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mercredi 17 février 2016

Syrie: Jeffrey Sachs balance tout (ou presque)

L'article que je vous propose est signé Jeffrey Sachs. Jeffrey Sachs n'est pas exactement n'importe qui: c'est un universitaire de renom qui dirige un institut à la Columbia University (New York) et est consultant auprès du Secrétaire Général des Nations Unies.

Eh bien dans cet article Jeffrey Sachs balance tout sur la Syrie. Dans le meilleur esprit complotiste, il pointe le rôle des services secrets américains dès le début de la crise en Syrie et il souligne l'obstination de la diplomatie américaine, de Hillary Clinton en particulier, à empêcher tout règlement politique qui ne passerait pas par le préalable d'une reddition du président Bachar al-Assad quitte à aggraver et à prolonger l'effusion de sang.

Jeffrey Sachs

Il est , je pense, une des premières signatures dans la presse grand public américaine à relever le rôle de l'entité sioniste dans la situation en Syrie et le partenariat entre cette même entité et deux puissances régionales qu'il qualifie de "sunnites", la Turquie et l'Arabie Saoudite.


par Jeffrey Sachs, The Huffington Post (USA) 14 février 2016 traduit de l'anglais par Djazaïri

Pendant le débat de Milwaukee [avec Bernie Sanders] , Hillary Clinton s'est flattée de son rôle dans une récente résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU pour un cessez-le-feu en Syrie:
Mais je voudrais ajouter ceci. Vous le savez, le Conseil de Sécurité a finalement adopté une résolution. Au coeur de cette résolution se trouve un accord que j'avais négocié en juin 2012 à Genève qui prônait un cessez-le-feu et la marche vers une solution politique en essayant d'amener les parties prenantes en Syrie  à se parler.

C'est là le genre de déclarations compulsivement trompeuses qui rendent Clinton inapte à la fonction présidentielle. Le rôle de Mme Clinton en Syrie a été de contribuer à provoquer et à prolonger le bain de sang en Syrie, pas d'y mettre un terme.

En 2012, Mme Clinton était l'obstacle, pas la solution, à un cessez-e-feu qui était négocié par l'envoyé spécial de l'ONU Kofi Annan. C'est l'intransigeance des Etats Unis - l'intrnsigeance de Mme Clinton - qui avait abouti à l'échec des démarches pour la paix de M. Annan au printemps 2012, un fait bien connu des diplomates. En dépit de l'insinuation de Mme Clinton pendant le débat de Milwaukee, il n'y eut (évidemment) pas de cessez-le-feu en 2012, mais seulement une escalade dans le carnage. Mme Clinton porte une lourde responsabilité pour le carnage qui a causé la mort de 250 000 Syriens et en a déplacé plus de dix millions.

Comme tout observateur averti l'a bien compris, la guerre en Syrie n'avait pas tellement rapport avec Bachar al-Assad, ni même avec la Syrie. C'est surtout une guerre par procuration avec l'Iran.Et le bain de sang n'en est que plus tragique et malheureux pour cette raison.

L'Arabie Saoudite et la Turquie, les principales puissances sunnites au Moyen Orient perçoivent l'Iran, la grande puissance chiite, comme un concurrent en termes d'influence et de pouvoir dans la région. La droite israélienne voit l'Iran comme un ennemi implacable qui contrôle le Hezbollah, une organisation militante chiite qui opère au Liban, un Etat limitrophe d'Israël. C'est pourquoi la Turquie l' Arabie Saoudite et Israël ont tous  réclamé l'élimination de l'influende iranienne en Syrie.

Cette idée est d'une naïveté incroyable. L'Iran est présent en tant que puissance régionale depuis longtemps - en fait depuis près de 2700 ans. Et l'Islam chiite ne va pas disparaître comme par enchantement. Il n' y  a auun moyen, et aucune raison, de "vaincre" l'Iran. Lespuissances régionales doivent forger un équilibre géopolitique qui reconnaît les tôles mutuels et d'équiliration des pays arabes du Golfe d el'Iran et de la Turquie. Et la droite israélienne est naïve et profondment ignorante de l'histoire pour regarder l'Iran comme son ennemi implacable, particulièrement quand cette façon de voir erronée pousse Israël à se ranger du côté des djihadistes sunnites.

Pourtant Mme Clinton n'a pas suivi cette voie. Elle a au contraire rejoint l'Arabie Saoudite la Turquie et le droite israélienne pour essayer d'isoler et même de vaincre l'Iran. En 2010, elle avait encouragé des négociations secrètes entre Israël et la Syrie pour essayer de soustraire la Syrie à l'influence de l'Iran. Ces discussions avaient échoué. Alors la CIA et Mme Clinton avaient poussé avec succès en faveur d'un Plan B: renverser Assad. 

Quand les troubles du Printemps Arabe ont éclaté début 2011, la CIA et le font anti-iranien constitué par la Turquie, l'Arabie Saoudite et Israël y virent une opportunité pour renverser rapidement Assad et de s'assurer ainsi une victoire géopolitique. Mme Clinton se fit la principale promotrice de l'entreprise menée par la CIA pour un changemet de régime en Syrie.

Début 2011 la Turquie et l'Arabie Saoudite mirent à profit des protestations locales contre Assad pour essayer de fomenter les conditions de son éviction. Vers le printemps 2011, la CIA et les alliés des États Unis organisaient une insurrection armée contre le régime. Le 18 août 2011, le gouvernement des États Unis rendait publique sa position:"Assad doit partir."

