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jeudi 19 février 2015

Robert Ford, celui qui voulait armer les "rebelles" en Syrie, reconnaît maintenant qu'ils ne représentent rien

Dans la famille Ford, on connaît le cinéaste John Ford (un pseudonyme en réalité), l'acteur Harrisson Ford et le critique de cinéma Charles Ford.

Un nom qui semble prédestiner à exercer une activité en rapport avec le cinéma !

Et quand on n'est pas dans le cinéma spectacle, on joue aux cow-boys et aux Indiens pour de vrai en poussant à la guerre civile, ce qu'a fait avec entrain et ténacité l'ancien ambassadeur des États Unis en Syrie, un certain Robert Ford.
Robert Ford a un petit quelque chose de George W. Bush
Robert Ford a un petit quelque chose de George W. Bush
Robert Ford était en poste à Damas au moment où les premiers troubles ont agité la Syrie, Plutôt que de se contenter de rendre compte à son gouvernement de l'évolution de la situation quitte à rappeler aux autorités locales comment les États Unis concevaient un règlement politique de la crise, Robert Ford s'est immédiatement attelé à attiser les tensions et à bien faire comprendre qu'un révolution à la libyenne trouverait un entier soutien à Washington.

C'est exactement ce qui s'est passé et comme en Libye, la France et le Royaume Uni étaient chargés de jouer les utilités en tant qu'avant-garde de la communauté internationale.
Mais outre le fait que la leçon libyenne a parfaitement été retenue par le gouvernement syrien mais aussi par le gouvernement russe, les références idéologiques et les méthodes des « rebelles » n'ont pas tardé à renforcer le soutien populaire au pouvoir syrien.

L'idéologie et les méthodes sont les mêmes que celles des prétendus rebelles libyens mais comme en Libye, le régime syrien n'aurait pu être abattu que grâce à une intervention étrangère directe. Or cette dernière n'a pas été possible parce que l'armée gouvernementale ne s'est pas effondrée mais est restée au contraire motivée, et parce que la Russie comme l'Iran ont clairement fait connaître leur ferme opposition à une telle entreprise.

Les temps ont bien changé depuis 2011 et la fameuse opposition démocratique syrienne apparaît pour ce qu'elle est une nébuleuse de clients des pétromonarchies qui sont motivés surtout pas l'appât du gain. De fait, les pétromonarchies ont été très généreuses et leurs clients leur en donnent pour leur argent en matière de pillages, de destructions et de têtes coupées.
Aujourd'hui Robert Ford ne soutient plus la dotation en armes de l’opposition syrienne . Il n'a cependant pas renoncé à ses beaux projets pour la Syrie puisqu'il recommande l'envoi de soldats, pas nécessairement américains, précise-t-il.

On verra ce qu'il en sera étant donné que le parti de la guerre à Washington cherche maintenant à prendre prétexte de la force de l'Etat Islamique en Irak et au Levant pour demander une action militaire directe.
Les gens informés savent pourtant que les milices de la mouvance d'al Qaïda (et Daesh a été un moment affilié à cette organisation) ont joué un rôle prédominant très tôt dans l'histoire de la crise syrienne

par Hannah Allam, McClatchy Washington Bureau 18 février 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri

Washington – Robert Ford a toujours été un des plus chauds partisans des rebelles syriens à Washington, se démenant à l'intérieur d'une administration réticente en faveur de l'armement de rebelles modérés triés sur le volet pour combattre le régime brutal de Bachar Assad.

Ces dernières semaines, cependant, Ford, l'ancien ambassadeur des États Unis en Syrie qui avait fait la une quand il avait quitté le service de l'Etat il y a un an en critiquant sévèrement la politique de l'administration Obama, a renoncé à son appel à fournir des armes aux rebelles. Il est au contraire devenu de plus en plus critique à leur égard, les considérant comme incohérents et indignes de confiance parce qu'ils collaborent avec les djihadistes.

Cette volte-face qui fait murmurer parmi les spécialistes de politique étrangère et les personnalités de l'opposition syrienne à Washington, est un signe supplémentaire que l'option des rebelles soi-disant modérés a fait long feu et que le choix en Syrie se réduit au régime contre les extrémistes dans une guerre qui a tué plus de 200 000 personnes et en a déplacé des millions.

Dans la foulée de réunions avec les dirigeants rebelles en Turquie, Ford a expliqué dans une interview cette semaine pourquoi sa position a évolué: Sans un commandement central fort ou même d'entente entre les acteurs régionaux pour désigner le Front al Nosra Front affilié à al Qaida comme un ennemi, dit-il, les modérés auront peu de chances de devenir une force viable, que ce soit contre Assad ou contre les extrémistes. Il a estimé la fraction restante de modérés parmi les rebelles à moins de 20 000 hommes. Ils sont incapables d'attaquer et, en ce moment, ils sont «surtout dans des batailles défensives ».

Pour faire court : ça n'a aucun intérêt d'envoyer de l'aide au camp du perdant.

"Nous devons faire face à la réalité telle qu'elle est», a déclaré Ford, qui collabore maintenant avec le Middle East Institute à Washington. «Les gens que nous avons soutenus n'ont pas été assez forts pour tenir leur terrain contre le Front al Nosra."

Le ton de Ford sonne aujourd'hui comme celui d'une personne différente de l'optimiste qui, il y a seulement six mois, écrivait un essai de politique étrangère qui commençait ainsi: "Ne croyez pas tout ce que vous lisez dans les médias: Les rebelles modérés de la Syrie ne sont pas finis. Ils ont gagné du terrain dans plusieurs parties du pays et ont rompu publiquement à la fois avec la filiale d'Al-Qaïda qui opère sur place et avec les djihadistes de l'Etat islamique ".

Maintenant,pourtant, dans les tables rondes et dans ses conférences, Ford accuse les rebelles de collaborer avec le Front al Nosra, la branche d'al-Qaïda en Syrie que les USA ont déclaré organisation terroriste depuis plus de deux ans. Il dit que les luttes intestines de l'opposition se sont aggravées et il déplore le fait que des organisations extrémistes dominent désormais dans la plupart des territoires qui échappent au contrôle du régime syrien.

