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vendredi 1 août 2014

La veuve d'un savant iranien assassiné par le Mossad parle

Même si l'actualité et nos cœurs restent du côté de Gaza, cet article porte sur un sujet moins brûlant mais qui a en définitive à voir avec la Palestine, comme beaucoup de choses qui se passent dans le monde arabe et plus largement dans le monde musulman.

Je ne publierai normalement plus rien avant fin août parce que je pars à l'étranger et que je n'aurai certainement pas la possibilité matérielle de bloguer.

Un article original, et même intéressant, qui donne la parole à l'épouse d'un des savants iraniens assassinés par les services secrets sionistes pour essayer de mettre en difficulté le programme nucléaire iranien et éventuellement décourager ceux qui collaborent à ce programme.

On regrettera cependant que l'auteur du papier parle de représailles iraniennes qui se seraient par exemple exercées en Inde contre un diplomate sioniste. Des représailles qui n'avaient fait que des blessés légers et tué personne.

La lgique commande pourtant à l'Iran de s'abstenir de faire des coups tordus dans un pays comme l'Inde qui est pour lui un partenaire absolument stratégique. Et l'accession récente au pouvoir à New Delhi du BJP, conservateur et nationaliste hindou, ne change rien à cette donnée parce que vu depuis Mumbai ou Delhi, l'Iran est aussi perçu comme un partenaire essentiel : rien moins que son accès aux marchés et aux ressources de l'Asie centrale ! Sans parler de l'intérêt du marché iranien lui-même.

Guerre secrèrt contre les savants atomistes iraniens : une veuve se souvient

L'épouse du premier scientifique à avoir été assassiné parle des craintes de plus en plus fortes de son mari vis-à-vis d'une nasse qui se refermait sur lui - et de sa rencontre peu avant son exécution avec le meurtrier formé par les Israéliens.
par Scott Peterson, Christian Science Monitor (USA) 17 juillet 2014 traduit de l'anglais par Djazaïri

Tout semblait normal le matin de l'assassinat.
Le savant iranien Masoud Ali Mohammadi et son épouse s'était réveilles un peu avant l’aube et avaient prié ensemble. Puis elle avait préparé le petit déjeune tandis qu'il faisait la liste de ce qu'il avait à faire dans la journée.
« C'était quelqu'un de très minutieux et il voulait toujours que tout aille comme sur des roulettes, » se rappelle Mansoureh Karami à propos de son mari.
Mansoureh Karami
Mansoureh Karami
Ce matin là, M. Ali Mohammadi – un homme à la chevelure dégarnie, à la moustache épaisse, les yeux rapprochés et une dizaine de publications universitaires à son actif – avait dit au revoir trois fois à son épouse : quand elle lui avait remis son panier repas, quand il avait lacé ses souliers, et quand il étai sorti de sa voiture pour fermer le portail de la maison derrière lui . [voyez la photo et comparez avec la description du journaliste!]

C'est alors que l'explosion se produisit.

Une bombe actionnée à distance fixée à une motocyclette non loin tuait ce physicien spécialiste des particules d'une volée de billes métalliques, donnant à l'Iran son premier « martyr du nucléaire » et envoyant une onde de choc dans toute la communauté scientifique et nucléaire iranienne.
Masoud Ali Mohammadi
Masoud Ali Mohammadi
Quand le cinquième scientifique iranien a été assassiné, il y avait eu moins de surprise. Ceux qui travaillaient au programme nucléaire iranien étaient sur leurs gardes depuis des années.

La guerre secrète menée par les États Unis et Israël contre le programme nucléaire iranien a vu l'assassinat de cinq scientifiques iraniens, des virus informatiques malveillants comme Stuxnet, de l'espionnage et des explosions inexpliquées ainsi que plusieurs tentatives iraniennes de riposter avec des opérations le plus souvent ratées en Inde, en Géorgie et en Thaïlande.

Les « martyrs du nucléaire » de l'Iran ont été pendant des années un point de consensus sur le programme nucléaire du pays et son « droit » à l'enrichissement de l'uranium, quel que soit le prix à payer par des sanctions. Les négociations en cours à Vienne cherchent à limiter ce programme pour garantir qu'il ne puisse jamais servir à produire une arme nucléaire – objectif que l'Iran affirme rejeter.

DEMANDE DE PARDON

Ali Mohammadi craignait d'être visé pour son travail clandestin, même si peu de gens en dehors de son épouse savaient qu'il était autre chose qu'un conférencier, ou qu'il avait une quelconque expertise nucléaire.
Ali Mohammadi avait remarqué un intérêt pour son travail à l’étranger, ce qui l'avait incité à moins voyages.

Son assassin était un agent iranien formé par le Mossad, l'agence israélienne d'espionnage. Des informations de la presse israélienne indiquent que la confession de Majid Jamali Fashi diffusée par la télévision d’État iranienne début 2011 était véridique. S'exprimant depuis la prison Evin à Téhéran, le jeune homme avait décrit son entraînement – qui comprenait un travail avec deux nouveaux modèles de motocyclettes iraniennes, et une réplique parfaite de la rue et de la maison d'Ali Mohammadi – dans une site du Mossad près de l'autoroute Tel Aviv – Jérusalem à l'est de l'aéroport Ben Gourion.

