant rejoint l'Etat Islamique. « Maintenant, beaucoup des membres de l'ASL que l'Occident avait entraînés rejoignent nos rangs, » dit-il en souriant.
Ces militants se préparent pour le moment où les gouvernements occidentaux agiront. « Nous savons que les Etats Unis s'en prendront à l'Etat Islamique à un moment donné, et nous y sommes prêts. Mais ils ne devraient pas sous-estimer la réponse qu'ils recevront, » déclare un sympathisant de l'Etat Islamique en Europe qui se présente sous le nom d'Abu Farouk. Il ajoute que le « soutien inconditionnel » des Etats Unis pour le gouvernement du premier ministre sortant Nouri al Maliki qui, dit-il, a opprimé les Irakiens sunnites, et les « cajoleries » de l'Amérique à l'égard de l'Iran, qui est majoritairement chiite, ont fait de l'Etat Islamique une alternative plus attractive pour certains sunnites mécontents de ce deux poids deux mesures.
« Grâce au Printemps Arabe et à l'Occident qui combat tous ces dirigeants pour nous, nous avons eu assez de temps pour nous développer et recruter au Moyen Orient, en Europe et aux Etats Unis, » déclare Abu Farouk. Il sourit et observée une pause de quelques secondes. « En fait, nous devrions dire, merci M. le président. »

samedi 7 juin 2014

De quoi la "mère de toutes les batailles" va-t-elle accoucher?

Israël pivote vers la Chine et l'Inde en réaction à l'affaiblissement de l'influence américaine

par Shinya Oshino, Nikkei Asian Review (Japon) 10 mai 2014 traduit de l'anglais par Djazaïri
Le Caire – Israël s'efforce de tisser des liens économiques et sécuritaires plus étroits avec l'Inde et la Chine, dans le but d'élargir sa marge de manœuvre comme les Etats Unis, son allié le plus proche, commencent à jouer un rôle plus réduit sur la scène mondiale.
Israël attend beaucoup de la Chine pour traiter la question du programme iranien de développement d'armes nucléaires. « La Chine a un rôle central dans les efforts pour empêcher l'Iran d'acquérir une bombe nucléaire, » a dit le président israélien Shimon Peres à son homologie chinois Xi Jinping au cours d'un voyage en Chine au début du mois dernier.
Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s'est rendu en Chine en mai dernier, et de hauts responsables militaires des deux pays ont approfondi leurs relations. Ces visites de haut niveau traduisent la volonté d'Israël d'améliorer sa position diplomatique à l'ONU en se rapprochant toujours plus de la Chine, un membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU.
L'Inde a accepté en février de travailler avec Israël à l'élaboration de mesures antiterroristes et au développement de systèmes de missiles de défense. Ils envisagent aussi la mise en place d'un fonds pour soutenir les partenariats entre les entreprises technologiques des deux pays.
Dans le même temps, un paysage politique mondial de plus en plus complexe a créé diverses sources de friction entre Washington et son allié au Moyen Orient.
Le 27 mars, l'Assemblée Générale de l'ONU a adopté une résolution rejetant l'annexion de la Crimée par la Russie. Mais Israël s'est abstenu, choisissant de maintenir ses relations avec Moscou qui a une influence significative sur le cours de la guerre en Syrie et sur la situation iranienne, les deux affectant directement la sécurité nationale d'Israël.
L'attitude israélienne [par rapport à la Russie] a provoqué la colère des Etats Unis. Mais « nos intérêts en matière de sécurité ne devraient pas être définis comme identiques à ceux de n'importe qui d'autre, pas même les Etats Unis » a déclaré un haut responsable militaire israélien à un média local.

Le commerce d'Israël avec Pékin est aussi devenu une pomme de discorde. Les exportations israéliennes de produits de haute technologie vers la Chine ont bondi de 170 % en cinq ans pour atteindre 1,58 milliard de dollars en 2013. On a rapporté à la fin de l'année dernière que de la technologie avancée dans le domaine des missiles est parvenue en Chine via des entreprises israéliennes.
Dans les années 1990, un projet israélien de vente à la Chine d'un avion de surveillance avait été mis en échec par des pressions américaines. Si Israël continue de se rapprocher de pays comme la Chine et la Russie, il pourrait s'attirer à nouveau une ingérence de Washington.

