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mercredi 25 novembre 2015

The Sun, petites pépées et islamophobie

Le Sun est un journal anglais dont il n'existe pas d'équivalent en France. Ses titres racoleurs secondés utilement par la photo d'une femme aux formes et au sourire prometteurs sont au service d'un agenda politique néoconservateur qui est celui de son propriétaire, le magnat de la presse Rupert Murdoch.
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Rupert Murdoch et sa nouvelle compagne, Jerry hall (ex Mme Jagger)
Outre le Sun, le groupe News Corp de Rupert Murdoch est propriétaire du Times, le légendaire journal londonien, du New York Post, un tabloïd à grande diffusion, du Wall Street Journal, des chaînes de télévision et des studios de cinéma Fox etc.
Et ce n'est là qu'un modeste aperçu de cet empire qui s'étend sur tous les continents.
Le Guardian démonte ici les ressorts d'un titre racoleur du Sun destiné à induire le lecteur pressé en erreur et à exciter l'islamophobie.

Les affirmations du Sun sur la sympathie des Musulmans pour les djihadistes ont-elles un fondement ?

Un coup d’œil sur les données de l'enquête derrière le gros titre du tabloïd remet en question la façon dont le journal a interprété les chiffres
par Pamela Duncan, The Guardian (UK) 23 novembre 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri
Le Sun a mis en une ce titre racoleur : « Un Musulman britannique sur cinq a de la sympathie pour les djihadistes, » mais cette affirmation est-elle fondée ?
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Un coup d’œil aux données qui sont derrière le gros titre de lundi remet en question la manière dont le journal a interprété les chiffres.
Le gros titre et l'article en pages intérieures sont basés sur une enquête téléphonique conduite par Sturvation la semaine dernière. On ne sait pas vraiment comment l'échantillon de Musulmans britanniques a été constitué par Sturvation ni s'il peut être considéré comme représentatif de l'ensemble de la communauté.
La question particulière qui est à l'origine du titre la une demandait aux répondants qu’ils étaient d'accord avec une liste de déclarations.
Seulement 5 % des répondants étaient d'accord avec la déclaration : « J'ai beaucoup de sympathie pour les jeunes Musulmans qui quittent le Royaume Uni pour rejoindre les combattants en Syrie. » 14,5 % des répondants ont dit avoir « une certaine sympathie » pour eux. Ces chiffres additionnés font un total de 19,5 % qui motivent la tournure de l'article du Sun.
Même en acceptant ces données telles quelles, elles occultent le fait que près de 71,5 % des sondés ont dit ne pas avoir de sympathie pour les jeunes Musulmans qui quittent le Royaume Uni pour rejoindre les combattants en Syrie.
La question posée par Sturvation ne mentionne aucunement les djihadistes, l’État Islamique (Daesh) et la raison pour laquelle les combattants vont en Syrie. En outre, la question ne précise pars qui sont les « combattants en Syrie » - des combattants de Daesh ou éventuellement ceux d'autres groupes rebelles.
Étant donné qu'on a eu des exemples d'individus partis en Syrie pour lutter contre Daesh (par exemple avec un reportage de Channel 4 qui suivait trois anciens soldats partis combattre les miliciens de Daesh en Syrie), il est concevable que certains des sondés aient pu avoir en tête ces exemples plutôt que les gens qui s'en vont pour soutenir Daesh.
Le second problème est que le terme « sympathie » prête le flanc à une mauvaise interprétation : tandis qu'une personne peut l'employer pour signifier qu'il est d'accord avec ceux qui partent se battre, une autre personne peut simplement vouloir dire qu'elle comprend à un niveau émotionnel qu'une personne puisse faire ce choix. On peut éprouver de la sympathie pour une prise de position sans pour autant la partager.
De fait, un sondage antérieur effectué par le même institut en mars pour Sky News avait montré que 4,3 % des non Musulmans exprimaient « beaucoup de sympathie pour les jeunes Musulmans qui quittent le Royaume Uni pour rejoindre les combattants en Syrie. » Dans le même temps, 9,4 % exprimaient une « certaine sympathie », ce qui suggère que les attitudes des Musulmans et des non musulmans ne sont pas différentes quand on leur pose ces questions.
D'autres détails sur le sondage mené par Survation peuvent être trouvés ici tandis que l'intégralité des chiffres peut être trouvée ici.

vendredi 13 février 2015

Après le triple meurtre raciste de Chapel Hill, les islamophobes passent à l'action au Texas

