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mercredi 30 mars 2011

La résolution 1973 et le fiasco de la diplomatie sud-africaine

La crise libyenne a au moins ce mérite d'agir comme un révélateur puisqu'elle a permis de voir le vrai visage de gens prétendument de gauche, hostiles parait-il au néocolonialisme, ainsi que celui d'Arabes supposés démocrates qui attendent en réalité que la démocratie et la liberté leur soient fournies dans un paquet cadeau livré non par un avion de l'aéropostale mais par un Tornado ou un F16. Il paraîtrait même que les avions chargés de bomber le mot "liberté" sur le sol libyen rivalisent d'efficacité pour plaire à d'éventuels consommateurs du produit.

Si de nombreux gauchistes Européens ont montré leur inconséquence, de nombreux pseudo démocrates du monde arabe ont donné dans l'abject. Des gens colonisables hier comme aujourd'hui car le diagnostic établi par Malek Bennabi reste d'une cruelle actualité.

Cette crise a eu aussi le don d'agir comme révélateur des graves lacunes de la diplomatie sud africaine. Comme on le sait, l'Afrique du Sud joue déjà un rôle très important sur le continent africain et aspire, avec quelque raison, à jouer un rôle plus significatif sur la scène mondiale. Et l'adoption de la résolution 1973, qu'elle a votée avant de s'en mordre les doigts quelques jours plus tard, a montré la naïveté de la mission diplomatique de ce pays au Conseil de Sécurité de l'ONU où il siège en tant que membre non permanent.

L'article du Mail & Guardian que je vous propose tente d'analyser les raisons de ce loupé diplomatique. On retiendra que, comme le rappelle une diplomate Européenne, les délégations avaient tout loisir de consulter leurs spécialistes de la défense pour prendre la mesure des implications militaires du projet de résolution. D'où nous comprenons que les diplomates Sud-Africains ne l'ont pas fait. La même diplomate explique d'ailleurs aux Sud-Africains que s'ils avaient su lire le texte de la résolution, la mort de civils du fait des bombardements des forces occidentales était inscrite en toutes lettres.

On apprend (moi tout du moins) par ailleurs que des efforts de paix engagés par un comité 'désigné par l'Union Africaine ont été court-circuités  par la résolution 1973. L'Afrique du Sud figurait dans ce comité...

Par Mandy Rossouw, The mail & Guardian (Afrique du Sud) 25 mars 2011 traduit de l'anglais par Djazaïri

La position confuse de l'Afrique du Sud sur l'opération "Aube de l'Odyssée" contre la Libye a été un effet de choc en retour de la mauvaise réputation qu'elle s'était faite lors de sa première participation en qualité de membre du Conseil de Sécurité de l'ONU, ont affirmé ce weekend des sources diplomatiques sud africaines.

La délégation d'Afrique du Sud au Conseil a voté cette semaine en faveur d'une zone d'exclusion aérienne en sachant parfaitement que l'application de la résolution entraînerait des frappes aériennes. Au cours de son dernier passage en tant que membre non permanent sous Thabo Mbeki, l'Afrique du Sud s'était attire les foudres en raison de son indifférence apparente pour la cause des droits de l'homme dans des pays comme le Zimbabwe ou la Birmanie.

Des diplomates Sud-Africains à New York insistent cependant pour dire que l'Afrique du Sud a vote la résolution la semaine dernière dans le but de protéger les civils des forces de Mouammar Kadhafi en Libye et que le vote n'était pas destiné à approuver implicitement une intervention militaire.

"Nous voulions faire cesser les frappes aériennes. L'idée était de mettre un terme aux tueries indiscriminées et de menacer Kadhafi en exigeant un cessez-le-feu, » explique Nomfanelo Kota, porte parole de la mission diplomatique sud africaine à New York. « Nous ne pouvons pas endosser la responsabilité de ce qui se passe maintenant. Nous savions que les gens n'avaient pas tous les mêmes idées ni les mêmes motivations derrière la tête, mais nous devions voter pour, sinon nous aurions été accuses une fois encore [de négliger les considérations relatives aux droits de l'homme] et on aurait dit que nous étions du côté de Kadhafi. »

Après le déroulement du vote mardi dernier, le gouvernement sud-africain a été fortement critiqué à l'interne par la Ligue des Jeunes de l'ANC qui a considéré que le pouvoir avait été donné à des forces non africaines alors que le conflit en Libye aurait dû être dénoué par l'Union Africaine. Un comité de nations africaines, dont l'Afrique du Sud, avait été constitué par l'Union Africaine pour s'occuper du problème libyen, mais ses démarches ont été sabordées par l'imposition d'une zone d'exclusion aérienne, ce qui signifiait que le comité ne pouvait plus se rendre en Libye pour effectuer une mission d'enquête.