Ford affirme que le problème tient en partie à ce que que trop de rebelles - et leurs parrains en Turquie et au Qatar - ont insisté pour dire que le front al Nosra était une force anti-Assad indigène, alors qu'en fait c'était une branche d'Al-Qaïda dont l'idéologie était pratiquement indiscernable de celle de l'État islamique. L'administration Obama a déjà eu toute une série de déconvenues concernant des fournitures données aux rebelles qui se sont retrouvées entre les mains d'organisations désignées comme terroristes par les États Unis.

« Le front al Nosra est tout aussi dangereux, et pourtant ils prétendent que ce sont des gens biens, ils sont Syriens, » déclare Ford. « Le deuxième problème est que notre matériel a échoué chez eux. »
En même temps que ses appels à armer les rebelles se faisaient de plus en plus fables, Ford s'exprimait plus vigoureusement sur les relations entre les rebelles et le front al Nosra, chose que les officiels américains avaient préféré ignorer, du moins publiquement.

Lors d'un séminaire le mois dernier en présence d'un public auquel participaient des figures importantes de l'opposition syrienne avec lesquels il avait travaillé pendant des années, Ford a commencé par un préambule d'avertissement que ce qu'il allait dire était "ne serait pas populaire» parmi la partie de l'assistance appartenant à l'opposition syrienne.

Il s'est ensuite lancé dans un acte d'accusation des rebelles modérés, leur disant sans ménagement qu'ils pouvaient oublier l'aide extérieure aussi longtemps que ils continueraient à collaborer avec le front al Nosra. Il a laissé entendre que les responsables américains qui les soutenaient s'étaient lassés de devoir les couvrir auprès de l'administration et d'une opinion publique américaine qui sont sceptiques quant à une implication plus grande des États-Unis en Syrie.

"Pendant longtemps, nous avons détourné le regard pendant que le Front al Nosra et les groupes armés sur le terrain, dont certains reçoivent de l'aide de notre part, coordonnaient leurs opérations militaires contre le régime", a déclaré Ford. "Je pense que ces jours où nous regardions ailleurs sont terminés."

La plupart des membres de l'auditoire étaient familiers avec l'historique de Ford sur le dossier syrien, et ils avaient été visiblement surpris de ces paroles de remontrances; ils le connaissaient comme un défenseur acharné des rebelles, quelqu'un qui avait mis fin à une longue carrière diplomatique il y a un an ce mois-ci avec des propos acerbes sur le refus de l'administration Obama de les armer. Ford est souvent décrit comme le premier haut fonctionnaire à s'être exprimé aussi ouvertement contre la politique américaine envers la Syrie; la Maison Blanche est toujours furieuse contre sa décision de passer outre le devoir de réserve.

Ford n'a pas assoupli sa position sur la responsabilité des États Unis dans la catastrophe syrienne – il présente toujours la politique américaine comme un « immense ratage » et «un échec singulier » - mais maintenant, il n'épargne pas aux rebelles leur part de responsabilité. Il n'est guère patient devant l'argument selon lequel ils étaient forcés de collaborer avec le front al Nosra et d'autres partenaires infréquentables à cause des promesses d'assistance non tenues par l'Occident. Il faut qu'on s'accorde, dit-il, sur le fait que al Qaïda est hors-jeu comme partenaire.

« Il devient impossible d'aligner une opposition efficace quand personne n'est d'accord sur qui ou quoi est l'ennemi, » dit-il.

Ford considère que la dernière approche américaine consistant à laisser tomber l'ancien modèle de rébellion pour construire une nouvelle force paramilitaire triée sur le volet pour se concentrer sur la lutte contre l'Etat islamique était vouée à l'échec ; les rebelles syriens sont plus motivés par la destitution d'Assad que par le combat contre les extrémistes pour le compte de l'Occident, et il y a bien trop peu de combattants pour prendre le projet au sérieux.
« L'effectif [de combattants] est encore trop réduit, » dit-il. « Que feront-ils avec 5 000 hommes ? Ou même avec 10 000 dans un an ? Qu'est-ce que ça pourra faire ? »

Le régime Assad veut de présenter lui-même comme une alternative [à al Qaïda et à Daesh], mais Ford explique que l'armée syrienne a été très affaiblie et qu'il est douteux que le régime puisse mener une campagne victorieuse contre les extrémistes. Et puis il y a les retombées politiques et morales qui découleraient d'une détente des relatiosns de l'Amérique avec un homme que des dirigeants américains décrivent depuis 2011 comme un boucher qui a perdu toute légitimité à gouverner.

Ford affirme que le moment est venu pour les dirigeants américains et leurs alliés d'avoir une discussion sérieuse sur l'envoi de « troupes sur le terrain, » tout en ajoutant aussitôt que ces combattants ne doivent pas être forcément américains. Il considère que seule une force terrestre professionnelle peut débarrasser la Syrie des djihadistes.

Et toute action parallèle pour bâtir un mouvement rebelle local devrait se faire de manière rationnelle à travers un commandement central et un canal hiérarchique syrien, dit-il. Les partenaires internationaux, déclare Ford, doivent renoncer au cadre de fonctionnement « insensé » actuel dans lequel chaque puissance régionale financent dans l'anarchie un écheveau d'organisations clientes qui, dit-il, serait du plus haut comique si les conséquences n'en étaient pas si tragiques.

Et si cette démarche ne peut pas être mise en place, déclare l'homme connu pour plaider en faveur d'une plus grande implication des États Unis, « alors nous n'avons plus qu'à nous retirer et dire que nous ne pouvons rien faire pour la Syrie. »

lundi 25 août 2014

L'Etat Islamique en Irak et au Levant fruit d'une erreur stratégique des Etats Unis?