On aurait du mal à le savoir par la presse française grand public, mais on l'apprend par exemple par le site musulman d'informations Katibîn :
Incendie au centre islamique de Houston
Auteur : Lyes Dans Actualités, International 13/02/2015 0 68 Vues
Ce vendredi 13/02/15 à 05h30 heure locale, un important incendie a eu lieu au niveau de l’institut islamique de Houston.
Une investigation en cours
Les pompiers de Houston sont intervenus ce matin au niveau du Quba Islamic Institute suite à une alarme incendie. Le feu avait déjà entamé la structure du bâtiment à l’arrivée des secours sur place, ils n’ont pu que constater une épaisse fumée et des flammes vives.
L’extinction complète de l’incendie a pris plus d’une heure. L’institut étant vide à cette heure-ci, aucune perte humaine n’est à déplorer. Néanmoins, l’immeuble n’est plus du tout viable. Il servait notamment de centre éducatif pour les jeunes musulmans de la zone sud de Houston, mais aussi de centre d’aide pour les familles de la communauté.
Les forces de police ont ouvert une enquête pour déterminer la cause exacte du déclenchement de l’incendie. Pour l’heure pas d’indication sur l’origine criminelle ou non de ce désastre.
L'incendie n'a touché qu'un seul des bâtiments du Quba Islamic Center de Hosuton
L'incendie n'a touché qu'un seul des bâtiments du Quba Islamic Center de Hosuton
A l'heure où j'écris, il existe une sérieuse suspicion quant à la nature criminelle de l'incendie puisque, selon Ahsan Zahif, fils de l'imam de la mosquée, un « accélérant a été utilisé pour le feu qui s'est déclenché vers 5h30 du matin. »

On n'a cependant pas de réelle certitude car si le fils de l'imam dit tenir cette information d'enquêteurs du service de lutte contre les incendies tandis que le porte parole de ce même service affirme qu'aucune information de cette nature n'a été donnée.

L'enquête devrait en dire plus assez prochainement. (mise à jour: le caractère criminel de l'incendie est maintenant certain)

Quoi qu'il en soit, cet incident survient peu de temps après le triple meurtre dont ont été victimes trois étudiants de confession musulmane sur le campus de Chapel Hill en Caroline du Nord.

La nature raciste de ce crime est contestée aux Etats Unis où d'aucuns le lient à une banale dispute pour une place de parking !
Une explication qui en dit long non seulement sur le racisme du meurtrier mais aussi sur celui de nombre de médias.

Outre ce tragique élément de contexte, il faut quand même savoir qu'une autre institution religieuse musulmane texane à Irving près de Dallas est en ce moment l'objet d'une campagne d'une certaine presse "chrétienne" (sioniste chrétienne pour être plus précis) qui l'accuse d'avoir inauguré un tribunal traitant des affaires conformément à la charia (droit musulman).
L'Islamic Center d'Irving (Texas)
L'Islamic Center d'Irving (Texas)
L'Islamic Center d'Irving a tenu à démentir fermement ces allégations, tout en précisant qu'un de ses membres participe comme médiateur dans un tribunal islamique qu'il existe ailleurs dans l'agglomération Dallas – Fort Worth, un tribunal qui traite d'arbitrages intra-communautaires, notamment d'affaires familiales, quand les parties concernées en sont d'accord.
L'Islamic Center d'Irving rappelant au passage que ce genre de tribunal religieux n'est nullement l'apanage de la religion musulmane et qu'il en existe depuis longtemps pour les communautés chrétiennes et juives.

Le problème étant justement que les militants anti-Islam veulent traiter cette religion comme une exception et lui contester les droits que la Constitution des Etats Unis accorde à toutes les autres.

Il faut d'ailleurs relever que cette campagne « anti-charia » fait suite à l'organisation d'une manifestation le 17 janvier 2015 à Garland, près de Dallas, pour protester contre la tenue d'une conférence visant à collecter des fonds pour la création d'un centre destiné à enseigner aux Musulmans comment combattre les stéréotypes.

