dimanche 9 janvier 2011

Emeutes et agitation politique et sociale en Afrique du Nord

L'Algérie connaît ces derniers jours une importante agitation sociale qui a pris la forme d'émeutes et parfois de pillages. Le détonateur de cette agitation et de ces émeutes a été une brutale hausse des prix de produits alimentaires de première nécessité tels que l'huile ou le sucre sur un fond d'inégalités sociales croissantes.
Sommes-nous cependant à la veille d'une révolution ou encore d'un bouleversement politique, une inqilab comme dirait un baathiste ou sommes nous devant une intifada, un soulèvement?
En eux mêmes, il est vrai que ces événements sont d'une grande signification politique et rappellent à ceux qui gouvernent le pays qu'ils sont assis sur un volcan nommé inégalités, exclusion sociale, exclusion du politique. Et es dirigeants qui ont l'habitude de gérer le pays par l'émeute seraient bien avisés de comprendre que ce mode de gestion ne saurait se substituer à une véritable gouvernance, ni à la démocratisation que ce soit à l'échelon local ou national.
Car des émeutes, l'Algérie en connaît sans cesse, pour les motifs les plus divers et généralement relatifs à des problèmes ou des drames locaux: bavure policière, tracé d'une route qui mécontente les riverains, ou au contraire absence de route pour desservir une commune, problèmes de logement, de corruption au niveau local. Même l'agitation qui s'était emparée de la Kabylie avait été motivée au début par une bavure dans un poste de gendarmerie qui s'était soldée par la mort d'un adolescent.
Dans ce dernier cas, une dimension politique avait tenté de se formuler mais selon des modalités qui les condamnaient à rester ancrées dans le local et qui étaient combattues non seulement par les autorités gouvernementales mais aussi par les principales forces politiques présentes en Kabylie, c'est-à-dire le Front des Forces Socialistes (FFS) et le Rassemblement Culture et Démocratie (RCD).
De fait, l'agitation n'avait que sporadiquement débordé la Kabylie et les autorités se sont montrées capables de reprendre en main la situation à la fois en jouant le pourrissement et les contradictions entre les différents acteurs de la contestation. Le maintien de l'état d'urgence que connaît le pays depuis l'annulation du scrutin qui avait entraîné le pays dans la guerre civile a d'ailleurs été fort utile à ce moment là aux autorités d'Alger.