M. Fashi avait plaidé coupable devant le tribunal et avait été condamné à mort. Avant son exécution, cependant, Karami l'avait rencontré en face à face à la prison Evin.
« Il y avait tant de choses qui me traversaient l'esprit, d'être vengée, » a déclaré Karami au Christian Science Monitor.
Elle avait apporté la serviette en cuir que son mari avait emporté le jour de sa mort. Les yeux emplis de larmes, elle l'avait déballée pour montrer les trous qu'avaient faits les billes de métal dans une thèse de doctorat reliée d'un de ses étudiants et l'étui à lunettes déchiré de part en part, avec les verres cassés.

Avant la rencontre, Karami s'était jurée de « planter à coups de marteau autant de clous dans la tête de cette personne » que son mari avait reçu de billes de métal dans la tête. Mais quand elle rencontra Fashi, elle se trouva en face d'un homme brisé qui implorait pardon, pleurant si fort qu'il avait vidé toute une boîte de mouchoirs.
« Quand je l'ai vu, je l'ai vu dans un état d'impuissance et si petit. J'ai dit que ce serait gâcher mes efforts que de dépenser toute cette énergie [à lui planter des clous] », se souvient Karami. Elle a deux grands enfants, un diplôme en psychologie, et prépare actuellement un master en études féminines.

« Je ne lui pardonnerai jamais – il n'y a pas de place pour le pardon. Parce que je ne pense pas qu'il a fait du mal seulement à ma famille, mais à tout le pays, » explique Karami, avec de la détermination dans le regard de se yeux marron foncé. « Tous les peuples du monde – quelles que soient leurs convictions – respectent toujours leur pays, et il a trahi son pays. »

UNE PEUR QUI MONTE

Ali Mohammadi avait une vie publique en tant que maître de conférence et chercheur en physique quantique qui a écrit sur des sujets allant de physique des masses condensées aux trous noirs. Mais il y avait de nombreux signes que son activité nucléaire « top secrète » - ignorée même de sa mère et de sa sœur, dit Karami – avait attiré l'attention hors d'Iran.
« Il était toujours fier du fait que les 55 articles qu'il avait donnés à publier n'avaient rien à voir avec don travail nucléaire, ce qui faisait disait-il qu'il y avait toujours un doute qui existait quant à ce qu'il faisait, » explique Karami. Elle fait écho à la parole officielle iranienne quand elle ajoute que la République Islamique ne cherche pas l'arme nucléaire – seulement le développement scientifique.

Ali Mohammadi savait qu'il était surveillé par certains pays occidentaux et par les Mojahidine-e Khalq (MKO/MEK) d'opposition qui avaient divulgué pour la première fois en 2002 l'existence du programme iranien d'enrichissement de l'uranium.

En 2006, par exemple, un collègue participant à une conférence en Grande Bretagne avait été interrogé pendant 24 heures sur les activités nucléaires de Mohammadi. En 2008, un autre collègue avait été interrogé pendant 48 heures, peut-être en Italie.

Et en 2009, pendant un pèlerinage à La Mecque, Ali Mohammadi « s'était rendu compte que des gens le filmaient et qu'il était suivi, » explique Karami. « Il a fait plus attention après, et sortait beaucoup moins. » Un mois avant sa mort, il avait fait part de sa crainte d'être enlevé au cours d'un voyage en Jordanie et était tombé malade [une maladie physique] avant son départ.

Le couple n'avait pas arrêté ses longues promenades quotidiennes dans leur quartier traditionnel de Gheytariyeh, à Téhéran nord, ni ses longues randonnées en montagne les week-ends, mais Ali Mohammadi prenait des précautions.
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« Avant sa mort, il m'avait donné le numéro de téléphone de quelqu'un, et m'avait dit : « Si jamais je ne rentre pas à la maison, si quelque chose m'arrive, appelle ce numéro avant d'appeler la police, » se souvient Karami.

Quand le moment fatidique arriva, elle dit que ses mais tremblaient si violemment que son fils avait dû composer le numéro à sa place.

LA FABRICATION DES HEROS DE LA NATION

L'assassin Fashi était l'un des 10 agents travaillant pour le Mossad, dont l'arrestation avait été annoncée par le ministère iranien du renseignement en Janvier 2011. leur arrestation avait été annoncée comme un «triomphe remarquable" qui montrait "la suprématie des services de enseignements sur le système d'espionnage du régime sioniste."

Dans sa confession télévisée, Fashi avait dit que, après son recrutement hors d'Iran dans un consulat israélien, il était parti en Israël, on lui avait montré une maquette de la maison de Ali Mohammadi, exacte dans les moindres détails de l'arbre et de l'asphalte jusqu'au trottoir de la rue. Début 2012, le magazine Time citant des "sources de renseignement" en Israël, confirmant «La participation [de Fashi] à une cellule du Mossad dont les sources affirment qu’elle a été révélée à l'Iran par un pays tiers."

Fashi avait déclaré dans sa confession, « Ils m'avaient dit que la personne qui faisait l'objet de l'opération était impliquée dans la fabrication d'une bombe atomique et que l'humanité est en danger et que vous êtes son sauveur. »

Fashi avait dit après l'attentat, « Je suis très fier d'avoir fait quelque chose d'important pour le monde et puis j'ai soudain réalisé que ce ce à quoi je croyais était un mensonge. »

Quatre autres assassinats de scientifiques associés au programme nucléaire iranien avaient suivi, trois avec des bombes fixées magnétiquement sur leur voiture par des assaillants à moto qui agissaient quand les voitures étaient bloquées dans la circulation.