Dans la même ville de Garland, l'American Freedom Defense Initiative (AFDI) de la néoconservatrice et très sioniste Pamela Geller organisera le 3 mai prochain une exposition- concours de caricatures représentant le prophète de l'Islam.
Pamela Geller est "Charlie" à fond
Pamela Geller est "Charlie" à fond
On peut raisonnablement supposer que le triple meurtre de Chapel Hill, loin de dissuader les activistes de l'islamophobie, va au contraire les encourager d'autant que la mollesse des réactions de la classe politique ne leur aura pas échappée.

mercredi 11 février 2015

Il était une fois l'Islam en Amérique

La mort de trois étudiants musulmans assassinés à leur domicile sur le campus de Chapel Hill aux Etats Unis révèle l'impact dévastateur d'une campagne islamophobe qui a pris son essor après les attentats du 11 septembre.
Les victimes de Chapel Hill: Deah Shaddy Barakat 23 ans son épouse Yusor Abu-Salha 21 ans Razan Abu-Salha 19 ans
Les victimes de Chapel HillDeah Shaddy Barakat 23 ans son épouse Yusor Abu-Salha 21 ans Razan Abu-Salha 19 ans
On découvrira peut-être que leur meurtrier agissait de manière isolée, sans avoir reçu d'ordre de quiconque.

C'est fort possible. L'Amérique est un pays qui se vit comme un pays de l'initiative individuelle, même dans le crime. Il n'en reste pas moins que ces initiatives individuelles se déploient dans un cadre mental et idéologique patiemment construit par des gens très organisés, qui ont de l'argent et savent taper aux bonnes portes.

Cette affaire sera peut-être l'occasion d'un sursaut de conscience aux Etats Unis. Il est à craindre que ce ne soit pas suffisant parce que la campagne islamophobe aux USA répond avant tout à des questions de politique extérieure, le conflit du Proche Orient pour être précis. C'est la même chose qu'en France, sauf que c'est plus évident dans un pays où la (ou les) communauté(s) musulmanes sont ultra-minoritaires et représentent environ 1 % de la population du pays.

Les campagnes islamophobes articulées généralement autour de la menace terroriste et de la menace sur le droit local/les coutumes/traditions que représenteraient les exigences des populations musulmanes amènent le plus souvent à une surestimation par l'opinion globale de la part de ces dernières dans la population totale.
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Le tableau ci-dessus montre l'écart (dans les bandeaux bleus) dans certains pays entre la proportion réelle de Musulmans évaluée par la statistique et la proportion de Musulmans telle que les opinions se la représentent. l'importance des écarts est un témoin direct de l'importance de la campagne islamophobe

Si tout le monde s'accorde à dire que la présence musulmane n'est pas une nouveauté en Europe,on sait moins qu'elle n'est pas non plus une nouveauté aux Etats Unis.

En effet, l'histoire de la présence musulmane aux Etats Unis est assez méconnue alors même qu'elle est assez ancienne et qu'elle a longtemps été incarnée par les esclaves de confession musulmane parmi lesquels ne manquaient pas les gens instruits en langue arabe.

C'est ce que rappelle Peter Manseau dans l'article du New York Times que je vous propose où il évoque notamment la figure d'Omar Ibn Saïd.
Peter Manseau
Peter Manseau

Les Musulmans des débuts de l'Amérique

par Peter ManseauThe New York Times (USA) 9 février 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri

Ce n'était pas la première fois que l'imam venait au rodéo

Alors que sa présence était programmée pour prononcer une invocation religieuse au Fort Worth Stock Show la semaine dernière, Moujahed Bakhach de l'Islamic Association of Tarrant County avait dû annuler sa présence en raison des réactions négatives à une prière qu'il avait faite quelques jours auparavant. On avait demandé à l'imam de bénir les chevaux, des cavaliers et les membres de l'armée. Son intervention avait été accueillie par des hoquets indignés du public et des protestations sur les médias sociaux : « Choqué par une prière musulmane à un événement américain ! » « Les cowboys n'en veulent pas ! »

L'expression ouverte du sentiment anti-islamique est en plein renouveau. Quatre jours avant l'annulation de sa bénédiction par l'imam, des manifestants devant le State Capitol (siège du gouverneur et des chambres élues) à Austin ont empêché les orateurs musulmans de parler en affirmant que seul Jésus a droit de cité au Texas. En Caroline du Nord, deux semaines plus tôt, le projet de l'université Duke de diffuser un appel musulman à la prière avait été abandonné suite à des menaces de violence. Dans le même temps, le gouverneur républicain de Louisiane, Bobby Jindal, soutenait que si les Américains musulmans « veulent affirmer leur propre culture et leurs valeurs, ce n'est pas de l'immigration, c'est une véritable invasion. »

Quel que soit le niveau d'inquiétude des gens concernant l'Islam, l'idée d'une invasion musulmane dans ce pays majoritairement chrétien n'a aucune base factuelle. En outre, il y a cette affirmation au passage que l'Islam est anti-américain : les Musulmans sont arrivés ici avant la fondation des Etats Unis – et pas seulement quelques uns mais des milliers.

