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jeudi 10 mars 2016

Daesh, d'où vient l'argent?

La récente remise d’une décoration, la Légion d’Honneur, à Mohammed ben Nayef prince héritier et ministre de l’intérieur saoudien, par le président François Hollande a fait grincer quelques dents en dépit de la discrétion dont l’Elysée a entouré cette remise de médaille.
C’est que l’Arabie Saoudite n’a pas exactement le genre de régime qu’est supposé honorer un gouvernement socialiste et un président élu sur la base de valeurs de gauche.
Et il est vrai que l’Arabie Saoudite non seulement  ne ressemble ni de près ni de loin à ce qu’on appelle démocratie, mais c’est aussi un pays où la peine de mort est appliquée à grande échelle et pour des motifs qui peuvent laisser perplexes au terme de procédures qu’on a du mal à qualifier de justice.
Certains ont pointé le rôle de l’Arabie Saoudite, et d’autres monarchies de la région, dans la déstabilisation de la Syrie et, plus précisément, dans l’encouragement des factions dites djihadistes, c’est-à-dire d’organisations considérées de manière quasi unanime comme terroristes, qu’elles s’appellent al Qaïda (avec le Front al Nosra, sa branche syrienne) ou Etat Islamique en Irak et au Levant (ou Etat Islamique ou Daessh).
Ce dernier point est d’autant plus sensible que la guerre contre le terrorisme s’est longtemps résumée dans le discours à la guerre contre al Qaïda (concrètement ce sont l’Afghanistan et l’Irak qui ont été écrasés) avant que l’EIIL soit défini comme la menace N°1.
Or, il s’avère que les monarchies du Golfe, Arabie Saoudite en tête, ont financé et financent encore l’Etat Islamique.
Cette affirmation n’est pas une simple lubie de ma part. En effet, comme on peut le lire dans l’article que je vous propose, les autorités britanniques elles-mêmes admettent un tel financement, du moins dans les débuts de l’Etat Islamique. Cette restriction aux débuts de l’organisation terroriste n’est cependant pas acceptée par certains spécialistes  de la région qui soutiennent que cette aide financière continue et qu’on ne saurait expliquer autrement que le « califat » ne soit pas déjà en faillite.
Un élément qui donne du poids à leurs assertions est le refus du gouvernement britannique de coopérer pleinement au travail d’une commission d’enquête parlementaire qui cherche à faire la lumière sur cette question.

L’effondrement des revenus pétroliers signifie que l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL – Daesh) dépend de l’argent des pays du Golfe.

Les attaques de la coalition sur les installations pétrolières de l’EIIL ont sans doute réduit ses revenus de 40 %, mais les experts disent que la dépendance de l’EIIL à l’égard du pétrole a été surestimée.
Par Patrick Wintour, The Guardian (UK), 8 mars 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri
L‘effondrement des revenus pétroliers de l’EIIL l’ont probablement rendu plus dépendant des dons alloués par les riche pays du Golfe et des profits tirés des marchés des changes étrangers, a-t-on pu entendre à la première commission d’enquête britannique sur les finances de l’organisation terroriste.
Les attaques de la coalition rassemblée par les Américains sur les installations et les convois pétroliers de l’EIIL auraient réduit ses revenus de plus d’un tiers dans un contexte où les fiances de l’organisations deviennent un des principaux fronts dans la bataille pour la vaincre en Irak et en Syrie.
Le gouvernement britannique est réticent à coopérer avec la commission d’enquête parlementaire qu’il n’a pas autorisée à auditionner un cadre supérieur du ministère de la défense qui joue un rôle capital dans la supervision des visant à saper les financements de l’EIIL.
Mais le ministre des affaires étrangères Tobias Ellwood a déclaré que des progrès avaient été accomplis même si la connaissance des finances opaques de l’organisation restait lacunaire et dépendante des découvertes des services de renseignements.
Il a assuré que les revenus pétroliers du régime [de l’EIIL] étaient en voie d’effondrement et il a même laissé entendre que le quartier général de l’organisation à Raqqa pourrait imploser si et quand l’armée irakienne aura repris Mossoul.
Mais des experts ont déclaré devant la commission que le gouvernement britannique surestimait sans doute énormément l’importance des revenus pétroliers et sous-estimait l’ampleur de la dépendance de l’EIIL à l’égard de donateurs étrangers des pays du Golfe ou sa manipulation du système bancaire irakien.
Luay al-Khatteeb de l’Iraq Energy Institute a soutenu que le coût de la conduite de la guerre pour l’EIIL devait être si élevé et ses revenus pétroliers si limités qu’il doit nécessairement avoir accès à des dons financiers massifs.
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Luay al-Khatteeb

