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mercredi 28 septembre 2011

Libye: des images d'un jeu vidéo pour illustrer un documentaire

- Il y a quelques années de cela, le gouvernement de Mouammar Kadhafi avait soutenur l'IRA, l'Armée républicaine Irlandaise en lutte contre les autorités de Londres.
Ce soutien répondait autant à une conviction anticolonialiste qu'à un désir de nuire à une Grande Bretagne qui ne se privait pas de se mêler des affaires libyennes.
L'IRA est aujourd'hui un interlocuteur reconnu comme légitime par Londres et des accords de paix ont été conclus sous l'égide des Etats Unis.

Les choses en allaient autrement dans les années 1980 et la propagande médiatique donne justement l'occasion aux organes de presse britanniques de ressortir de vieux dossiers dont on croyait certains clos, comme l'attentat contre l'avion de ligne qui avait explosé au-dessus de Lockerbie en Ecosse causant la mort de 270 personnes.

La chaîne de télévision britannique ITV a donc choisi d'évoquer l'appui financier et matériel apporté par la Libye à l'IRA à l'époque dans un documentaire qui comprend une séquence filmée relative au crash d'un hélicoptère de l'armée britannique abattu en 1988 par des militants de l'IRA.

Le problème, relevé par la presse anglaise ou française comme le journal Le Figaro, c'est que la séquence choisie pour illustrer cet incident est tirée d'un jeu vidéo parait-il bien connu, Armed Assault 2.

La chose n'est pas passée inaperçue du fait précisément de la notoriété du jeu et de la qualité haute définition des images qui ne pouvaient donc dater d'une trentaine d'années.

La chaîne ITV a présenté ses excuses de la façon suivante:

"Il apparaît que durant le processus d'édition, les vraies images de l'incident de 1988 n'ont pas été sélectionnées et d'autres images ont été par erreur introduites dans le film par les producteurs", a reconnu un porte-parole d'ITV.
Des excuses qui rencontrent le scepticisme du seul lecteur du Figaro à avoir laissé un commentaire et qui observe:
Ce qui va plus loin qu'une erreur humaine, c'est que la scène contenue dans le documentaire a été manifestement reprise à partir d'une vidéo postée sur Youtube par un inconnu (lequel la présentait comme authentique, alors que c'était effectivement une séquence de démonstration du jeu Arma 2).
Comment ces images sont-elles passées, sans avoir fait l'objet d'aucune vérification, de Youtube à la table de montage d'une rédaction ?
Les réactions ont été plus nombreuses sur le site de Numerama dont le lectorat est constitué surtout de passionnés et connaisseurs de l'univers du numérique. Quelques exemples:

- Noea:

Mindo, le 28/09/2011 - 16:36
"Il apparaît que durant le processus d'édition, les vraies images de l'incident de 1988 n'ont pas été sélectionnées et d'autres images ont été par erreur introduites dans le film par les producteurs" a expliqué un porte-parole de la chaîne, qui a présenté ses excuses
Traduction :

"Les images du jeu étaient en HD, pas celles des archives. On ne pensait pas qu'on se ferait choper."

- Untel

Que ces images puissent être inclues dans ce documentaire par inadvertance... cela me paraît inconcevable!A mon avis les réalisateurs ont voulu faire un "effet de style" qui leur paraissait génial après leur ligne de coke. Une fois redescendu sur terre, ils ont du se rendre compte que c'était de très mauvais goût... et inventer cette explication a posteriori...
- Jemil:
Ah oui, quand même... Je pensais que le passage en question ne durait qu'une seconde ou deux, mais il est suffisamment longtemps pour qu'on s'aperçoive que ça cloche! Je sens qu'on va voir poindre d'ici peu des parodies sur le net avec des extraits de Doom 3, Duke Nukem et Serious Sam...


