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mercredi 29 janvier 2014

« Auschwitz n'appartient à personne »

C'est ce qu'expliquait en 1989 une Simone Veil attristée par l'installation d'un couvent de sœurs carmélites dans un bâtiment annexe du camp qui avait servi naguère à stocker le Zyklon-B, le fameux gaz toxique.
Carmel d'Auschwitz
Carmel d'Auschwitz
Cette ancienne ministre, aujourd'hui académicienne, présentée souvent comme un modèle de probité et de sagesse s'était exprimée ainsi :
Auschwitz ne peut être qu'un lieu de recueillement. Il n'appartient à personne. L'idée que ce lieu soit récupéré par des carmélites, même pour la prière, est insupportable, d'autant que les Polonais, depuis longtemps déjà, ont, progressivement mais volontairement, occulté l'extermination des juifs pour faire du camp le symbole du seul martyre national, et que les juifs avaient été abandonnés à leur destin par le monde entier.
On passera sur l'expression d'une rancune tenace à l'égard de la Pologne mais on s'étonnera par contre du fait que Mme Veil ignore que le recueillement est justement une des occupations favorites des sœurs carmélites qui se vouent à la contemplation !
Soeurs carmélites
Soeurs carmélites
1989, c'est quatre années après la création du Carmel, ce qui prouve la ténacité des opposants à la présence de ce Carmel, pour l'essentiel des adeptes du culte de la shoah, des prosélytes de la religion de l'holocauste.
Ces gens qui ne connaissent ni le pardon, ni l'oubli et sont doués d'une mémoire d'une plasticité prodigieuse ne renoncèrent pas et finirent par obtenir du Pape Jean-Paul II qu'il ordonne le départ des Carmélites en 1993, soit huit ans après leur installation.
C'était donc il y aune vingtaine d'années.
Simone Veil sera sans doute d'accord avec moi pour dire qu'Auschwitz est plus que jamais un lieu de recueillement et je ne doute pas qu'elle donnera de la voix pour protester contre ce qui se prépare en ce moment dans ce haut lieu de la souffrance juive.
On apprend en effet qu'une organisation juive ultra-orthodoxe annonce l'ouverture en avril prochain d'un « kollel » et d'un « kirouv » à Aushcwitz.
Un kollel, nous explique le blogueur de Failed Messiah, est une école supérieure religieuse et le kirouv un centre missionnaire voué à la « re-judaïsation » des âmes égarées, c'est-à-dire de ceux qui entretiennent un lien ténu avec la religion de leurs parents ou grands parents.
Le site Failed Messiah laisse entendre que les kirouvs animés par ces ultra-orthodoxes sont souvent des tromperies [« deceptive »] et ont donc une visée financière. Failed Messiah écrit que
« les rabbins ultra-orthodoxes vont s'attaquer directement aux enfants des Juifs non pratiquants et non orthodoxes qui viennent à Auschwitz – un lieu sanctifié par le sang et les cendres des millions qui ont été assassinés là-bas »
L'organisation religieuse à l'initiative du projet a lancé une souscription dont un dés véhicules est le courrier électronique avec la diffusion du placard de promotion reproduit ci-dessous :
Promotion du kollel et du kirouv d'Auschwitz
Comme on le voit dans la partie gauche du bandeau supérieur, l'institution s'appelle l'Auschwitz Jewish Memorial, exploitant donc directement l'impact du nom du lieu d'implantation.
On lit sur la partie droite du même bandeau :
Nous sommes fiers d'annoncer l'ouverture d'un kollel et d'un kirouv à Auschwitz
L'idée est qu'Auschwitz est un mémorial juif, c'est ce que nous dit la légende de la photo avec une étoile jaune précédant le mot « stories » = des histoires juives.
Sous le bandeau en forme de pellicule photo, on lit :
Rappeler le passé pour protéger l'avenir. Perpétuer et faire revivre la mémoire des six millions de victimes de l'holocauste par la prière et l'étude.
On nous précise aussi qu'on peur soutenir le projet en donnant de l'argent.
On lit dans le carré jaune en bas à droite :
Nous sommes ici.
Vivants, à Auschwitz.
Pour raconter l'histoire [story = récit, histoire de vie].
Six millions de vies.
Six millions d'histoires.
Sans oublier le copyright dans l'angle inférieur droit.
En cas d'absence de réaction de protestation de la part de Mme Veil, il faudra donc modifier légèrement sa phrase:
Auschwitz ne peut être un lieu de recueillement que pour les Juifs.