En outré, il a été déclaré devant la commission qu’il était possible que l’EIIL gagne environ 25 millions de dollars par an au moyen d’opérations sur le marché des changes, un chiffre que conteste le ministère des affaires étrangères.
Le gouvernement britannique estime que 40 % des revenus de l’EIIL proviennent du pétrole 40 % de l’extorsion, des taxes et de l’économie monétaire locale, et les 20 % restants de sources comme la vente des antiquités et les dons. Il affirme que les revenus pétroliers ont maintenant diminué de 40 %, ce qui représente une baisse de 20 % du total des rentrées d’argent de l’EIIL.
Al Khatteeb a dit à la commission que les évaluations du gouvernement britannique surestiment probablement l’importance du pétrole. Il a laissé entendre que l’EIIL avait sans doute réussi à tirer de substantiels revenus du pétrole pendant à peine quelques mois en 2014 quand il produisait 70 000 barils par jour pour une valeur d’environ 500 millions de dollars sur une année.
Le chiffre actuel doit être plus proche des 200 millions de dollars du fait des attaques contre ses infrastructures pétrolières, de la baisse des prix du pétrole et de la faible qualité du brut syrien, ce qui signifie qu’il produit au mieux 20 000 ou 30 000 barils par jour cédés contre guère plus de dix dollars chacun.
“Cette histoire d’un califat finance par le pétrole suppose une production bien supérieure, de l’ordre de 40 000 barils par jour ou un prix beaucoup plus élevé du pétrole de l’EIIL, autour de 30 dollars le baril, » a déclaré al-Khatteeb à la commission. Il était même possible, a-t-il suggéré, que l’EIIL soit maintenant un importateur net de pétrole pour faire fonctionner les camions et les Humvees fournis par les Américains qu’il a pris à l’armée irakienne..
Les revenus de la fiscalité et de l’extorsion sur les deux millions de personnes sous son autorité, dont la plupart gagnent moins de 110 dollars par mois, rapporte peut-être le mêmemontant surtout si on prend en compte le coût entrainé par l’administration de son  territoire.
Al-Khatteeb a déclaré devant la commission: “Soit ces combattants sont contents d’accepter une diminution substantielle de leurs soldes du fait de la baisse des revenus de l’EIIL, ou une autre source de financement  non prise en compte permet de continuer à leur donner satisfaction.
“C’est une conclusion raisonnable compte tenu de la surestimation des revenus pétroliers de l’EIIL, d’une assiette fiscale faible et de plus en plus étroite ainsi que des faibles prix auxquels l’EIIL effectue ses ventes d’antiquités sur la marché noir.
 «Certains se demanderont peut-être jusque à quel niveau les Arabes du Golfe ont continué à financer le califat. Il est certain que l’EIIL a pu s’appuyer sur d’autres sources de revenus entre janvier 2015, moment où l’économie de Raqqa s’est effondrée et mi- janvier 2016 quand les forces de l’Etat Islamique ont été en capacité de lancer une nouvelle offensive d’envergure en Syrie. L’argent vient de quelque part. »
Le gouvernement britannique a en effet reconnu que des pays du Golfe ont finance l’EIIL à ses débuts, disant cependant être certain que de tels financements étatiques ont maintenant cessé. Mais Dan Chugg, un expert du ministère des affaires étrangères, a reconnu devant la commission parlementaire que cette assurance avait une valeur limitée.
Chugg a déclaré: « Avec certains de ces pays, il est difficile de savoir ce qui est financement gouvernemental et ce qui ne l’est pas quand vous avez affaire à des familles royales, des princes très riches et ce genre de choses. »
Une autre source possible de revenus pour l’EIIL vient de ses transactions sur les marché des changes à l’étranger où une partie du milliard de dollars saisi dans les coffres des banques irakiennes a été négociée pour le profit.
David Butter, un chercheur associé au thinktank Chatham House soutient que l’EIIL fait passer des fonds d’une frontière à l’autre et tire profit des fluctuations des taux de change et d’un réseau informel d’agents de change connu sous le nom de « hawala. »
Margaret_Thatcher_at_the_door_of_Chatham_House.
Margaret Thatcher sortant de Chatham House

Butter a déclaré devant la commission : « Les système de ventes aux enchères de devises étrangères par la banque centrale irakienne doit faire l’objet d’une enquête fouillée. »
Les membres de l’EIIL, a déclaré Butter, ont effectué des mouvements d’argent entre banques en Irak et en Jordanie pour exploiter les déséquilibres sur les marchés monétaires.
 «Alors quand le gouvernement irakien procède à ses adjudications régulière de devises étrangères, l’argent de l’EIIL est injecté dans ce système et il peut obtenir une marge sur les écarts entre les différents taux de change là-bas et ramener l’argent dans son territoire via les agents hawala, » a expliqué Butter. «C’est de cette manière que l’argent circule au Moyen Orient.»
Le ministère des affaires étrangères a soutenu que ces sources de profit étaient peu probables pour trois raisons. L’EIIL a perdu ses réserves de liquidités d’abord à Mossoul puis, depuis octobre, dans les bombardements de la coalition, dont ceux sur la banque centrale de cette ville, qui ont fait partir en fumée des centaines de millions de dollars. Des pressions sur la Banque Nationale Irakienne ont aussi débouché sur des règlements plus stricts et le licenciement d’agents qui agissaient peut-être pour le compte de l’EIIL dans les ventes aux enchères de devises.
L’espoir mis dans une faillite de l’EIIL est exagéré a-t-il été dit devant la commission d’enquête, mais une diminution de ses ressources peut signifier un changement avec le passage d’une armée permanente qui mène une guerre territoriale sur deux fronts à une structure plus lâche dans le style d’une franchise d’al Qaïda qui entreprend des attentats terroristes à Damas et à Bagdad.

mardi 16 février 2016

Intervention russe en Syrie: clarté et cohérence des buts et des moyens

On n'a guère l'habitude d'entendre ou de lire les diplomates russes s'exprimer sur la politique étrangère menée par leur pays. 
Ici, c'est l'ambassadeur de Russie en Grande Bretagne qui publie une tribune dans un tabloïd londonien à grand tirage. Et il le fait pour exposer la vision russe du conflit en Syrie ainsi que de son règlement.
Deux choses ressortent nettement de son propos. La première est que l'intervention de l'aviation militaire russe a été dictée par la perspective de voir la capitale syrienne tomber entre les mains de Daesh avec la bénédiction des puissances occidentales qui auraient "repeint en blanc" un Sunnistan qui correspond aux objectifs stratégiques des Etats Unis. La deuxième chose qui apparaît nettement, c'est que le gouvernement russe a une vision très précise des buts de son intervention et des moyens militaires mais aussi politiques de les atteindre. Et cette vision ne nie le rôle d'aucun acteur pour peu qu'il n'entre pas dans la liste des organisations terroristes, une liste à établir entre "partenaires" et dont certaines organisations pourraient sortir sous certaines conditions
La diplomatie russe nous offre en définitive un brillant contre exemple de celui donné par les actions brouillonnes, nocives, criminelles et contraires au droit international entreprises dès 2011 par les puissances occidentales et leurs alliés régionaux. Des actions qui n'ont fait qu'aggraver la situation tout en fermant méthodiquement toutes les issues vers une solution de la crise en Syrie.

