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lundi 15 février 2016

Les jours d'Assad au pouvoir sont comptés (et recomptés)

Le politologue et universitaire américano-libanais As'ad Abu Khalil s'est amusé à faire une recension des prédictions d'une chute imminente du président syrien. Sa recension n'est que très partielle...

Les "jours d'Assad sont comptés" affirme Obama

En 2011: "Officiels US: les jours d'Assad sont comptés"
En 2012: "Le Président Obama est convaincu que les jours d'Assad sont comptés."
En 2012: "Clinton déclare que les jours d'Assad sont comptés"
En 2012: "La Ligue Arabe affirme que les jours d'Assad sont comptés".
En 2013: "Les renseignements U.S.affirment que les jours d'Assad sont comptés."
OK. je peux continuer encore et encore mais j'ai d'autres choses à faire.

J'en ai recensé quelques uns du même tonneau en langue française:
En novembre 2011, Bernard-Botul Henri Lévy annonçait "Les derniers jours de Bachar al-Assad. Comme en Libye..." " les jours de la dictature sont comptés".
En juillet 2012, Fahad Al Masri, porte-parole de l'Armée syrienne libre (ASL) affirmait que "Les heures de Bachar al-Assad sont comptées..."
En décembre 2012, pour Laurent Fabius "La fin se rapproche pour Bachar el-Assad...les jours au pouvoir du leader syrien sont comptés. "
En mars 2015, "Pour François Fillon, les jours de Bachar al-Assad à la tête de la Syrie sont comptés".

jeudi 19 février 2015

Robert Ford, celui qui voulait armer les "rebelles" en Syrie, reconnaît maintenant qu'ils ne représentent rien

Dans la famille Ford, on connaît le cinéaste John Ford (un pseudonyme en réalité), l'acteur Harrisson Ford et le critique de cinéma Charles Ford.

Un nom qui semble prédestiner à exercer une activité en rapport avec le cinéma !

Et quand on n'est pas dans le cinéma spectacle, on joue aux cow-boys et aux Indiens pour de vrai en poussant à la guerre civile, ce qu'a fait avec entrain et ténacité l'ancien ambassadeur des États Unis en Syrie, un certain Robert Ford.
Robert Ford a un petit quelque chose de George W. Bush
Robert Ford a un petit quelque chose de George W. Bush
Robert Ford était en poste à Damas au moment où les premiers troubles ont agité la Syrie, Plutôt que de se contenter de rendre compte à son gouvernement de l'évolution de la situation quitte à rappeler aux autorités locales comment les États Unis concevaient un règlement politique de la crise, Robert Ford s'est immédiatement attelé à attiser les tensions et à bien faire comprendre qu'un révolution à la libyenne trouverait un entier soutien à Washington.

C'est exactement ce qui s'est passé et comme en Libye, la France et le Royaume Uni étaient chargés de jouer les utilités en tant qu'avant-garde de la communauté internationale.
Mais outre le fait que la leçon libyenne a parfaitement été retenue par le gouvernement syrien mais aussi par le gouvernement russe, les références idéologiques et les méthodes des « rebelles » n'ont pas tardé à renforcer le soutien populaire au pouvoir syrien.

L'idéologie et les méthodes sont les mêmes que celles des prétendus rebelles libyens mais comme en Libye, le régime syrien n'aurait pu être abattu que grâce à une intervention étrangère directe. Or cette dernière n'a pas été possible parce que l'armée gouvernementale ne s'est pas effondrée mais est restée au contraire motivée, et parce que la Russie comme l'Iran ont clairement fait connaître leur ferme opposition à une telle entreprise.

Les temps ont bien changé depuis 2011 et la fameuse opposition démocratique syrienne apparaît pour ce qu'elle est une nébuleuse de clients des pétromonarchies qui sont motivés surtout pas l'appât du gain. De fait, les pétromonarchies ont été très généreuses et leurs clients leur en donnent pour leur argent en matière de pillages, de destructions et de têtes coupées.
Aujourd'hui Robert Ford ne soutient plus la dotation en armes de l’opposition syrienne . Il n'a cependant pas renoncé à ses beaux projets pour la Syrie puisqu'il recommande l'envoi de soldats, pas nécessairement américains, précise-t-il.

On verra ce qu'il en sera étant donné que le parti de la guerre à Washington cherche maintenant à prendre prétexte de la force de l'Etat Islamique en Irak et au Levant pour demander une action militaire directe.
Les gens informés savent pourtant que les milices de la mouvance d'al Qaïda (et Daesh a été un moment affilié à cette organisation) ont joué un rôle prédominant très tôt dans l'histoire de la crise syrienne

par Hannah Allam, McClatchy Washington Bureau 18 février 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri

Washington – Robert Ford a toujours été un des plus chauds partisans des rebelles syriens à Washington, se démenant à l'intérieur d'une administration réticente en faveur de l'armement de rebelles modérés triés sur le volet pour combattre le régime brutal de Bachar Assad.

Ces dernières semaines, cependant, Ford, l'ancien ambassadeur des États Unis en Syrie qui avait fait la une quand il avait quitté le service de l'Etat il y a un an en critiquant sévèrement la politique de l'administration Obama, a renoncé à son appel à fournir des armes aux rebelles. Il est au contraire devenu de plus en plus critique à leur égard, les considérant comme incohérents et indignes de confiance parce qu'ils collaborent avec les djihadistes.

Cette volte-face qui fait murmurer parmi les spécialistes de politique étrangère et les personnalités de l'opposition syrienne à Washington, est un signe supplémentaire que l'option des rebelles soi-disant modérés a fait long feu et que le choix en Syrie se réduit au régime contre les extrémistes dans une guerre qui a tué plus de 200 000 personnes et en a déplacé des millions.