Depuis, et jusqu'au récent et fragile accord de cessez-le-feu au Conseil de Sécurité de l'ONU, les États Unis ont refusé d'accepter tout cessez-le-feu tant qu'Assad n'était pas écarté du pouvoir. La politique américaine - sous Clinton et jusqu'à récemment - a été celle du changement de régime d'abord et du cessez-le-feu ensuite. Après tout, ce ne sont que des Syriens qui meurent. Les efforts de paix d'Annan avaient été sabotés par l'exigence inflexible des États Unis pour qu'un changement de régime contrôlé par les USA précède ou au moins accompagne un cessez-le-feu. Comme l'avait observé en août 202 la rédaction de The Nation [hebdomadaire progressiste américain]::

L'exigence par les États Unis d'un départ d'Assad et de l'imposition de sanctions avant même que débutent des négociations sérieuses, tout comme le refus d'inclure l'Iran dans le processus condamnaient la mission [d'Annan].

Clinton n'a pas été un acteur mineur dans la crise syrienne. Son représentant diplomatique à Benghazi, Chris Stevens, avait été assassiné alors qu'il s'occupait d'une opération de la CIA pour expédier des armes lourdes libyennes en Syrie. Clinton elle-même a été à la pointe de l'organisation des soi-disant "Amis de la Syrie" pour soutenir l'insurrection dirigée par la CIA.

La politique américaine a été un échec massif et terrible. Assad n'est pas parti, et il n'a pas été vaincu. la Russie est venue l'aider, l'Iran est venu l'aider. Les mercenaires envoyés pour le renverser étaient eux-mêmes des djihadistes extrémistes avec leurs propres agendas? Le chaos a ouvert la voie à l'Etat Islamique, bâti avec des officiers de l'armée irakienne mécontents (exclus de l'armée par les États Unis en 2003) des armes américaines et avec le soutien considérable de fonds saoudiens. Si la vérité devait être entièrement connue, les nombreux scandales associé rivaliseraient certainement avec le Watergate dans leurs ébranlement des fondations de la classe dirigeante des États Unis.

L'arrogance des États Unis dans cette approche semble ne connaître aucune limite. Le procédé du changement de régime fomenté par la CIA est si profondément inscrit comme un instrument "normal" de la politique étrangère américaine qu'elle est à peine remarquée par l'opinion publique ou les médias aux États Unis. Renverser le gouvernement d'un autre pays est contraire à la charte de l'ONU et au droit international. Mais a-t-on besoin de telles subtilités entre amis?

L'instrument [la déposition d'Assad] de la politique étrangère des États Unis n'a pas été seulement en violation flagrante du droit international mais a aussi été un échec massif et répété. Au lieu d'un coup d'état rapide et décisif pour résoudre un problème de politique étrangère, chaque changement de régime ourdi par la CIA a été, presque inévitablement, le prélude à un bain de sang. Comment pouvait-il en être autrement? Les autres sociétés n'aiment pas que leur pays soit manipulé par des opérations secrètes des États Unis.

Écarter un dirigeant, même quand l'opération est un "succès" ne résout aucun des problèmes géopolitiques sous-jacents, et encore moins les problèmes de nature écologique, sociale ou économique. Un coup d'état invite à la guerre civile, du genre de celles qui secouent aujourd'hui l'Afghanistan, l'Irak, la Libye et la Syrie. Il invite une réaction internationale hostile, comme celle de la Russie en appui à son allié syrien pour faire face aux opérations dirigées par la CIA. Nous en sommes au point où la somme des malheurs causés par es opérations secrètes de la CIA peut littéralement remplir des volumes. Sera-t-on dès lors surpris de voir Mme Clinton reconnaître en Henry Kissinger un mentor et un guide?

Et où en sont les médias de l'establishment  dans cette débâcle? Le New York Times a fini par parler d'une partie de cette histoire le mois dernier en présentant la connexion entre la CIA et l'Arabie Saoudite, dans laquelle l'argent saoudien sert à payer les opérations de la CIA afin de contourner le Congrès et le peuple américain. Après cette première publication, il n'y a pas eu de suite. Pourtant le financement saoudien d'opérations de la CIA est fondamentalement le même procédé que celui utilisé par Ronald Reagan et Peter North dans le scandale Iran-Contra des années 1980 (avec des ventes d'armes à l'Iran utilisées pour financer des opérations secrètes de la CIA en Amérique Centrale sans le consentement ou la supervision du peuple américain).

Mme Clinton elle-même n'a jamais montré la moindre réserve ou le moindre scrupule à mettre en oeuvre cet instrument de la politique étrangère américaine. A son actif en matière de soutien enthousiaste à des changements de régime sous l'impulsion des Etats Unis, on inclura (liste non exhaustive) le bombardement de Belgrade en 1999 l'invasion de l'Afghanistan en 2001 la guerre contre l'Irak en 2003, le coup de force au Honduras en 2009, l'assassinat du Libyen Mouammar Kadhafi en 2011 et l'insurrection contre Assad coordonnée par la CIA de 2011 à ce jour.

Libye octobre 2011 -Pour  une Hillary Clinton  radieuse, c'est comme si Mouammar Kadhafi était déjà mort

Il faut un grand leadership présidentiel pour résister aux malheureuses aventures de la CIA. Les présidents finissent par s'entendre avec les entreprises du secteur de la défense, les généraux et les cadres de la CIA. Ils se protègent ainsi des attaques venues de la droite extrémiste dure. Ils réussissent en exaltant la puissance militaire des États Unis, pas en la contenant. Beaucoup d'historiens pensent que JFK [John Fitzgerald Kennedy] a été assassiné suite à ses ouvertures de paix en direction de l'Union Soviétique des ouvertures qu'il avait faites contre les objections d'une opposition de droite tenante d'une ligne dure au sein de la CIA et d'autres secteurs de l'appareil d'état américain.