Zuma prend ses distances
Le président Zuma a pris ses distances avec l'intervention militaire US-européenne dans le pays d'Afrique du Nord, en affirmant qu'elle avait excédé le mandat de l'ONU en mettant en danger la vie de civils. Une diplomate Européenne dont le pays a voté en faveur de la résolution a affirmé que cette explication ne tenait pas.

"Tout le monde sait que quand on parle de zones d'exclusion aérienne on parle d'usage de la force et d'intervention militaire," a déclaré la diplomate. « L'idée n'est pas seulement d'empêcher quiconque de survoler la zone concernée, mais aussi de détruire tous les matériels qui peuvent servir à tirer sur des avions."

Elle a expliqué que les pays avaient la possibilité, durant les deux semaines de discussion du dossier de consulter leurs spécialistes des affaires militaires sur ce à quoi il fallait s'attendre. La question des pertes civiles ne demandait pas beaucoup de jugeote dans la mesure où il n'existait aucune garantie qu'elles puissant être évitées pendant une opération militaire.

Un vieux routier de la diplomatie sud africaine établi à New York considère que le vote de la délégation sud africaine a aussi pu mettre la pression sur le groupe constitué par la Chine, le Brésil, la Russie et l'Inde qui se sont abstenus. Cependant, en tant que membres permanents, la Russie et la Chine auraient pu mettre un veto contre la décision. « Il sera intéressant de voir comment vont évoluer nos relations maintenant, » affirme le diplomate.

Kota a démenti une info du New York Times selon laquelle Susan Rice, ambassadrice des USA à l'ONU avait escorté l'ambassadeur d'Afrique du Sud Baso Sangu dans la salle où a été votée la résolution 1973. Les diplomates Sud Africains insistent pour dire que Sangu est arrivé à l'heure et n'a pas parlé avec Rice pendant la procédure d'adoption de la résolution.

Ils ont laissé entendre que les Etats Unis cherchaient à conforter l'image de Rice comme possible candidate au poste de Secrétaire d'Etat, actuellement tenu par Hillary Clinton, si le président Barack Obama obtient un deuxième mandat présidentiel.

La porte parole de l'ambassade US à Pretoria, Elizabeth Trudeau, a refusé de s'exprimer sur cette affaire. « Le plus important, c'est que l'Afrique du Sud s'est levée et a voté pour la résolution visant à protéger les civils sur le terrain," a-t-elle dit au Mail & Guardian.

David Zounmenou, chercheur à l' Institute for Security Studies de Pretoria affirme que l'Afrique du Sud aurait dû voir qu'une clause appelant à la protection des vies des civils par tous les moyens possibles, » comme il est prévu par la résolution laissait la porte ouverte à une intervention militaire.
Il affirme que l'Afrique du Sud a peut-être voulu "se racheter " après sa gestion de la crise ivoirienne. Jusqu'à récemment, l'Afrique du Sud refusait de reconnaître le vainqueur de l'élection Alassane Ouattara comme le président ivoirien légitime, contrairement au point de vue de nombreux pays africains et occidentaux.

"La politique étrangère sud africaine souffre d'incertitude et de faiblesses dans ses orientations, » explique Zounmenou. « Le problème réside dans le processus d'élaboration des décisions. Vous ne pouvez pas prendre une décision et ensuite vous rétracter. « Nous ne savons pas comment trouver l'équilibre entre nos intérêts nationaux et notre ambition de devenir un acteur clef dans les forums multilatéraux tels que l'ONU.

 

lundi 28 mai 2007

Azmi Bishara diffame-t-il l'entité sioniste en la comparant au régime d'apartheid. La réponse d'un spécialiste.