Ils ont été largement ignorés parce qu'ils n'étaient pas libres de pratiquer leur culte. Ils n'étaient eux-mêmes pas libres et pour cette raison ils n'étaient le plus souvent pas en mesure de laisser des traces de leurs convictions religieuses [écrits, monuments, NdT]. Ils en ont laissé cependant juste assez pour confirmer que l'Islam en Amérique n'est pas une religion d'immigrés récents qui se serait fait connaître tardivement, mais une tradition qui a des racines profondes ici, malgré le fait qu'elle a été parmi les plus réprimées de l'histoire nationale.

En 1528, un esclave marocain nommé Estevanico avait fait naufrage en compagnie d'un groupe d'explorateurs espagnols près de l'endroit où se trouve aujourd'hui la ville de Galveston. La ville d'Azemmour où il avait grandi avait été un bastion de la résistance musulmane à l'invasion européenne jusqu'à sa chute pendant sa jeunesse. Bien qu'ayant reçu un nom chrétien après son asservissement, il avait fini par échapper à ses ravisseurs chrétiens et fait sa propre route à travers une bonne partie du sud-ouest.

Deux cents après, les propriétaires de plantations en Louisiane se faisaient un devoir d'ajouter des Musulmans asservis à leur main d'oeuvre car ils comptaient sur leur expérience dans la culture du riz et de l'indigo. Les chercheurs universitaires ont constaté la présence de noms musulmans et de titres religieux musulmans dans les inventaires d'esclaves de la colonie et dans les registres de décès.

Le Musulman le plus connu à être passé par le port de la Nouvelle Orléans était Abdul-Rahman Ibrahim Ibn Sori, un prince dans son pays d'origine et dont le sort avait attiré une large attention. Comme l'observait un article de journal, il avait lu la Bible et en admirait les préceptes, mais,ajoutait l'article, « Sa principale objection était que les Chrétiens ne les suivaient pas. »

Parmi les esclaves musulmans en Caroline du Nord, se trouvait un dignitaire religieux nommé Omar Ibn Saïd. Capturé à nouveau en 1810 après avoir fui un maître cruel qu'il qualifiait de kafir (infidèle), il s'était fait connaître par les écrits en caractères arabes qu'il avait inscrits sur les murs de sa cellule. Il a écrit un récit de sa vie en 1831 dans lequel il explique comment, à l'époque où il était libre, il aimait lire le Coran, mais devenu esclave, ses propriétaires l'avaient converti au christianisme.

L'histoire de l'Islam des débuts de l'Amérique n'est pas simplement l'histoire de quelques individus isolés. On estime que 20 % des Africains asservis étaient musulmans, et beaucoup d'entre eux cherchèrent à reconstituer des communautés telles que celles qu'ils avaient connues. En Géorgie, qui a rejoint une dizaine d'autres Etats dans la comédie politicienne qui consiste à débattre de l'interdiction pour les juges de se référer à la charia, on sait que les Musulmans d'une plantation isolée avaient vécu sous la direction d'un chef religieux qui avait écrit un manuscrit de droit musulman pour transmettre ce savoir traditionnel.

Un indice de ce qui est arrivé à ces Américains musulmans oubliés peut être trouvé dans les mots d'un missionnaire qui sillonnait le Sud pour prêcher l'évangile aux esclaves des plantations. Beaucoup d' «Aafricains mohammédiens » observait-il ont trouvé des façons d' « accommoder » l'Islam aux nouvelles croyances qui leur étaient imposées. « Dieu, disent-ils, est Allah et Jésus Christ est Mohammed. La religion est la même, mais différents pays donnent des noms différents. »

Le missionnaire y voyait la preuve lamentable de l'inaptitude des Musulmans à reconnaître l'importance des vérités religieuses. Mais en fait, c'est juste la preuve du contraire. Ils comprenaient que leur foi était si importante qu'ils devaient être prêts à l'écouter partout, même dans un pays si éloigné de ceux où ils entendaient autrefois l'appel à la prière.

L'Islam fait partie de notre histoire commune – une foi résiliente qui n'est pas que celle des asservis mais aussi d'immigrants arabes à la fin du 19ème siècle, et au 20ème siècle de nombreux Afro-Américains l'ont revendiquée et en ont refait leur religion. Pendant des générations, ses adeptes ont connu les secousses d'une nation qui bascule des promesses de liberté religieuse vers des événements qui démentent ces promesses.