Hillary Clinton n'a jamais fait montre d'un iota de courage, ou même de compréhension , dans la confrontation avec la CIA. Elle a été un inlassable partisan de la CIA et  jubilait à montrer sa fermeté en soutenant chacune de ses opérations malavisées. Les échecs sont bien sûr constamment dissimulés à notre vue. Clinton est un danger pour la paix mondiale. Elle doit répondre de beaucoup de choses en ce qui concerne le désastre en Syrie.

Jeffrey Sachs est le Directeur de l'Earth Institute (Institut de la Terre) à la Columbia University

mardi 3 mars 2015

Selon le Sénateur John McCain le modèle afghan doit inspirer les Etats Unis en Ukraine

John McCain, ce Sénateur américain qui a été le concurrent Républicain malheureux de Barack Obama dans la course à la présidentielle de 2008 s'est montré un des politiciens américains parmi les plus belliqueux.
Il a ainsi joué un rôle important en Libye et en Syrie en tant que représentant du parti de la guerre, un parti qui réunit indifféremment des Démocrates et des Républicains.
John McCain décore un "djihadiste" en Syrie
John McCain décore un "djihadiste" en Syrie
Tout naturellement, il tient un rôle semblable en ce qui concerne la crise ukrainienne pour laquelle il se montre un chaud partisan de la livraison d'armes « létales » au gouvernement fantoche de Kiev.

McCain fait partie de ces gens qu'on considère comme des patriotes aux Etats Unis, en particulier du fait de sa participation à la guerre du Vietnam où il fut fait prisonnier après la destruction en vol du bombardier qu'il pilotait.
John McCain aux commandes d'un avion de combat
John McCain aux commandes d'un avion de combat
Mais si on peut penser qu'il a été patriote, peut-on affirmer qu'il l'est encore aujourd'hui ?
Rien n'est moins sûr quand on voit avec quels arguments il plaide en faveur de la livraison d'armes à l'armée ukrainienne. En effet, le Sénateur donne comme exemple d'une stratégie de ce type réussie celui du soutien apporté par les Etats Unis et leurs amis aux forces qui combattaient les Soviétiques et le régime pro-soviétique en Afghanistan.

Or nous savons qui étaient ces miliciens soutenus par l'Occident en qualité de combattants de la liberté : le Talibans, Ben Laden et al Qaïda et une série de seigneurs de la guerre âpres au gain.

Les mêmes que les Etats Unis affirment combattre aujourd'hui dans le cadre de la guerre contre le terrorisme !
Les mêmes que le parti de la guerre dont la figure patriotique est John McCain soutient en Syrie !

Citant les moudjahidine soutenus par Ben Laden, McCain donne les pires arguments possibles en faveur de livraisons d'armes à l'armée ukrainienne

par Sam Sacks, The District Sentinel (USA) 26 février 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri

En essayant de ridiculiser un officiel de l'armée pendant une audition devant la Commission sénatoriale des Forces Armées, le Sénateur John McCain (Républicain, Arizona) a proposé une analyse incroyablement inexacte de l'histoire récente pour justifier la livraison d'armes offensives au gouvernement ukrainien pour combattre les séparatistes soutenus par la Russie.

« C'est un défi à la logique, » a déclaré jeudi le Sénateur McCain pendant l'audition, en référence à l'assertion du Général Vincent Stewart selon laquelle les Etats Unis ne se seraient pas en mesure de livrer suffisamment rapidement des armes offensives à l'armée de Kiev pour changer le sort des armes en Ukraine orientale.
« Nous pouvons les mettre dans des avions et les envoyer là bas – comment pouvez vous justifier une telle déclaration ? a ajouté McCain.

Stewart, qui s'exprimait au côté du Directeur du renseignement national à l'audition sur les menaces mondiales, a présenté une analyse qui donne matière à réflexion sur la situation à laquelle les Etats Unis seront confrontés s'ils décident d'inonder d'armes supplémentaires le champ de bataille déjà meurtrier du Donsbass.
« La Russie et les séparatistes ont des lignes en profondeur qui leur permettent de rééquiper beaucoup plus vite avec des armes plus lourdes que ce que nous pouvons livrer, » a déclaré le Général Stewart au Sénateur.
« Ce serait une course pour voir qui peut armer et je pense qu'avec leurs lignes terrestres ils auraient un avantage significatif sur le terrain, » a-t-il ajouté.

Irrité par l'analyse du Général, McCain a évoqué l'intervention militaire soviétique en Afghanistan dans les années 1980 comme une histoire réussie de ce qui se passe quand les Etats Unis livrent des armes dans une guerre par procuration contre les Russes.
« Je suis sûr que les Russes disposaient d'un avantage significatif quand ils ont envahi l'Afghanistan. Je suis sûr que nous avons vu quelles ont été les conséquences tout au long de l'histoire, quand nous avons aidé des peuples qui avaient été envahis et opprimés et quand nous ne l'avons pas fait. »

Dans le cas de l'Afghanistan, les conséquences, qui ont été rapportées de manière exhaustive furent l'ascension des Talibans et des décennies de guerre, avec plus de 13 ans d'engagement militaire des Etats Unis contre exactement les mêmes gens que ceux que le Pentagone avait armé secrètement dans les années 1980 – des militants parmi lesquels Ben Laden en personne.

Si la livraison d'armes aux rebelles afghans a sans doute contribué à l'effondrement de l'Union Soviétique suite à sa mésaventure militaire, elle a aussi semé les graines qu'ont suivies les Etats Unis des années plus tard quand ils sont partis sur les traces des Soviétiques pour aller en guerre en Afghanistan, à ce jour la plus longue guerre de l'histoire de notre pays.