Commentaire:

Saddam Hussein, le défunt président irakien, avait parlé de « mère de toutes les batailles » pour désigner la confrontation de son pays avec la coalition réunie par Washington en 1991.
Saddam Hussein ne croyait pas si bien dire puisque la guerre contre l'Irak marquait la prise en main pour longtemps de la politique étrangère des Etats Unis par une clique néoconservatrice imprégnéee d'un sionisme radical et qui avait commencé à s'épanouir pendant les années Reagan,

On connaît la suite avec l'invasion de l'Afghanistan, la deuxième guerre du Golfe et le démantèlement du régime baathiste conclu par l'exécution de Saddam Hussein, et plus récemment la destruction du régime libyen et l'assassinat de Mouammar Kadhafi.

A ces aventures militaires d'importance, il faut ajouter des interventions plus mineures, comme les bombardements réguliers ou intermittents au Yémen et en Somalie, la déstabilisation du Soudan qui a abouti à la partition de ce pays, le soutien politique et militaire à l'opposition armée au gouvernement syrien.

Il est frappant de constater qu'aucune de ces interventions n'a résulté en un gain net pour les Etats Unis, ni au plan politique, ni au plan économique.

Au contraire, les Etats Unis sortent de toutes ces batailles épuisés financièrement et moralement au moment où d'autres puissances émergent (ou réémergent), notamment la Russie et surtout la Chine, ce qui motive la stratégie de rééquilibrage vers l'Asie du déploiement politique et militaire des Etats Unis.

C'est cet accès de faiblesse des Etats Unis qui explique leur gestion en retrait [stay behind] de la crise libyenne, leur incapacité à passer par dessus l'obstacle russo-chinois pour obtenir l'éviction du Syrien Bachar al-Assad.

Ce qui ne les empêche pas d'essayer de poursuivre l'encerclement de la Russie en organisant un coup de force en Ukraine. L'effet immédiat de l'ingérence américaine aux frontières de la Russie aura cependant été de précipiter la signature d'importants accords économiques entre Moscou et Pékin qui scellent ainsi une alliance eurasiatique qui ne fait finalement qu'aggraver le problème stratégique à résoudre par les Etats Unis.
Ces évolutions des rapports de force à l'échelle mondiale n'ont pas échappé non plus à l'entité sioniste dont la survie dépend du soutien d'un parrain étranger qui fut tour à tour [voire simultanément] la Grande Bretagne, l'URSS, la France puis les Etats Unis d'Amérique.

1955: réception symbolique d'un avion de combat Ouragan par Moshe Dayan et Shimon Peres en présence de Pierre Gilbert, ambassadeur de France à Tel Aviv
1955: réception symbolique d'un avion de combat Ouragan par Moshe Dayan et Shimon Peres  (lunettes noires)en présence de Pierre Gilbert, ambassadeur de France à Tel Aviv
L'analyse politique qui prévaut aujourd'hui est que Washington va tendre à se désintéresser de la situation au Moyen Orient où un règlement définitif est vivement souhaité, Il ne s'agit pour l'instant que de vélléités de la part de Washington où les néoconservateurs ultrasionistes représentés par Hillary Clinton et John McCain restent influents ; mais la tendance est là et elle veut, entre autres, que pour contrer la Chine, les Etats Unis ont besoin de se rapprocher de l'Iran.

Les sionistes de leur côté ne restent pas les bras croisés et ils agissent fidèlement à une version de l'histoire juive qui consiste à se mettre dans l'ombre du puissant du moment. C'est par exemple ce qui s'était passé au moment de la conquête de l'Espagne par les Arabes et que bien des portes de cités avaient été ouvertes par les Juifs présents sur place. Et comme on l'a vu et comme on le sait, c'est une caractéristique de l'histoire du mouvement puis de l'Etat sioniste.

Les priorités actuelles de l'entité sioniste sont la Chine et l'Inde. Ces deux pays n'ont pas grand chose à voir avec l'histoire de la persécution des Juifs par le nazisme. Les autorités sionistes essayent bien de les sensibiliser à la souffrance juive, mais c'est tout sauf évident d'autant qu'en dépit d'une présence juive anecdotique en Inde comme en Chine, ce dernier pays connaît des bouffées d'antisémitisme.