Dans la foulée de réunions avec les dirigeants rebelles en Turquie, Ford a expliqué dans une interview cette semaine pourquoi sa position a évolué: Sans un commandement central fort ou même d'entente entre les acteurs régionaux pour désigner le Front al Nosra Front affilié à al Qaida comme un ennemi, dit-il, les modérés auront peu de chances de devenir une force viable, que ce soit contre Assad ou contre les extrémistes. Il a estimé la fraction restante de modérés parmi les rebelles à moins de 20 000 hommes. Ils sont incapables d'attaquer et, en ce moment, ils sont «surtout dans des batailles défensives ».

Pour faire court : ça n'a aucun intérêt d'envoyer de l'aide au camp du perdant.

"Nous devons faire face à la réalité telle qu'elle est», a déclaré Ford, qui collabore maintenant avec le Middle East Institute à Washington. «Les gens que nous avons soutenus n'ont pas été assez forts pour tenir leur terrain contre le Front al Nosra."

Le ton de Ford sonne aujourd'hui comme celui d'une personne différente de l'optimiste qui, il y a seulement six mois, écrivait un essai de politique étrangère qui commençait ainsi: "Ne croyez pas tout ce que vous lisez dans les médias: Les rebelles modérés de la Syrie ne sont pas finis. Ils ont gagné du terrain dans plusieurs parties du pays et ont rompu publiquement à la fois avec la filiale d'Al-Qaïda qui opère sur place et avec les djihadistes de l'Etat islamique ".

Maintenant,pourtant, dans les tables rondes et dans ses conférences, Ford accuse les rebelles de collaborer avec le Front al Nosra, la branche d'al-Qaïda en Syrie que les USA ont déclaré organisation terroriste depuis plus de deux ans. Il dit que les luttes intestines de l'opposition se sont aggravées et il déplore le fait que des organisations extrémistes dominent désormais dans la plupart des territoires qui échappent au contrôle du régime syrien.

Ford affirme que le problème tient en partie à ce que que trop de rebelles - et leurs parrains en Turquie et au Qatar - ont insisté pour dire que le front al Nosra était une force anti-Assad indigène, alors qu'en fait c'était une branche d'Al-Qaïda dont l'idéologie était pratiquement indiscernable de celle de l'État islamique. L'administration Obama a déjà eu toute une série de déconvenues concernant des fournitures données aux rebelles qui se sont retrouvées entre les mains d'organisations désignées comme terroristes par les États Unis.

« Le front al Nosra est tout aussi dangereux, et pourtant ils prétendent que ce sont des gens biens, ils sont Syriens, » déclare Ford. « Le deuxième problème est que notre matériel a échoué chez eux. »
En même temps que ses appels à armer les rebelles se faisaient de plus en plus fables, Ford s'exprimait plus vigoureusement sur les relations entre les rebelles et le front al Nosra, chose que les officiels américains avaient préféré ignorer, du moins publiquement.

Lors d'un séminaire le mois dernier en présence d'un public auquel participaient des figures importantes de l'opposition syrienne avec lesquels il avait travaillé pendant des années, Ford a commencé par un préambule d'avertissement que ce qu'il allait dire était "ne serait pas populaire» parmi la partie de l'assistance appartenant à l'opposition syrienne.

Il s'est ensuite lancé dans un acte d'accusation des rebelles modérés, leur disant sans ménagement qu'ils pouvaient oublier l'aide extérieure aussi longtemps que ils continueraient à collaborer avec le front al Nosra. Il a laissé entendre que les responsables américains qui les soutenaient s'étaient lassés de devoir les couvrir auprès de l'administration et d'une opinion publique américaine qui sont sceptiques quant à une implication plus grande des États-Unis en Syrie.

"Pendant longtemps, nous avons détourné le regard pendant que le Front al Nosra et les groupes armés sur le terrain, dont certains reçoivent de l'aide de notre part, coordonnaient leurs opérations militaires contre le régime", a déclaré Ford. "Je pense que ces jours où nous regardions ailleurs sont terminés."

La plupart des membres de l'auditoire étaient familiers avec l'historique de Ford sur le dossier syrien, et ils avaient été visiblement surpris de ces paroles de remontrances; ils le connaissaient comme un défenseur acharné des rebelles, quelqu'un qui avait mis fin à une longue carrière diplomatique il y a un an ce mois-ci avec des propos acerbes sur le refus de l'administration Obama de les armer. Ford est souvent décrit comme le premier haut fonctionnaire à s'être exprimé aussi ouvertement contre la politique américaine envers la Syrie; la Maison Blanche est toujours furieuse contre sa décision de passer outre le devoir de réserve.

Ford n'a pas assoupli sa position sur la responsabilité des États Unis dans la catastrophe syrienne – il présente toujours la politique américaine comme un « immense ratage » et «un échec singulier » - mais maintenant, il n'épargne pas aux rebelles leur part de responsabilité. Il n'est guère patient devant l'argument selon lequel ils étaient forcés de collaborer avec le front al Nosra et d'autres partenaires infréquentables à cause des promesses d'assistance non tenues par l'Occident. Il faut qu'on s'accorde, dit-il, sur le fait que al Qaïda est hors-jeu comme partenaire.

« Il devient impossible d'aligner une opposition efficace quand personne n'est d'accord sur qui ou quoi est l'ennemi, » dit-il.