L'histoire récente, en Irak, en Libye et en Syrie prouve à nouveau que inonder le monde avec des armes a débouché sur des conséquences imprévues et, tragiquement, à plus d'effusion de sang dans les conflits.

En effet, nous avons vu quelles ont été les conséquences, Monsieur le Sénateur.

jeudi 19 février 2015

Robert Ford, celui qui voulait armer les "rebelles" en Syrie, reconnaît maintenant qu'ils ne représentent rien

Dans la famille Ford, on connaît le cinéaste John Ford (un pseudonyme en réalité), l'acteur Harrisson Ford et le critique de cinéma Charles Ford.

Un nom qui semble prédestiner à exercer une activité en rapport avec le cinéma !

Et quand on n'est pas dans le cinéma spectacle, on joue aux cow-boys et aux Indiens pour de vrai en poussant à la guerre civile, ce qu'a fait avec entrain et ténacité l'ancien ambassadeur des États Unis en Syrie, un certain Robert Ford.
Robert Ford a un petit quelque chose de George W. Bush
Robert Ford a un petit quelque chose de George W. Bush
Robert Ford était en poste à Damas au moment où les premiers troubles ont agité la Syrie, Plutôt que de se contenter de rendre compte à son gouvernement de l'évolution de la situation quitte à rappeler aux autorités locales comment les États Unis concevaient un règlement politique de la crise, Robert Ford s'est immédiatement attelé à attiser les tensions et à bien faire comprendre qu'un révolution à la libyenne trouverait un entier soutien à Washington.

C'est exactement ce qui s'est passé et comme en Libye, la France et le Royaume Uni étaient chargés de jouer les utilités en tant qu'avant-garde de la communauté internationale.
Mais outre le fait que la leçon libyenne a parfaitement été retenue par le gouvernement syrien mais aussi par le gouvernement russe, les références idéologiques et les méthodes des « rebelles » n'ont pas tardé à renforcer le soutien populaire au pouvoir syrien.

L'idéologie et les méthodes sont les mêmes que celles des prétendus rebelles libyens mais comme en Libye, le régime syrien n'aurait pu être abattu que grâce à une intervention étrangère directe. Or cette dernière n'a pas été possible parce que l'armée gouvernementale ne s'est pas effondrée mais est restée au contraire motivée, et parce que la Russie comme l'Iran ont clairement fait connaître leur ferme opposition à une telle entreprise.

Les temps ont bien changé depuis 2011 et la fameuse opposition démocratique syrienne apparaît pour ce qu'elle est une nébuleuse de clients des pétromonarchies qui sont motivés surtout pas l'appât du gain. De fait, les pétromonarchies ont été très généreuses et leurs clients leur en donnent pour leur argent en matière de pillages, de destructions et de têtes coupées.
Aujourd'hui Robert Ford ne soutient plus la dotation en armes de l’opposition syrienne . Il n'a cependant pas renoncé à ses beaux projets pour la Syrie puisqu'il recommande l'envoi de soldats, pas nécessairement américains, précise-t-il.

On verra ce qu'il en sera étant donné que le parti de la guerre à Washington cherche maintenant à prendre prétexte de la force de l'Etat Islamique en Irak et au Levant pour demander une action militaire directe.
Les gens informés savent pourtant que les milices de la mouvance d'al Qaïda (et Daesh a été un moment affilié à cette organisation) ont joué un rôle prédominant très tôt dans l'histoire de la crise syrienne

par Hannah Allam, McClatchy Washington Bureau 18 février 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri

Washington – Robert Ford a toujours été un des plus chauds partisans des rebelles syriens à Washington, se démenant à l'intérieur d'une administration réticente en faveur de l'armement de rebelles modérés triés sur le volet pour combattre le régime brutal de Bachar Assad.

Ces dernières semaines, cependant, Ford, l'ancien ambassadeur des États Unis en Syrie qui avait fait la une quand il avait quitté le service de l'Etat il y a un an en critiquant sévèrement la politique de l'administration Obama, a renoncé à son appel à fournir des armes aux rebelles. Il est au contraire devenu de plus en plus critique à leur égard, les considérant comme incohérents et indignes de confiance parce qu'ils collaborent avec les djihadistes.

Cette volte-face qui fait murmurer parmi les spécialistes de politique étrangère et les personnalités de l'opposition syrienne à Washington, est un signe supplémentaire que l'option des rebelles soi-disant modérés a fait long feu et que le choix en Syrie se réduit au régime contre les extrémistes dans une guerre qui a tué plus de 200 000 personnes et en a déplacé des millions.

Dans la foulée de réunions avec les dirigeants rebelles en Turquie, Ford a expliqué dans une interview cette semaine pourquoi sa position a évolué: Sans un commandement central fort ou même d'entente entre les acteurs régionaux pour désigner le Front al Nosra Front affilié à al Qaida comme un ennemi, dit-il, les modérés auront peu de chances de devenir une force viable, que ce soit contre Assad ou contre les extrémistes. Il a estimé la fraction restante de modérés parmi les rebelles à moins de 20 000 hommes. Ils sont incapables d'attaquer et, en ce moment, ils sont «surtout dans des batailles défensives ».

Pour faire court : ça n'a aucun intérêt d'envoyer de l'aide au camp du perdant.

"Nous devons faire face à la réalité telle qu'elle est», a déclaré Ford, qui collabore maintenant avec le Middle East Institute à Washington. «Les gens que nous avons soutenus n'ont pas été assez forts pour tenir leur terrain contre le Front al Nosra."