Non, les leviers principaux du régime sioniste résident dans les technologies militaires qu'il peut fournir à l'Inde et à la Chine, des technologies bien souvent américaines. Ce genre de commerce est déjà florissant avec les deux pays non sans provoquer le mécontentement de Washington en ce qui concerne les ventes à la Chine. On notera quand même l'atout que représente pour Tel Aviv la toute récente arrivée au pouvoir à New Delhi de Narendra Modi, chef des nationalistes hindous qui se sentent depuis longtemps des afffinités avec le sionisme.
Février 2013: encore premier ministre du Gujerat, Narendra Modi recevait Alon Ushpitz, ambassadeur sioniste et Orana Sagiv, consul de l'entité sioniste à Mumbai
Février 2013: encore premier ministre du Gujerat, Narendra Modi recevait Alon Ushpitz, ambassadeur sioniste et Orana Sagiv, consul de l'entité sioniste à Mumbai
Mais l'exécutif américain est dans une telle position de faiblesse face au lobby sioniste qu'il a bien du mal à se faire respecter sur la question des transferts de technologie militaire. On a vu un processus voisin, sur la plan politique cette fois, quand le régime sioniste a refusé d'aligner son vote à l'ONU sur celui des Etats Unis sur la question de Crimée.


Pensez bien que les Etats Unis n'ont pas hésité à s'humilier à plusieurs reprises pour faire barrage à des résolutions onusiennes favorables à la cause palestinienne ! Ils commencent à savoir ce qu'est l'amour vache des sionistes pour leurs alliés une fois le citron pressé.

vendredi 17 mai 2013

Le Qatar, grand argentier de la "révolution" syrienne


Le Qatar n’a pas d’intentions «cachées» dans son soutien à l’opposition armée au régime de Damas.
C’est du moins ce qu’affirme le chef de la diplomatie de ce petit pays (très) riche mais victime de sa naïveté et de la pureté des ses intentions en faveur du peuple syrien.
Et c’est au nom de ces intentions pures que cet émirat a dépensé en deux ans entre 1 et 3 milliards de dollars pour soutenir ceux qui agissent militairement et politiquement pour évincer Bachar al-Assad, le chef de l’Etat syrien.
Image
Le Qatar soutient aussi les révoltés du Trocadéro
Je vous mets au défi de me citer un exemple d’une révolution dans n’importe quel pays qui a bénéficié de telles largesses en si peu de temps, qui plus est.
 D’autant que le Qatar n’est pas le seul gouvernement à mettre la main à la poche, vu que la Syrie compte de nombreux «amis» parmi les nations révolutionnaires que sont  la Turquie (révolution kémaliste), l’Arabie Saoudite (révolution wahabbite), la France (révolutions de 1789, 1830, 1848 et révolution nationale du Maréchal Pétain) pour s’en tenir à quelques exemples.
L’article que je vous propose nous apprend même que les monarchies du Qatar et d’Arabie Saoudite rivalisent de générosité auprès des «rebelles» Syriens. 
Et que l’Arabie Saoudite représente en quelque sorte la voix de la modération !? 
On aura tout vu ! 
Autant de raisons de souhaiter la défaite de cette prétendue révolution qui comporte même des cannibales dans ses rangs. 