On considère généralement que l'Iran a essayé de répliquer par des attentats du même genre. Une bombe magnétique fixée par un motocycliste sur la voiture de l'épouse de l'attaché militaire israélien à New Delhi l'avait blessée ainsi que trois autres personnes en février 2012. Le même jour, une bombe du même type avait été trouvée fixée à un véhicule à côté de l'ambassade israélienne à Tbilissi en Géorgie. Elle avait été désamorcée.

Les assassinats ont contribué à faire du programme nucléaire une question de « dignité nationale, » déclare Karami. Les portrait des scientifiques tués ont souvent été montrés pendant les conférences de presse tenues par Saed Jalili, l'ancien négociateur en chef iranien pour le nucléaire, et sont souvent exposées lors de fêtes nationales comme l'anniversaire de la révolution. Ils ont accédé au statut de héros en Iran, rejoignant les martyrs les plus révérés de la guerre Iran – Irak des années 1980.

« Je connais beaucoup de gens dans mon quartier qui ne sont pas pour la révolution. Mais maintenant [après l'assassinat], sur la question du nucléaire, ils sont à fond avec le gouvernement, » affirme Karami. « Je suis certaine que nos dirigeants n'oublieront pas nos martyrs. »

dimanche 26 mai 2013

Réunion des vrais amis de la Syrie le 29 mai à Téhéran

La France a été et reste très en pointe dans la démarche consistant à fédérer les énergies pour renverser le président Syrien Bachar al-Assad.

L'aspect le plus visible de cette démarche a été la mise en place du groupe des "amis de la Syrie" ou "du peuple syrien", soit une masse de pays supposés incarner une volonté internationale, en réalité un alibi pour couvrir les agissements d'une clique d'Etats voyous emmenée par le gouvernement français sous les couleurs de l'UMP avec Alain Juppé puis du PS avec Laurent Fabius qui a pris sa suite à la tête de la diplomatie française.

L'action française a fait long feu comme l'a montré la dernière réunion à Amman des "amis" de la Syrie, rassemblant péniblement onze Etats participants et une opposition syrienne à qui il a fallu tirer l'oreille pour qu'elle daigne être présente.

On rappellera qu'en juillet 2012, c'est une centaine de pays qui étaient présents à la réunion des "amis" de la Syrie qui se tenait à Paris.
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L'heure de gloire de Laurent Fabius en juillet 2012 à Paris
L'échec sur le plan diplomatique est patent pour Laurent Fabius qui n'en reste pas moins arrogant comme au premier jour.

Dans quelques jours, le 29 mai, une autre réunion des amis de la Syrie va se tenir mais à Téhéran et à l'invitation des autorités iraniennes.

Une quarantaine de pays devraient être représentés dont la Russie et la Chine. Le sultanat d'Oman a confirmé sa participation tandis que des invitations ont été adressées au Qatar, à la Turquie et à l'Arabie Saoudite.
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Téhéran août 2012: les représentants de 30 pays discutent de la situation en Syrie
On peut supposer que le royaume wahhabite sera présent parce que, et c'est quelque chose qui est négligé par vos journaux, l'Arabie Saoudite fait partie d'un groupe de contact sur la Syrie dans lequel elle est associée à l'Iran, à la Turquie et à l'Egypte. La création de ce groupe en mars 2012 s'était d'ailleurs faite à l'initiative de Mohamed Morsi, le président Egyptien.

Le gouvernement iranien est optimiste sur le succès de cette nouvelle réunion des vrais amis de la Syrie et sur les  progrès auxquels elle pourrait permettre d'aboutir.

Et n'oublions pas que dès le début, l'Iran a plaidé pour une résolution pacifique de la crise syrienne et, à cette fin, a pris langue et gardé contact avec toutes les parties.
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L'un est à gauche et l'autre à droite (du moins sur la photo)
A comparer avec le comportement barbare des deux énarques qui se sont succédé à la tête du Quai d'Orsay.

samedi 1 septembre 2012

Le sommet des Non Alignés à Téhéran ou l'aberration du journal Libération

Il y a parfois de bonnes nouvelles, comme celle de la non parution aujourd'hui en format papier du journal Libération en raison d'un incident technique.

Ce journal Libération, pur organe de désinformation, qui titre aujourd'hui dans son édition web:
Non-Alignés: l'Iran marque un point mais est mis à mal par le nucléaire
Si on prend son courage à deux mains pour lire le contenu de l'article, on constate que Libération fait référence aux propos tenus par M. Ban Ki-Moon, le Secrétaire général de l'ONU qui persiste à croire que l'ONU est une antenne de l'OTAN.

Le caractère agressif des politiques occidentales et de la presse qui s'en fait le relais apparaît bien dans ce titre de Libération dont la tournure est inhabituelle: "mis à mal par le nucléaire" au lieu de "la position de l'Iran sur le nucléaire mise à mal." 
Un titre peut-être prémonitoire des bombes atomiques que Libération verrait bien pleuvoir sur l'Iran?