Le ton de Ford sonne aujourd'hui comme celui d'une personne différente de l'optimiste qui, il y a seulement six mois, écrivait un essai de politique étrangère qui commençait ainsi: "Ne croyez pas tout ce que vous lisez dans les médias: Les rebelles modérés de la Syrie ne sont pas finis. Ils ont gagné du terrain dans plusieurs parties du pays et ont rompu publiquement à la fois avec la filiale d'Al-Qaïda qui opère sur place et avec les djihadistes de l'Etat islamique ".

Maintenant,pourtant, dans les tables rondes et dans ses conférences, Ford accuse les rebelles de collaborer avec le Front al Nosra, la branche d'al-Qaïda en Syrie que les USA ont déclaré organisation terroriste depuis plus de deux ans. Il dit que les luttes intestines de l'opposition se sont aggravées et il déplore le fait que des organisations extrémistes dominent désormais dans la plupart des territoires qui échappent au contrôle du régime syrien.

Ford affirme que le problème tient en partie à ce que que trop de rebelles - et leurs parrains en Turquie et au Qatar - ont insisté pour dire que le front al Nosra était une force anti-Assad indigène, alors qu'en fait c'était une branche d'Al-Qaïda dont l'idéologie était pratiquement indiscernable de celle de l'État islamique. L'administration Obama a déjà eu toute une série de déconvenues concernant des fournitures données aux rebelles qui se sont retrouvées entre les mains d'organisations désignées comme terroristes par les États Unis.

« Le front al Nosra est tout aussi dangereux, et pourtant ils prétendent que ce sont des gens biens, ils sont Syriens, » déclare Ford. « Le deuxième problème est que notre matériel a échoué chez eux. »
En même temps que ses appels à armer les rebelles se faisaient de plus en plus fables, Ford s'exprimait plus vigoureusement sur les relations entre les rebelles et le front al Nosra, chose que les officiels américains avaient préféré ignorer, du moins publiquement.

Lors d'un séminaire le mois dernier en présence d'un public auquel participaient des figures importantes de l'opposition syrienne avec lesquels il avait travaillé pendant des années, Ford a commencé par un préambule d'avertissement que ce qu'il allait dire était "ne serait pas populaire» parmi la partie de l'assistance appartenant à l'opposition syrienne.

Il s'est ensuite lancé dans un acte d'accusation des rebelles modérés, leur disant sans ménagement qu'ils pouvaient oublier l'aide extérieure aussi longtemps que ils continueraient à collaborer avec le front al Nosra. Il a laissé entendre que les responsables américains qui les soutenaient s'étaient lassés de devoir les couvrir auprès de l'administration et d'une opinion publique américaine qui sont sceptiques quant à une implication plus grande des États-Unis en Syrie.

"Pendant longtemps, nous avons détourné le regard pendant que le Front al Nosra et les groupes armés sur le terrain, dont certains reçoivent de l'aide de notre part, coordonnaient leurs opérations militaires contre le régime", a déclaré Ford. "Je pense que ces jours où nous regardions ailleurs sont terminés."

La plupart des membres de l'auditoire étaient familiers avec l'historique de Ford sur le dossier syrien, et ils avaient été visiblement surpris de ces paroles de remontrances; ils le connaissaient comme un défenseur acharné des rebelles, quelqu'un qui avait mis fin à une longue carrière diplomatique il y a un an ce mois-ci avec des propos acerbes sur le refus de l'administration Obama de les armer. Ford est souvent décrit comme le premier haut fonctionnaire à s'être exprimé aussi ouvertement contre la politique américaine envers la Syrie; la Maison Blanche est toujours furieuse contre sa décision de passer outre le devoir de réserve.

Ford n'a pas assoupli sa position sur la responsabilité des États Unis dans la catastrophe syrienne – il présente toujours la politique américaine comme un « immense ratage » et «un échec singulier » - mais maintenant, il n'épargne pas aux rebelles leur part de responsabilité. Il n'est guère patient devant l'argument selon lequel ils étaient forcés de collaborer avec le front al Nosra et d'autres partenaires infréquentables à cause des promesses d'assistance non tenues par l'Occident. Il faut qu'on s'accorde, dit-il, sur le fait que al Qaïda est hors-jeu comme partenaire.

« Il devient impossible d'aligner une opposition efficace quand personne n'est d'accord sur qui ou quoi est l'ennemi, » dit-il.

Ford considère que la dernière approche américaine consistant à laisser tomber l'ancien modèle de rébellion pour construire une nouvelle force paramilitaire triée sur le volet pour se concentrer sur la lutte contre l'Etat islamique était vouée à l'échec ; les rebelles syriens sont plus motivés par la destitution d'Assad que par le combat contre les extrémistes pour le compte de l'Occident, et il y a bien trop peu de combattants pour prendre le projet au sérieux.
« L'effectif [de combattants] est encore trop réduit, » dit-il. « Que feront-ils avec 5 000 hommes ? Ou même avec 10 000 dans un an ? Qu'est-ce que ça pourra faire ? »

Le régime Assad veut de présenter lui-même comme une alternative [à al Qaïda et à Daesh], mais Ford explique que l'armée syrienne a été très affaiblie et qu'il est douteux que le régime puisse mener une campagne victorieuse contre les extrémistes. Et puis il y a les retombées politiques et morales qui découleraient d'une détente des relatiosns de l'Amérique avec un homme que des dirigeants américains décrivent depuis 2011 comme un boucher qui a perdu toute légitimité à gouverner.