Intéressant cet article qui attire l'attention sur les liens entre les organisations "djihadistes" qui font beaucoup parler d'elles en ce moment, notamment en Irak, et les appareils politico-militaires des principales puissances occidentales, c'est-à-dire les Etats Unis, la Grande Bretagne et bien sûr la France (la France UMP comme la France PS faut-il préciser).
L'auteur de l'article, une universitaire, pense que les accointances entre le gouvernement  des Etats Unis et les organisations comme le Front al Nosra sont des erreurs qui viennent répéter d'autres erreurs du même type commises en Libye et en Afghanistan.
Je ne sais pas vous, mais je ne crois pas qu'on se trouve présentement devant des "erreurs" stratégiques parce que je vois mal des officiers du Pentagone répéter en un laps de temps très court des erreurs dont les militaires américains sur le terrain ont eu à payer le prix pour des gains stratégiques finalement minimes (la dislocation de l'URSS ne s'est effectivement pas jouée en Afghanistan mais sur le terrain économique et la rébellion des républiques d'Europe orientale, Pologne en tête).
Si ces prétendues erreurs sont répétées, c'est qu'elles satisfont à une démarche autre que celle qui est affichée par le gouvernement des Etats Unis. Et cette démarche est celle des néoconservateurs dont Robert Parry a montré la persistance de l'influence dans l'administration Obama.
Ces néoconservateurs, qui peuvent être Démocrates ou Républicains, sont avant tout motivés par ce qu'ils jugent être l'intérêt de l'entité sioniste. Pour eux, cet intérêt réside avant tout dans l'affaiblissement des dernières structures ou régimes politiques qui représentent un obstacle à la domination sioniste dans la région.
Les structures et régimes dont nous parlons ici sont le Hezbollah libanais, la Syrie baathiste et la république islamique d'Iran.
C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre la situation en Irak dont le gouvernement de Nouri al-Maliki était un allié très proche du régime iranien, la démission de ce dernier ayant ne l'oublions pas été posée comme préalable à toute assistance par les autorités américaines. Dans l'hypothèse de la confirmation d'un dégel entre Washington et Téhéran, l'Etat Islamique en Irak et au Levant est l'instrument qui pourrait permettre d'annuler en partie le gain stratégique de l'Iran en sortant l'Irak de sa sphère d'influence.

Les terroristes qui nous combattent en ce moment ? Nous venons juste de finir de les entraîner.