Téhéran vient d'accueillir le 16ème sommet des pays Non Alignés
En attendant, on peut lire dans le New York Times ou sur ABC que les pays Non Alignés dont le sommet vient de se terminer à Téhéran ont "décidé à l'unanimité d'apporter leur soutien" au programme nucléaire civil iranien ou que "Le bloc des Non Alignés soutient le droit de l'Iran à l'énergie nucléaire".

C'est que les Non Alignés ne sont pas dupes et ont parfaitement compris que ce que les Occidentaux et le régime sioniste veulent, c'est interdire la possibilité à l'Iran de maîtriser la filière nucléaire. Chose qui est impossible sauf à raser l'Iran ou mettre ce pays sous tutelle étrangère.

vendredi 31 août 2012

Non Alignés à Téhéran, le sommet qui enrage l'Occident


Le sommet des pays Non Alignés vient de s’achever dans la capitale iranienne où il a réuni 120 Etats représentés par des délégations de haut niveau.
Pour prendre la mesure de l’irritation suscitée par cette réunion de Téhéran, il suffit de parcourir quelques titres de la presse hexagonale (dans d’autres pays occidentaux le ton est souvent identique).

Ainsi, Le Nouvel Observateur annonce :
L'Iran contesté sur le nucléaire et la Syrie à l'ouverture du sommet des Non-Alignés
Certes, mais contesté par Ban Ki-Moon qui croit toujours que l’ONU existe pour exécuter les desiderata des Etats unis et du régime sioniste.
toute honte bue, le Secrétaire général de l'ONU a déclaré:
"Nier des faits historiques comme l'Holocauste" et "affirmer qu'un autre Etat membre de l'ONU n'a pas le droit d'exister ou le décrire en des termes racistes est non seulement totalement mal mais menace également les principes mêmes" de l'ONU,
j'ignore ce que vient faire "l'holocauste" dans cette affaire, mais l'inepte Ban Ki-Moon devrait savoir que l'entité sioniste n'a été acceptée à siéger à l'ONU que sous conditions, des conditions qu'elle n'a jamais respectées.

A bon entendeur...

Et  la position exposée par le président Egyptien Mohamed Morsi, dont Le Nouvel Observateur n’omet pas de nous préciser qu’il est «islamiste» (il y a les islamistes que ce magazine aime et ceux qu’il n’aime pas) sur la Syrie, si elle n’est pas en phase avec la position officielle iranienne, n’est nullement une contestation de la position de l’Iran mais une affirmation de celle de l’Egypte.

Tout le monde n’est pas obligé de faire le godillot à Téhéran comme François Hollande le fait avec enthousiasme à l’égard des Etats Unis.

Le Nouvel Observateur est cependant obligé de préciser la suite,, qui revient peut-être à une contestation de la position des Etats Unis et de la France sur le dossier syrien :
Le président égyptien a toutefois fait un geste en direction de Téhéran en réaffirmant que l'Egypte était prête à travailler avec "toutes les parties" pour résoudre la crise syrienne, y compris l'Iran dont les Etats-Unis et l'opposition syrienne refusent toute présence à la table de négociations.
Bah oui…

20 minutes titre quant à lui :
Non-Alignés: dossier nucléaire et Syrie, trouble-fête du sommet
On fera les mêmes remarques que pour le papier précédent.


En effet, aucun intervenant représentant un des pays présents n’a joint sa voix à celle du Secrétaire Général de l’ONU sur le dossier du nucléaire.

Il faut le lire pour le croire, mais Ban Ki-Moon qui n'a fait que dénoncer les menaces d'attaques proférées par l'entité sioniste a par contre condamné
la rhétorique belliqueuse "inacceptable" de l'Iran qui a menacé de détruire l'Etat hébreu s'il était attaqué.
Vous avez bien lu: si vous annoncez votre intention de vous défendre contre une attaque, vous tenez des propos belliqueux et inacceptables.

On a l'impression que tout le monde a peur que le régime sioniste engage les hostilités contre l’Iran. Mais au lieu de  condamner  fermement ce régime et de prendre des mesures contre les dingos de Tel Aviv, on s’en prend à celui ou à ceux que ces derniers ont désignés comme étant l’ennemi à abattre.

Un régime qui fait marcher le monde sur la tête parce que cet Etat voyou contrôle les politiciens des Etats Unis.

Pour sa part, TV5 feint de poser innocemment la question :
Le Mouvement des non-alignés a-t-il un avenir ?
La réponse est bien entendu négative et c’est Didier Billion, Directeur des publications de l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) et rédacteur en chef de La Revue internationale et stratégique qui est chargé de la formuler.
Son exposé n'est pas dénué d'intérêt, mais il ne permet pas de répondre à la question de savoir pourquoi ces 120 pays ont accepté de se réunir à haut niveau pour quelque chose qui est inutile et sans aucun avenir.

Peut-être faudrait-il aussi poser la question à quelques unes des délégations qui ont fait le déplacement.

Parmi ces délégations venues à ce sommet inutile, nous avions la délégation indienne conduite par le premier ministre Manmohan Singh.