Ford affirme que le moment est venu pour les dirigeants américains et leurs alliés d'avoir une discussion sérieuse sur l'envoi de « troupes sur le terrain, » tout en ajoutant aussitôt que ces combattants ne doivent pas être forcément américains. Il considère que seule une force terrestre professionnelle peut débarrasser la Syrie des djihadistes.

Et toute action parallèle pour bâtir un mouvement rebelle local devrait se faire de manière rationnelle à travers un commandement central et un canal hiérarchique syrien, dit-il. Les partenaires internationaux, déclare Ford, doivent renoncer au cadre de fonctionnement « insensé » actuel dans lequel chaque puissance régionale financent dans l'anarchie un écheveau d'organisations clientes qui, dit-il, serait du plus haut comique si les conséquences n'en étaient pas si tragiques.

Et si cette démarche ne peut pas être mise en place, déclare l'homme connu pour plaider en faveur d'une plus grande implication des États Unis, « alors nous n'avons plus qu'à nous retirer et dire que nous ne pouvons rien faire pour la Syrie. »

lundi 25 août 2014

L'Etat Islamique en Irak et au Levant fruit d'une erreur stratégique des Etats Unis?

Intéressant cet article qui attire l'attention sur les liens entre les organisations "djihadistes" qui font beaucoup parler d'elles en ce moment, notamment en Irak, et les appareils politico-militaires des principales puissances occidentales, c'est-à-dire les Etats Unis, la Grande Bretagne et bien sûr la France (la France UMP comme la France PS faut-il préciser).
L'auteur de l'article, une universitaire, pense que les accointances entre le gouvernement  des Etats Unis et les organisations comme le Front al Nosra sont des erreurs qui viennent répéter d'autres erreurs du même type commises en Libye et en Afghanistan.
Je ne sais pas vous, mais je ne crois pas qu'on se trouve présentement devant des "erreurs" stratégiques parce que je vois mal des officiers du Pentagone répéter en un laps de temps très court des erreurs dont les militaires américains sur le terrain ont eu à payer le prix pour des gains stratégiques finalement minimes (la dislocation de l'URSS ne s'est effectivement pas jouée en Afghanistan mais sur le terrain économique et la rébellion des républiques d'Europe orientale, Pologne en tête).
Si ces prétendues erreurs sont répétées, c'est qu'elles satisfont à une démarche autre que celle qui est affichée par le gouvernement des Etats Unis. Et cette démarche est celle des néoconservateurs dont Robert Parry a montré la persistance de l'influence dans l'administration Obama.
Ces néoconservateurs, qui peuvent être Démocrates ou Républicains, sont avant tout motivés par ce qu'ils jugent être l'intérêt de l'entité sioniste. Pour eux, cet intérêt réside avant tout dans l'affaiblissement des dernières structures ou régimes politiques qui représentent un obstacle à la domination sioniste dans la région.
Les structures et régimes dont nous parlons ici sont le Hezbollah libanais, la Syrie baathiste et la république islamique d'Iran.
C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre la situation en Irak dont le gouvernement de Nouri al-Maliki était un allié très proche du régime iranien, la démission de ce dernier ayant ne l'oublions pas été posée comme préalable à toute assistance par les autorités américaines. Dans l'hypothèse de la confirmation d'un dégel entre Washington et Téhéran, l'Etat Islamique en Irak et au Levant est l'instrument qui pourrait permettre d'annuler en partie le gain stratégique de l'Iran en sortant l'Irak de sa sphère d'influence.

Les terroristes qui nous combattent en ce moment ? Nous venons juste de finir de les entraîner.