Non, l'ennemi de notre ennemi n'est pas notre ami.
par Souad Mekhennet, The Washington Post (USA) 18 août 2014 traduit de l'anglais par Djazaïri
Souad Mekhennet
      Souad Mekhennet
Souad Mekhennet, co-auteure de “The Eternal Nazi,” est professeur auxiliaire à Harvard, John Hopkins et au Geneva Centre for Security policy.
Au cours des dernières années, le président Obama, ses amis européens, et même certains alliés du Moyen-Orient, ont soutenu des «groupes rebelles» en Libye et en Syrie. Certains de ces groupes ont reçu une formation, un soutien financier et militaire pour renverser Mouammar Kadhafi et combattre Bachar al Assad. C'est une stratégie qui suit le vieil adage, "L'ennemi de mon ennemi est mon ami», et elle a été l'approche des Etats Unis et de leurs alliés depuis des décennies quand il fallait décider de soutenir des organisations et des mouvements d'opposition.
Le problème est qu'elle n'est pas fiable du tout – et souvent pire que d'autres stratégies. Chaque année on voit de nouveaux cas de retour de flamme avec cette approche. L'échec le plus flagrant et le plus connu est celui de l'Afghanistan où certaines des organisations entraînées (et équipées) pour combattre l'armée soviétique sont par la suite devenues résolument hostiles à l'Occident. Dans cet environnement, al Qaïda avait prospéré et établi les camps où les auteurs des attentats du 11 septembre avaient été préparés. Pourtant, au lieu de tirer des leçons de leurs erreurs, les Etats Unis persistent à les répéter.
Washington et ses alliés ont aidé des organisations dont les membres avaient dès le départ des idées anti-américaines ou anti-occidentales ou qui avaient été attirés par ces idéees dans le temps du combat. Selon des entretiens réalisés avec des membres d'organisations militantes, comme l'Etat Islamique en Irak et le Front al Nosra en Syrie (qui est affilié à al Qaïda), c'est exactement ce qui s'est passé avec certains des combattants en Libye et même avec des factions de l'Armée Syrienne Libre (ASL).
"Dans l'Est de la Syrie, il n'y a plus d'Armée Syrienne Libre. Tous ceux qui étaient dans l'Armée Syrienne Libre [dans cette région] ont rejoint l'État islamique ", dit Abu Yusaf, un haut cadre militaire de l'Etat islamique, qui a fait l'objet d'un article d'Anthony Faiola la semaine dernière dans le Washington Post.
L'Etat Islamique est jusqu'à présent celui qui a le mieux réussi, contrôlant les principaux champs pétroliers et gaziers en Syrie. Il a aussi amassé beaucoup d'argent, d'or (pris dans les banques des zones sous son contrôle) et d'armes au cours de ses combats contre les armées syrienne et irakienne ; « Quand l'armée irakienne a fui Mossoul et d'autres zones, elle a laissé derrière elle le bon matériel que les Américains lui avaient donné, » explique Abu Yusaf.
« De l'Etat Islamique à l'armée du Mahdi, on voit des organisations qui ne sont à la base pas de nos amies mais qui montent en puissance parce que nous avons mal géré les situations, » affirme un haut responsable américain des services de sécurité qui s'est exprimé sous condition d'anonymat.
Certains officiels de services de renseignements arabes et européens ont aussi expprimé leurs inquiétudes et leur frustration à propose de ce qu'ils qualifient d'erreurs commises par les Etats Unis dans la gestion des soulèvements dans les Etats arabes. « Nous avons été tr-s vite informés de l'utilisation par des organisations extrémistes du vide laissé par le Printemps arabe, et du fait que cerains de ceux que les Etats Unis et leurs alliés avaient entraînés pour combattre pour la 'démocratie' en Libye et en Syrie avaient un agenda djihadiste - - et avaient déjà rejoint ou rejoindraient par la suite le Front al Nosra ou l'Etat Islamique, » déclarait un haut responsable arabe du renseignement dans une récente interview. Il affirmait que ses homologues américains lui disaient souvent des choses comme, « Nous savons que vous avez raison, mais notre président et ses conseillers à Washington n'y croient pas. » Ces organisations, disent des officiels de services de sécurité occidentaux, sont des menaces non seulement pour le Moyen Orient mais aussi pour les Etats Unis et l'Europe, où ils ont des membres et des sympathisants.
Les dires des officiels ont été corroborés par des membres de l'Etat Islamique au Moyen Orient et hors du Moyen Orient, dont par Abu Yusaf, le responsable militaire. Dans plusieurs entretiens conduits ces deux derniers mois, ils ont décrit comment l'insécurité pendant le Printemps Arabe les a aidés à recruter, à se regrouper et à utiliser la stratégie occidentale –consistant à soutenir et à entraîner des organisations qui combattent les dictateurs – dans leur propre intérêt. « Il y avait [aussi]... quelques Britanniques et Américains qui nous entraînaient pendant le Printemps Arabe en Libye, » dit un homme qui se désigne lui-même sous le nom d'Abu Saleh et qui n'a accepté d'être interviewé qu'à condition que son identité reste secrète.
Abu Saleh, originaire d'une ville près de Benghazi, affirme que lui et un groupe d'autres Libyens ont reçu un entraînement et un soutien de la part des armées et des services secrets de la France, de la Grande Bretagne et des Etats Unis – avant de rejoindre le Front al Nosra ou l'Etat Islamique. Des sources militaires arabes et occidentales interrogées pour cet article ont confirmé les dires d'Abu Saleh sur « l'entraînement » et « l'équipement » fournis aux rebelles en Libye pendant les combats contre le régime de Kadhafi.
Abu Saleh a quitté la Libye en 2012 pour la Turquie et s'est ensuite rendu en Syrie. « D'abord, j'ai combattu dans les rangs de ce qu'on appelle 'Armée Syrienne Libre' mais je suis ensuite passé avec al Nosra. Et j'ai déjà pris la décision de rejoindre l'Etat Islamique quand mes blessures seront guéries, » déclare cet homme de 28 ans depuis un hôpital en Turquie où il reçoit des soins médicaux. Il a été blessé au cours d'une bataille avec l'armée syrienne, dit-il, et a été amené en Turquie sous de faux papiers. « Certains des Syriens qu'ils [les Occidentaux] ont entraîné ont rejoint l'Etat Islamique, d'autres le Front al Nosra, » dit-il en souriant. Il ajoute, « Quelques fois, je plaisante à la cantonade en disant que je suis un combattant fabriqué par l'Amérique. »
Pendant longtemps, des Etats arabes et occidentaux ont soutenu l'Armée Syrienne Libre non seulement avec de la formation mais aussi avec des armes et d'autres matériels. Le commandant de l'Etat Islamique, Abu Yusaf, ajoute que les membres de l'Armée Syrienne Libre qui avaient reçu un entraînement – par des officiers d'armées arabes, des armées turque et américaine dans une base américaine dans le sud de la Turquie – ont maintenant rejoint l'Etat Islamique. « Maintenant, beaucoup des membres de l'ASL que l'Occident avait entraînés rejoignent nos rangs, » dit-il en souriant.
Ces militants se préparent pour le moment où les gouvernements occidentaux agiront. « Nous savons que les Etats Unis s'en prendront à l'Etat Islamique à un moment donné, et nous y sommes prêts. Mais ils ne devraient pas sous-estimer la réponse qu'ils recevront, » déclare un sympathisant de l'Etat Islamique en Europe qui se présente sous le nom d'Abu Farouk. Il ajoute que le « soutien inconditionnel » des Etats Unis pour le gouvernement du premier ministre sortant Nouri al Maliki qui, dit-il, a opprimé les Irakiens sunnites, et les « cajoleries » de l'Amérique à l'égard de l'Iran, qui est majoritairement chiite, ont fait de l'Etat Islamique une alternative plus attractive pour certains sunnites mécontents de ce deux poids deux mesures.
« Grâce au Printemps Arabe et à l'Occident qui combat tous ces dirigeants pour nous, nous avons eu assez de temps pour nous développer et recruter au Moyen Orient, en Europe et aux Etats Unis, » déclare Abu Farouk. Il sourit et observée une pause de quelques secondes. « En fait, nous devrions dire, merci M. le président. »

vendredi 1 août 2014

La veuve d'un savant iranien assassiné par le Mossad parle

Même si l'actualité et nos cœurs restent du côté de Gaza, cet article porte sur un sujet moins brûlant mais qui a en définitive à voir avec la Palestine, comme beaucoup de choses qui se passent dans le monde arabe et plus largement dans le monde musulman.

Je ne publierai normalement plus rien avant fin août parce que je pars à l'étranger et que je n'aurai certainement pas la possibilité matérielle de bloguer.

Un article original, et même intéressant, qui donne la parole à l'épouse d'un des savants iraniens assassinés par les services secrets sionistes pour essayer de mettre en difficulté le programme nucléaire iranien et éventuellement décourager ceux qui collaborent à ce programme.

On regrettera cependant que l'auteur du papier parle de représailles iraniennes qui se seraient par exemple exercées en Inde contre un diplomate sioniste. Des représailles qui n'avaient fait que des blessés légers et tué personne.

La lgique commande pourtant à l'Iran de s'abstenir de faire des coups tordus dans un pays comme l'Inde qui est pour lui un partenaire absolument stratégique. Et l'accession récente au pouvoir à New Delhi du BJP, conservateur et nationaliste hindou, ne change rien à cette donnée parce que vu depuis Mumbai ou Delhi, l'Iran est aussi perçu comme un partenaire essentiel : rien moins que son accès aux marchés et aux ressources de l'Asie centrale ! Sans parler de l'intérêt du marché iranien lui-même.