Si les événements en cours ont une grande signification politique, cela ne signifie cependant pas qu'ils sont le prélude à une remise en cause radicale du pouvoir. Car pour cela il faudrait que la colère de la jeunesse soit relayée par le politique, ce qui n'est absolument pas le cas.
Un blogueur Algérien anglophone le souligne dans son site, The Moor Next Door:
 Alors que le discours des personnalités publiques diffère par des nuances, la majorité d'entre elles ont explicitement appelé au dialogue et au calme; pratiquement personne n'a cherché à encourager les jeunes émeutiers ou à revendiquer un leadership sur eux. S'ils sont nombreux à reconnaître les dimensions ouvertement politiques des émeutes, la plupart de ceux qui ont des élus au parlement ou participent aux fonctions gouvernementales ont cherché à reformuler le discours public vers des questions économiques et sociales qui peuvent être traitées par des changements ou des ajustements de la politique dans le cadre du régime actuel. Même ceux qui font porter les responsabilités à des facteurs systémiques évitent de s'en pendre au président ou à des individus en particulier.
La position du Parti des Travailleurs (trotskyste) exprimée par Louisa Hanoune est de fait particulièrement modérée et tournée surtout contre les grossistes et les patrons de l'agroalimentaire.  On peut considérer que de ce point de vue, la position du FFS se démarque même s'il renonce clairement (ce qu'on peut comprendre) à prendre des initiatives en vue d'encadrer politiquement les manifestations de la colère populaire et se borne à réclamer "davantage d'ouverture politique".
Car pour le FFS le changement n'est pas pour maintenant et sera le fruit d'un "long et patient travail de ré-encadrement de la société". Le FFS réfère explicitement à la Tunisie où ces efforts ont été entrepris pas de véritables élites "qui n'ont pas perdu leur âme, qui ont choisi leur camp".
Je rejoins volontiers le FFS pour dire que ce qui se passe en Tunisie a un caractère politique nettement plus important qu'en Algérie et que le pays voisin est peut-être à la veille d'un changement de régime et, qui sait, d'une évolution franche vers la démocratie. Et ce travail de ré-encadrement de la société,le FFS n'a pas su le faire ou en a été incapable dans un pays où la censure est très présente certes, mais à un degré incommensurablement plus faible qu'en Tunisie.  Il suffit de dire qu'il n'existe en Algérie aucune censure sur le net. Essayez par contre de vous connecter sur bakchich info en Tunisie (tenez moi au courant si vous y parvenez).
Notons par ailleurs que si en Tunisie l'opposition a été victime d'une répression sans faille, avec incarcérations, torture etc. la société dans son ensemble n'a jamais été prise dans une spirale de violence telle que celle qu'a connue l'Algérie et  qui en a vacciné plus d'un contre la politique. Par ailleurs, le régime algérien, tout en restant autoritaire, a su élargir sa base politique et sociale, ce dont témoigne la coalition de partis au gouvernement, coalition qui comprenait même à un moment donné le RCD. Et que reconnaît implicitement la déclaration du FFS.
Aucune force politique algérienne d'opposition n'est en fait capable d'encadrer la colère de la population et d'emmener le pays vers une alternative. La base (composite) de l'ancien Front Islamique du Salut a soit été éliminée physiquement, soit dissuadée par la violence d'Etat,  tandis qu'une partie d'entre elle a vu ses aspirations satisfaites dans l'explosion de l'activité commerciale et est donc une des bases sociales du pouvoir..

Pour l'heure, la répression a fait quatre morts en Algérie, vingt en Tunisie. Si l'agitation semble tendre à se calmer en Algérie, elle semble partie pour durer en Tunisie. The Moor Next Door observe très justement qu'en Algérie, le président de la république comme le premier ministre se sont gardés de s'adresser publiquement aux jeunes et à la nation afin de ne pas donner de signal de faiblesse au niveau de la direction politique. Ben Ali a fait le contraire en Tunisie. Il est vrai qu'après 22 années d'exercice, son pouvoir est usé jusqu'à la corde.

Je conclurai en disant que les événements en cours au Maghreb ont encore permis de constater l'incurie de la presse française 'libre" qui a mis un certain temps à couvrir largement les troubles en Tunisie alors qu'elle a relayé sans tarder l'agitation en Algérie. L'édition de ce dimanche du journal Le Progrès de Lyon est à cet égard tout à fait exemplaire: en page 4, rubrique France-Monde, nous trouvons un article illustré d'une photo et intitulé "Algérie: au moins trois morts dans les émeutes contre l'inflation. Rien par contre sur les troubles en Tunisie (compte tenu du nombre de victimes, l'édition internet de ce journal n'a cependant pas pu ignorer cette actualité).

Luis Posada Carriles n'a tué que 73 personnes. On peut bien le juger pour parjure!