Ronnie Kasrils, le ministre Sud-Africain des services de renseignements, est issu d'une famille juive Balte et c'est un vétéran de la lutte clandestine contre l'apartheid dans son pays. Ses prises de position en faveur des Palestiniens et sa condamnation nette du sionisme irritent le lobby sioniste dans son pays et, bien sûr, les chefs du gang sioniste à Tel Aviv. Kasrils est un marxiste, ce qui ne l'a pas empêché, au cours d'une récente visite effectuée en Palestine occupée d'inviter officiellement en Afrique du Sud Ismaïl Haniyeh, le premier ministre Hamas de l'Autorité Palestinienne. C'est que Kasrils ne s'y trompe pas et sait parfaitement faire la différence entre un mouvement d'émancipation tel que le Hamas et l'idéologie sioniste qui charrie en son coeur même le racisme et l'apartheid. Et en tant que Sud-Africain, il sait parfaitement de quoi il parle. Ses propos apportent une réponse sans équivoque au Yedioth qui accuse Azmi Bishara, un membre Palestinien du parlement sioniste, de diffamer l'entité sioniste en la comparant au régime d'apartheid de l'ancienne Afrique du sud. Il faut aussi se souvenir qu'alors que l'entité sioniste était une alliée fidèle du régime d'apartheid, les pays arabes ont généralement soutenu l'ANC telle l'Algérie où Mandela avait pu recevoir une formation militaire. Laissons donc la parole à Ronnie Kasrils.
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(le texte provient du quotidien sud-africail Mail & Guardian du 21 mai 2007, via Random Pottins, le blog de l'historien Britannique Charlie Pottins) Traduit de l'anglais par Djazaïri
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Voyager en Palestine, dans la bande de Gaza et en Cisjordanie où je me suis rendu récemment, c'est faire un voyage surréaliste à rebours dans l'état d'urgence de l'apartheid. On se décourage à devoir passer par une myriade de checkpoints – plus de 500 en Cisjordanie. Ils sont contrôlés par des soldats lourdement armés, jeunes mais à l'air sinistre, nerveusement attentifs à chaque mouvement, les doigts sur la gâchette.
Heureusement pour moi, que du fait que je circulais dans un véhicule de l'ambassade d'Afrique du Sud avec des documents officiels et une escorte, les délais de passage étaient brefs. Balayer du regard les files de palestiniens à pied ou en voiture c'était comme voir les files d'attente silencieuses et tristes devant les bureaux de passage de l'ancienne Afrique du Sud.
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Le trajet d'une ville de Cisjordanie à une autre, qui pourrait prendre 20 minutes en voiture dure actuellement 7 heures pour les Palestiniens, soumis à de multiples vexations par de très jeunes soldats. Mon ami, la militante pour la paix Terry Boullata a quasiment abandonné son travail d'enseignant. Le monstrueux mur de l'apartheid s'interpose entre son domicile de Jérusalem Est et son école qui se trouvait de l'autre côté de la rue, lui imposant désormais un trajet d'une heure. Elle s'en tire mieux que les paysans de Qalqilya dont le bourg rural autrefois prospère est totalement cerné par le mur avec ses deux portes d'entrée. Ce sont les troupes d'occupation qui en ont la clef. Souvent elles ne sont même pas là pour permettre à quiconque d'entrer ou de sortir. Bethléem aussi est complètement enfermée par le mur avec deux points de passage. Les Israéliens ont ajouté l'insulte à la blessure en placardant les entrées avec des affiches pittoresques souhaitant la bienvenue aux touristes dans le lieu où est né le Christ.
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La « barrière de sécurité, » selon les termes israéliens, a autant pour but de briser le moral des hommes que de parquer les Palestiniens dans des ghettos. Comme un serpent, elle change de forme et coupe à travers les terres agricoles sous la forme d'une barrière d'acier et de fil de fer, avec des tours de guet, des fossés, des chemins de patrouille et des systèmes d'alarme. Elle aura 700 km de long et, d'une hauteur de 8 à 9 mètres par endroit, elle éclipse le mur de Berlin. La fonction de la barrière devient claire en rase campagne. Son tracé englobe de larges pans de la Cisjordanie pour incorporer en Israël les colonies juives illégales – dont certaines sont de grandes agglomérations – et annexer toujours plus de territoire palestinien.Les Israéliens affirment que l'objectif du mur est seulement de prévenir les attaques terroristes. Si c'était le cas, expliquent les Palestiniens, pourquoi n'a-t-il pas été construit le long de la frontière marquée par la ligne verte?