Le Qatar finance la révolte syrienne avec de l’argent et des armes

par Roula Khalaf and Abigail Fielding Smith, Financial Times (UK) 16 mai 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri 
Le riche Etat gazier du Qatar a dépensé jusqu'à trois milliards de dollars ces deux dernières années pour soutenir la rébellion en Syrie, loin devant n’importe quel autre gouvernement, mais il est maintenant dépassé par l’Arabie Saoudite en tant que premier pourvoyeur d’armes pour les rebelles.
Le coût de l’intervention du Qatar, sa dernière action de soutien à une révolte arabe, ne représente qu’une petite partie de son portefeuille d’investissements à l’international. Mais son appui financier à la révolution qui s’est transformée en cruelle guerre civile éclipse le soutien qu’apporte l’Occident à l’opposition.
Le petit Etat à l’appétit gargantuesque est le plus important donateur pour l’opposition politique, dédommageant généreusement les transfuges (une estimation l’évalue à 50 000 dollars par an pour un transfuge et sa famille), et il fournit une grande quantité d’aide humanitaire.
En septembre, de nombreux rebelles de la province syrienne d’Alep ont reçu un versement exceptionnel de 150 dollars de la part du Qatar. Des sources proches du gouvernement qatari disent que la dépense totale a atteint pas moins de 3 milliards de dollars, tandis que des sources rebelles et diplomatiques parlent d’un montant d’un milliard de dollars au maximum. 
Pour le Qatar, qui détient les troisièmes plus importantes réserves de gaz naturel au monde, l’intervention en Syrie s’inscrit dans une recherché agressive de reconnaissance international et est simplement la dernière étape de sa démarche pour se positionner comme un acteur régional de premier plan, et vient après son soutien aux rebelles Libyens qui ont renversé Mouammar Kadhafi en 2011. 
Selon le Stockholm International Peace Research Institute qui étudie les transferts d’armes, le Qatar a été le principal fournisseur d’armes à l’opposition syrienne, avec plus de 70 avions cargo militaires qui se sont posés en Turquie entre avril 2012 et mars de cette année.
Mais même si son approche est plus guidée par le pragmatisme et l’opportunisme  que par l’idéologie, le Qatar s’est retrouvé impliqué dans la situation politique très polarisée de la région, s’attirant des critiques acerbes. «On ne peut pas acheter une révolution» affirme un homme d’affaires de l’opposition.
Le soutien du Qatar aux mouvements islamistes dans le monde arabe, qui l’a mis en porte à faux avec les autres Etats du Golfe, a nourri une rivalité avec l’Arabie Saoudite. Hamad bin Khalifa al-Thani, émir régnant du Qatar, “veut être le (Gamal) Abdelnasser islamiste du monde arabe, » déclare un politicien Arabe, en référence au panarabisme flamboyant et passionné de l’ancien leader panarabe. 
L’intervention du Qatar est devenue l’objet d’une attention de plus en plus forte. Ses rivaux dans la région soutiennent qu’il utilise sa puissance financière simplement pour s’acheter une influence future et qu’il a fini par fragmenter l’opposition syrienne. C’est dans ce contexte que l’Arabie Saoudite qui jusqu’à présent avait apporté un soutien plus mesuré et réfléchi aux rebelles Syriens a accru son implication.
Les tensions récentes au sujet de l’élection d’un premier ministre par intérim de l’opposition qui a obtenu le soutien des Frères Musulmans Syriens a aussi amené l’Arabie Saoudite à resserrer ses liens avec l’opposition politique, une tâche qu’elle avait en grande partie laissée entre les mains du Qatar.
La relégation du Qatar à la deuxième place en matière de fourniture d’armes résulte des inquiétudes en Occident et dans certains pays arabes de voir les armes fournies échouer entre les mais du Jabhat al-Nosra, une organisation liée à al Qaïda.
Des diplomates disant aussi que les Qataris ont eu du mal à assurer un approvisionnement régulier en armement, chose que les Saoudiens ont été en mesure de faire via leurs réseaux plus développés.
Une route d’acheminement d’armes en Syrie passant par la frontière jordanienne a ouvert ces derniers mois. Le gouvernement jordanien. Le gouvernement jordanien qui est terrifié à la perspective de voir les djihadistes en position dominante chez son voisin a été réticent à autoriser les livraisons saoudiennes.
La réticence de l’Occident à intervenir avec plus de force en Syrie a eu pour conséquence de placer les opposants à Bachar al-Assad dans la dépendance du soutien du Qatar, de l’Arabie saoudite et de la Turquie, quoique depuis l’an dernier, les Emirats Arabes Unis et la Jordanie ont rejoint le club des soutiens aux rebelles en tant que partenaires mineurs.
Khalid al-Attiyah,, le chef de la diplomatie du Qatar, qui est chargé de la politique syrienne, a rejeté les rumeurs sur une rivalité avec les Saoudiens et a démenti les allégations selon lesquelles le soutien qatari  aux rebelles a divisé l’opposition syrienne et affaibli les institutions naissantes.
Dans un entretien accordé au Financial Times, il a affirmé que tout ce qu’a entrepris le Qatar l’a été en conjonction avec le groups des pays occidentaux et arabes amis de la Syrie, pas seul. «Notre problème au Qatar, c’est que nous n’avons pas d’agenda caché, alors les gens nous en fixent un,» a-t-il dit.

mercredi 13 mars 2013

Afghanistan, Irak, Libye, Syrie: responsabilité de protéger ou droit de semer la mort et la désolation

Vijay Prashad nous parle des prétendues guerres humanitaires que livre ou entend livrer l'Occident.

Son article traite essentiellement de la Libye, exemple type d'une guerre meurtrière au prétexte de protéger une population qui avait déjà, affirmait la propagande, subi de lourdes pertes au moment où la décision d'intervenir avait été prise.