La presse indienne nous précise que si le premier ministre ne s’est pas exprimé sur le dossier nucléaire iranien (mais n’a pas non plus joint sa voix à celle de Ban Ki-Moon), il s’est par contre exprimé clairement contre une intervention militaire étrangère en Syrie :
 «En tant que plus grande démocratie au monde, l’Inde soutient les aspirations populaires à un ordre pluraliste et démocratique. Néanmoins, une telle transformation ne peut pas résulter d’une intervention extérieure qui exacerbe la souffrance des citoyens ordinaires. Le Mouvement des Non Alignés devrait exhorter toutes les parties à s’engager à nouveau à résoudre la crise pacifiquement par un processus politique inclusif accompli par les Syriens eux-mêmes. »
Non seulement le premier ministre Indien énonce une position très proche de celle que prônent l’Iran et l’Egypte elle-même en fait (la différence étant que l’Iran soutient le régime de Damas tandis que l’Egypte est favorable à l’opposition sans qu’on sache bien laquelle d’ailleurs), mais Manmohan Singh montre du doigt l’intervention étrangère en cours qui «exacerbe les souffrances.» En passant, le ministre rappelle que l'inde n'a pas de leçon à recevoir en matière de démocratie...

Je ne sais pas vous, mais moi j’ai quelque peine à concevoir un premier ministre indien et un chef de l’Etat Egyptien perdre leur temps dans une escapade à Téhéran pour quelque chose qui n’a pas d’avenir.

Et ce n’est pas pour rien que l’OTAN a interdit à la Turquie de participer à ce sommet où elle était invitée.

Que les Non Alignés ne soient pas forcément en mesure de faire échouer les projets mortifères de Laurent Fabius, Hillary Clinton et William Hague, c’est autre chose



dimanche 14 février 2010

Iran: où était l'opposition lors de la commémoration de l'anniversaire de la République Islamique?

Quand on en vient à l'Iran, nous avons le plus souvent droit à une approche simpliste de ce pays de 70 millions d'habitants: dictature, dictature intégriste, menace iranienne, nucléaire iranien.
S'agissant des deux derniers points, on ne peut s'empêcher de remarquer que la dernière fois que l'Iran a été à l'initiative d'un conflit armé remonte à bien loin. J'ai beau chercher dans mes souvenirs, je n'en trouve pas trace en dehors de l'intervention des forces impériales iraniennes au Dhofar (sultanat d'Oman) pour mater une rébellion communiste. Pour ne rien vous cacher, cette participation iranienne avait alors été vue d'un bon oeil par les puissances occidentales. On citera aussi la présence de Pasdarans au Liban pour épauler le Hezbollah naissant [dans leur suffisance, les Occidentaux ignorent d'ailleurs que les liens entre Chiites Libanais et Chiites Iraniens ne sont pas seulement idéologiques et religieux, mais laissons les dans leur ignorance]. En ce qui concerne le programme nucléaire, je dirai que la seule erreur de l'Iran a été de signer le Traité de Non Prolifération (TNP) nucléaire. L'Iran aurait dû faire comme l'entité sioniste, l'Inde ou le Pakistan, évitant ainsi d'avoir à se soumettre à des contrôles que les Etats Unis, la France ou le Royaume Uni ne trouveront jamais suffisants, sauf à placer l'Iran sous statut de protectorat.
Et la démocratie? Je ne sais pas si l'Iran est aussi démocratique que la France, mais il est clair qu'Ahmadinejad est tout sauf un dictateur. Et que le régime iranien est bien plus démocratique que n'importe lequel des régimes musulmans alliés des Etats Unis et de l'Occident en général: Maroc, Tunisie, Egypte, Arabie Séoudite, Oman. Ou encore que l'Algérie dont je ne sais si elle figure parmi les alliés des Etats Unis comme certains esprits naïfs à Alger aiment à se l'imaginer ou à se l'entendre dire. Sans oublier que, à côté de feu le régime du Shah, le régime iranien actuel fait figure de démocratie avancée, non seulement par les apparences qu'on associe à la démocratie (multipartisme, élections) mais aussi par la démocratisation de l'accès aux soins ou à l'éducation, notamment des filles qui sont maintenant majoritaires dans l'enseignement supérieur iranien.
Ce sont probablement ces caractéristiques qui sous tendent en partie des évolutions des demandes de la société civile qui se traduiront tôt ou tard par une évolution, tranquille ou brutale d'un régime. C'est la rançon normale des succès des gouvernements issus de la Révolution Islamique.
Jeudi dernier, c'était justement l'anniversaire de l'avènement de la République Islamique d'Iran, fêtée avec éclat dans la capitale. On s'(attendait à une présence vigoureuse de l'opposition, le fameux mouvement Vert qui a contesté (à tort comme on le sait) l'honnêteté du scrutin qui a abouti à la réélection de M. Mahmoud Ahmadinejad à la présidence. Or l'opposition a été quasiment absente. Si l'explication de cette absence réside en partie dans l'important dispositif de sécurité déployé dans la capitale iranienne, le magazine TIME nous apporte un autre élément d'explication: simplement que beaucoup des manifestants potentiels d'opposition ont mis à profit les cinq jours de congés liés à la commémoration pour... partir en vacances, qui à Dubaï, qui à Istamboul, qui dans les stations balnéaires de la Caspienne.
Notons qu'il s'agit d'une indication précieuse sur la nature de l'opposition à M. Ahmadinejad: des citadins aisés pour l'essentiel. Tandis que les partisans du président se trouveraient plus dans les couches populaires, paysannes et ouvrières notamment.
Eh oui, même en république islamique la situation politique a quelque chose à voir avec la lutte des classes...