Alexander Yakovenko: la Russie et les Etats Unis sont partenaires pour essayer de mettre fin à la guerre en Syrie

par Alexander Yakovenko, ambassadeur de Russie au Royaume Uni,
The Evening Standard (UK) 15 février 2016 traduit de l'anglais par Djazaïri
La récente réunion à Munich du Groupe de Soutien International à la Syrie (GSIS) qui cherche un règlement en Syrie - avec la présence de la Russie, des Etats Unis, de la Turquie, de l'Arabie Saoudite et de l'Iran - s'est conclue avec un plan pour essayer de trouver des moyens de mettre fin aux hostilités entre les organisations de l'opposition syrienne et le gouvernement, sans toutefois faire de compromis sur la lutte contre l'Etat Islamique (Daesh) et d'autres force extrémistes.
Cette réunion intervenait après les succès de la récente offensive de l'armée syrienne qui, selon les experts, a progressivement mis en route la dynamique qui lui permettra de mettre un terme à la guerre civile en Syrie.
Alexander Yakovenko lors de la présentation de ses lettres de créance à la reine Elizabeth II

Pour avoir une idée de l'immense défi qu'affronte la communauté internationale, on peut regarder comment la situation en Syrie a évolué ce quatre dernières années. Nous avons constaté un processus de radicalisation du côté de l'opposition. Beaucoup d'organisations syriennes se sont liées à des organisations terroristes étrangères qui étaient bien équipée et financées par divers acteurs régionaux qui, à leur tout, projetaient leurs propres agendas de politique intérieure sur le champ de bataille syrien.
La situation en était arrivé au point où les Américains avaient renoncé à trouver des gens en qui ils auraient pu faire confiance parmi les organisations rebelles qui combattent le gouvernement syrien. Il y a quelques mois, nos collègues britanniques nous avaient dit que la situation en Syrie était un foutoir complet. La situation était rendue encore plus compliquée par l'émergence de Daesh, un mélange explosif de fanatiques religieux et de lambeaux du régime baathiste, dont des anciens officiers de l'armée de Saddam Hussein.
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Dans le même temps, les Etats Unis constituaient leur coalition anti-Daesh forte de quelque 70 pays membres qui se lança dns des frappes aériennes inefficaces contre Daesh pendant plus d'un an avant que la Russie doive intervenir avec son aviation militaire à la demande du gouvernement syrien. L'été dernier, nos partenaires occidentaux nous avaient dit que'en Octobre Damas tomberait entre les mains de Daesh. Ce qu'ils avaient prévu de faire par la suite, nous l'ignorons. Ils auraient probablement fini par repeindre les extrémistes en blanc pour les accepter en tant qu'Etat sunnite à cheval sur la Syrie et l'Irak.
En ce circonstances l'intervention russe a changé la donne de manière décisive, permettant à l'opposition syrienne démocratique de se réapproprier la cause d'une Syrie démocratique qui avait été détournée par des organisations terroristes étrangères. C'est alors seulement que les principaux acteurs pouvaient se réunir dans le GSIS pour ue approche globale en vue de trouver une solution politique en Syrie et d'éradiquer Daesh. L'ampleur de cette double tâche n'a jamais été sous-estimée, compte tenu de la situation sur le terrain. C'est pourquoi le GSIS a accepté de faire l'inventaire des organisations d'opposition authentiques et de celles qui sont terroristes. C'est difficile à cause des ingérences régionales. Par exemple, les Kurdes syriens n'ont pas été invités aux discussions de Genève en raison de l'opposition de la Turquie.
Hélicoptère russe en couverture de soldats syriens
Cette démarche, impulsée par les Russes et les Américains pour séparer les modérés des organisations extrémistes est cruciale. Elle permettra à l'opposition modérée de rompre ses alliances avec les groupes terroristes de l'étranger. Elle permettrait aussi de soulager l'armée syrienne en tant que principale force à affronter Daesh sur le terrain. Dès lors, un front anti-terroriste commun pourrait se faire jour pendant qu'une solution politique à la crise syrienne se discute entre le régime et l'opposition à Genève. Pendant ce temps, l'armée de l'air russe et la coalition dirigée par les Etats Unis continueront leurs frappes aériennes contre Daesh.
Cette approche est la vraie chance de pouvoir résoudre le problème syrien. Ce n'est pas facile, mais si nous voulons mettre fin à cette guerre nous devons essayer.

lundi 15 février 2016

Les jours d'Assad au pouvoir sont comptés (et recomptés)

Le politologue et universitaire américano-libanais As'ad Abu Khalil s'est amusé à faire une recension des prédictions d'une chute imminente du président syrien. Sa recension n'est que très partielle...