Ford considère que la dernière approche américaine consistant à laisser tomber l'ancien modèle de rébellion pour construire une nouvelle force paramilitaire triée sur le volet pour se concentrer sur la lutte contre l'Etat islamique était vouée à l'échec ; les rebelles syriens sont plus motivés par la destitution d'Assad que par le combat contre les extrémistes pour le compte de l'Occident, et il y a bien trop peu de combattants pour prendre le projet au sérieux.
« L'effectif [de combattants] est encore trop réduit, » dit-il. « Que feront-ils avec 5 000 hommes ? Ou même avec 10 000 dans un an ? Qu'est-ce que ça pourra faire ? »

Le régime Assad veut de présenter lui-même comme une alternative [à al Qaïda et à Daesh], mais Ford explique que l'armée syrienne a été très affaiblie et qu'il est douteux que le régime puisse mener une campagne victorieuse contre les extrémistes. Et puis il y a les retombées politiques et morales qui découleraient d'une détente des relatiosns de l'Amérique avec un homme que des dirigeants américains décrivent depuis 2011 comme un boucher qui a perdu toute légitimité à gouverner.

Ford affirme que le moment est venu pour les dirigeants américains et leurs alliés d'avoir une discussion sérieuse sur l'envoi de « troupes sur le terrain, » tout en ajoutant aussitôt que ces combattants ne doivent pas être forcément américains. Il considère que seule une force terrestre professionnelle peut débarrasser la Syrie des djihadistes.

Et toute action parallèle pour bâtir un mouvement rebelle local devrait se faire de manière rationnelle à travers un commandement central et un canal hiérarchique syrien, dit-il. Les partenaires internationaux, déclare Ford, doivent renoncer au cadre de fonctionnement « insensé » actuel dans lequel chaque puissance régionale financent dans l'anarchie un écheveau d'organisations clientes qui, dit-il, serait du plus haut comique si les conséquences n'en étaient pas si tragiques.

Et si cette démarche ne peut pas être mise en place, déclare l'homme connu pour plaider en faveur d'une plus grande implication des États Unis, « alors nous n'avons plus qu'à nous retirer et dire que nous ne pouvons rien faire pour la Syrie. »

lundi 9 février 2015

Bûchers en Syrie, bûchers en Amérique. Barbarie en Orient, civilisation en Occident

Mon commentaire après cet article riche de sens.

Ceci est le corps calciné de Jesse Washington et des hommes blancs de Waco – pas Daesh – l'ont brûlé vif

par Bill Moyers, Raw Story (USA) 7 février 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri

Ils l'ont fait brûler vif dans une cage de fer, et tandis qu'il criait et se tordait dans les affres de l'enfer, sa mort pour eux n'était qu'un jeu.
Le bûcher et la cage de fer où était enfermé Jesse Washington
Le bûcher et la cage de fer où était enfermé Jesse Washington
Après avoir écouté les bulletins d'information l'un après l'autre condamner à juste titre l'assassinat barbare de ce pilote de l'armée de l'air jordanienne tombé entre la mains sanglantes de l'EIIL, je ne pouvais trouver le sommeil. Mon esprit s'évertuait à ressasser le passé pour essayer de retrouver une photo dont je me souvenais vaguement et que j'avais vue il y a longtemps de cela dans les archives d'une bibliothèque universitaire au Texas.

Soudain, vers deux heurs du matin, l'image s'est reformée dans mon cerveau. Je suis descendu pour aller à mon ordinateur et j'ai tapé les mots clefs : « Waco, Texasn Lynchage. »
Effectivement, elle était là : le cadavre carbonisé d'un jeune homme noir attaché à un arbre au tronc boursouflé au cœur de la Bible Belt du Texas. Non loin du corps brûlé, on peut voir de jeunes hommes blancs souriants et satisfaits, dans un état apparent de jubilation à être assis aux premières loges d'un carnaval de mort. L'un d'entre eux avait envoyé une photo comme carte postale à la maison : « C'est le barbecue qu'on a fait la nuit dernière. Je suis à gauche sur la photo avec la marque de la croix. Votre fils, Joe. »

La victime se nommait Jesse Washington. C'était en 1916, l'Amérique allait bientôt entrer en guerre en Europe « pour rendre le monde plus sûr pour la démocratie. » Mon père avait 12 ans, ma mère 8. Je suis né 18 ans après, à une époque, comme je devais l'apprendre, où les Blancs du coin parlaient encore de l'exécution de Washington comme si elle avait eu lieu la veille. Ce n'était pas l'Europe médiévale. Pas l'Inquisition. Pas un hérétique envoyé au bûcher par une autorité ecclésiastique dans l'Ancien Monde. C'était au Texas, et les hommes blancs sur la photo étaient des fermiers, des ouvriers, des commerçants, certains d'entre eux étant des membres respectables des églises locales à Waco et ses environs.

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Voici la photo. Regardez bien le corps raidi de Washington attaché à l'arbre. Il avait été condamné à mort pour le meurtre d'une femme blanche. Aucun témoins n'avais vu le crime ; il aurait avoué mais la véracité des allégations n'a jamais été vérifiée. Le grand jury n'avait mis que quelques minutes pour rendre un verdict de culpabilité, mais il n'y eut ni appel, ni réexamen, pas de prison [en attendant l'exécution de la sentence, NdT]. Au lieu de tout ça, la foule présente à l'audience le traîna dehors, le plaqua au sol et lui coupa les testicules. Un bûcher fut rapidement installé et mis à feu. Deux heures durant, Jesse Washington – vivant – fut levé et abaissé au-dessus des flammes. Encore, encore et encore. Les officiels de la ville et la police se tenaient là, approbateurs. Selon certaines estimations, la foule grossit jusqu'à atteindre 15 000 personnes. On se moquait, on applaudissait et on riait. Les journalistes avaient rapporté entendre des « cris de joie. »

Quand les flammes s'éteignirent, le corps de Washington fut taillé en pièces qui furent vendues comme souvenirs. La fête était finie.