Guerre secrèrt contre les savants atomistes iraniens : une veuve se souvient

L'épouse du premier scientifique à avoir été assassiné parle des craintes de plus en plus fortes de son mari vis-à-vis d'une nasse qui se refermait sur lui - et de sa rencontre peu avant son exécution avec le meurtrier formé par les Israéliens.
par Scott Peterson, Christian Science Monitor (USA) 17 juillet 2014 traduit de l'anglais par Djazaïri

Tout semblait normal le matin de l'assassinat.
Le savant iranien Masoud Ali Mohammadi et son épouse s'était réveilles un peu avant l’aube et avaient prié ensemble. Puis elle avait préparé le petit déjeune tandis qu'il faisait la liste de ce qu'il avait à faire dans la journée.
« C'était quelqu'un de très minutieux et il voulait toujours que tout aille comme sur des roulettes, » se rappelle Mansoureh Karami à propos de son mari.
Mansoureh Karami
Mansoureh Karami
Ce matin là, M. Ali Mohammadi – un homme à la chevelure dégarnie, à la moustache épaisse, les yeux rapprochés et une dizaine de publications universitaires à son actif – avait dit au revoir trois fois à son épouse : quand elle lui avait remis son panier repas, quand il avait lacé ses souliers, et quand il étai sorti de sa voiture pour fermer le portail de la maison derrière lui . [voyez la photo et comparez avec la description du journaliste!]

C'est alors que l'explosion se produisit.

Une bombe actionnée à distance fixée à une motocyclette non loin tuait ce physicien spécialiste des particules d'une volée de billes métalliques, donnant à l'Iran son premier « martyr du nucléaire » et envoyant une onde de choc dans toute la communauté scientifique et nucléaire iranienne.
Masoud Ali Mohammadi
Masoud Ali Mohammadi
Quand le cinquième scientifique iranien a été assassiné, il y avait eu moins de surprise. Ceux qui travaillaient au programme nucléaire iranien étaient sur leurs gardes depuis des années.

La guerre secrète menée par les États Unis et Israël contre le programme nucléaire iranien a vu l'assassinat de cinq scientifiques iraniens, des virus informatiques malveillants comme Stuxnet, de l'espionnage et des explosions inexpliquées ainsi que plusieurs tentatives iraniennes de riposter avec des opérations le plus souvent ratées en Inde, en Géorgie et en Thaïlande.

Les « martyrs du nucléaire » de l'Iran ont été pendant des années un point de consensus sur le programme nucléaire du pays et son « droit » à l'enrichissement de l'uranium, quel que soit le prix à payer par des sanctions. Les négociations en cours à Vienne cherchent à limiter ce programme pour garantir qu'il ne puisse jamais servir à produire une arme nucléaire – objectif que l'Iran affirme rejeter.

DEMANDE DE PARDON

Ali Mohammadi craignait d'être visé pour son travail clandestin, même si peu de gens en dehors de son épouse savaient qu'il était autre chose qu'un conférencier, ou qu'il avait une quelconque expertise nucléaire.
Ali Mohammadi avait remarqué un intérêt pour son travail à l’étranger, ce qui l'avait incité à moins voyages.

Son assassin était un agent iranien formé par le Mossad, l'agence israélienne d'espionnage. Des informations de la presse israélienne indiquent que la confession de Majid Jamali Fashi diffusée par la télévision d’État iranienne début 2011 était véridique. S'exprimant depuis la prison Evin à Téhéran, le jeune homme avait décrit son entraînement – qui comprenait un travail avec deux nouveaux modèles de motocyclettes iraniennes, et une réplique parfaite de la rue et de la maison d'Ali Mohammadi – dans une site du Mossad près de l'autoroute Tel Aviv – Jérusalem à l'est de l'aéroport Ben Gourion.

M. Fashi avait plaidé coupable devant le tribunal et avait été condamné à mort. Avant son exécution, cependant, Karami l'avait rencontré en face à face à la prison Evin.
« Il y avait tant de choses qui me traversaient l'esprit, d'être vengée, » a déclaré Karami au Christian Science Monitor.
Elle avait apporté la serviette en cuir que son mari avait emporté le jour de sa mort. Les yeux emplis de larmes, elle l'avait déballée pour montrer les trous qu'avaient faits les billes de métal dans une thèse de doctorat reliée d'un de ses étudiants et l'étui à lunettes déchiré de part en part, avec les verres cassés.

Avant la rencontre, Karami s'était jurée de « planter à coups de marteau autant de clous dans la tête de cette personne » que son mari avait reçu de billes de métal dans la tête. Mais quand elle rencontra Fashi, elle se trouva en face d'un homme brisé qui implorait pardon, pleurant si fort qu'il avait vidé toute une boîte de mouchoirs.
« Quand je l'ai vu, je l'ai vu dans un état d'impuissance et si petit. J'ai dit que ce serait gâcher mes efforts que de dépenser toute cette énergie [à lui planter des clous] », se souvient Karami. Elle a deux grands enfants, un diplôme en psychologie, et prépare actuellement un master en études féminines.

« Je ne lui pardonnerai jamais – il n'y a pas de place pour le pardon. Parce que je ne pense pas qu'il a fait du mal seulement à ma famille, mais à tout le pays, » explique Karami, avec de la détermination dans le regard de se yeux marron foncé. « Tous les peuples du monde – quelles que soient leurs convictions – respectent toujours leur pays, et il a trahi son pays. »

UNE PEUR QUI MONTE

Ali Mohammadi avait une vie publique en tant que maître de conférence et chercheur en physique quantique qui a écrit sur des sujets allant de physique des masses condensées aux trous noirs. Mais il y avait de nombreux signes que son activité nucléaire « top secrète » - ignorée même de sa mère et de sa sœur, dit Karami – avait attiré l'attention hors d'Iran.
« Il était toujours fier du fait que les 55 articles qu'il avait donnés à publier n'avaient rien à voir avec don travail nucléaire, ce qui faisait disait-il qu'il y avait toujours un doute qui existait quant à ce qu'il faisait, » explique Karami. Elle fait écho à la parole officielle iranienne quand elle ajoute que la République Islamique ne cherche pas l'arme nucléaire – seulement le développement scientifique.