Dans un sens, l'Islam est aussi américain que le rodéo. Le rodéo a aussi été importé mais est maintenant indéniablement une partie de la culture. Que les manifestants du Texas y soient prêts ou non, il est inévitable que certains Musulmans laisseront leurs gosses devenir des cowboys. Quelques cowboys pourraient aussi devenir Musulmans en grandissant.

Le dernier livre de Peter Manseau s'intitule "One Nation Under Gods: A New American History." [Une nation et des Dieux : une nouvelle histoire américaine]

samedi 7 février 2015

Expulsée d'une mosquée londonienne, ou le mensonge d'une journaliste britannique

Voilà ce qu'on pouvait lire il y a quelques jours dans "Courrier International" qui reprenait la presse britannique.

La journée "Visite ma mosquée" marquée par une bévue vis-à-vis d'une journaliste

Le Conseil musulman britannique organisait hier une journée "portes ouvertes" dans des mosquées du pays. Une opération globalement réussie, jugent les journaux, hormis un incident "sexiste" – une journaliste a été refoulée à l'entrée d'un établissement.
 
Des visiteurs à la mosquée de Finsbury, à Londres, le 1er février 2015 - AFP/Ben Stansall
Des visiteurs à la mosquée de Finsbury, à Londres, le 1er février 2015 - AFP/Ben Stansall
 
Portes ouvertes, thé et gâteaux pour les non-croyants : hier n'était pas une journée comme les autres dans une vingtaine de mosquées d'outre-Manche, puisque le Conseil musulman britannique organisait la journée #VisitMyMosque ("Visite ma mosquée"). Cet événement inédit "était organisé après que le Conseil musulman britannique se fut inquiété d'un sentiment anti-musulman, après le meurtre de 17 personnes à Paris le mois dernier", note The Independent.
Journée de tolérance
L'événement a connu un certain succès, note le quotidien, qui rapporte le témoignage de Britanniques non musulmans heureux de leur visite, notamment dans une mosquée de l'est de Londres, où une cinquantaine de visiteurs se sont rendus. Les uns y sont allés "pour rencontrer des musulmans qui ne sont pas à la télévision", les autres pour "dépasser leur crainte de finir par croire à la propagande". Les non-croyants ont pu visiter la mosquée, assister à la prière des hommes, puis des femmes, avant de terminer par la visite d'une petite exposition sur l'histoire de l'établissement, construit en 1986.
Parmi les établissements qui ont ouvert leurs portes, la mosquée de Finsbury, "dont l'histoire récente a été marquée par [la présence] de membres extrémistes", rappelle de son côté The Guardian. L'établissement souffre toujours d'une mauvaise réputation, causée par le passage en ses murs de figures extrémistes notoires comme Abou Hamza, qui "a pris le contrôle de la mosquée à la fin des années 1990 et l'a transformée en l'un des plus importants centres de l'islam radical en Grande-Bretagne", avant d'être arrêté en 2003 et d'être condamné à la prison à perpétuité aux Etats-unis, explique le journal. Mais la plupart des visiteurs qui se sont rendus hier à la mosquée de Finsbury ont été séduits par la visite et par la rencontre avec les pratiquants, poursuitThe Guardian, qui salue cette "journée de tolérance".
"Jetée à la rue"
Pourtant, un "couac" de taille a quelque peu entamé le succès du #VisitMyMosque Day : la journaliste de Channel 4 Cathy Newman a été refoulée à l'entrée de la mosquée de Streatham, à Londres, note The Independent. Sur Twitter, elle a expliqué "avoir été surprise de se retrouver mise à la porte". "J'étais habillée comme il faut, la tête couverte et les pieds nus, mais un homme m'a mise à la porte. J'ai dit que j'étais là pour la journée 'Visite ma mosquée', mais cela n'a rien changé." Immédiatement, des réactions ont fusé sur le réseau social, notamment celle de Louise Mensch, une responsable du parti conservateur, qui a parlé d'un "gigantesque raté misogyne", regrettant que Cathy Newman ait été "jetée à la rue".
Le Conseil musulman s'est excusé pour cet "incident", expliquant que l'établissement en question ne participait pas à la journée portes ouvertes, et que Cathy Newman s'était rendue "dans la mauvaise mosquée". "Ce n'est pas parce qu'elle est une femme [qu'elle s'est vu refuser l'entrée], mais parce que l'établissement ne faisait pas de 'portes ouvertes' ce jour-là", a expliqué l'organisation. La journaliste de Channel 4 a indiqué s'être rendue ensuite dans une autre mosquée, où elle a été "chaleureusement accueillie".
 