Les "jours d'Assad sont comptés" affirme Obama

En 2011: "Officiels US: les jours d'Assad sont comptés"
En 2012: "Le Président Obama est convaincu que les jours d'Assad sont comptés."
En 2012: "Clinton déclare que les jours d'Assad sont comptés"
En 2012: "La Ligue Arabe affirme que les jours d'Assad sont comptés".
En 2013: "Les renseignements U.S.affirment que les jours d'Assad sont comptés."
OK. je peux continuer encore et encore mais j'ai d'autres choses à faire.

J'en ai recensé quelques uns du même tonneau en langue française:
En novembre 2011, Bernard-Botul Henri Lévy annonçait "Les derniers jours de Bachar al-Assad. Comme en Libye..." " les jours de la dictature sont comptés".
En juillet 2012, Fahad Al Masri, porte-parole de l'Armée syrienne libre (ASL) affirmait que "Les heures de Bachar al-Assad sont comptées..."
En décembre 2012, pour Laurent Fabius "La fin se rapproche pour Bachar el-Assad...les jours au pouvoir du leader syrien sont comptés. "
En mars 2015, "Pour François Fillon, les jours de Bachar al-Assad à la tête de la Syrie sont comptés".

jeudi 26 novembre 2015

Sukhoi 24 russe abattu par l'aviation turque: une analyse juridique réfute les arguments de la Turquie

L'armée de l'air turque était-elle fondée à abattre un bombardier russe de type SU-24 en mission au dessus de la Syrie ?
su24m-5
Bombardier biplace Su-24 Fencer

Les autorités turques soutiennent que oui car, selon elles, l'avion russe avait violé l'espace aérien turc et que les avions de chasse turcs avaient procédé à une dizaine de sommations avant d'ouvrir le feu.
Le gouvernement russe conteste pour sa part que le SU-24 ait pénétré dans l'espace aérien turc tandis qu'un des deux membres de l'équipage russe qui a survécu à la destruction de son appareil, l'autre ayant été tué par les « rebelles syriens » pendant sa descente en parachute, nie la réalité des sommations.
Il est vrai qu'on peut s'interroger sur la possibilité d'une dizaine de sommations pour une incursion qui aurait duré au maximum (si elle a eu lieu!) 17 secondes.
Sukhoi_Su-24_shootdown_Syrian-Turkey_border-fr.svg
Versions russe et turque de la trajectoire du SU-24 détruit par l'armée turque
Pourtant, même si l'avion russe était entré dans l'espace aérien turc, ce fait n'aurait pas en lui-même suffi à justifier le recours à l'usage de la force et la destruction de l'appareil.
C'est en tout cas ce qui ressort d'une analyse juridique effectuée par quelqu'un qui semble être versé dans ce domaine puisqu'il est à la fois ancien officier supérieur de l'aviation militaire américaine et spécialiste reconnu du droit de la guerre.

Les Russes ont sans doute un dossier solide sur la destruction de leur avion par la force aérienne turque