Ali Mohammadi savait qu'il était surveillé par certains pays occidentaux et par les Mojahidine-e Khalq (MKO/MEK) d'opposition qui avaient divulgué pour la première fois en 2002 l'existence du programme iranien d'enrichissement de l'uranium.

En 2006, par exemple, un collègue participant à une conférence en Grande Bretagne avait été interrogé pendant 24 heures sur les activités nucléaires de Mohammadi. En 2008, un autre collègue avait été interrogé pendant 48 heures, peut-être en Italie.

Et en 2009, pendant un pèlerinage à La Mecque, Ali Mohammadi « s'était rendu compte que des gens le filmaient et qu'il était suivi, » explique Karami. « Il a fait plus attention après, et sortait beaucoup moins. » Un mois avant sa mort, il avait fait part de sa crainte d'être enlevé au cours d'un voyage en Jordanie et était tombé malade [une maladie physique] avant son départ.

Le couple n'avait pas arrêté ses longues promenades quotidiennes dans leur quartier traditionnel de Gheytariyeh, à Téhéran nord, ni ses longues randonnées en montagne les week-ends, mais Ali Mohammadi prenait des précautions.
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« Avant sa mort, il m'avait donné le numéro de téléphone de quelqu'un, et m'avait dit : « Si jamais je ne rentre pas à la maison, si quelque chose m'arrive, appelle ce numéro avant d'appeler la police, » se souvient Karami.

Quand le moment fatidique arriva, elle dit que ses mais tremblaient si violemment que son fils avait dû composer le numéro à sa place.

LA FABRICATION DES HEROS DE LA NATION

L'assassin Fashi était l'un des 10 agents travaillant pour le Mossad, dont l'arrestation avait été annoncée par le ministère iranien du renseignement en Janvier 2011. leur arrestation avait été annoncée comme un «triomphe remarquable" qui montrait "la suprématie des services de enseignements sur le système d'espionnage du régime sioniste."

Dans sa confession télévisée, Fashi avait dit que, après son recrutement hors d'Iran dans un consulat israélien, il était parti en Israël, on lui avait montré une maquette de la maison de Ali Mohammadi, exacte dans les moindres détails de l'arbre et de l'asphalte jusqu'au trottoir de la rue. Début 2012, le magazine Time citant des "sources de renseignement" en Israël, confirmant «La participation [de Fashi] à une cellule du Mossad dont les sources affirment qu’elle a été révélée à l'Iran par un pays tiers."

Fashi avait déclaré dans sa confession, « Ils m'avaient dit que la personne qui faisait l'objet de l'opération était impliquée dans la fabrication d'une bombe atomique et que l'humanité est en danger et que vous êtes son sauveur. »

Fashi avait dit après l'attentat, « Je suis très fier d'avoir fait quelque chose d'important pour le monde et puis j'ai soudain réalisé que ce ce à quoi je croyais était un mensonge. »

Quatre autres assassinats de scientifiques associés au programme nucléaire iranien avaient suivi, trois avec des bombes fixées magnétiquement sur leur voiture par des assaillants à moto qui agissaient quand les voitures étaient bloquées dans la circulation.

On considère généralement que l'Iran a essayé de répliquer par des attentats du même genre. Une bombe magnétique fixée par un motocycliste sur la voiture de l'épouse de l'attaché militaire israélien à New Delhi l'avait blessée ainsi que trois autres personnes en février 2012. Le même jour, une bombe du même type avait été trouvée fixée à un véhicule à côté de l'ambassade israélienne à Tbilissi en Géorgie. Elle avait été désamorcée.

Les assassinats ont contribué à faire du programme nucléaire une question de « dignité nationale, » déclare Karami. Les portrait des scientifiques tués ont souvent été montrés pendant les conférences de presse tenues par Saed Jalili, l'ancien négociateur en chef iranien pour le nucléaire, et sont souvent exposées lors de fêtes nationales comme l'anniversaire de la révolution. Ils ont accédé au statut de héros en Iran, rejoignant les martyrs les plus révérés de la guerre Iran – Irak des années 1980.

« Je connais beaucoup de gens dans mon quartier qui ne sont pas pour la révolution. Mais maintenant [après l'assassinat], sur la question du nucléaire, ils sont à fond avec le gouvernement, » affirme Karami. « Je suis certaine que nos dirigeants n'oublieront pas nos martyrs. »

mercredi 11 juin 2014

D'une guerre en cours à la prochaine, les succès foudroyants de l'Etat Islamique en Irak et au Levant

En difficulté en Syrie, les miliciens de l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL) refluent en Irak qui est devenu une priorité pour l'Arabie Saoudite depuis les tentatives de rapprochement entre l'Occident et l'Iran.
Après avoir piétiné un certain temps, ces milices ont réussi à s'implanter dans la ville de Falloujah il y a quelques mois et remportent maintenant des succès militaires foudroyants devant une armée irakienne qui s'est complètement débandée permettant à l'EIIL de s'emparer de Mossoul, une importante métropole  irakienne et d'importants sites civils (aéroport, chaînes de télévision...) et  militaires (base aérienne, arsenaux...).
Le comportement de l'armée irakienne, pourtant équipée et formée par les Etats Unis, n'augure rien de bon pour le gouvernement de Nouri al Maliki qui pourrait se trouver bientôt dans une situation critique.
Restera alors à savoir si les Iraniens resteront les bras croisés. Le risque de conflagration régionale qu'on avait cru voir s'éloigner définitivement avec la détente entre l'Iran et l'Occident redevient d'une actualité plus brûlante que jamais.

Les djihadistes islamiques se sont emparés de la deuxième plus grande ville d'Irak... Pourtant al Qaïda n'existait même pas en Irak avant l'invasion américaine

WashingtonsBlog (USA) 11 juin 2014 traduit de l'anglais par Djazaïri
L'idiotie de la politique américaine a rendu al Qaïda plus fort que jamais

La « guerre contre la terreur » menées par les USA a accru le terrorisme

Voici le nombre d'attentats terroristes en Irak entre 1979 et 2011 fourni par le National Consortium for the Study of Terrorism  Responses to Terrorism Global Terrorism Database (qui fait partie d'un programme gouvernement – université à l'University of Maryland) :
graphique
Al Qaïda n'existait même pas en Irak avant l'invasion de ce pays par les Etats Unis. Et la politique américaine en Libye est partiellement responsable d'un afflux de terroristes d'al Qaïda – et d'armes lourdes – en Irak.