mardi 26 octobre 2010

Qui est au service de qui ?


Le rabbin Ovadia Yosef a déjà répondu à la question. Mais comme ici ou là, on nous dit qu'il s'agit d'un vieillard sénile, en dépit du fait qu'il est toujours actif et reste le chef spirituel du Shass, un parti qui siège au gouvernement qui préside en ce moment aux destinées du gang sioniste, il n'est pas inutile d'y revenir.
Notons que les réactions au post sur le rabbin Ovadia Yosef se sont focalisées, outre sur sa présumée sénilité, sur le titre qui ferait référence aux "protocoles des sages de Sion." Pourtant, force est de constater que le rabbin considéré est au sens propre du terme un Sage de Sion. Aucune réaction n'a porté sur les assertions du rabbin Ovadia Yosef, ni même sur le questionnement qui a animé ses cogitations. Ce questionnement est-il le propre de ce rabbin, où s'agit-il d'une question qui taraude plus profondément le judaïsme. Avant que Robert Redeker et Pierre André Taguieff daignent se pencher sur ce problème, voyons donc comment est traîtée la même question par des gens qu'on ne pourra pas qualifier de séniles.

Donc rendons-nous sur le site yechiva.com qui pose précisément cette question: Juifs / non--Juifs, qui est au service de qui ? Yechiva.com est le site web d'une école talmudique qui compte parmi ses enseignants le grand rabbin ou un polytechnicien auteur de l'article évoqué ci-après. Disons tout de suite que la réponse apportée diffère de celle donnée par le rabbin Ovadia Yosef.
Je note quand même que si la question est posée, c'est qu'elle a quelque pertinence dans le contexte des études talmudiques et qu'elle ne correspond pas à une quelconque lubie d'un étudiant qui n'a pas bien digéré les études bibliques.

Pour rester dans le style modeste qui sied  à un site consacré aux études religieuses, la question est reformulée de la sorte:
"l’idéal du Juif est-il d’étudier à plein temps dans un Kollel, ou d’aspirer à obtenir le prix Nobel ?"
puis:
doit-il rester concentré sur l’étude de la Thora, se considérer comme le gardien de celle-ci, rester fondamentalement séparé du reste de l’humanité, comme le veut la définition du peuple juif : « Mamlekhet cohanim vegoy kadoch » (Ex. XIX, 6) (un royaume de prêtres et un peuple saint/séparé) et laisser les non--Juifs pourvoir aux besoins matériels du monde ?

ou bien doit-il se mettre au service de l’humanité pour lui apporter ses lumières, comme ont pu le faire Moïse, Jésus, Freud, Marx ou Einstein ?
Notons au passage qu'au moins trois de ces prétendus Juifs ne l'étaient pas: Jésus n'était certes pas Juif, Freud était athée, Marx était non seulement athée mais issu de parents convertis au christianisme.
Notons aussi que le "peuple juif" se définit en tant que tel comme "séparé du reste de l'humanité".Ce qui explique en passant que nous avons l'antisémitisme d'une part (qui ne saurait être "nouvel" comme le prétend M. Taguieff car sa définition est contenue dans cette définition du "peuple juif" comme séparé) et le racisme (pour les autres).

Revenons en à la question qui se précise cependant et devient cette fois tout à fait terre à terre:
les Juifs doivent-ils se concentrer sur l'étude de la Thora et "laisser les non--Juifs pourvoir aux besoins matériels du monde ?"