par Charles J. Dunlap Jr., The Hill (USA) 25 novembre 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri
La destruction en vol d'un bombardier russe Su-24 par des F-16 turcs soulève un certain nombre de questions essentielles en matière de droit international que les États Unis doivent examiner avec soin. C'est tout particulièrement important dès lors que le résultat de l'action 6turque6 a é6té apparemment la mise à mort illégale d'un des aviateurs russes par les rebelles syriens ainsi que la possibilité de la mort de la même manière d'un marine russe qui essayait de porter secours à l'équipage de l'avion abattu.
Si le président Obama a certainement raison de dire que « la Turquie comme tout pays a le droit de défendre son territoire et son espace aérien, » la manière exacte de le faire est plus compliquée que ce que laisse entendre le président. En fait, les Russes ont de solides arguments juridiques pour soutenir qu'un tel droit prévu par le droit international a été invoqué à tort dans ce cas précis.
Quand peut-on agir en légitime défense ?
L'article 51 de la charte de l'ONU permet l'usage de la force en cas « d'agression armée. » Cependant, dans une affaire traitée en 1986, le Cour Internationale de Justice avait conclu qu'un « simple incident frontalier » pouvait constituer une violation de la charte de l'ONU mais n'induisait pas nécessairement le droit à user de la force si l'attaque n'a pas une ampleur et des effets significatifs. La plupart des nations admettent aussi que des États menacés d'une attaque imminente peuvent réagir en légitime défense du moment qu'ils ne disposent en la circonstance « d'aucun moyen de stopper l'agression autre que le recours à la force armée, » ainsi que l'avait observé Leo Van den Hole dans l'American University International Law Review (revue universitaire de droit international).
Le problème ici est que les Turcs n'affirment pas qu'une agression militaire était en cours ni, d'ailleurs, qu'une telle attaque était même envisagée par les Russes. Au contraire, dans une lettre à l'ONU, les Turcs ont seulement affirmé que les Russes avaient « violé leur espace aérien national sur une profondeur de 1,7 à 2 kilomètres pendant 17 secondes. » Ils disent aussi que les Russes ont été avertis « dix fois » (ce que les Russes contestent) et que les chasseurs turcs ont tiré sur l'avion russe en conformité avec les « règles d'engagement » turques. Bien entendu, les règles nationales d'engagement n'ont pas prééminence sur les exigences du droit international. En outre, le droit international exige que toute force mobilisée pour se défendre soit proportionnelle à la menace à traiter.
La question de droit qui se pose est donc celle-ci : Est-ce qu'une simple incursion frontalière de 17 secondes a une importance et une ampleur de nature à justifier l'usage « proportionné » d'une force meurtrière comme unique recours – en particulier dans une situation où rien n'indique que les Russes allaient attaquer quoi que ce soit sur le sol turc ?
Pour l'instant, les États Unis restent silencieux sur ce qu'ils savent éventuellement de la localisation précise des avions (dont les Russes affirment qu'ils ne sont jamais entrés dans l'espace aérien turc). Qui plus est, même su les Russes avaient pénétré l'espace aérien turc, ce fait en lui-même ne permettrait pas nécessairement l'usage de la force en l'absence de signes d'intentions hostiles (dont les Turcs ne parlent pas). De plus, il n'est pas impossible que l'avion russe puisse être entré dans l'espace aérien turc – ou pas – du fait d'une erreur de navigation non intentionnelle causée par le système de navigation satellitaire qu'emploient les Russes. Des erreurs de navigation ne sont pas des raisons valables pour déclencher le recours à une force meurtrière.
En bref, in apparaît à ce stade que le dossier présenté par la Turquie pour justifier le recours à la force meurtrière est, au mieux, fragile. Néanmoins, le secrétaire général de l'OTAN Jens Soltenberg a déclaré que l'OTAN est « solidaire avec la Turquie. » Cependant, il aurait été plus prudent de différer son jugement en attendant que les faits soient définitivement établis et qu'une analyse juridique exhaustive soit effectuée. Pourquoi ? L'article 5 du traité de l'Alliance Atlantique qui régit le droit à la légitime défense paraphrase presque mot pour mot l'article 51 de la charte de l'ONU ; donc, si les faits montrent qu'il y a illégalité au regard du droit international, cela minerait le bien fondé de la prise de position de l'OTAN « en solidarité » avec n'importe quel pays.
L'agression contre l'aviateur et le marine russes
Un autre problème important de droit international a été soulevé après que l'avion russe a été touché par les missiles turcs. Les deux aviateurs se sont éjectés mais ont été attaqués pendant leur descente en parachute de leur avion en perdition – par des éléments de l'Armée Syrienne Libre d'après les informations. Un marine russe qui participait à une opération de secours a été tué.
Il est parfaitement établi que le droit de la guerre interdit d'attaquer quiconque s'échappe en parachute d'un avion en détresse, et que le faire est un crime de guerre. Il n'y a pas de réel débat entre experts sur la lecture de ce point de droit.
En ce qui concerne le soldat russe tué en opération de secours, les choses sont plus complexes au niveau juridique. En général, une action de secours est une opération militaire qui peut être légalement attaquée. Si cependant, l'aéronef de se secours arborait une croix rouge ou un emblème du même genre reconnu internationalement, et si l'objectif consistait seulement à apporter des soins médicaux, l'attaque serait probablement considérée comme injustifiée. En outre, compte tenu du fait que tirer sur un aviateur qui fuit [son avion] en parachute est en soi un crime de guerre, le fait de porter secours à des pilotes soumis à une action à l'évidence illégale peut fort bien transformer l'incident en un de ceux où le droit international verrait dans la mort du marine russe un crime illégal.
Ce que cela signifie pour les États Unis
La Turquie n'est pas seulement un allié très important pour les États Unis et au sein de l'OTAN, mais aussi un partenaire essentiel de la coalition internationale qui s'oppose à l’État Islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daesh). Ceci dit, le respect de la règle de droit est particulièrement important dans des situations extrêmement instables comme en Syrie aujourd'hui. Ce n’est ni le moment ni le lieu d'interprétations approximatives qui peuvent aboutir à des conséquences non souhaitées. Les États Unis doivent aussi garder à l'esprit qu'il existe d'autres situations de frontière aériennes explosives dans le monde – comme les survols dans le sud de la mer de Chine – où les intérêts des États Unis tirent avantage du fait que les règles de retenue dans l'usage de la force sont méticuleusement respectées.
Si la Turquie est en tort dans cette affaire, les États Unis devraient le dire, indépendamment des autres points de désaccord que nous pouvons avoir avec les Russes. Un ami devrait toujours dire à un ami quand il a commis une erreur. C'est aussi simple que ça.
Dunlap est un général de l'armée de l'air en retraite qui dirige actuellement le Center on Law, Ethics and National Security à la faculté de droit de l'université Duke.

mercredi 25 novembre 2015

The Sun, petites pépées et islamophobie

Le Sun est un journal anglais dont il n'existe pas d'équivalent en France. Ses titres racoleurs secondés utilement par la photo d'une femme aux formes et au sourire prometteurs sont au service d'un agenda politique néoconservateur qui est celui de son propriétaire, le magnat de la presse Rupert Murdoch.
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Rupert Murdoch et sa nouvelle compagne, Jerry hall (ex Mme Jagger)
Outre le Sun, le groupe News Corp de Rupert Murdoch est propriétaire du Times, le légendaire journal londonien, du New York Post, un tabloïd à grande diffusion, du Wall Street Journal, des chaînes de télévision et des studios de cinéma Fox etc.
Et ce n'est là qu'un modeste aperçu de cet empire qui s'étend sur tous les continents.
Le Guardian démonte ici les ressorts d'un titre racoleur du Sun destiné à induire le lecteur pressé en erreur et à exciter l'islamophobie.

Les affirmations du Sun sur la sympathie des Musulmans pour les djihadistes ont-elles un fondement ?