Et maintenant les choses sont en train d'empirer considérablement...

Vous n'en avez peut-être pas entendu parler, mais les alliés d'al Qaïda ont pris le contrôle de la ville irakienne de Falloujah il y a six mois.
Et aujourd'hui, des extrémistes liés à al Qaïda en Irak ont pris le contrôle de la deuxième plus grande ville irakienne, l'important centre pétrolier de Mossoul.
(Les djihadistes se désignent eux-mêmes « L'Etat Islamique d'Irak et de Syrie » – ou du Levant – EIIL Le f ait que les Etats Unis soutiennent al Qaïda en Syrie est probablement un facteur de continuité).
Pour aggraver les choses, l'armée irakienne a fui, de sorte que les militants ont mis la main sur d'importantes caches d'armes fournies par les USA, dont des Humvees [véhicules tout terrain] :
Un membre de l'Etat Islamique en Irak et au Levant inspecte un véhicule blindé pris à l'armée irakienne
Un membre de l'Etat Islamique en Irak et au Levant inspecte un véhicule blindé pris à l'armée irakienne
L'agence de presse McClatchy observe que les extrémistes ont mis la main sur :
Un aéroport civil, un aérodrome militaire, le quartier général d'une division militaire, un poste frontière avec la Syrie, un dépôt d'armes, des locaux administratifs, des banques et des chaînes de télévision.

Conflict Reporter tweete:

#VIDEO INCROYABLE... #l'EIIL s'empare du quartier général de l'armée irakienne à #Mossoul, prend/détruit tous les #MRAPs#US [les MRAP sont des véhicules blindés conçus pour résister aux mines].
vidéo
Ils se sont aussi emparés d'un ou de plusieurs hélicoptères Blackhawk. Comme le tweete Conflict Reporter :
#L'aérodrome de Mossoul est d'habitude plein d'hélicoptères #Blackhawk et #Kiowa. Reste à voir combien ont fini ennnntre #les mains de l'EIIL.
Base aérienne de Mossoul
Base aérienne de Mossoul

Une personne tweete:

Black Hawk, une des prises faites par #EIIL. #Mossoul #Irak
Blackhawk tombé aux mains de l'EIIL
Blackhawk tombé aux mains de l'EIIL
des scènes surréalistes à #Mossoul,#Irak avec des soldats entraînés par les USA qui ont laissé derrière eux leurs uniformes et ont fui #EIIL vers #le Kurdistan.pic.twitter.com/eUyL65lnWa

fuite
Les soldats irakiens jettent l'uniforme en s'enfuyant
Et un énorme chaos avec les civils qui essayaient de fuir. Comme le rapporte la BBC :
Les civils fuient Mossoul en masse
Les civils fuient Mossoul en masse
Environ 150 000 personnes auraient fui la ville irakienne de Mossoul après da prise de contrôle par des militants. http://bbc.in/SurMVl pic.twitter.com/6MzMlp59me


Dernière minute : les djihadistes se sont aussi emparés de Tikrit.

samedi 7 juin 2014

De quoi la "mère de toutes les batailles" va-t-elle accoucher?

Israël pivote vers la Chine et l'Inde en réaction à l'affaiblissement de l'influence américaine

par Shinya Oshino, Nikkei Asian Review (Japon) 10 mai 2014 traduit de l'anglais par Djazaïri
Le Caire – Israël s'efforce de tisser des liens économiques et sécuritaires plus étroits avec l'Inde et la Chine, dans le but d'élargir sa marge de manœuvre comme les Etats Unis, son allié le plus proche, commencent à jouer un rôle plus réduit sur la scène mondiale.
Israël attend beaucoup de la Chine pour traiter la question du programme iranien de développement d'armes nucléaires. « La Chine a un rôle central dans les efforts pour empêcher l'Iran d'acquérir une bombe nucléaire, » a dit le président israélien Shimon Peres à son homologie chinois Xi Jinping au cours d'un voyage en Chine au début du mois dernier.
Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s'est rendu en Chine en mai dernier, et de hauts responsables militaires des deux pays ont approfondi leurs relations. Ces visites de haut niveau traduisent la volonté d'Israël d'améliorer sa position diplomatique à l'ONU en se rapprochant toujours plus de la Chine, un membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU.
L'Inde a accepté en février de travailler avec Israël à l'élaboration de mesures antiterroristes et au développement de systèmes de missiles de défense. Ils envisagent aussi la mise en place d'un fonds pour soutenir les partenariats entre les entreprises technologiques des deux pays.
Dans le même temps, un paysage politique mondial de plus en plus complexe a créé diverses sources de friction entre Washington et son allié au Moyen Orient.
Le 27 mars, l'Assemblée Générale de l'ONU a adopté une résolution rejetant l'annexion de la Crimée par la Russie. Mais Israël s'est abstenu, choisissant de maintenir ses relations avec Moscou qui a une influence significative sur le cours de la guerre en Syrie et sur la situation iranienne, les deux affectant directement la sécurité nationale d'Israël.
L'attitude israélienne [par rapport à la Russie] a provoqué la colère des Etats Unis. Mais « nos intérêts en matière de sécurité ne devraient pas être définis comme identiques à ceux de n'importe qui d'autre, pas même les Etats Unis » a déclaré un haut responsable militaire israélien à un média local.

Le commerce d'Israël avec Pékin est aussi devenu une pomme de discorde. Les exportations israéliennes de produits de haute technologie vers la Chine ont bondi de 170 % en cinq ans pour atteindre 1,58 milliard de dollars en 2013. On a rapporté à la fin de l'année dernière que de la technologie avancée dans le domaine des missiles est parvenue en Chine via des entreprises israéliennes.
Dans les années 1990, un projet israélien de vente à la Chine d'un avion de surveillance avait été mis en échec par des pressions américaines. Si Israël continue de se rapprocher de pays comme la Chine et la Russie, il pourrait s'attirer à nouveau une ingérence de Washington.