Si un représentant d'une autre doctrine religieuse s'aventurait à poser ce genre de questions, essayons un peu d'imaginer le tollé qui en résulterait.

Mais bon, la question est posée et il faut y répondre.

Pour Yechiva.com, il existe une opposition Kollel (centre d'études religieuses)/ Nobel (savoir au service de l'humanité) qui correspond dans la tradition juive à la dialectique entre Juda et Joseph:

Dans la Sidra Vayigach, un dialogue s’engage entre Juda et Joseph. Juda, le chef de famille, celui qui porte l’étendard du particularisme juif, s’oppose à Joseph, le vice-roi d’Egypte, qui grâce à sa politique économique efficace nourrit l’humanité.

Bref Joseph, c'est Nobel et l'universel, Juda c'est kollel et le particularisme juif.
Benjamin incarne le point d'achoppement entre ces deux visions parce que la tribu de Benjamin est celle qui accueillera le Temple sur son territoire.

Suit une discussion sur l'origine des 39 travaux interdits pendant le sabbat. Ces 39 travaux seraient ceux qui ont été réalisés pour la construction du Tabernacle.
On nous précise cependant que le terme qu'on trouve dans la Torah est "melakha" qui signifie plus "oeuvre" que "travail" au sens de besogne:
La Melakha, c’est l’œuvre qui participe à la création de la demeure de D.ieu sur terre (le Michkan, c’est-à-dire le Tabernacle portatif des Hébreux dans le désert), c’est donc cette œuvre qui doit être arrêtée le jour du Chabbat.

On apprend ensuite que le chiffre 39 correspond aux 39 occurrences du mot melakha dans la Torah. Or, semble-t-il, un compte plus précis aboutit à 40 occurrences du mot. Une des occurrences est donc de trop, mais laquelle? Celle qui implique Joseph? Ou celle concernant l'apport des ustensiles au Tabernacle?

Mine de rien, c'est important:
L’enjeu de la signification de ces deux phrases est fondamental pour notre sujet.

Et pourquoi donc?

La réponse de yechiva.com a de quoi laisser perplexe:
On l’a dit, l’œuvre de Joseph dans le monde est de nourrir l’humanité et de mettre à disposition du monde le « génie juif ». C’est une première interprétation de la phrase incriminée « Vayavo habayta laasot melachto ».

Mais celle-ci peut également se comprendre autrement, et c’est un débat fameux dans la Guemara : la Melakha de Joseph peut aussi signifier la satisfaction de ses instincts sexuels avec la femme de Potifar, son maître. Si cette interprétation est exacte, cela signifie que la Melakha de Joseph ne peut être intégrée dans le compte des trente-neuf. Plus spécifiquement, cela veut également dire que la tentative du Juif de s’ouvrir à l’humanité est vouée à l’échec...

Je vous laisse poursuivre sur le site en question. Retenez simplement qu'il se garde, à la différence du rabbin Ovadia Yosef, de trancher la question  et souligne le caractère inévitable chez tout Juif d'une tension kollel/Nobel qui ne sera apaisée qu'avec l'avènement du Messie. Ce qui revient à dire que les Juifs doivent prendre leur part au travail ici bas (ouf!).  Et on ne peut pas trancher parce qu'on ne peut pas savoir si Joseph bossait au sens propre du terme ou s'il besognait la femme de son patron.

A aucun moment, la pertinence même de la question n'est cependant discutée.

Observons enfin que l'article ne répond pas vraiment à la question qu'il a posée puisque  logiquement quand des Juifs oeuvrent pour le monde, ils oeuvrent pour eux-mêmes également (ce qui est vrai de n'importe quelle communauté) et pas spécialement pour les non Juifs. Par contre, la question de l'éventualité que les non juifs soient ou pas au service des juifs n'est pas traitée du tout, sauf par allusion dans la reprise du questionnement initial déjà signalée: "laisser les non--Juifs pourvoir aux besoins matériels du monde ?"