Anniversaire de la révolution iranienne: Où était l'opposition?
par la rédaction de TIME (USA) 11 février 2010 traduit de l'anglais par Djazaïri


La circulation était incroyablement fluide dans le nord de Téhéran pour le 31ème anniversaire de la révolution islamique de ce pays. Un trajet qui dure normalement une heure et demie s'effectuait en trente minutes. C'est des quartiers de ce secteur que provenaient certains des manifestants anti-gouvernementaux les plus fervents après l'élection présidentielle contestée de juin. Mais apparemment, de nombreux habitants - qui font partie des couches sociales les plus aisées de la ville - ont profité du début de ces cinq jours de congés pour réserver des séjours vers des destinations touristiques comme Dubaï, Istamboul ou des cités iraniennes en bordure de la mer Caspienne, peut-être pour éviter la violence qui avait accompagné les fêtes religieuses de décembre. Un voyagiste indiquait que des vols pour Dubaï avaient été réservé des semaines à l'avance pour ces congés. Ce qui expliquerait en partie le silence relatif de l'opposition en ce jour que beaucoup s'attendaient à voir comme un jour d'affrontements bruyants, voire incendiaires, dans la capitale iranienne.

Le trafic se concentrait en centre ville. Des centaines de milliers d'Iraniens, près d'un million selon une estimation, se trouvaient autour de la place Azadi de Téhéran ce jeudi matin pour commémorer la révolution de 1979. En majorité, ceux qui participaient à la cérémonie pro-gouvernementale étaient des familles, dont des enfants et des personnes âgées. Certains avaient emprunté des autocars gratuits, mais beaucoup avaient pris le métro de Téhéran, gratuitement également. Dans les artères principales qui aboutissent à de vastes places publiques, des kiosques s'alignaient sur des kilomètres traduisant l'ambiance de carnaval qui caractérise habituellement les périodes de fêtes en Iran. Un stand présentait un clud de jeunes karatekas à l'entraînement sur des tapis de gymnastique, tandis qu'un autre accueillait une émission en direct de la radio publique iranienne. Dans chaque bloc d'immeubles, on trouvait un camion ou une tente avec des gens offrant gratuitement des juis de fruits ou des casse-croûtes que de nombreux marcheurs se bousculaient pour obtenir. Des pancartes étaient mises gratuitement à disposition, arborant des slogans de soutien aux positions du Guide Suprême, l'appel à l'unité et, bien sûr, le slogan "A bas l'Amérique".

L'opposition avait essayé d'organiser des manifestations pour l'anniversaire de la révolution, mais on ne voyait guère, si ce n'est aucune, trace de la présence du mouvement Vert autour de la place Azadi quand les cérémonies ont débuté vers 11h. Près de l'estrade où le président Ahmadinejad devait prendre la parole, l'espace était bouclé par une clôture. Néanmoins, tout le monde pouvait entrer dans cette zone à condition de se plier à un contrôle de sécurité. Lors d'un discours auquel a assisté TIME, il n'y a eu apparemment qu'un seul incident lié à la contestation - une grande pancarte montrant l'ayatollah Khomeini le visage barré d'un X rapidement confisquée par le service d'ordre.

Entre les chants révolutionnaires crachés par les hauts parleurs (installés jusqu'à plusieurs kilomètres de la place), des tonnes de confetti étaient répandus sur la place depuis la Tour Azadi tandis que des parachutistes en larguaient depuis le ciel. Certains des parachutes étaient attachés à de longs drapeaux iraniens qui ont flotté dans la foule quand les parachutistes se sont posés. Ahmadinejad est arrivé et a fait un discours de plus d'une heure où il a martelé les importants progrès de l'Iran, dont ses avancées dans le domaine nucléaire. Le président n'a pas évoqué le scrutin de juin 2009 qui est toujours contesté par l'opposition - l'orateur précédent l'avait déjà fait pour lui. Des sites web d'opposition ont signalé des slogans "Mort au dictateur" pendant le discours, mais Time n'a pas constaté de perturbation de ce genre.

Il était facile de voir comme toute tentative de perturbation aurait pu être enrayée. Sur la rue de la Révolution, qui s'étire vers l'est depuis la place Azadi, des dizaines de milliers de policiers ainsi de des Basiji (paramilitaires) montaient la garde. Dans une rue adjacente, se trouvait une rangée de 20 basiji regroupés près de leurs motocyclettes, en train de discuter et de rire - en contraste évident avec les manifestations précédentes au cours desquelles les basiji étaient constamment sur la brèche pour réagir aux manifestations d'opposition dans diverses places de la ville. En fait, le Mouvement Vert, et son organisation tant vantée de type viral, a sans doute été mis en échec par le régime cette fois ci. Mercredi soir encore, des manifestants potentiels se contactaient mutuellement pour essayer de deviner si les endroits où ils avaient prévu de se rassembler avaient été ciblés [par les autorités}.

L'opposition a-t-elle échoué à manifester sa présence? Le leader d'opposition mehdi Kharroubi avait annoncé sa présence sur la place Sadeghiyeh, au nord-ouest de la place Azadi; CNN.com a diffusé une vidéo en provenance d'un partisan de Kharroubi, montrant des images de ce qui semble être une manifestation avant qu'une paire de mains tente de recouvrir l'objectif de la caméra. Certains informations prétendent que les Basiji ont réprimé la manifestation de Kharroubi. D'autres manifestants avaient prévu de se rassembler place Haft-e-Tir, au nord-est de la place Azadi. Par ailleurs, des vidéos ont circulé sur des sites web d'opposition montrant des gens en train de déchirer des affiches gouvernementales et chantant des slogans dans le métro. La télévision publique a aussi mentionné de petites manifestations de quelques centaines de personnes en marge de la grande manifestation.