Non, l'ennemi de notre ennemi n'est pas notre ami.
par Souad Mekhennet, The Washington Post (USA) 18 août 2014 traduit de l'anglais par Djazaïri
Souad Mekhennet
      Souad Mekhennet
Souad Mekhennet, co-auteure de “The Eternal Nazi,” est professeur auxiliaire à Harvard, John Hopkins et au Geneva Centre for Security policy.
Au cours des dernières années, le président Obama, ses amis européens, et même certains alliés du Moyen-Orient, ont soutenu des «groupes rebelles» en Libye et en Syrie. Certains de ces groupes ont reçu une formation, un soutien financier et militaire pour renverser Mouammar Kadhafi et combattre Bachar al Assad. C'est une stratégie qui suit le vieil adage, "L'ennemi de mon ennemi est mon ami», et elle a été l'approche des Etats Unis et de leurs alliés depuis des décennies quand il fallait décider de soutenir des organisations et des mouvements d'opposition.
Le problème est qu'elle n'est pas fiable du tout – et souvent pire que d'autres stratégies. Chaque année on voit de nouveaux cas de retour de flamme avec cette approche. L'échec le plus flagrant et le plus connu est celui de l'Afghanistan où certaines des organisations entraînées (et équipées) pour combattre l'armée soviétique sont par la suite devenues résolument hostiles à l'Occident. Dans cet environnement, al Qaïda avait prospéré et établi les camps où les auteurs des attentats du 11 septembre avaient été préparés. Pourtant, au lieu de tirer des leçons de leurs erreurs, les Etats Unis persistent à les répéter.
Washington et ses alliés ont aidé des organisations dont les membres avaient dès le départ des idées anti-américaines ou anti-occidentales ou qui avaient été attirés par ces idéees dans le temps du combat. Selon des entretiens réalisés avec des membres d'organisations militantes, comme l'Etat Islamique en Irak et le Front al Nosra en Syrie (qui est affilié à al Qaïda), c'est exactement ce qui s'est passé avec certains des combattants en Libye et même avec des factions de l'Armée Syrienne Libre (ASL).
"Dans l'Est de la Syrie, il n'y a plus d'Armée Syrienne Libre. Tous ceux qui étaient dans l'Armée Syrienne Libre [dans cette région] ont rejoint l'État islamique ", dit Abu Yusaf, un haut cadre militaire de l'Etat islamique, qui a fait l'objet d'un article d'Anthony Faiola la semaine dernière dans le Washington Post.
L'Etat Islamique est jusqu'à présent celui qui a le mieux réussi, contrôlant les principaux champs pétroliers et gaziers en Syrie. Il a aussi amassé beaucoup d'argent, d'or (pris dans les banques des zones sous son contrôle) et d'armes au cours de ses combats contre les armées syrienne et irakienne ; « Quand l'armée irakienne a fui Mossoul et d'autres zones, elle a laissé derrière elle le bon matériel que les Américains lui avaient donné, » explique Abu Yusaf.
« De l'Etat Islamique à l'armée du Mahdi, on voit des organisations qui ne sont à la base pas de nos amies mais qui montent en puissance parce que nous avons mal géré les situations, » affirme un haut responsable américain des services de sécurité qui s'est exprimé sous condition d'anonymat.
Certains officiels de services de renseignements arabes et européens ont aussi expprimé leurs inquiétudes et leur frustration à propose de ce qu'ils qualifient d'erreurs commises par les Etats Unis dans la gestion des soulèvements dans les Etats arabes. « Nous avons été tr-s vite informés de l'utilisation par des organisations extrémistes du vide laissé par le Printemps arabe, et du fait que cerains de ceux que les Etats Unis et leurs alliés avaient entraînés pour combattre pour la 'démocratie' en Libye et en Syrie avaient un agenda djihadiste - - et avaient déjà rejoint ou rejoindraient par la suite le Front al Nosra ou l'Etat Islamique, » déclarait un haut responsable arabe du renseignement dans une récente interview. Il affirmait que ses homologues américains lui disaient souvent des choses comme, « Nous savons que vous avez raison, mais notre président et ses conseillers à Washington n'y croient pas. » Ces organisations, disent des officiels de services de sécurité occidentaux, sont des menaces non seulement pour le Moyen Orient mais aussi pour les Etats Unis et l'Europe, où ils ont des membres et des sympathisants.
Les dires des officiels ont été corroborés par des membres de l'Etat Islamique au Moyen Orient et hors du Moyen Orient, dont par Abu Yusaf, le responsable militaire. Dans plusieurs entretiens conduits ces deux derniers mois, ils ont décrit comment l'insécurité pendant le Printemps Arabe les a aidés à recruter, à se regrouper et à utiliser la stratégie occidentale –consistant à soutenir et à entraîner des organisations qui combattent les dictateurs – dans leur propre intérêt. « Il y avait [aussi]... quelques Britanniques et Américains qui nous entraînaient pendant le Printemps Arabe en Libye, » dit un homme qui se désigne lui-même sous le nom d'Abu Saleh et qui n'a accepté d'être interviewé qu'à condition que son identité reste secrète.
Abu Saleh, originaire d'une ville près de Benghazi, affirme que lui et un groupe d'autres Libyens ont reçu un entraînement et un soutien de la part des armées et des services secrets de la France, de la Grande Bretagne et des Etats Unis – avant de rejoindre le Front al Nosra ou l'Etat Islamique. Des sources militaires arabes et occidentales interrogées pour cet article ont confirmé les dires d'Abu Saleh sur « l'entraînement » et « l'équipement » fournis aux rebelles en Libye pendant les combats contre le régime de Kadhafi.
Abu Saleh a quitté la Libye en 2012 pour la Turquie et s'est ensuite rendu en Syrie. « D'abord, j'ai combattu dans les rangs de ce qu'on appelle 'Armée Syrienne Libre' mais je suis ensuite passé avec al Nosra. Et j'ai déjà pris la décision de rejoindre l'Etat Islamique quand mes blessures seront guéries, » déclare cet homme de 28 ans depuis un hôpital en Turquie où il reçoit des soins médicaux. Il a été blessé au cours d'une bataille avec l'armée syrienne, dit-il, et a été amené en Turquie sous de faux papiers. « Certains des Syriens qu'ils [les Occidentaux] ont entraîné ont rejoint l'Etat Islamique, d'autres le Front al Nosra, » dit-il en souriant. Il ajoute, « Quelques fois, je plaisante à la cantonade en disant que je suis un combattant fabriqué par l'Amérique. »
Pendant longtemps, des Etats arabes et occidentaux ont soutenu l'Armée Syrienne Libre non seulement avec de la formation mais aussi avec des armes et d'autres matériels. Le commandant de l'Etat Islamique, Abu Yusaf, ajoute que les membres de l'Armée Syrienne Libre qui avaient reçu un entraînement – par des officiers d'armées arabes, des armées turque et américaine dans une base américaine dans le sud de la Turquie – ont maintenant rejoint l'Etat Islamique. « Maintenant, beaucoup des membres de l'ASL que l'Occident avait entraînés rejoignent nos rangs, » dit-il en souriant.
Ces militants se préparent pour le moment où les gouvernements occidentaux agiront. « Nous savons que les Etats Unis s'en prendront à l'Etat Islamique à un moment donné, et nous y sommes prêts. Mais ils ne devraient pas sous-estimer la réponse qu'ils recevront, » déclare un sympathisant de l'Etat Islamique en Europe qui se présente sous le nom d'Abu Farouk. Il ajoute que le « soutien inconditionnel » des Etats Unis pour le gouvernement du premier ministre sortant Nouri al Maliki qui, dit-il, a opprimé les Irakiens sunnites, et les « cajoleries » de l'Amérique à l'égard de l'Iran, qui est majoritairement chiite, ont fait de l'Etat Islamique une alternative plus attractive pour certains sunnites mécontents de ce deux poids deux mesures.
« Grâce au Printemps Arabe et à l'Occident qui combat tous ces dirigeants pour nous, nous avons eu assez de temps pour nous développer et recruter au Moyen Orient, en Europe et aux Etats Unis, » déclare Abu Farouk. Il sourit et observée une pause de quelques secondes. « En fait, nous devrions dire, merci M. le président. »

mercredi 11 juin 2014

D'une guerre en cours à la prochaine, les succès foudroyants de l'Etat Islamique en Irak et au Levant