Contrairement à ce que peuvent laisser entendre certains bruits, le terrorisme dit islamique n'est pas forcément celui à qui on peut imputer la majorité des actes terroristes perpétrés dans le monde. Surtout qu'à mon avis, il n'y a guère de chances de voir la tentative d'assassinat politique d'une élue aux Etats Unis classée dans la rubrique actes de terrorisme.
Il a par contre droit à un traitement de faveur, au point même qu'on lui attribue des faits qui ont un probablement un rapport fort éloigné avec lui. Je pense par exemple à un certain nombre d'événements qui se produisent en Afrique sahélienne
Et ce genre d'actions qui visent particulièrement des Français, comme les deux récentes malheureuses victimes d'un enlèvement puis d'un assassinat au Niger, ne sont pas forcément pour déplaire à ceux qui ont intérêt à mettre des bâtons dans les roues à la France dans une région qui a été longtemps son pré carré. Et qui regorge de ressources naturelles en exploitation ou encore à valoriser : uranium, or, pétrole… Il y a sûrement quelque chose à creuser pour nos experts en géostratégie et en relations internationales !
Le terrorisme dit islamique a droit aussi à un traitement politico-médiatique privilégié : une cartouche d'encre de photocopieuse supposée piégée déclenche une alerte universelle alors qu'ici ou là, des bombes et des colis piégés explosent suscitant tantôt l'indifférence, tantôt une alarme circonstanciée et, pour tout dire, temporaire.
L'affaire Luis Posada Carriles est assez symptomatique de ces approches différenciées. Ce qui n'a échappé ni à Mother Jones, ni à The Nation aux Etats Unis

Un terroriste des plus notoires va être jugé la semaine prochaine au Texas. Savez-vous pourquoi ?
Par David Corn, Mother Jones (USA) 7 janvier 2010 traduit de l'anglais par Djazaïri

Ce lundi, un terroriste présumé des plus notoires va être jugé au Texas. Pas pour un quelconque lien avec le 11 septembre ou al Qaïda. Mais cet homme est accusé d'avoir ourdi des actions terroristes qui ont tué de nombreux civils innocents. Pourtant cet événement a du mal à créer un blitz médiatique. Peter Kornbluh de The Nation présente le cadre de ce procès. Voici ses paragraphes d'ouverture :

Le 10 janvier, un des plus dangereux terroristes de l'histoire récente sera jugé dans une petite sale d'audience à El Paso au Texas. Ce n'est pas l'endroit que l'administration Obama a fini par choisir pour juger les auteurs du 11 septembre ; c'est l'endroit où le fameux parrain de la violence cubaine en exil, Luis Posada Carriles, pourrait finalement assumer un minimum de responsabilité pour ses nombreux crimes.
Dans les annales de la justice moderne, le procès Posada se distingue comme une des procédures les plus bizarres et les moins respectueuses de la règle. Cet homme identifié dans les rapports des services de renseignements US comme un organisateur de la destruction en plein vol d'un avion de ligne cubain – les 73 personnes à son bord avaient toutes été tuées quand l'avion s'était abimé en mer au large des Barbades le 6 octobre 1976 – et qui se flattait publiquement d'être derrière toute une série d'attentats à la bombe contre des hôtels à la Havane qui avaient tué un homme d'affaires Italien, Fabio Di Celmo, est poursuivi pour parjure et fraude, pas pour attentat et destruction. La gestion de ce dossier pendant les années Bush en avait fait une source d'embarras à l'international et avait donné une piètre image de la volonté et de la capacité du Département de la Justice à poursuivre des crimes terroristes quand le terroriste en question a té un agent et un allié des Etats Unis. Pour l'administration Obama, le verdict aura des implications significatives quant à la crédibilité de l'administration des Etats Unis dans la lutte contre le terrorisme ainsi que pour l'avenir des relations entre les USA et Cuba.

Avec tous les discours de fermeté de ces dernières années (et décennies) sur la sévérité des Etats Unis avec le terrorisme – avant et après le 11 septembre – la gestion laxiste du dossier Posada par diverses administrations offre un modèle d'hypocrisie. 

 Posada n'est effectivement pas jugé pour des actes terroristes mais pour parjure comme on l'a vu. The Nation récapitule précisément l'histoire de Posada. 