Un coup d’œil sur les données de l'enquête derrière le gros titre du tabloïd remet en question la façon dont le journal a interprété les chiffres
par Pamela Duncan, The Guardian (UK) 23 novembre 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri
Le Sun a mis en une ce titre racoleur : « Un Musulman britannique sur cinq a de la sympathie pour les djihadistes, » mais cette affirmation est-elle fondée ?
sympathy
Un coup d’œil aux données qui sont derrière le gros titre de lundi remet en question la manière dont le journal a interprété les chiffres.
Le gros titre et l'article en pages intérieures sont basés sur une enquête téléphonique conduite par Sturvation la semaine dernière. On ne sait pas vraiment comment l'échantillon de Musulmans britanniques a été constitué par Sturvation ni s'il peut être considéré comme représentatif de l'ensemble de la communauté.
La question particulière qui est à l'origine du titre la une demandait aux répondants qu’ils étaient d'accord avec une liste de déclarations.
Seulement 5 % des répondants étaient d'accord avec la déclaration : « J'ai beaucoup de sympathie pour les jeunes Musulmans qui quittent le Royaume Uni pour rejoindre les combattants en Syrie. » 14,5 % des répondants ont dit avoir « une certaine sympathie » pour eux. Ces chiffres additionnés font un total de 19,5 % qui motivent la tournure de l'article du Sun.
Même en acceptant ces données telles quelles, elles occultent le fait que près de 71,5 % des sondés ont dit ne pas avoir de sympathie pour les jeunes Musulmans qui quittent le Royaume Uni pour rejoindre les combattants en Syrie.
La question posée par Sturvation ne mentionne aucunement les djihadistes, l’État Islamique (Daesh) et la raison pour laquelle les combattants vont en Syrie. En outre, la question ne précise pars qui sont les « combattants en Syrie » - des combattants de Daesh ou éventuellement ceux d'autres groupes rebelles.
Étant donné qu'on a eu des exemples d'individus partis en Syrie pour lutter contre Daesh (par exemple avec un reportage de Channel 4 qui suivait trois anciens soldats partis combattre les miliciens de Daesh en Syrie), il est concevable que certains des sondés aient pu avoir en tête ces exemples plutôt que les gens qui s'en vont pour soutenir Daesh.
Le second problème est que le terme « sympathie » prête le flanc à une mauvaise interprétation : tandis qu'une personne peut l'employer pour signifier qu'il est d'accord avec ceux qui partent se battre, une autre personne peut simplement vouloir dire qu'elle comprend à un niveau émotionnel qu'une personne puisse faire ce choix. On peut éprouver de la sympathie pour une prise de position sans pour autant la partager.
De fait, un sondage antérieur effectué par le même institut en mars pour Sky News avait montré que 4,3 % des non Musulmans exprimaient « beaucoup de sympathie pour les jeunes Musulmans qui quittent le Royaume Uni pour rejoindre les combattants en Syrie. » Dans le même temps, 9,4 % exprimaient une « certaine sympathie », ce qui suggère que les attitudes des Musulmans et des non musulmans ne sont pas différentes quand on leur pose ces questions.
D'autres détails sur le sondage mené par Survation peuvent être trouvés ici tandis que l'intégralité des chiffres peut être trouvée ici.

vendredi 3 avril 2015

Comment la presse rend compte de l'alliance entre les Etats Unis et al Qaïda en Syrie

Il y a un bon moment que Nidal (un pseudonyme adopté par un blogueur français) ne met plus à jour son blog mais continue à commenter l'actualité sur la plateforme Seenthis.
Ce fin observateur de la situation politique au Proche Orient mais aussi des médias fait ainsi une observation incisive sur la manière dont la presse française (ici le magazine Le Point) rend compte des récents revers subis par l'armée gouvernementale syrienne à Idleb, près de la frontière avec la Turquie, et au sud, à la frontière avec la Jordanie.
Les miliciens d'al Qaïda en Syriedéfilent  avec leurs véhicules neufs
Les miliciens d'al Qaïda en Syrie défilent avec leurs véhicules neufs
L'exercice journalistique sur lequel Nidal attire notre attention consiste à citer les protagonistes, c'est-à-dire les Etats Unis et al Qaïda, mais aussi loin que possibles l'un de l'autre dans l'article.
Nidal (@nidal) Retour des «rebelles» de l'AFP, avec un gros effort rédactionnel pour noyer le poisson. En supprimant le superflu, l'essentiel ressort pourtant clairement: la Turquie et la Jordanie arment massivement Al Qaeda en Syrie, avec l'argent de l'Arabie séoudite et le soutien des États-Unis.

_En Syrie, les rebelles infligent revers après revers au régime_

❝Dans le nord-ouest de la Syrie, la prise d'Idleb le 28 mars par la branche syrienne d'Al-Qaïda et des rebelles a été une cuisante défaite pour Damas […] La ville est tombée en quelques jours "grâce au grand nombre d'insurgés et surtout aux quantités d'armes parvenues via la Turquie"

[…]

 "L'Arabie saoudite, le Qatar, la Jordanie et la Turquie ont pris la décision (...) d'arrêter la progression de l'Iran en Syrie comme au Yémen." En Syrie, […] "ces puissances régionales veulent reprendre l'initiative", dit-il. Et, selon lui, la Turquie et la Jordanie ont laissé passer beaucoup d'armes dernièrement pour renforcer les rebelles, sous-équipés pour lutter contre une armée dotée de moyens bien supérieurs comme les avions.

[…]

L'aide de ces pays, appuyés par les États-Unis, est désormais "plus efficace et plus substantielle"❞

Le principe dans ce genre d'article, c'est de positionner le mot «États-Unis» aussi loin que possible de «Al-Qaïda».



mardi 3 mars 2015

Selon le Sénateur John McCain le modèle afghan doit inspirer les Etats Unis en Ukraine

John McCain, ce Sénateur américain qui a été le concurrent Républicain malheureux de Barack Obama dans la course à la présidentielle de 2008 s'est montré un des politiciens américains parmi les plus belliqueux.
Il a ainsi joué un rôle important en Libye et en Syrie en tant que représentant du parti de la guerre, un parti qui réunit indifféremment des Démocrates et des Républicains.
John McCain décore un "djihadiste" en Syrie
John McCain décore un "djihadiste" en Syrie
Tout naturellement, il tient un rôle semblable en ce qui concerne la crise ukrainienne pour laquelle il se montre un chaud partisan de la livraison d'armes « létales » au gouvernement fantoche de Kiev.