Cependant, si perturber ou éclipser le rassemblement pro gouvernemental était l'objectif principal, les sympathisants de l'opposition risquent d'être déçus. Tous les affrontements de rue qui ont eu lieu étaient des cas isolés et peu importants. La plupart des Iraniens n'en ont rien su.

dimanche 20 décembre 2009

Un Juif Américain dans les geôles de Mahmoud Ahmadinejad

Tiens, voilà qu'un Juif part des Etats Unis pour se jeter dans la gueule du loup iranien et qu'il se retrouve détenu à l'isolement dans une cellule à Téhéran.

Oh, mille pardons, j'avais mal lu. Il s'agit en réalité d'un Juif Américain d'origine iranienne qui s'est rendu de son plein gré à Téhéran où un ami a proposé de lui donner un rein. La transplantation a eu lieu dans un hôpital de la capitale iranienne et le patient se remet tout en suivant des soins post opératoires. Tout Juif qu'il est, ce patient a la particularité d'avoir le même prénom que l'ayatollah Khomeini!
Le traitement de ce malade n'a pas été utilisé à des fins de propagande par le régime de Téhéran, et peu de journaux en parlent. Il offre cependant l'occasion au Washington Post de donner un aperçu sur une des conséquences des sanctions contre l'Iran décidées par l'ONU au prétexte d'un supposé programme nucléaire militaire.
Ces conséquences ont trait aux difficultés de l'Iran de se procurer ou de produire des substances radioactives utiles dans le diagnostic ou le traitement médical, des cancers notamment; mais aussi à l'impossibilité de renouveler un parc vieillissant de matériel d'imagerie médicale.
Car, on le sait, ces matériels peuvent aussi avoir un usage militaire...
Ce blog a déjà évoqué la motivation des sanctions à l'encontre de l'Iran; je ne pense pas qu'il y ait matière à y revenir.


par Thomas Erdbrink et William Branigin, Washington Post (USA) 20 décembre 2009 traduit de l'anglais par Djazaïri

Téhéran -- Ruhollah Solook, un électricien à la retraite qui réside à Santa Monica en Californie, était dans une situation désespérée. Il avait besoin d'urgence d'une greffe de rein ainsi que d'actes radio thérapeutiques et de radiodiagnostics. La médecine nucléaire était disponible aux Etats Unis, mais le rein ne l'était pas.

Solook, 78 ans, un Juif Iranien qui avait émigré il y a plusieurs dizaines d'années, ne se serait jamais attendu à trouver l'une et l'autre dans son pays d'origine. Mais c'est là bas qu'il se trouve en ce moment, à reprendre des forces dans une chambre individuelle du plus ancien hôpital de Téhéran, avec un nouveau rein donné par un ami.

"Ils m'ont sauvé la vie ici," dit-il. "Maintenant j'espère qu'ils peuvent me guérir."

On estime qu'en Iran, 850 000 malades des reins, du cœur, ou cancéreux sont dans une course contre la montre.Bien que ces patients aient besoin d'un traitement post-chirurgical en médecine nucléaire, les médecins et les spécialistes du nucléaire ici disent que la production domestique se tarira quand un réacteur de recherche de Téhéran se trouvera à court de combustible, peut-être dès le printemps.

"Nous avons des milliers de patients par mois rien que dans cet hôpital," explique Gholamreza Pourmand, un spécialiste qui a soigné Solook avec du technétium-99, une méthode de médecine nucléaire utilisée pour le diagnostic avec les scanners corps entier. "Si nous ne pouvons pas les aider, certains mourront. C'est aussi simple que ça."

Au cœur de cette perspective de pénurie de produits de médecine nucléaire, se trouve la controverse persistante sur le programme nucléaire iranien, notamment un litige sur un accord avec les grandes puissances qui permettrait la fourniture de combustible pour le réacteur de recherche.

Comme d'autres aspects du programme, les spécificités relatives à la médecine nucléaire font l'objet d'un litige. L'Iran assure que les sanctions du Conseil de Sécurité de l'ONU qui visent à réduire ses activités d'enrichissement de l'uranium affectent aussi sensiblement son secteur hospitalier. Par exemple, les officiels Iraniens disent ne pas avoir l'autorisation d'importer des scanners corps entier récents fabriqués aux Etats Unis et en Europe, qui sont capables de détecter des tumeurs cancéreuses parce que certains de leurs composants pourraient contribuer au programme nucléaire, et ils assurent que les sanctions adoptées en 2007 empêchent l'Iran d'importer des isotopes à fins médicales.


Les Etats Unis et les officiels des nations Unies affirment que l'Iran reste libre d'acheter les isotopes dont elle a besoin; une exemption du Conseil de Sécurité autorise les importations d'articles nucléaires "pour les besoins de l'agriculture, de l'alimentation, de la santé ou d'autres raisons humanitaires." Ils laissent entendre que l'Iran veut produire ses propres isotopes médicaux pour s'assurer un approvisionnement moins cher et plus fiable en raison des récentes pénuries.