Le procès Posada va intervenir près de six ans après qu'il ait annoncé effrontément à Miami qu'il allait demander l'asile politique aux Etats Unis. Nous avions là quelqu'un qui avait fui la justice du Venezuela – Posada s'était évadé de prison là bas en 1985 alors qu'il était jugé pour l'attentat contre l'avion – qui avait été incarcéré à Panama de novembre 2000 à août 2004 pour tentative d'assassinat sur Fidel Castro avec plus de 100 kilos de dynamite et d'explosif C-4. En dépit d'une demande d'arrestation par Interpol, l'administration Bush lui avait permis pendant deux mois de se montrer en public à Miami où il reste considéré comme quelqu'un d'héroïque par les ultras anti castristes de la communauté en exil. Sûr d'être bien accueilli, Posada avait même déposé une demande pour être naturalisé citoyen des Etats Unis. C'est seulement après que la presse s'est intéressée à l'hypocrisie de la Maison Blanche qui affirmait être à la tête d'une guerre internationale contre le terrorisme tout en permettant à un terroriste recherché de circuler librement en Floride que des agents du Department of Homeland Security avaient finalement interpellé Posada le 17 mai 2005.

Posada a été initialement incarcéré à El Paso pour entrée illégal aux Etats Unis. Les services de police de l'air et des frontières. [Immigration and Customs Enforcement (ICE)] ont fait des démarches pour essayer de l'expulser, mais aucun pays n'en voulait. Dans le même temps, les Etats Unis avaient refusé de l'extrader vers un pays qui pouvait le réclamer à bon droit – le Venezuela. C'est seulement après que le tribunal de l'immigration a décidé de le libérer sous caution que la police de l'air et des frontières l'a officiellement identifié comme étant un terroriste. « Le longue histoire [de Posada] d'activité criminelle et de violence par lesquelles des civils innocents ont été tués, » écrivait l'ICE, signifiait que « sa sortie de détention représentait un danger pour la société et la sécurité nationale des Etats Unis ».

L'article de The Nation note que des démarches ont bien été faites pour réunir un grand jury et inculper Posada pour crimes terroristes. Des démarches qui  ont capoté rapidement pour des raisons qui « restent sous scellés. »
Et c'est libre que Posada comparaîtra devant le tribunal !

vendredi 7 janvier 2011

La guerre des civilisations a commencé

Le récent attentat d'Alexandrie contre une église fréquentée par des Coptes Egyptiens [pardonnez le pléonasme puisque que Copte signifie précisément Egyptien] a ému beaucoup de monde, et pas seulement M. Sarkozy.

Les condamnations de cet acte se sont multipliées à juste titre de par le monde, ce qui ne dispense bien entendu pas d'analyser les faits.

C'est précisément ce que tente de faire Hani Shukrallah dans un article qui fait explicitement référence, jusque dans son titre, au fameux plaidoyer dreyfusard d'Emile Zola.

Ce texte mérite d'être lu avec attention car son auteur pointe du doigt l'arrière-fond politique dans lequel s'insère la tuerie commise à Alexandrie. Car Hani Shukrallah accuse en premier lieu, non les assassins membres présumés d'al Qaïda, mais le gouvernement égyptien lui-même, un régime autoritaire ami de l'Europe et des Etats Unis et qui n'a rien trouvé de mieux à faire pour neutraliser ses opposants que de pratiquer une surenchère sectaire. Shukrallah nous renvoie donc incidemment aux dernières élections massivement truquées au pays de Pharaon, sans que cela n'émeuve beaucoup en Occident.

C'est effectivement une lecture politique à laquelle doit inciter ce tragique événement.. Shukrallah nous y invite même si son approche est loin d'aller au fond des choses car l'Egypte est un pays avec ses contradictions internes mais aussi un pays complètement dépendant de puissances étrangères. Ce n'est sans doute pas l'objet de son texte, ce qu'on peut volontiers admettre 
On ne saurait néanmoins comprendre la surenchère anti-copte uniquement par la volonté de concurrencer les « islamistes » sur le terrain de l'attachement à la religion musulmane. Il faudrait aussi interroger les dynamiques au niveau des élites et s'intéresser à la concurrence comme aux alliances entre les élites coptes et non coptes sur le terrain économique. Il n'est pas nécessaire de séjourner longuement en Egypte pour constater la pauvreté dans laquelle vit une grande majorité de ses habitants. Comme on peut constater également l'importance des Coptes notamment dans le commerce lié à la fréquentation touristique de ce pays. Mais les Coptes sont présents aussi dans le grand business ainsi qu'on peut le voir avec l'entreprise Orascom.