McCain fait partie de ces gens qu'on considère comme des patriotes aux Etats Unis, en particulier du fait de sa participation à la guerre du Vietnam où il fut fait prisonnier après la destruction en vol du bombardier qu'il pilotait.
John McCain aux commandes d'un avion de combat
John McCain aux commandes d'un avion de combat
Mais si on peut penser qu'il a été patriote, peut-on affirmer qu'il l'est encore aujourd'hui ?
Rien n'est moins sûr quand on voit avec quels arguments il plaide en faveur de la livraison d'armes à l'armée ukrainienne. En effet, le Sénateur donne comme exemple d'une stratégie de ce type réussie celui du soutien apporté par les Etats Unis et leurs amis aux forces qui combattaient les Soviétiques et le régime pro-soviétique en Afghanistan.

Or nous savons qui étaient ces miliciens soutenus par l'Occident en qualité de combattants de la liberté : le Talibans, Ben Laden et al Qaïda et une série de seigneurs de la guerre âpres au gain.

Les mêmes que les Etats Unis affirment combattre aujourd'hui dans le cadre de la guerre contre le terrorisme !
Les mêmes que le parti de la guerre dont la figure patriotique est John McCain soutient en Syrie !

Citant les moudjahidine soutenus par Ben Laden, McCain donne les pires arguments possibles en faveur de livraisons d'armes à l'armée ukrainienne

par Sam Sacks, The District Sentinel (USA) 26 février 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri

En essayant de ridiculiser un officiel de l'armée pendant une audition devant la Commission sénatoriale des Forces Armées, le Sénateur John McCain (Républicain, Arizona) a proposé une analyse incroyablement inexacte de l'histoire récente pour justifier la livraison d'armes offensives au gouvernement ukrainien pour combattre les séparatistes soutenus par la Russie.

« C'est un défi à la logique, » a déclaré jeudi le Sénateur McCain pendant l'audition, en référence à l'assertion du Général Vincent Stewart selon laquelle les Etats Unis ne se seraient pas en mesure de livrer suffisamment rapidement des armes offensives à l'armée de Kiev pour changer le sort des armes en Ukraine orientale.
« Nous pouvons les mettre dans des avions et les envoyer là bas – comment pouvez vous justifier une telle déclaration ? a ajouté McCain.

Stewart, qui s'exprimait au côté du Directeur du renseignement national à l'audition sur les menaces mondiales, a présenté une analyse qui donne matière à réflexion sur la situation à laquelle les Etats Unis seront confrontés s'ils décident d'inonder d'armes supplémentaires le champ de bataille déjà meurtrier du Donsbass.
« La Russie et les séparatistes ont des lignes en profondeur qui leur permettent de rééquiper beaucoup plus vite avec des armes plus lourdes que ce que nous pouvons livrer, » a déclaré le Général Stewart au Sénateur.
« Ce serait une course pour voir qui peut armer et je pense qu'avec leurs lignes terrestres ils auraient un avantage significatif sur le terrain, » a-t-il ajouté.

Irrité par l'analyse du Général, McCain a évoqué l'intervention militaire soviétique en Afghanistan dans les années 1980 comme une histoire réussie de ce qui se passe quand les Etats Unis livrent des armes dans une guerre par procuration contre les Russes.
« Je suis sûr que les Russes disposaient d'un avantage significatif quand ils ont envahi l'Afghanistan. Je suis sûr que nous avons vu quelles ont été les conséquences tout au long de l'histoire, quand nous avons aidé des peuples qui avaient été envahis et opprimés et quand nous ne l'avons pas fait. »

Dans le cas de l'Afghanistan, les conséquences, qui ont été rapportées de manière exhaustive furent l'ascension des Talibans et des décennies de guerre, avec plus de 13 ans d'engagement militaire des Etats Unis contre exactement les mêmes gens que ceux que le Pentagone avait armé secrètement dans les années 1980 – des militants parmi lesquels Ben Laden en personne.

Si la livraison d'armes aux rebelles afghans a sans doute contribué à l'effondrement de l'Union Soviétique suite à sa mésaventure militaire, elle a aussi semé les graines qu'ont suivies les Etats Unis des années plus tard quand ils sont partis sur les traces des Soviétiques pour aller en guerre en Afghanistan, à ce jour la plus longue guerre de l'histoire de notre pays.

L'histoire récente, en Irak, en Libye et en Syrie prouve à nouveau que inonder le monde avec des armes a débouché sur des conséquences imprévues et, tragiquement, à plus d'effusion de sang dans les conflits.

En effet, nous avons vu quelles ont été les conséquences, Monsieur le Sénateur.

dimanche 22 février 2015

L'incursion de l'armée turque en Syrie, un témoignage des bonnes relations de la Turquie avec l'Etat Islamique (Daesh)

La presse se fait l'écho de la récente opération de l'armée turque pour évacuer des soldats qui se retrouvaient encerclés par l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL, Daesh) dans le mausolée où est inhumé un ancien chef militaire seldjoukide, grand-père du fondateur de la dynastie ottomane.
L'armé turque a démoli le mausolée après avoir retiré la dépouille de Süleyman Chah
L'armée turque a démoli le mausolée après avoir retiré la dépouille de Süleyman Chah
Ce qui est étonnant, et que la presse ne semble pas relever, c'est que les forces turques aient pu pénétrer en plein territoire contrôlé par l'EIIL sans rencontrer aucune opposition.
On dira que le déploiement de forces était plutôt dissuasif ; plus de 80 véhicules blindés en tout et près de 700 soldats.