Bien des années plus tard, alors jeune homme, je m'étais rendu à l'université Baylor de Waco, souvent considérée comme le Vatican baptiste du Texas. On m'y avait proposé un poste d'enseignement. Je m'étais assis un moment à la bibliothèque Armstrong Browning de la faculté, une des plus belles des Etats Unis qui contient non seulement les œuvres de Robert et Elizabeth Barrett Browning, les fameux poètes victoriens, mais aussi des vitraux, des colonnes de marbre et des plafonds élégants qui rappellent l'intérieur somptueux de la bibliothèque Laurentienne construite par Michel-Ange à Florence.

Assis là, je trouvais difficile de concilier la beauté et la quiétude de ce sanctuaire avec la photo que m'avait montré auparavant un homme nommé Harry Provence, responsable de la publication du journal local. En la voyant, je réalisais qu'au moment où le jeune Jesse Washington était soumis à la torture, des étudiants du même âge que lui, certains se préparant à une carrière ecclésiastique, venaient juste de terminer leur semestre de printemps. En 1905, quand un autre homme noir fut lynché à Waco, le président de l'université Baylor prit la tête du mouvement contre le lynchage. Mais d'horribles souvenirs continuaient à diviser la ville.

Jesse Washington n'était qu'un cas parmi d'autres d'hommes noirs qui connurent une mort horrible des mains d'escadrons de la morts blancs. Entre 1882 et 1968 – 1968 ! - il y a eu 4 743 cas répertoriés de lynchage aux Etats Unis. Environ le quart des lynchés étaient des Blancs dont beaucoup avaient été tués pour avoir sympathisé avec les populations noires. Mon père, qui était né en 1964 près de Paris (Texas) avait gardé dans un tiroir cette photo de journal datant de l'époque de son enfance quand des milliers de personnes s'étaient rassemblées comme pour un pique nique et festoyer devant le spectacle d'un homme noir torturé et pendu en plein centre ville. Au cours d'un voyage à la recherche de nos racines bien des années plus tard, mon père s'étrangla et se tut quand nous nous trouvâmes près de l'endroit ou cela s'était passé.

Oui, il avait été difficile de retourner dormir la nuit où nous avons appris la nouvelle de l'horrible fin du pilote jordanien. Maudit soit l'EIIL ! avais-je pensé. Mais après coup, je ne pouvais que songer que nos propres barbares n'avaient pas à attendre à une quelconque frontière. Ils étaient de chez nous. Eduqués ici. Dans la religion. Nos voisins, nos amis et notre parentèle. Des gens comme nous.

L'exécution/assassinat par l'Etat Islamique en Irak et au Levant (Daesh) d'un pilote de l'armée de l'air jordanienne brûlé vif dans une cage de fer a suscité une indignation tout à fait compréhensible.
Pourtant, que le pilote ait réellement ou pas été brûlé vif et mis à mort dans les conditions que donne à voir la vidéo, cette exécution date de debut janvier peu après l'échec d'une tentative de raid héliporté pour le tirer des griffes de ses geôliers.
Muad al-Kasasbeh, le pilote de l'armée jordanienne capturé et exécuté par l'EIIL
Muad al-Kasasbeh, le pilote de l'armée jordanienne capturé et exécuté par l'EIIL
Le moment de la diffusion de cette vidéo a évidemment été décidé en fonction de l'agenda des néoconservateurs qui veillent au maintien et à l'aggravation du chaos dans la région.

A l'indignation de la populace un peu partout, c'est-à-dire des gens comme vous et moi, s'est bien entendu jointe celle des grands de ce monde qui n'ont pas eu de mots assez durs pour condamner la sauvagerie de Daesh, rappelant ainsi opportunément qu'eux-mêmes se considéraient incarner la civilisation.
Les condamnations les plus fermes sont souvent venues de ceux-là mêmes qui ne sont pas sans affinité avec les types qui, aux Etats Unis, lynchaient des gens parce qu'ils n'avaient pas la bonne couleur de peau. Et qui continuent à le faire le plus souvent impunément sous couvert de leur activité de policier.

Alors oui, l'EIIL est une organisation brutale qui ne fait pas de quartier et se livre à des exactions aux dépens des civils qui sont du mauvais côté, que ce soit par leurs affinités politiques ou leurs appartenances religieuses. Mais il faut admettre qu'on en a ajouté dans l'horreur de leurs agissements, ce qui tend à laisser les réactions morales supplanter le raisonnement et l'analyse politiques.

Ce sont des procédés de ce genre qui ont été utilisés contre l'Irak de Saddam Hussein, la Yougoslavie de Slobodan Milosevic, la Libye de Mouammar Kadhafi et la Syrie de Bachar al-Assad.

Même si ces images d'horreur peuvent être jugées utiles par ceux qui sont favorables au régime syrien, il faut se souvenir que la propagande aura vite fait de les remplacer par d'autres images d'horreur qui les feront oublier et qu'on imputera alors au régime syrien si les néoconservateurs jugent le moment venu d'en terminer avec le gouvernement syrien.

Il faut comprendre que l'EIIL agit dans le cadre d'une volonté de remodelage du Proche Orient qui passe par la dislocation de certains Etats et c'est pour ça que les Etats Unis ont laissé prospérer cette organisation dont le fer de lance est constitué de combattants étrangers venus d'un pays allié de l'OTAN comme l'Arabie Saoudite ou via ce pays membre de l'OTAN qu'est la Turquie.