Tout ceci aurait pu évoluer différemment dans une société plus démocratique, capable de fixer un horizon de progrès pour la grande majorité de ses citoyens. Ce n'est pas le cas en Egypte et le populisme malsain d'un pouvoir entretient une fibre ultra-chauvine qu'on a vue à l'œuvre lors des matchs de qualification pour la dernière coupe du Monde de football mais qui s'exprime aussi à l'intérieur du pays. Un pouvoir tenu à bout de bras par les Etats Unis…

Certes, le pouvoir égyptien et ses affidés ne sont pas derrière les attentats anti-coptes mais ces agressions sont comme des coins qui viennent se ficher dans des fêlures de la société déjà présentes et contribuer à leur élargissement.

Ce récent attentat est par ailleurs à situer dans le contexte de l'évolution de la situation en Irak avec les graves agressions qui ont touché des Chrétiens de ce pays. Déjà, la pseudo revendication islamiste avait évoqué les Coptes. Comme quoi, il y a bien un dessein pour les sociétés de la région et les Chrétiens qui en font partie. Et ce dessein n'a certainement pas été formé par des Musulmans et certes pas comme certains tenteront peut-être de le faire croire, par les Frères Musulman dont la vision politique est sans doute plus démocratique et plus moderne que celle de ceux qui sont actuellement aux manettes au Caire. Hors ce dessein, fomenté à l'étranger, il est impossible de comprendre comment des gens qui ont vécu plutôt sereinement dans la région depuis l'avènement du christianisme (car nous avons là les premiers Chrétiens de l'histoire) en viendraient tout à coup à être considérés comme des éléments à extirper.

Ce qu'on peut noter par contre, c'est qu'aujourd'hui un chef d'Etat comme le président Français Nicolas Sarkozy retrouve des accents qu'on croyait perdus et qui nous ramènent en plein 18ème et 19ème siècle quand les puissances occidentales dont la France (laïque ou pas) au premier chef se présentaient comme les protectrices des minorités chrétiennes de la région (sauf la minorité chrétienne palestinienne comme on le sait). Ce sont précisément ces interventions européennes qui ont ouvert les premières fêlures de ces sociétés. Fêlures que les mouvements de gauche de type séculier (nassérisme, baathisme notamment) ont paru colmater un temps dans une nouvelle dynamique. Ce fut une chance historique pour les pays arabes mais comme on le sait, l'échec  de ces partis a été scellé en 1967. Grâce à l'Occident et à un de ses rejetons.

Nous sommes donc probablement à la veille de grandes manœuvres interventionnistes au Moyen Orient. Quoique ces manœuvres ont lieu depuis longtemps, avec la colonisation sioniste, les agressions sionistes contre le Liban, la Syrie, l'occupation de l'Irak et de l'Afghanistan par les Etats Unis ; les sanctions onusiennes et/ou unilatérales contre l'Iran, les bombardements pratiqués quotidiennement par les Etats Unis au Pakistan !

J'ai personnellement l'impression que ce sont tous les habitants de la région, Musulmans en majorité, qui sont victimes d'agressions !

Pour conclure, je renvoie volontiers vers les intéressantes analyses de Yahia Gouasmi ou des Indigènes de la République.

La guerre des "civilisations" a commencé, et ce ne sont pas les Arabes ou les Musulmans qui l'ont déclenchée. Elle a commencé en réalité formellement avec la déclaration Balfour.


J'accuse

par Hani Shukrallah, Al-Ahram (Egypte) 1er Janvier 2011 traduit de l'anglais par Djazaïri

L'hypocrisie et les bonnes intentions n'empêcheront pas le prochain massacre. Seules une introspection sans complaisance et une ferme résolution à affronter l'ignominie qui nous ronge le permettront.