La journée Visite Ma Mosquée s'est donc globalement bien passée n'était cet incident avec Cathy Newman, la journaliste de la Chaîne de télévision Channel 4 qui a été refoulée d'un lieu de culte musulman londonien.
Cathy Newman de Channel 4
Cathy Newman de Channel 4
Cet incident dépasse la simple anecdote parce que non seulement les tweets de la journaliste ont servi d'argument à certains politiciens comme on peut le lire dans l'article ci-dessus mais aussi parce que la mosquée incriminée a ensuite reçu un flot d'insultes par internet et même des menaces de mort par téléphone.
 
Comme on peut le lire aussi, les responsables de la dite mosquée ont présenté leurs excuses à la présentatrice télé.
 
Ils l'ont fait à tout hasard car ils n'étaient pas vraiment informés de l'existence d'un incident.
 
Pour la simple raison que l'incident n'a pas eu lieu et que la journaliste a fait preuve de mauvaise foi dans cette affaire.
 
Cette mauvaise foi a été démontrée par la diffusion auprès du public d'un enregistrement de la caméra de surveillance de la mosquée qui montre que si, en effet, Mme Newman s'est bien présentée dans une mosquée où elle a ôté ses chaussures après être entrée dans le vestibule, elle n'en a nullement été refoulée mais en est sortie sans contrainte après avoir eu une brève conversation avec un homme.
 
De son côté l'homme croyait que cette femme était à la recherche d'une église et lui indiquait donc où se trouvait l'église du quartier, tandis que pour sa part,  la journaliste  s'était trompée de mosquée.
 
Mme Newman était de fait attendue dans une autre mosquée assez proche où elle devait rejoindre son équipe de tournage déjà sur place.
Cathy Newma a reconnu avoir été bien accueillie à la mosquée Hyderi où elle af inalement rejoint son équipe de tournage
Cathy Newman a reconnu avoir été bien accueillie à la mosquée Hyderi où elle af inalement rejoint son équipe de tournage
 
Par ailleurs la mosquée où elle s'était présentée ne participait pas à l'opération de la journée Visite Ma Mosquée.
Mme Newman a présenté ses excuses pour ce qu'elle qualifie de malentendu.

A mon avis, elle ne s'était surtout pas rendu compte de l'impact que peuvent avoir les tweets d'une personnalité publique dont les messages sont suivis par plus de 70 000 abonnés. Des tweets qui de plus sont d'autant plus crédibles qu'ils entrent en résonance avec les représentations prédominantes sur la vision des femmes en Islam.Ce qui est étonnant de la part de quelqu'un qui travaille pour un grand média audiovisuel comme Channel 4.
 
La presse britannique rapporte généralement en détail ces éléments correctifs avec photos et vidéo à l'appui.

Malheureusement, le mal a été fait car, comme le dit Esmat Eraj, une des responsables de de l'Hyderi islamic Centre qui a si bien accueilli la journaliste,  les allégations de Mlle Newman 'alimentent l'islamophobie.'
 

samedi 19 octobre 2013

Le Juif antijuif qui représente les Musulmans aux Etats Unis

Le Council on American Islamic Relations (CAIR) est une des plus importantes organisations de défense des droits des Musulmans aux Etats Unis.

Selon son site web,

La vision de CAIR est la défense ardente de la justice et de la compréhension mutuelle.

La mission de CAIR est d'améliorer la compréhension de l'Islam, d'encourager le dialogue, de protéger les libertés publiques et de promouvoir la justice et la compréhension mutuelle.

On reconnaîtra là les principes habituels qui guident l'action des associations qui entendent représenter les droits des minorités aux Etats Unis. L'action de CAIR s'exerce de manière tout à fait classique par la pratique du lobbying dans la capitale fédérale et dans les différents Etats qui composent les Etats Unis.
CAIR cherche aussi à encourager la participation des Musulmans à la vie publique et intervient dans la lutte contre les discriminations en offrant médiation et prestations juridiques.
Rien que de très banal, surtout pour un pays comme les Etats Unis.
Sauf que CAIR représente la communauté musulmane qui fait l'objet de la culture du soupçon aux Etats unis, au moins depuis les attentats du 11 septembre 2001, et d'une campagne islamophobe menée de manière méthodique,
Cette campagne islamophobe, si elle prend prétexte des attentats de 2001  trouve en réalité son fondement, comme on l'a déjà vu sur ce blog à propos notamment des lois anti-charia, dans la démarche d'activistes sionistes radicaux qui s'appuient sur un appareil financier et une organisation bien rodés.
Et CAIR, en tant qu'organisation représentant des Musulmans et plaidant pour la justice a ce défaut insigne de plaider pour une solution juste au conflit du proche Orient quoique ce conflit ne soit pas au coeur de ses préoccupations.