Bien sûr Daesh n'est pas un simple instrument qui obéirait au doigt et à l'oeil à ses maîtres, il faut plutôt le comparer à un fauve dont on gère au mieux l'agressivité en la tournant vers ses propres ennemis et qu'on fouette et punit quand il en vient à s'en prendre à vos amis.
C'est exactement ce qui s'est passé avec l'EIIl sur lequel Washington comptait pour faire tomber le gouvernement de Nouri al-Maliki mais qui a commis la faute d'attaquer dans le Kurdistan irakien, une zone que Washington a souhaité sanctuariser

Aujourd'hui on nous parle de la nécessité impérieuse d'une intervention de troupes terrestres pour défaire les milices de l'EIIL. On pense en effet que le terrain psychologique est bien mûr après tous ces horribles crimes perpétrés par les extrémistes de l'Etat Islamique.

Il va de soi qu'une telle intervention aurait en réalité pour finalité d'abattre le régime syrien qu'aucune force terroriste n'a réussi à réduire. Et demain, les miliciens de Daesh se transformeraient comme par enchantement en combattants de la liberté.

mardi 4 novembre 2014

Le pouvoir syrien repose sur une base majoritairement musulmane sunnite

Un article intéressant sur la situation en Syrie qui relève en passant ce fait important (et évident) que les Musulmans sunnites sont la principale assise du pouvoir de Bachar al-Assad.

La Syrie d'Assad, amputée, malmenée – mais intraitable.

Par Diaa Hadid, The Big Story (Associated Press) 2 novembre 2014 traduit de l'anglais par Djazaïri

Tartous, Syrie – Les hommes d'affaires syriens repartent de zéro après la destruction de leurs magasins et de leurs usines. Des familles qui ont perdu leurs maisons peinent à louer de nouveaux logements et à joindre les deux bouts. Le long des autoroutes qui s'étirent à travers les zones contrôlées par le gouvernement se trouvent les ruines de villes auparavant contrôlées par lé rébellion et aujourd'hui parsemées de points de contrôle.

La Syrie sous contrôle gouvernemental est tronquée dans ses dimensions, malmenée et appauvrie. Mais elle fait face, soulignant la manière dont le président syrien Bachar al-Assad s'est accroché au pouvoir malgré une rébellion armée qui essaye de le déboulonner depuis près de quatre ans.

Des visites la semaine dernière dans la capitale Damas et dans la région côtière de Tartous, un bastion du soutien au gouvernement, montrent à quel point les Syriens se sont adaptés à la vie dans ce pays tronqué. Les immeubles administratifs sont entourés d'épaisses barrières peintes en rouge, noir et blanc, les couleurs du drapeau syrien. Les portraits d'Assad sont partout :en soldat, en homme d'affaires et en père de famille.

Après des années de reculs et d'avancées, le régime gouverne Damas et une bande de territoire à l'ouest de la région de la côté méditerranéenne dans laquelle se trouvent les plus grandes villes de Syrie ainsi que certaines zones au sud de la Capitale. Les rebelles tiennent quelques banlieues dans la campagne qui entoure Damas et des parties du nord-ouest. L’État Islamique extrémiste a imposé son pouvoir sur un territoire qui recouvre un tiers de la Syrie et de l'Irak voisin.

La guerre est toujours présente. Le bruit persistant des bombardements dans les zones proches tenues par les rebelles est le fond sonore de Damas.

Les checkpoints sont omniprésents sur les routes, souvent des abris en béton ornés de posters d'Assad découpés en forme de cœur. Les soldats se reposent sur une literie usée.
« Auriez-vous une cigarette, monsieur ? » demande optimiste un soldat à un chauffeur.

Les milices locales pro-gouvernementales veillent aussi sur les villes et les quartiers, apportant leur aide à une armée d'Assad dont les forces sont tendues.

Des hommes moustachus armés de fusils d'assaut sautent dans des voitures à l'entrée qu quartier historique de Bab Touma à Damas. Ce quartier majoritairement chrétien est une des cibles favorites des tirs de mortiers en provenance du quartier voisin de Khobar tenu par les rebelles. Les militants anti-Assad accusent certaines milices pro-Assad d'être plus brutales que les soldats et affirment qu'ils exigent des pots de vin et qu'ils volent des voitures.

Quand on quitte Damas, le revêtement de l'autoroute est bon, comme cette partie de la route fraîchement goudronnée. Non loin, se trouvent les ruines de la ville de Nabak dont les habitants s'étaient révoltés contre Assad au début du soulèvement. Le jaune de la grande roue du parc de loisirs de Nabak est délavé.

On lit sur un graffiti non loin, « Assad pour l'éternité. » Un autre proclame : « Je t'aime Lulu ».
Carte politique de l'Irak et de la Syrie aujourd'hui (attention, de vastes zones désertiques sont attribuées à une des parties, ce qui n'a guère de sens)
Carte politique de l'Irak et de la Syrie aujourd'hui (attention, de vastes zones désertiques sont attribuées à une des parties, ce qui n'a guère de sens)
On ne sait pas avec précision combien de Syriens vivent dans les zones respectivement contrôlées par le gouvernement et par les rebelles, étant donné le bouleversement démographique dans un pays où près de la moitié de la population a fui son domicile. Des zones auparavant dominées par des minorités fidèles à Assad, comme la région littorale de Tartous, majoritairement alaouite, ont vu la typologie de leur population changer avec l'accueil de quelque 350 000 personnes déplacées, en majorité des Musulmans sunnites.
Cela aura en définitive un effet à long terme : il sera difficile au régime d'Assad de se tailler un bastion alaouite comme certains de ses détracteurs l'accusent de le faire – ce que les responsables du gouvernement contestent.