Mais il est clair que ce qu'écrit Vishay Prashad est parfaitement valable pour la situation actuelle en Syrie.

Par Vijay Prashad, The Hindu (Inde) 12 mars 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri 

Les Etats-Unis utilisent souvent des chiffres de victimes civiles exagérés pour plaider en faveur d'une intervention militaire dans les régions déchirées par des conflits

Depuis les années 1990, l'Occident a justifié ses interventions militaires par des motivations généreuses - pour destituer des dirigeants néfastes qui oppriment leur peuple ou qui ont commencé à pratiquer des politiques qui semblent génocidaire. Porté par l'intervention en Yougoslavie et mortifié par les massacres au Rwanda, l'Occident a incité en 2005 les Nations Unies à adopter une politique connue sous le nom de Responsabilité de Protéger (R2P). Si l'ONU établit qu’un génocide est imminent, elle a l’obligation de demander à ses Etats membres d’agir pour protéger les civils contre un tel danger. Les actions prévues comportent notamment "des démarches diplomatiques, humanitaires appropriées et d’autres moyens pacifiques" qui sont conformes avec  les chapitres VI et VIII de la Charte des Nations Unies. Si ces mesures ne suffisent pas, l'ONU est enjointe d'agir sur la base du Chapitre VII, à savoir d'utiliser la force militaire. La R2P  a consacré la doctrine de l'intervention militaire altruiste [liberal] dans les principes de l'ONU. 

Il ya un an, l'ambassadeur Indien à l'ONU, Hardeep Singh Puri, a fait une critique vigoureuse de la doctrine de la  R2P. L’ambassadeur Puri a souligné que l'ONU utilise la doctrine R2P de manière «sélective», et que quand l'ONU choisit d’intervenir dans un conflit, la phase armée est immédiate plutôt que «calibrée et progressive». La sélectivité est en fonction de ceux qui continuent à exercer leur pouvoir à travers les organes de l'ONU - c'est-à-dire que c’est l'Occident qui établit l'ordre du jour pour l'utilisation de la doctrine R2P.

L’ambassadeur Puri avait la Libye en tête à l’époque où il avait formulé ces observations. Le conflit en Libye a commencé en Février 2011. En une semaine, Ibrahim Dabbashi, le représentant adjoint de la Libye à l'ONU, avait fait défection pour rallier la rébellion et il était devant les caméras de télévision e 21 Février 2011.

“Nous nous attendons à un véritable génocide à Tripoli.” Deux jours plus tard, la télévision satellitaire Al-Arabiya, propriété de membres de la famille royale saoudienne, commençais à diffuser des informations selon lesquelles 50 000 personnes avaient été blessées et 10 000 tuées – toutes en l’espace d’une semaine, le régime Kadhafi assumant la part du lion dans la responsabilité des massacres.

La source de ces informations était Sayed al-Shanuka, le représentant de la Libye à la Cour Pénale Internationale, qui avait fait défection en faveur de la rébellion. Le britannique David Cameron et le Français Nicolas Sarkozy avaient commencé à appeler à une «zone d’exclusion aérienne» et à une certaine forme d'intervention militaire. La question de la R2P avait déjà été soulevée. Le président américain Barack Obama avait suivi, la Ligue arabe (sous la pression saoudienne) s’était alignée, l'ONU avait voté pour uneintervention et les bombardiers français et les missiles de croisière américains avaient frappé. Quelques mois plus tard, le cadavre de Kadhafi était exposé dans les rues de Syrte.

Le problème est que, même en Février 2011, Human Rights Watch n'était pas été en mesure de confirmer plus que quelques centaines de morts. Néanmoins, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, avait commencé à parler d’«informations de la presse" sur l’utilisation d’hélicoptères par les autorités libyennes pour tuer un grand nombre de civils.

Le Secrétaire Américain à la Défense Robert Gates, et le président du commandement interarmes Mike Mullen avaient également parlé d’"informations de la presse", mais quand il s avaient été mis en demeure de corroborer les informations des chaînes  satellitaires en s’appuyant sur tout l'arsenal des services de renseignement américains, ils avaient déclaré: «. Nous n'avons aucune confirmation" Une telle hésitation n’avait pas dissuadé les représentants qui siègent autour de la table en fer à cheval à New York de lever la main pour  voter oui à la résolution 1973, qui a permis à l'OTAN d'intervenir militairement en Libye.