C'est cependant encore trop pour les ultrasionistes qui n'ont de cesse de dénoncer les liens de cette organisation avec ce qu'ils appellent des organisations terroristes. 

Daniel Pipes
 
Les (prétendus) arguments contre CAIR sont bien synthétisés par le néoconservateur  Daniel Pipes (Pipes est un nom qui fleure bon l’Angleterre mais la famille de Daniel Pipes est juive polonaise et a émigré aux USA dans les années 1940), et c’est en gros la même que celle présentée par les organisations qui constituent le lobby sioniste comme l’Anti Defamation league (ADL, équivalent de la LICRA aux Etats Unis).
Il va de soi que pour ces tenants du sionisme radical, CAIR flirte forcément avec l’antisémitisme compte tenu de ses prises de position sur la Palestine.

Un argument qui vient de prendre un petit coup dans l’aile avec la nomination d’un Juif au poste de directeur de la section de CAIR à Philadelphie (chaque section régionale est autonome).

Bon, ce n’est pas n’importe quel Juif puisqu’il s’agit de Jacob Bender, un documentariste connu pour ses positions de gauche, y compris sur la question palestinienne.

Jacob Bender
Un Juif antijuif présume déjà Abraham Foxman, le premier responsable de l’ADL.

Jacob Bender est le premier Juif à diriger une section de CAIR, l'organisation de défense des droits des Musulmans

L'activiste de Philadelphie fait face à l'hostilité dans l'establishment juif

par Nathan Guttman, The Jewish Forward (USA) 17 octobre 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Jacob Bender va devenir le porte-voix des Musulmans de la région de Philadelphie dans la lutte contre la discrimination qu'ils subissent sur les lieux de travail et dans la sphère publique, et dans le combat contre les expressions de haine.
Bender est convaincu que son appartenance à la confession juive ne peut que l'aider à faire ce travail avec efficacité.

«La communauté musulmane est attaquée par des forces islamophobes, et il est de l'obligation et de le responsabilité de toutes les personnes de bonne volonté de se lever et de dire que cette agression est une manifestation d'intolérance,» affirme Bender. «C'est [cette mission] absolument cohérent avec les objectifs que je me suis fixés dans la vie.»

La section de Philadelphie du Council on American Islamic Relations a annoncé la nomination de Bender à son poste de directeur exécutif le 15 octobre. Bender est le premier Juif, et le premier non musulman, à exercer comme directeur d'une branche de CAIR.

«Les besoins de la communauté musulmane sont exactement les mêmes que ceux de toute communauté minoritaire aux Etats-Unis", déclare Iftekhar Hussein, président du conseil d'administration de CAIR-Philadelphie. «Jacob, en tant que juif, le comprend du fait des ses propres origines."

Militant des questions liées au dialogue interreligieux entre Juifs et Musulmans qui a été impliqué par le passé dans la défense d'une vision progressiste de la paix au Moyen Orient, la nouvelle position de Bender va le placer devant deux types d'attentes de natures très différentes.

Il va rencontrer une communauté locale musulmane qui attend qu'un non musulman représente ses besoins aussi bien que l'aurait fait un coreligionnaire.

Il va aussi être confronté à un leadership juif national qui a décidé que CAIR n'était  absolument pas un partenaire avec qui on peut dialoguer.

Dans un long document publié en 2006, l'Anti-Defamation League (ADL) accusait CAIR d'avoir des positions extrémistes sur Israël et d'avoir des liens avec des individus et des organisations qui ont exprimé leur soutien à des organisations terroristes.

Les organisations juives avaient aussi souligné par le passé le fait que CAIR avait été initialement citée dans le dossier judiciaire de la Holy Land Foundation, une organisation caritative basée aux Etats Unis qui avait été accusée de rassembler des fonds pour le Hamas. Mais un tribunal avait ordonné en 2012 que la référence à CAIR soit retirée du dossier.