Cela met aussi en lumière le fait que les Sunnites, qui sont le groupe confessionnel majoritaire dans le pays, forment la principale assise du pouvoir d'Assad, alors même que la rébellion est dominée par des Sunnites. Les minorités, comme les Alaouites, les Chiites et les Chrétiens soutiennent généralement le gouvernement ou sont restées neutres.

Parmi les déplacés, se trouvent un prédicateur musulman, Mustafa Shihi et sa femme, Faten Shaar qui ont fuit vers une ville de la province de Tartous après que des rebelles ont incendié leur usine pharmaceutique. Sobhi explique que les rebelles de sa ville d'origine, Alep au nord du pays, l'ont puni parce que son fils Majed était dans l'armée. Majed a été tué en mars de l'année dernière.
L'autre fils de Sobhi vent maintenant des sandwiches devant une université locale. Les biens de cette famille de la classe moyenne-supérieurs ont été détruits dans la guerre, mais ils sont sains et saufs à Tartous, déclare Sobhi.
« Nous devons être comme une seule main, » dit-il assis à côté de son épouse sur un mince matelas posé sur le sol,l'unique mobilier de l'appartement. Un grand portrait de son fils tué en uniforme de l'armée et un autre faisant l'éloge d'Assad sont fixés au mur.

Parmi les déplacés, figurent des commerçants sunnites d'Alep, qui était le poumon économique du pays. Certains ont ré-ouvert leurs entreprises à Tartous mais à une échelle réduite.
Tartous: manifestation de soutien au président Assad (2011)
Tartous: manifestation de soutien au président Assad (2011)
Mohammed Jallad, un fabricant de fours, a fui quand les combats se sont intensifiés dans son quartier à Alep. Sa maison et son entreprise ont été détruites dans les bombardements.
Un prêt lui a permis de rouvrir une affaire à Tartous, partageant un espace d'activité industrielle avec quatre autres Alépins. Il dort dans un coin au dessus de ses fours pour économiser de l'argent.

Le prix de location de son local commercial a triplé en deux ans avec l'augmentation de la demande par des personnes déplacées. Alors qu'il faisait travailler 15 ouvriers à Alep, il n'en emploie plus que deux.
Jallad dit qu'il ne veut pas fuir à l'étranger, par crainte de subir le sort des quelque 3 millions de réfugiés syriens qui vivent en majorité dans des conditions misérables.
« Je voulais travailler, alors où aurais-je pu aller ? La situation à l'étranger est humiliante, » dit-il.

En luttant pour s'en sortir, les Syriens se sont adaptés à la réalité.

Taghrid, brodeuse à Damas, dit avoir envoyé son fils en âge d'être incorporé dans l'armée en Égypte pour éviter la conscription, ce que beaucoup de familles ont fait.

« Puisse Dieu le protéger, » dit-elle devant la grande mosquée des Omeyyades à Damas. Elle n'a donné que son prénom par crainte de mettre son fils en danger.

Les services de l’État existent toujours, quoique de manière décousue. Les travailleurs touchent leurs salaires même si la monnaie locale se déprécie. Il y a toujours de l'électricité même si les coupures de courant sont la routine. Les soins restent gratuits quoique les habitants disent que l'attente est longue car des médecins abandonnent leur poste.

« Le gouvernement syrien tient et se cramponne à l'unité et à l'intégrité territoriale de la Syrie. Et c'est pour nous une affaire sacrée, » affirme la conseillère d'Assad Bouthaina Shaaban.

La vie suit son cours pour les Syriens riches. Cafés et restaurants sont à moitié remplis, leurs propriétaires arguant du fait que la reprise des études par les jeunes a réduit leur affluence. Des hommes d'affaires ont ouvert un centre de loisirs et un centre commercial à Damas et un centre commercial sur sept étages à Tartous.

Au centre commercial Malki à Damas, une pancarte annonce une compétition de selfies. Dans le centre commercial presque vide de Tartous, l'investisseur Ali Naddeh fume une pipe à eau et dit que les boutiques vont bientôt ouvrir.

« C'est une époque d'opportunités, » dit-il.

lundi 20 octobre 2014

Kobane, une étape du plan de Washington pour détruire le régime syrien

Ce qui se passe en ce moment en Syrie est d'une complexité inouïe tant les forces en présence sont nombreuses et les intérêts, même entre alliés ou présumés tels, contradictoires.

Les Etats Unis, on le sait, bombardent les positions de l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL ou EI, Daesh) dans le secteur de Kobane (Ayn al-Arab) ville kurde que cette organisation assiège et ailleurs en Syrie, détruisant au passage des infrastructures économiques qui permettent aux civils de survivre.

Le régime syrien aurait consenti à ces frappes.. A mon avis, il n'avait guère le choix et il doit s'estimer bien heureux de ne pas être ciblé directement par les attaques aériennes américaines.
J'écris directement parce que je considère qu'en dernière analyse, derrière l'EIIL, c'est le gouvernement syrien qui est visé.

C'est ce que je suggérais dans un précédent post en observant que l'affaiblissement et l'élimination de l'EIIL n'était pour les Etats Unis que le prélude à une nouvelle phase de la guerre anti-Assad menée par Washington, une phase qui passe par le recrutement d'une armée de mercenaires.

Et aussi par un retournement d'alliances pour les Kurdes de Syrie qui étaient alliés jusqu'à présent avec le régime syrien.

On comprend mieux maintenant pourquoi les bombardements menés par l'aviation américaine sur les forces de l'EIIl à Kobane ont été dans un premier temps marqués par une efficacité plus que douteuse : l'EIIL a été en quelque sorte l'instrument des Etats Unis pour persuader les Kurdes syriens de revoir leur position.