 Tout le poids de la justification de la Résolution 1973 de l’ONU reposait sur ​​l'allégation de "lourdes pertes civiles". On a aujourd’hui des informations provenant du ministère libyen des affaires des martyrs et des personnes disparues affaires selon lesquelles le nombre total des rebelles et des civils tués au cours du conflit de 2011 s’élève à 4,700 auxquels s’ajoutent 2.100 personnes disparues. Ce nombre ne comprend pas les morts parmi les troupes de Kadhafi (et probablement pas les victimes dans les bastions de Kadhafi, comme Syrte). Miftah Duwadi, N°2 de ce ministère, a déclaré au Libyan Herald du 7 Janvier que ce n'est pas encore un "chiffre exact", mais que c'est ce qu'ils ont pour le moment. Il est probable que les chiffres définitifs ne seront pas bien loin des chiffres provisoires. 

Ces données de l'actuel gouvernement libyen contredisent en tout point les reportages d'Al-Arabiya et, bien sûr, les informations du Conseil National de Transition, qui avait affirmé constamment que des dizaines de milliers de civils avaient été tués par le régime de Kadhafi dès le premier mois de l'insurrection. Il semble maintenant que tel n’était pas le cas, et en effet, les chiffres n’ont rein à voir avec ceux d’un génocide. C’est un avertissement pour ceux qui acceptent sans mot dire ce qui leur vient de médias, qui ont des intérêts particuliers quant à l'issue des conflits. Il soulève également la question de savoir comment l'ONU arrive à certains de ses chiffres. 

Le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU avait aussi fait des affirmations sur des crimes contre l’humanité en février et en mars 2011. Il s’avère maintenant que la société privée qu’il avait engagée pour collecter, mais pas pour évaluer, les chiffres des victimes, est Benetech qui est financée en partie par le Département US de la Défense. Non seulement Benetech ne procède pas à une évaluation critique des chiffres qu’elle claironne, mais ses propres intérêts ne sont peut-être pas aussi scientifiques qu’elle le prétend.

 L'ONU a refusé d'ordonner une évaluation de l'intervention de l'OTAN sur la base d’informations sur les  victimes civiles de ses bombardements (comme je l'avais indiqué dans "Quand le Protecteur se mue en Tueur», The Hindu , 11 Juin, 2012). Rien n’indique que l’ONU envisage une évaluation de la manière dont sa doctrine R2P a été subornée pour créer une résolution de l'ONU afin de justifier l'intervention de l'OTAN, particulièrement à la lumière des récentes données chiffrées libyennes. 

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Vijay Prashad
Vijay Prashad est professeur d'université à Hartford dans le Connecticut (USA). En 2013-2014, il occupera la chaire Edward Saïd à l'Université Américaine de Beyrouth. Il est l’auteur entre autres d’Arab Spring, Libyan Winter (New Delhi: LeftWord, 2012)

lundi 22 octobre 2012

En difficulté sur son propre territoire, l'armée turque peut remercier Recep Tayyip Erdogan


Le gouvernement turc a joué avec le feu en Syrie, en offrant refuge et armes aux bandes armées qui sèment le chaos dans ce pays.  Il en subit dores et déjà les conséquences avec une recrudescence de l'activité de l'opposition armée kurde déterminée à faire aboutir son projet national.

Un projet  que rejettent bien entendu vigoureusement les autorités d'Ankara qui exercent une répression sans merci qui s'étend jusque dans l'Irak voisin.

Un Irak où le gouvernement turc pactise ouvertement avec la province kurde autonome qui va bientôt commencer des livraisons d'hydrocarbures à la Turquie au grand dam du pouvoir central de Bagdad réduit au rang de simple spectateur.

On remarquera au passage qu'une des compagnies pétrolières engagées dans le négoce du pétrole du Kurdistan irakien n'est autre que Vitol, une société liée au gouvernement conservateur britannique et qui était chargée de fournir du carburant aux prétendus rebelles qui combattaient le régime de Mouammar Kadhafi en Libye.

En agissant ainsi,  le gouvernement turc ne semble même pas se rendre compte qu'il encourage les Kurdes dans leur projet national, un projet qui passe par la disparition de la Turquie dans la configuration territoriale que nous lui connaissons.


On peut êtres certes favorable à la concrétisation d'un projet national kurde, mais comme on le sait,  Recep Tayyip Erdogan n'a jamais laissé entendre qu'il voulait aller dans cette direction.