«CAIR ne fait pas partie des partenaires potentiels de la communauté juive,» déclare Ethan Felson, vice-président du Jewish Council for Public Affairs. «La communauté juive a examiné son dossier et a conclu que «Nous ne pouvons pas travailler avec cette organisation.»

Même si aucune position officielle n'a été adoptée, la communauté juive a exclu CAIR de toute action interreligieuse commune avec la communauté musulmane et s'est concentrée sur les relations avec l'Islamic Society oh North America et avec des mosquées et des imams locaux.

CAIR et Bender rejettent les assertions des organisations juives selon lesquelles l'organisation serait de quelque manière extrémiste. «Il y aura toujours ceux qui essaieront de diaboliser les autres organisations,» déclare Bender. «En tant que personne qui soutient depuis longtemps les droits des palestiniens et qui critique la politique d'occupation, je ne vois pas de contradiction entre mes opinions affirmées de longue date sur le Moyen orient et celles de CAIR.»

Israël n'est pas une question prioritaire pour CAIR, en particulier pour ses sections locales, qui tendent à s'intéresser plus à la lutte contre les discriminations contre les Musulmans dans la communauté locale [où ils vivent]. Pourtant, pour beaucoup dans la communauté juive, le problème arabo-israélien est perçu comme l'obstacle essentiel qui éloigne CAIR de l'establishment juif américain.

Le fait d'avoir un Juif à un poste de dirigeant pourrait-il contribuer à réduire la coupure entre les deux parties? La réponse consiste généralement en un mélange d'espoir et de scepticisme.

«Il y a toujours un potentiel de changement,» déclare Hussain, tout en observant que jeter un pont en direction des organisations juives n'était pas la motivation derrière le recrutement de Bender pour le poste. «Ceux qui n'ont pas de contact avec CAIR devraient s'asseoir autour d'une table et comprendre que nous sommes une organisation des droits civiques.»

Abraham Foxman, le responsable national de l'ADL, explique dans une déclaration à Forward que «on verra avec le temps.» L'appartenance de Bender à la confession juive, dit-il, n'a pas nécessairement une importance. «Malheureusement, il y a des Juifs qui sont antijuifs et anti-Israël,» ajoute Foxman, «mais nous allons attendre et on verra bien.»

L'intérêt de Bender pour la communauté musulmane a commencé après les attaques terroristes du 11 septembre. Producteur de documents vidé et télévisuels, il a commencé à organiser des rencontres inter-religieuses et à donner de la voix contre contre les expressions islamophobes devenues plus fréquentes après les attentats.

En 2009, son documentaire “Out of Cordoba: Averroes and Maimonides in Their Time and Ours a été présenté au public/ Le film traite «de Juifs, de Musulmans et de Chrétiens qui luttent contre le détournement de leurs religions par des extrémmistes,» écrivait Bender dans une brève description qui accompagnait le film.

Le film s'intéresse à deux contemporains historiques de l'Espagne médiévale: le philosophe Juif Maïmonide et le penseur Musulman Averroes. A travers ces deux personnages, Bender cherchait à remettre en cause «la thèse selon laquelle il y a un inévitable 'choc des civilisations' entre l'Occident et le monde musulman.»


Au cours de ces deux edernières années, Bender s'est déplacé dans tout le pays pour présenter son film aux communautés juives et musulmanes, pour parler du besoin d'une plus grande compréhension entre religions. Dans les années 1980, Bender activait dans plusieurs organisations juives progressistes qui plaidaient pour une solution à deux Etats [au Moyen Orient]. Il a ensuite été directeur exécutif d' American Friends of Meretz [les amis américains de Meretz]; le parti politique israélien de gauche.

Sa mission à CAIR Philadelphie, une des 20 branches indépendantes à travers le pays, consistera principalement à lutter conte la discrimination anti-musulmane. Ces dernières années, la section de CAIR à Philadelphie a été parmi les organisations les plus en pointe dans le combat contre les lois anti-charia proposées en Pennsylvanie. Elle s'est publiquement exprimée contre les stéréotypes anti-musulmans après l'attenta qui a visé le marathon de Boston.

Le profil de Bender, en tant que réalisateur et orateur, observent les renponsables laïcs de l'organisation, le rend apte au rôle de porte-parole pour l'organisation et les droits civiques des Musulmans.
«Je n'ai jamais eu de doute ou de sentiment négatif à propos de CAIR depuis que je suis en contact avec cette organisation,» déclare Bender. «Je n'ai jamais rencontré de sentiment antijuif ou antisémite. Bien au contraire.»