Le largage par les Américains d'armes destinées aux miliciens du PYD semble confirmer le repositionnement des Kurdes dans une nouvelle phase de la stratégie américaine de lutte contre le régime syrien. Tout comme l'adoption par les USA et l'UE de nouvelles sanctions contre les régime syrien

Il va sans dire que tout cela n'augure rien de bon, ni pour la Syrie, ni pour la région à laquelle les Etats Unis et leurs alliés occidentaux semblent prêts à faire subir des années de violence et de chaos.

Qui sortira vainqueur de Kobane ('Ayn-al-'Arab) ?

The Angry Arab, 19 octobre 2014 traduit de l'anglais par Djazaïri

Ali, le correspondant en chef d'Angry Arab en Turquie m'a envoyé ce commentaire :
« Kobane : un coup gagnant pour les Etats Unis. Personne n'a encore attiré l'attention sur ce fait évident, mais à la vérité, qu'int gagné l'Etat Islamique (EI, Daesh) , la Turquie ou les Kurdes syriens avec l'attaque surprise de l'EI sur Kobane. A part que les Etats Unis ont fait avancer leur agenda politique sous le mot d'ordre d'Obama qui est « d'affaiblir et de détruire l'EI »...
Premièrement, l'EI n'obtiendra rien s'il s'empare complètement de la ville kurde assiégée. Kobane n'a pas d'intérêt stratégique si on la compare avec d'autres objectifs potentiels pour l'EI avant qu'il se lance dans la campagne contre Kobane le 15 septembre : le premier objectif potentiel était à l'évidence la ville d'Azaz, une ville frontalière avec la Turquie située au nord d'Alep et qui a eu un rôle crucial pour l'approvisionnement d'autres groupes armés actifs dans la Syrie du nord. L'EI était à la porte d'Azaz.

frontière syrie-turquie

Le second objectif potentiel était l'aéroport de Deir ezZor qui a été une base très importante pour le ravitaillement des troupes de l'armée syrienne présentes dans la ville assiégée. L'EI a lancé des attaques pour prendre cet aéroport mais avec de faibles effectifs comparées à l'attaque contre Kobane. Le troisième objectif potentiel était Hasakah au nord où les Kurdes contrôlent des puis de pétrole avec l'aide de facto de l'armée syrienne présente dans la ville. Kobane n'a pas de puits de pétrole, n'est pas une route logistique et l'EI contrôle déjà deux points de passage frontaliers dans la région. Il s'agit de Jarablus, à quelques kilomètres à l'ouest de Kobane et de Tall Abiad à l'est. Mais comme on le sait, l'EI a attaqué Kobane avec au moins 3 000 hommes avec un soutien d'artillerie, des tanks, des véhicules blindés, das canons anti-aériens montés sur des pick-ups. Et à cause de la résistance des miliciens kurdes du PYG et des frappes aériennes américaines, , l'EI payera un prix très élevé pour une ville sans importance particulière même s'il s'en empare complètement.
L'aéroport de Deir Ezzor a un usage mixte, civil et militaire
L'aéroport de Deir Ezzor a un usage mixte, civil et militaire
Deuxièmement, qu'a obtenu la Turquie quand on voit que les organes de presse occidentaux sont pleins de commentaires affirmant que la Turquie était derrière l'attaque de l'EI sur Kobane ? Erdogan est maintenant portraituré comme le 'monstre derrière l'EI' et un soulèvement kurde frappe soudain la Turquie et menace le soi-disant processus de paix. Et maintenant, le PYD de Syrie qui est affilié au PKK est en contact direct avec Washington, ce qui doit être un cauchemar pour Ankara.

Troisièmement, les Kurdes syriens qu se considèrent eux-mêmes comme « vainqueurs » étant donné que les Etats Unis les ont reconnus voient Kobane, la capitale de leur province de Rojava, tomber en ruines tandis que la majorité des civils ont fui vers la Turquie.

Les Etats Unis sont le seul gagnant, que vous le vouliez ou non... En effet, avec Kobane ils légitimisent leur opération contre l'EI aux niveaux international et régional, ils trouvent un 'partenaire' absolument stratégique avec les Kurdes de Turquie, et ils savent pouvoir librement dicter leur position au PYD... Avant l'offensive sur Kobane, Reuters avait révélé que les Etats Unis envisageaient d'armer les organisations kurdes de Syrie à la condition préalable qu'ils « rompent leur alliance avec Assad ». Et cette exigence n'est bien sûr pas nouvelle car, ainsi que l'a révélé Foreign Policy, Washington poussait les Kurdes en ce sens depuis plus de deux ans.

Maintenant, les rêves des Etats Unis se réalisent grâce à l'EI. Le résultat des discussions entre le PYD et les Etats Unis reste encore imprécis, mais alors que les Etats Unis accentuent leur campagne aérienne contre les cibles de l'EI dans et autour de Kobane, la chose évidente est que ce que les Etats Unis ont mis sur la table a été accepté, au moins en partie, par la délégation du PYD. Notez que juste après ces discussions directes, le leader du PYD Saleh Muslim s'est rendu au Kurdistan irakien et a participé à une réunion avec Barzani et avec des politiciens kurdes syriens soutenus par Barzani. Lors de cette réunion, le PYD a promis un « partage de pouvoir » avec les groupes soutenus par Barzani pour l'administration de Rojava.