Quoi qu'il en soit, après l'arrêt des importations en 2007, l'Iran a fait tourner à plein régime un réacteur nucléaire de recherche à Téhéran, fourni par les Etats Unis il y a quarante ans. Fonctionnant au départ une demi-journée par semaine en période d'essai, le réacteur fonctionne maintenant de manière presque continue.

En juin, l'Iran a informé l'AIEA que le combustible obtenu d'Argentine en 1993 serait épuisé vers fin 2010 -- une échéance qui semble avoir été retardée depuis. Mais les sanctions de l'ONU empêchent l'Iran d'acheter du combustible supplémentaire sur le marché mondial.

L'Iran dit pouvoir produire son propre combustible, quoique cela provoquerait une colère internationale parce qu'elle devrait enrichir l'uranium à 19,75 % -- un taux proche de celui du matériau à usage militaire.

"Nous préférons acheter le combustible dans les délais les plus brefs possibles," déclare Mohammad Ghannadi, vice président de l'Organisation Iranienne de l'Energie Atomique (OIEA).

Depuis le siège de l'OIEA, protégé par des batteries de DCA, Ghannadi surplombe les seul réacteur iranien en fonctionnement dont les deux cheminées marron émettent une fumée blanche. A la tête du département recherche et développement de l'OIEA, Ghannadi a l'interdiction de se déplacer à l'étranger aux termes des sanctions internationales.

"Nous pourrions enrichir le combustible nous-mêmes," affirme dans un entretien ce scientifique formé en Grande Bretagne. "mais il y aurait des problèmes techniques. Alors il ne serait pas prêt à temps pour nos patients."

Des experts atomistes US affirment que la principale difficulté de l'Iran est qu'elle ne peut produire des mélanges de combustibles pour le réacteur de recherche. Ils considèrent le problème de combustible de l'Iran comme largement auto-infligé.

Selon une proposition d'accord négociée par l'AIEA, l'Iran remettrait environ 1 200 kilos de l'uranium faiblement enrichi qu'elle a stocké, officiellement pour usage combustible dans des centrales nucléaires. En échange, la Russie enrichirait l'uranium à 19,75 % et la France le transformerait en mélange pour le réacteur de Téhéran. Les Etats Unis participeraient à maintenir en bon état de marche le réacteur vieillissant. Les grandes puissances craignent que si l'Iran ne livre pas son stock de matériau, elle pourrait le transformer un jour en uranium hautement enrichi qui peut être utilisé comme matière fissile pour les armes atomiques.

Après avoir tout débord accepté le principe de l'accord le 1er octobre, l'Iran a demandé des garanties supplémentaires de fourniture du combustible nucléaire. L'Iran se plaint aussi de l'étalement de la procédure dur plus d'un an -- trop long à ses yeux.

La semaine dernière, Manoucher Mottaki, ministre Iranien des affaires étrangères, a proposé d'échanger de petites quantités d'uranium en mots plutôt que d'un seul coup. L'Iran a proposé que l'échange se fasse sur l'île de Kish, une destination touristique sur le Golfe Persique. L'administration Obama considère cette proposition comme ne cadrant pas avec le plan de l'ONU.

"Si l'Iran veut produire ces isotopes médicaux elle-même, alors la meilleure façon d'y parvenir est d'accepter la proposition de l'AIEA" et de recevoir le combustible nucléaire, a déclaré un haut responsable de l'administration Obama. Dans le cadre de l'accord, a-t-il observé, les parties s'engagent à fournir le combustible à temps pour maintenir le réacteur en fonctionnement.

Ghannadi situe le débat en tant que problème humanitaire, pas politique. "Il s'agit d'êtres humains... Quand quelqu'un est malade, on doit lui donner un traitement. Donnez nous le combustible, nous ferons la radio pharmacie," dit-il, parlant de l'usage des substances pharmaceutiques radioactives en médecine nucléaire.

Par le passé, déclare Ghannadi, les sanctions ont stimulé les progrès de la médecine nucléaire iranienne qui est proposée dans 120 hôpitaux. "Quand les livraisons d'isotopes médicaux ont cessé," dit-il, "nous avons été forcés de les faire nous-même." Mais pendant deux mois, se souviennent des médecins, aucun patient n'avait pu être soigné, ce qui avait mis les hôpitaux en grande difficulté.

Aujourd'hui, des patients en médecine nucléaire de l'hôpital Shariati de Téhéran sont assis dans une petite salle d'attente près d'un scanner allemand vétuste qui a besoin d'être remplacé.

"Quand ils parlent des droits de l'homme et de l'Iran à l'ONU, ils ne devraient pas oublier que nos patients ont aussi des droits," dit Mohsen Saghari, un spécialiste de médecine interne qui a étudié à l'université John Hopkins. "les USA tentent maintenant de m'empêcher d'utiliser en Iran ce que j'ai appris aux Etats Unis," se plaint-il.

Solook, le malade californien d'origine iranienne dit envisager d'écrire une lettre aux responsables étatsuniens de la santé pour expliquer ce qui lui est arrivé en Iran.

"Je ne crois pas en ces sanctions," dit-il, d'une voix affaiblie par sa transplantation rénale. "Ils font du mal aux gens ordinaires, pas aux dirigeants. Quelle est l'utilité de tout ça?"