En difficulté en Syrie, les miliciens de l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL) refluent en Irak qui est devenu une priorité pour l'Arabie Saoudite depuis les tentatives de rapprochement entre l'Occident et l'Iran.
Après avoir piétiné un certain temps, ces milices ont réussi à s'implanter dans la ville de Falloujah il y a quelques mois et remportent maintenant des succès militaires foudroyants devant une armée irakienne qui s'est complètement débandée permettant à l'EIIL de s'emparer de Mossoul, une importante métropole  irakienne et d'importants sites civils (aéroport, chaînes de télévision...) et  militaires (base aérienne, arsenaux...).
Le comportement de l'armée irakienne, pourtant équipée et formée par les Etats Unis, n'augure rien de bon pour le gouvernement de Nouri al Maliki qui pourrait se trouver bientôt dans une situation critique.
Restera alors à savoir si les Iraniens resteront les bras croisés. Le risque de conflagration régionale qu'on avait cru voir s'éloigner définitivement avec la détente entre l'Iran et l'Occident redevient d'une actualité plus brûlante que jamais.

Les djihadistes islamiques se sont emparés de la deuxième plus grande ville d'Irak... Pourtant al Qaïda n'existait même pas en Irak avant l'invasion américaine

WashingtonsBlog (USA) 11 juin 2014 traduit de l'anglais par Djazaïri
L'idiotie de la politique américaine a rendu al Qaïda plus fort que jamais

La « guerre contre la terreur » menées par les USA a accru le terrorisme

Voici le nombre d'attentats terroristes en Irak entre 1979 et 2011 fourni par le National Consortium for the Study of Terrorism  Responses to Terrorism Global Terrorism Database (qui fait partie d'un programme gouvernement – université à l'University of Maryland) :
graphique
Al Qaïda n'existait même pas en Irak avant l'invasion de ce pays par les Etats Unis. Et la politique américaine en Libye est partiellement responsable d'un afflux de terroristes d'al Qaïda – et d'armes lourdes – en Irak.

Et maintenant les choses sont en train d'empirer considérablement...

Vous n'en avez peut-être pas entendu parler, mais les alliés d'al Qaïda ont pris le contrôle de la ville irakienne de Falloujah il y a six mois.
Et aujourd'hui, des extrémistes liés à al Qaïda en Irak ont pris le contrôle de la deuxième plus grande ville irakienne, l'important centre pétrolier de Mossoul.
(Les djihadistes se désignent eux-mêmes « L'Etat Islamique d'Irak et de Syrie » – ou du Levant – EIIL Le f ait que les Etats Unis soutiennent al Qaïda en Syrie est probablement un facteur de continuité).
Pour aggraver les choses, l'armée irakienne a fui, de sorte que les militants ont mis la main sur d'importantes caches d'armes fournies par les USA, dont des Humvees [véhicules tout terrain] :
Un membre de l'Etat Islamique en Irak et au Levant inspecte un véhicule blindé pris à l'armée irakienne
Un membre de l'Etat Islamique en Irak et au Levant inspecte un véhicule blindé pris à l'armée irakienne
L'agence de presse McClatchy observe que les extrémistes ont mis la main sur :
Un aéroport civil, un aérodrome militaire, le quartier général d'une division militaire, un poste frontière avec la Syrie, un dépôt d'armes, des locaux administratifs, des banques et des chaînes de télévision.

Conflict Reporter tweete:

#VIDEO INCROYABLE... #l'EIIL s'empare du quartier général de l'armée irakienne à #Mossoul, prend/détruit tous les #MRAPs#US [les MRAP sont des véhicules blindés conçus pour résister aux mines].
vidéo
Ils se sont aussi emparés d'un ou de plusieurs hélicoptères Blackhawk. Comme le tweete Conflict Reporter :
#L'aérodrome de Mossoul est d'habitude plein d'hélicoptères #Blackhawk et #Kiowa. Reste à voir combien ont fini ennnntre #les mains de l'EIIL.
Base aérienne de Mossoul
Base aérienne de Mossoul

Une personne tweete:

Black Hawk, une des prises faites par #EIIL. #Mossoul #Irak
Blackhawk tombé aux mains de l'EIIL
Blackhawk tombé aux mains de l'EIIL
des scènes surréalistes à #Mossoul,#Irak avec des soldats entraînés par les USA qui ont laissé derrière eux leurs uniformes et ont fui #EIIL vers #le Kurdistan.pic.twitter.com/eUyL65lnWa

fuite
Les soldats irakiens jettent l'uniforme en s'enfuyant
Et un énorme chaos avec les civils qui essayaient de fuir. Comme le rapporte la BBC :
Les civils fuient Mossoul en masse
Les civils fuient Mossoul en masse
Environ 150 000 personnes auraient fui la ville irakienne de Mossoul après da prise de contrôle par des militants. http://bbc.in/SurMVl pic.twitter.com/6MzMlp59me


Dernière minute : les djihadistes se sont aussi emparés de Tikrit.