Donc, selon mon opinion, la victoire des Kurdes sur l'EI avec l'aide des Etats Unis ne pourra que décevoir les espoirs des gens de gauche pour les droits des peuples du Moyen Orient.
PS : notez que l'hypocrisie sans limites des médias grand public. Premièrement, la ville de Salamiyya située dans l'est de la province de Hama est attaquée par l'EI mais il n'y a pas un seul reportage sur la situation dans cette ville. L'envoyé spécial de l'ONU dit que 'Kobane pourrait être un autre Srebrenica' mais qu'est-ce qui nous attend si l'EI prend cette ville qui est pleine de « kouffar' (mécréants, la population de la ville est constituée d'Alaouites, de Chiites, d'Ismaéliens et de Duodécimains). Deuxièmement, c n'est pas la première attaque de l'EI sur des zones à peuplement kurde. L'EI et ses alliés de l'époque – considérés comme des modérés – avaient attaqué des villes kurdes en 2013, mais les femmes combattantes kurdes n'ont pas fait les unes, ou personne ne parlait du rôle de la Turquie. Les médias parlaient au contraire de « l'alliance cachée entre Assad et les Kurdes de Syrie. »

samedi 28 décembre 2013

Scandale dans le scandale en Turquie: la police protège al Qaïda!

Le chef du gouvernement turc, Recep Tayyip Erdogan a fait beaucoup pour contribuer à la chute du régime syrien. Or, non seulement ce régime est toujours en place, avec Bachar al-Assad à sa tête, mais il a engrangé et continue à engranger des gains substantiels aussi bien sur le terrain politique que sur le terrain militaire.
Tandis que le pouvoir du premier ministre turc est en train de vaciller, ébranlé par un scandale politico-financier de grande ampleur qui a déjà entraîné la démission de trois ministres et un profond remaniement du gouvernement.
En admettant qu'il ne soit pas contraint à remettre sa démission, on voit mal, dans ces conditions, comment M. Erdogan pourrait briguer un mandat présidentiel lors des élections de 2014 d'autant, nous dit-on, que le mouvement religieux de Fethullah Gülen est entré en opposition ouverte contre lui (Gülen avait contribué à la victoire électorale d'Erdogan).
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Recep Tayyip Erdogan et Fethullah Gülen
Le scandale ne se limite cependant pas à des affaires strictement turques mais concerne aussi l'action du gouvernement AKP (Parti de la Justice et du Développement) dans la Syrie voisine. En effet, parmi les personnes recherchées par la justice, on compte deux ressortissants Arabes présentés comme membres d'al Qaïda, c'est-à-dire en réalité des services secrets saoudiens.
Ces deux personnages sont actuellement en fuite, une fuite qui a été permise par une police dirigée désormais par des fidèles du gouvernement et qui se permet de ne pas appliquer les ordres des magistrats.
Yusuf Al Qadi et Osama Khoutub ne menaient pas une existence clandestine en Turquie où ils avaient au contraire l'oreille de hauts responsables politiques .
Il fallait bien ça pour organiser le transit de ces milliers de combattants européens vers le champ de bataille syrien.

Des suspects membres d'al Qaïda fuient après le blocage par le gouvernement turc d'une descente de police

Eaman (Turquie) 26 décembre 2013traduit de l'anglais par Djazaïri
Selon des informations, Yusuf Al Qadi et Osama Khoutub qui sont liés à al Qaïda et figurent parmi les suspects dans une importante affaire de corruption, auraient fui la Turquie après que le Parti de la Justice et du Développement (AKP au pouvoir) a bloqué une descente de police mercredi, le police d'Istanbul ayant refusé d'exécuter les ordres donnés par des magistrats afin d'arrêter plusieurs suspects dans le second volet de l'enquête,
Le bureau du procureur d'Istanbul a ordonné l'arrestation de 30 suspects, dont un certain nombre de parlementaires et d'hommes d'affaires, Le département de police d'Istanbul qui a connu unevaste purge au niveau de ses officiers supérieurs la semaine dernière, ne s'est cependant pas conformé aux instructions.
Les informations de presse laissent entendre que quand la liste des 30 suspects a été révélée aux médias mercredi, certains des suspects ont pris des mesures de précaution pour éviter de laisser des éléments à charge contre eux en cas de descente de police chez eux où dans leurs bureaux.
Et certains suspects ont fui la Turquie, dont les agents d'al Qaïda pour la Turquie, Al Qadi et Khoutub, après que le gouvernement a bloqué l'enquête par le truchement de chefs de la police récemment nommés qui ont refusé de se conformer à la décision de justice.
Le procureur Muammer Akkaş, qui conduisait la deuxième phase de l'enquête, a été dessaisi du dossier. «L'ensemble de mes collègues et l'opinion publique devraient savoir qu'on m'a empêché en tant que procureur d'effectuer l'enquête, » a expliqué jeudi le procureur dans une déclaration, ajoutant qu'une entrave à l'action judiciaire a été exercée aussi bien par le bureau du procureur général que par la police, donnant ainsi l'occasion aux suspects de détruire les preuves.
Akkaş a déclaré que malgré la délivrance de mandats d'arrêt et de perquisition à l'encontre des suspects et leur transmission mercredi matin aux services de police d'Istanbul, ces derniers n'ont pas respecté ses ordres.
«En n'appliquant pas les décisions de justice, les chefs de la police ont commis un délit. Une occasion a été offerte aux suspects de prendre des dispositions, de fuir ou d'altérer des éléments à charge,» a-t-il dit.
 Les avoirs en Turquie de l'homme d'affaires saoudien Al Qadi ont été gelés après sa désignation comme financier du terrorisme international. Des articles de presse observent que le suspect d'appartenance à al Qaïda est autorisé à entrer librement en Turquie et a accès à des diplomates et à des responsables sécuritaires de haut niveau, comme le sous-secrétaire des services de renseignements (MİT) Hakan Fidan.
Selon des allégations, l'ancien ministre de la justice Sadullah Fergin, qui a quitté son poste mercredi suite à un important remaniement ministériel, avait demandé au procureur général de fermer le dossier.