Or sa politique a donné des ailes (pas des avions, pas encore) à l'action armée du PKK qui dispose aujourd'hui d'une marge de manoeuvre inconnue depuis longtemps, avec deux régions kurdes autonomes, l'une en Irak et l'autre en Syrie, qui sont autant de soutiens moraux que matériels et peuvent jouer le rôle de bases de repli. Ce n'est pas encore le cas pour la région syrienne, mais si la crise perdure en Syrie, les choses n'en resteront pas là.

La situation militaire est à ce point dégradée en Turquie même que le gouvernement d'Ankara qui roule des mécaniques contre le pouvoir de Damas, n'est même plus capable d'assurer la sécurité de la logistique de son armée sur son propre territoire ainsi que les Turcs peuvent l'apprendre dans leur presse:
Istanbul, Hürriyet (Turquie) 22 octobre 2012 traduit de l'anglais par Djazaïri
L'état-major de l'armée turque a ordonné que toutes les livraisons pour l'armée soient effectuées par la voie aérienne afin d'éviter que les convois de véhicules militaires qui circulent sur les routes tombent dans des embuscades tendues par de présumés membres du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) illégal, a rapporté aujourd'hui le journal Hürriyet.
Tous les soldats qui se rendent à leurs bases où les permissionnaires qui quittent leurs postes en zone rurale seront transportés par hélicoptère reliant les villes à leurs postes d'affectation, selon une déclaration publiée par l'état-major la semaine dernière.
L'état-major aurait décidé de procéder ainsi dans le cadre d'un certain nombre de mesures de sécurité dans les régions où le risque terroriste est élevé.

dimanche 30 septembre 2012

Mouammar Kadhafi assassiné par un tueur à gages français?


Mahmoud Jibril, ancien premier ministre du Conseil National de Transition libyen vient de déclarer lors d’un entretien télévisé que le colonel Mouammar Kadhafi n’a pas été assassiné par un milicien libyen mais par un agent, un tueur à gages, français.
Et que ce tueur agissait sur ordre et dans l’intérêt personnel du président français de l’époque Nicolas Sarkozy.
Cette théorie, nous dit-on, serait très en vogue dans les milieux diplomatiques en Libye.
Alors vrai ou faux ?
Difficile à dire, mais Mahmoud Jibril n’est sans doute pas le moins bien informé des politiciens libyens actuels !
On peut juste noter que cette théorie ou information sort au moment où on sent que Nicolas Sarkozy commence à repointer le bout de son nez. Ne l’a-t-on pas vu en effet tout sourire lors d’un récent match du Paris Saint-Germain, le club de football qui appartient désormais à ses amis du Qatar ?
On rigole,mais la prochaine fois que tu marques pas, je te bute


L’ancien premier ministre Libyen Mahmoud Jibril déclare au Caire que l’auteur du tir [mortel] était un agent qui ne faisait pas partie des milices [rebelles]
ABC (Espagne) 29 septembre 2012 traduit de l’espagnol par Djazaïri 

Une fois de plus, la version officielle de la mort de Kadhafi est mise en doute. Mais cette fois ci, les spéculations sont formulées par l’ancien premier ministre du gouvernement de transition qui se trouve être aujourd’hui un des prétendants à la direction politique du pays. 
Selon sa théorie, reprise ce samedi par le «Corriere della Sera», ce serait un «agent étranger» et non un membre des brigades révolutionnaires libyennes qui aurait été l’auteur du tir qui aurait finalement causé la mort de Kadhafi.

Jibril a fait ces déclarations dans une interview au Caire avec la chaîne de télévision égyptienne «Dream TV», et il a affirmé textuellement que l’auteur du tir mortel «était un agent étranger qui s’était mêlé aux brigades révolutionnaires.» 
Cette théorie est étayée, selon le journal italien, par les commentaires «non officiels» qui circulent le plus souvent chez les diplomates occidentaux présents en Libye, selon lesquels «s'il y avait vraiment un tueur à gages, il était sûrement français.»

Ce raisonnement s’appuie sur le fait que dès que l’OTAN a montré qu’elle appuyait ouvertement l’opération viant à destituer le leder libyen, ce dernier a menacé de révéler les détails de sa relation avec l’ancien président de la France, Nicolas Sarkozy, qui «avait donc raisons plus que suffisantes pour essayer de lui ôter la vie,» soutient le Corriere Della Sera qui fait référence à des révélations recueillies par le journal il y a trois jours à Benghazi.