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On ne peut que souscrire à l'observation du ministre Sud-Africain Essor Pahad qui a déclaré : « Il est devenu parfaitement évident que le mur et les checkpoints ont pour rôle principal d'améliorer la sécurité des colons et de leur faciliter les choses. »La Cisjordanie, 22 % de ce qui fut la Palestine historique, a vu sa superficie réduite de 10 à 12 % pour ses habitants et est scindée en plusieurs fragments dont la vallée du Jourdain qui est une zone de sécurité pour les colons Juifs et l'armée israélienne. Comme le bande de Gaza, le Cisjordanie est de fait une prison hermétiquement fermée. Il est choquant de découvrir que certaines routes sont interdites aux Palestiniens et réservées aux colons Juifs. J'essaye vainement de me souvenir de de quoi que ce soit d'aussi obscène dans l'Afrique du Sud de l'apartheid. La bande de Gaza offre un paysage désolé de pauvreté, de crasse et d'infrastructures bombardées.
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De façon incongrue, nous avons pu prendre part à une réception donnée pour la journée de la libération de l'Afrique du Sud dans un restaurant avec vue sur le magnifique port et la plage. Des tirs résonnaient dans la rue, interrompant brièvement nos activités; c'étaient des milices ou d'autres groupes de personnes qui fêtaient la sortie d'hôpital d'un camarade blessé. De longues rangées de bateaux de pêche se balancent, inutiles, dans le port car les temps sont durs. Israël leur interdit de s'éloigner de plus de 3km de la côte rendant ainsi la pêche improductive. Pourtant, malgré tout, nos hôtes nous ont offert un banquet digne des meilleures traditions palestiniennes.
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Nous repartons par l'aéroport de Tel Aviv où un fonctionnaire Israélien repère mon accent. « Êtes-vous Sud-Africain? » me demande-t-il avec l'accent typique de la région de Gauteng. Ce jeune homme a quitté Benoni alors qu'il était enfant en 1985. « Comment est Israël? » lui ai-je demandé. « C'est un endroit pourri [fucked place], » dit-il en riant, « je pars bientôt pour l'Australie. » « De l'autre côté du miroir? » me suis-je dit. J'ai fait exactement comme Alice, je suis allé de l'autre côté du miroir dans un monde surréaliste qui est infiniment pire que l'apartheid. Dans quelques heures je serai en Irlande du Nord, invité à voir Ian Paisley et Martin MC Guinness prêter serment pour le partage du pouvoir à Stormont. Même PW Botha et Ariel Sharon n'ont jamais été aussi extrémistes que Ian Paisley dans sa période la plus belliqueuse et sectaire. L'Irlande a été sous la botte anglaise pendant 800 ans, le régime d'apartheid sud-africain a duré 350 ans. Le projet colonial sioniste remonte aux années 1880. La classe dirigeante israélienne, corrompue et dépourvue de vision, ne peut plus continuer à diriger à l'ancienne manière. Les Palestiniens ne sont pas disposés à rester plus longtemps sous oppression.
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Ce qu'il faut, c'est l'unité des Palestiniens derrière leur gouvernement élu renforcé pat les luttes des Palestiniens et des Israéliens progressistes avec le soutien de la solidarité internationale. Les exigences immédiates sont la reconnaissance du gouvernement d'unité nationale, le levée des sanctions économiques et du bouclage des territoires Palestiniens, la inde 40 ans d'occupation militaire et la reprise des négociations pour une solution avec deux ÉtatsRemarquons pour finir que l'invitation du premier ministre Ismaïl Haniyeh en tant que chef du gouvernement d'unité nationale a été saluée par le président Mahmoud Abbas et sera honorée par notre gouvernement. Comme ils disent en arabe : « Inch Allah si Dieu le veut].