Mais cette dissuasion était-elle vraiment destinée à calmer les ardeurs des miliciens de l'EIIL ?

Non, si on en croit Elijah Magnier, cité dans l'article ci-dessous par le blogueur Moon of Alabama, Pour Magnier, l'entrée de l'armée turque s'est faite avec le plein accord de l'EIIL qui a laissé libre passage, Le convoi turc est d'ailleurs passé par un poste frontière tenu par les miliciens de Daesh dont le drapeau flottait tout à fait « normalement ».
NB : Elijah Magnier est le correspondant de guerre du journal jordanien Al RAI.

Alors qui était visé par ce déploiement de force ?
La réponse se trouve dans la nature des équipements mis en œuvre par l'armée turque avec en particulier la mobilisation d'avions radars dont le rôle est de détecter la présence d'aéronefs hostiles et de guider les avions amis sur un théâtre de combat aérien.
La seule force hostile qui aurait pu déployer des aéronefs, avions ou hélicoptères, est bien entendu l'armée syrienne, pas Daesh.

Quel prix la Turquie a-t-elle dû payer pour libérer les otages de l'Etat Islamique au mausolée du Chah ?

Moon of Alabama 22 février 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri

La nuit dernière, environ 700 soldats turcs lourdement armés ont pénétré en Syrie et ont évacué quelque 40 de leurs camarades. Ces derniers veillaient sur la tombe de Süleyman Chah, un chef militaire de l'émir seldjoukide du 12ème siècle.
Situation du mausolée de Süleyman Chah
Situation du mausolée de Süleyman Chah
L'emplacement de la tombe était considéré comme une enclave turque depuis un accord passé en 1921 avec l'administration coloniale française du Levant :
Pendant l'opération qui a été lancée dans la nuit du 21 février, des avions radars (AWACS), des hélicoptères militaires et des drones étaient mobilisés tandis que 39 tanks et 57 véhicules blindés traversaient la frontière avec des équipes de soutien des forces spéciales turques. Les vidéos en direct ainsi que d'autres informations obtenues sur place étaient traitées dans une salle d'opérations au siège de l'état-major.
Sans avoir à s'engager dans des combats, les troupes turques ont quitté la Syrie dans la matinée du 22 février après avoir fait exploser le mausolée pour éviter qu'il serve de base aux militants de l'EIIL.
Davutoğlu a annoncé dans une série de tweets le 22 février que le contenu du mausolée avait été « temporairement » emmené en Turquie et que l'armée turque « prenait le contrôle d'une zone dans la région d'Ashma en Syrie, en hissant nos couleurs, où Süleyman Chah sera transféré plus tard. »
Alors, la Turquie veut voler plus de territoire syrien près de sa frontière pour y déposer les restes du Chah. Pourquoi devrait-ce être considéré comme quelque chose de légal ?
Mais revenons aux raisons de l'évacuation. Les soldats chargés de la tombe, à seulement 40 kilomètres de la frontière turque, étaient encerclés par des combattants de l'Etat Islamique. En temps normal, la garde était relevée touts les trois ou quatre semaines, mais les soldats turcs qui viennent d'être évacués étaient sur place depuis 11 mois. Ils étaient en pratique des otages de l'Etat Islamique. Alors pourquoi l'Etat Islamique les a-t-il laissés partir ?

Il est très peu probable que l'opération turque n'ait pas été connue de l'Etat Islamique. La Turquie a mis en œuvre près de 100 véhicules blindés. Avec des combattants de l'Etat Islamique présents dans tout le sud de la Turquie, la concentration de cette force près de la frontière ne sera pas passée inaperçue. Deux jours auparavant, la Turquie avait informé de l'opération le YPG kurde qui combat l'Etat Islamique dans le secteur. Quand les troupes sont entrées en Syrie, elles ont été filmées passant près d'un grand drapeau de l'Etat Islamique au poste frontière.


L'Etat Islamique n'aime pas les tombeaux. Il a démoli des centaines de tombeaux historiques dans les zones qu'il contrôle en Syrie et en Irak. Il n'a pas touché à la tombe de Süleyman Chah mais a gardé les troupes qui la surveillaient sous son contrôle. L'Etat Islamique devait savoir que les Turcs venaient pour évacuer les soldats et la dépouille mais il n'a rien fait pour s'y opposer, Comment est-ce possible ?

Comme l'observe Elijah Magnier (correspondant de guerre d' Al Raï, journal jordanien)
Nous pouvons l'affirmer avec force : L'organisation « Etat Islamique » a autorisé une armée membre de l'OTAN à entrer dans son territoire et lui a donné libre passage.
En effet. Ce qui m'amène à cette question :
Qu'est-ce que la Turquie a donné à l'Etat Islamique pour obtenir la libération des otages du mausolée de Süleyman Chah sans avoir à livrer un seul combat ?
La Turquie a déjà un accord de libre échange et des facilités bilatérales pour les touristes [les touristes sont les "djihadistes" NdT]  avec l'Etat Islamique. Une entente a dû se faire sur quelque chose d'autre et de plus précieux pour l'Etat Islamique en échange du retour des otages. Qu'est-ce que c'est ?

Les Etats Unis veulent coopérer avec la Turquie pour entraîner des combattants syriens à affronter l'Etat Islamique. Il serait assez important d'avoir une réponse à la question précédente avant de continuer à explorer cette voie.