Commentaire:

Saddam Hussein, le défunt président irakien, avait parlé de « mère de toutes les batailles » pour désigner la confrontation de son pays avec la coalition réunie par Washington en 1991.
Saddam Hussein ne croyait pas si bien dire puisque la guerre contre l'Irak marquait la prise en main pour longtemps de la politique étrangère des Etats Unis par une clique néoconservatrice imprégnéee d'un sionisme radical et qui avait commencé à s'épanouir pendant les années Reagan,

On connaît la suite avec l'invasion de l'Afghanistan, la deuxième guerre du Golfe et le démantèlement du régime baathiste conclu par l'exécution de Saddam Hussein, et plus récemment la destruction du régime libyen et l'assassinat de Mouammar Kadhafi.

A ces aventures militaires d'importance, il faut ajouter des interventions plus mineures, comme les bombardements réguliers ou intermittents au Yémen et en Somalie, la déstabilisation du Soudan qui a abouti à la partition de ce pays, le soutien politique et militaire à l'opposition armée au gouvernement syrien.

Il est frappant de constater qu'aucune de ces interventions n'a résulté en un gain net pour les Etats Unis, ni au plan politique, ni au plan économique.

Au contraire, les Etats Unis sortent de toutes ces batailles épuisés financièrement et moralement au moment où d'autres puissances émergent (ou réémergent), notamment la Russie et surtout la Chine, ce qui motive la stratégie de rééquilibrage vers l'Asie du déploiement politique et militaire des Etats Unis.

C'est cet accès de faiblesse des Etats Unis qui explique leur gestion en retrait [stay behind] de la crise libyenne, leur incapacité à passer par dessus l'obstacle russo-chinois pour obtenir l'éviction du Syrien Bachar al-Assad.

Ce qui ne les empêche pas d'essayer de poursuivre l'encerclement de la Russie en organisant un coup de force en Ukraine. L'effet immédiat de l'ingérence américaine aux frontières de la Russie aura cependant été de précipiter la signature d'importants accords économiques entre Moscou et Pékin qui scellent ainsi une alliance eurasiatique qui ne fait finalement qu'aggraver le problème stratégique à résoudre par les Etats Unis.
Ces évolutions des rapports de force à l'échelle mondiale n'ont pas échappé non plus à l'entité sioniste dont la survie dépend du soutien d'un parrain étranger qui fut tour à tour [voire simultanément] la Grande Bretagne, l'URSS, la France puis les Etats Unis d'Amérique.

1955: réception symbolique d'un avion de combat Ouragan par Moshe Dayan et Shimon Peres en présence de Pierre Gilbert, ambassadeur de France à Tel Aviv
1955: réception symbolique d'un avion de combat Ouragan par Moshe Dayan et Shimon Peres  (lunettes noires)en présence de Pierre Gilbert, ambassadeur de France à Tel Aviv
L'analyse politique qui prévaut aujourd'hui est que Washington va tendre à se désintéresser de la situation au Moyen Orient où un règlement définitif est vivement souhaité, Il ne s'agit pour l'instant que de vélléités de la part de Washington où les néoconservateurs ultrasionistes représentés par Hillary Clinton et John McCain restent influents ; mais la tendance est là et elle veut, entre autres, que pour contrer la Chine, les Etats Unis ont besoin de se rapprocher de l'Iran.

Les sionistes de leur côté ne restent pas les bras croisés et ils agissent fidèlement à une version de l'histoire juive qui consiste à se mettre dans l'ombre du puissant du moment. C'est par exemple ce qui s'était passé au moment de la conquête de l'Espagne par les Arabes et que bien des portes de cités avaient été ouvertes par les Juifs présents sur place. Et comme on l'a vu et comme on le sait, c'est une caractéristique de l'histoire du mouvement puis de l'Etat sioniste.

Les priorités actuelles de l'entité sioniste sont la Chine et l'Inde. Ces deux pays n'ont pas grand chose à voir avec l'histoire de la persécution des Juifs par le nazisme. Les autorités sionistes essayent bien de les sensibiliser à la souffrance juive, mais c'est tout sauf évident d'autant qu'en dépit d'une présence juive anecdotique en Inde comme en Chine, ce dernier pays connaît des bouffées d'antisémitisme.

Non, les leviers principaux du régime sioniste résident dans les technologies militaires qu'il peut fournir à l'Inde et à la Chine, des technologies bien souvent américaines. Ce genre de commerce est déjà florissant avec les deux pays non sans provoquer le mécontentement de Washington en ce qui concerne les ventes à la Chine. On notera quand même l'atout que représente pour Tel Aviv la toute récente arrivée au pouvoir à New Delhi de Narendra Modi, chef des nationalistes hindous qui se sentent depuis longtemps des afffinités avec le sionisme.
Février 2013: encore premier ministre du Gujerat, Narendra Modi recevait Alon Ushpitz, ambassadeur sioniste et Orana Sagiv, consul de l'entité sioniste à Mumbai
Février 2013: encore premier ministre du Gujerat, Narendra Modi recevait Alon Ushpitz, ambassadeur sioniste et Orana Sagiv, consul de l'entité sioniste à Mumbai
Mais l'exécutif américain est dans une telle position de faiblesse face au lobby sioniste qu'il a bien du mal à se faire respecter sur la question des transferts de technologie militaire. On a vu un processus voisin, sur la plan politique cette fois, quand le régime sioniste a refusé d'aligner son vote à l'ONU sur celui des Etats Unis sur la question de Crimée.


Pensez bien que les Etats Unis n'ont pas hésité à s'humilier à plusieurs reprises pour faire barrage à des résolutions onusiennes favorables à la cause palestinienne ! Ils commencent à savoir ce qu'est l'amour vache des sionistes pour leurs alliés une fois le citron pressé.