Il est vrai que cette guerre en Libye est difficile à rendre populaire malgré la "victoire" et tout le tralala. Les Anglais comme les Français voient seulement qu'on tue et qu'on détruit avec un argent qui serait plus utile pour les services sociaux, l'éducation, le soutien à l'activité économique etc. Le gain escompté au niveau électoral et de l'approbation des dirigeants politiques par l'opinion est loin d'être assuré.
Alors tous les moyens sont bons pour donner en quelque sorte de la contemporanéité à des faits qui appartiennent à une page de l'histoire que les Britanniques sont supposés avoir eux-même tournée. Une action de propagande parmi d'autres qui ont marqué la guerre contre la Libye dès le début (souvenez-vous de ces soldats Libyens dopés au viagra afin de violer en série femmes et enfants). C'est dans ces moments que l'on peut voir cette presse qui ronronne le plus souvent se transformer en redoutable machine de propagande qui en piège même parmi les plus avertis.

Et puis, à force de présenter la guerre comme un jeu vidéo, pouvait-on vraiment éviter de présenter un jeu vidéo comme étant la guerre elle-même?

vendredi 18 mars 2011

Nouvelle donne en perspective au Proche Orient


Cette nouvelle donne passera peut-être par le cadavre de Mouammar Kadhafi.

Ceci dit, il est tout bonnement incroyable  de voir comment les choses évoluent vite, où alors de manière souterraine de sorte que leur résultat nous surprend. Je vous parlais dans mon dernier post, de cette situation incongrue qui voyait Barack Obama, Nicolas Sarkozy et David Cameron faire alliance avec le Hezbollah pour l’adoption d’une résolution de l’ONU tournée contre le régime du colonel Kadhafi.

Une incongruité qui génère par ailleurs de l’inquiétude dans l’entité sioniste où on comprend parfaitement que les Etats Unis commencent à s’apercevoir que leur soutien aux cinglés de Tel Aviv (quel autre mot pour qualifier des gens qui revendiquent une terre en vertu d’une promesse divine ?) est plus un fardeau qu’un atout.

Le handicap que constitue ce fardeau sioniste avait déjà été constaté par les services de renseignements des Etats Unis quand ils avaient fourni leur estimation du danger nucléaire posé par le régime iranien. Leur estimation avait été vivement contestée par les personnes et organisations spécialisées dans la défense du sionisme aux Etats Unis.

Les mêmes services de renseignements sont en passe de laisser entendre qu’il serait dans l’intérêt des Etats Unis de discuter  avec les Talibans, que les Etats Unis affrontent directement en Afghanistan, et avec le Hezbollah libanais, avec lequel les Etats Unis ne sont pas en conflit, sauf par l’intermédiaire du régime sioniste.

Les préconisations des services de renseignements US sont tout simplement de bon sens et tôt ou tard, en tout cas progressivement, le gouvernement des Etats Unis sera amené à réaliser où sont ses intérêts, entre défendre une entité qui restera à jamais un corps étranger au Proche Orient, et soutenir les aspirations légitimes des peuples de la région à la paix et à la liberté. Les représentants du sionisme aux Etats Unis ne cesseront bien sûr de proclamer le contraire, mais seul l'avenir (hypothétique) de l'entité sioniste les intéresse.

En réalité, les tractations avec le Hezbollah on déjà commencé, tandis que, en dépit des rodomontades de part et d’autre, les discussions entre l’Iran et les Etats Unis sont une réalité depuis un certain temps.

Tout est dans cet article du Washington Post que je vous propose.

par David Ignatius, Washington Post (USA) 17 mars 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri


Dans un monde musulman qui change rapidement, l’administration Obama soupèse la meilleure façon de discuter avec des adversaires comme les talibans et, peut-être, le Hezbollah.
Un modèle pour l’administration, dans sa réflexion sur la prise de contact avec des ennemis, est le processus britannique de dialogue pendant les années 1990 avec le Sinn Fein, l’aile politique légale des terroristes de l’Irish Republican Army (IRA). Cette approche avait permis une percée dans les discussions de paix et un règlement d’un conflit qui faisait rage depuis plus d’un siècle.
Dans le cas des talibans, l’administration a affirmé à plusieurs reprises qu’elle cherchait une solution politique à la guerre en Afghanistan plutôt qu’une solution militaire. Cette formule semble parfois relever de l’incantation avec plus de 100 000 soldats US engagés dans les combats. Mais sa définition s’est précisée avec l’ouverture des portes pour un dialogue élargi par la secrétaire d’Etat Hillary Rodham Clinton.
Dans un discours du 18 février devant l’Asia Society, Clinton a subtilement modifié les conditions d’une participation des Talibans à des discussions de paix. Elle a répété les « lignes rouges pour la réconciliation » définies par l’administration –que les représentants Talibans renoncent à la violence, rejettent al Qaïda et respectent la constitution afghane. Mais au lieu d’en faire des préalables à des discussions, elle a dit que c’étaient  les « résultats nécessaires de toute négociation. »
Pour amener les insurgés Afghans vers la réconciliation, l’administration soutient un plan du président Hamid Karzai qui permettrait aux Talibans d’ouvrir un bureau à Kaboul ou peut-être hors d’Afghanistan, où les contacts seraient plus faciles. L’Arabie Saoudite a été évoquée pour accueillir ce site, mais un lieu plus probable serait la Turquie. Le gouvernement turc réfléchit actuellement à la question.
Des contacts discrets avec certaines personnalités Talibans ont déjà commence, selon un article de Steve Coll dans le New Yorker du mois dernier. Cette fuite a été considérée comme si sensible qu’un officiel soupçonné d’avoir divulgué l’information aurait été réprimandé.
Le principe directeur pour l’administration Obama est que la stratégie politique et diplomatique doit inspirer cette année la politique en Afghanistan, et non être déduite après-coup des opérations militaires. Voici comment la Maison Blanche présente les choses dans son analyse de ses politiques de décembre : « En 2011, nous intensifierons notre diplomatie régionale pour permettre à un processus politique de promouvoir la paix et la stabilité en Afghanistan. »
.Cette approche régionale a déjà donné les Etats-Unis à donner leur aval à deux rencontres sur l’Afghanistan en présence de représentants Iraniens – une à Rome l’an dernier et une à Djeddah en Arabie Saoudite le 3 mars, sous les auspices de la Conférence Islamique.
La question du Hezbollah reste fermée en termes de débat politique. Mais elle a fait l’objet d’une grande attention de la part de la maison Blanche ces dernières semaines en raison d’une nouvelle National Intelligence Estimate (NIE, analyse réalisée conjointement par les divers services de renseignements) en voie d’achèvement sur le Hezbollah.
Les officiels qui ont lu les versions provisoires de l’analyse expliquent qu’elle situe le Hezbollah dans son plus vaste contexte, en tant que force politique et sociale au Liban, en plus de sa milice désignée officiellement par les Etats-Unis comme « organisation terroriste étrangère. » Comme la plupart des NIEs, celle-ci contiendrait un large échantillon de points de vue, certaines analyses insistant sur le rôle politique croissant de l’organisation, dont sa représentation dans le gouvernement libanais.
La bombe à retardement politique dans la NIE est la question de savoir si les Etats-Unis devraient chercher à prendre langue, directement ou indirectement, avec le Hezbollah – du moins avec son aile politique. Des officiels favorables à une telle démarche soutiennent que cette organisation est comme l’IRA ou l’OLP – avec une composante non militaire susceptible d’être intégrée dans un dialogue.
Ces thèses dissidentes sur le Hezbollah ont été formulées publiquement par John Brennan, le conseiller de la maison Blanche en matière de contre terrorisme. En mai 2010, il l’a présenté comme « une organisation très intéressante » et déclaré que les Etats-Unis devraient essayer de « renforcer les éléments les plus modérés. » Et lors d’une conférence en août 2009, il a proposé ce raccourci : « Le Hezbollah a commencé comme une organisation purement terroriste au début des années 1980 et é évolué significativement avec le temps » pour disposer de membres au parlement et dans le gouvernement .du Liban.
Cette discussion à haut niveau sur le Hezbollah illustre ce qui fermente dans la réflexion des Etats Unis sur le Moyen orient qui est transformé par des soulèvements pour la démocratie. Les officiels préviennent que, pour le moment, la question du Hezbollah est un objet d’analyse pour les spécialistes du renseignement, pas pour les décideurs politiques. La maison Blanche admet avoir fort à faire avec la situation actuelle sans avoir à ouvrir une nouvelle question qui produirait des ondes de choc en Israël, en Arabie Saoudite et dans d’autres pays.
L’important est que, après des décennies  de guerres américaines au Moyen Orient, l’administration Obama cherche de plus en plus des voies pour dialoguer avec des adversaires et à les attirer dans un processus de dialogue. Le monde change et la politique des Etats Unis devrait peut-être aussi changer.