Nous allons nous rejoindre dans un chœur de condamnations. Ensemble, Musulmans et Chrétiens, gouvernement et opposition, Eglise et Mosquée, clercs et laïcs - nous allons tous nous lever et proclamer d'une seule voix une dénonciation sans équivoque d'al Qaïda, des militants islamistes, et des fanatiques musulmans de toutes tendances, variantes et couleurs, certains d'entre nous feront peut-être même l'effort supplémentaire de dénoncer l'Islam salafiste, le fondamentalisme islamique dans son ensemble, et l'Islam wahhabite qui est certainement une importation saoudienne entièrement étrangère à notre culture nationale égyptienne.

Et une fois encore, nous allons affirmer l'unité éternelle des "deux composantes de notre nation," et retrouver les accents de la révolution de 1919, avec sa bannière hissée montrant le croissant englobant la croix, offrant une expression symbolique de ce lien inaltérable.

Une bonne partie de tout cela ne sera que pure hypocrisie; une grande partie en sera nuancée de diverses manières de sorte à garder, juste sous la surface, une somme de préjugés étroits, un flagrant deux poids deux mesures et, en fait, une intolérance qui caractérise tant de ceux qui participent à la condamnation [de l'agression contre l'église].

Tout ceci sera vain. Nous sommes déjà passés par là, nous avons fait exactement la même chose, pourtant les massacres continuent, chacun plus horrible que le précédent, et le sectarisme et l'intolérance vont diffuser de plus en plus largement dans tous les secteurs et compartiments de notre société. Ce n'est pas si facile de vider l'Egypte de ses Chrétiens; leur présence ici est aussi vieille que le christianisme. Près d'un millénaire et demi de domination musulmane n'a pas éliminé la communauté nationale chrétienne, elle l'a plutôt maintenue suffisamment forte et suffisamment vigoureuse pour qu'elle joue un rôle essentiel dans le modelage de l'identité nationale, politique et culturelle de l'Egypte moderne.

Aujourd'hui cependant, deux cents ans après la naissance de l'Etat nation égyptien moderne, et au moment où nous entrons dans la deuxième décennie du 21ème siècle, ce qui semblait auparavant inimaginable semble ne plus être de l'ordre de l'inconcevable: une Egypte sans Chrétiens, où la croix aurait glissé hors de l'étreinte du croissant, et hors du drapeau qui symbolise notre identité nationale moderne. J'espère être mort depuis longtemps si ce jour doit arriver, mais mort ou vivant, ce sera une Egypte que je ne pourrais pas reconnaître et à laquelle je n'aurais aucun désir d'appartenir.

Je ne suis pas Zola, mais je peux aussi accuser. Et ce ne son pas les criminels sanguinaires d'al Qaïda où de n'importe quelle autre bande de truands impliqués dans l'horreur commise à Alexandrie qui me préoccupent.

J'accuse un gouvernement qui semble considérer qu'en faisant de la surenchère sur les islamistes il finira par les déborder.

J'accuse l'ensemble des députés et des officiels du gouvernement qui ne peuvent pas s'empêcher d'importer leurs propres mentalités sectaires au parlement, ou dans la multitude d'administrations publiques locales et nationales, à partir desquelles ils exercent sans contrôle une autorité à la fois brutale et désespérément inepte.

J'accuse ces personnages de l'Etat qui croient qu'en renforçant la tendance salafiste ils affaiblissent les Frères Musulmans, et qui aiment à l'occasion jouer sur les sentiments sectaires anti-coptes, un excellent moyen sans doute de détourner l'attention de problèmes politiques autrement plus importants.

Mais par dessus tout, j'accuse les millions de Musulmans supposés modérés parmi nous; ceux qui année après année sont de plus en plus marqués par les préjugés, le repli sur soi et l'étroitesse d'esprit.
J'accuse ceux d'entre nous qui accueilleraient avec colère une décision de stopper la construction d'un centre musulman près de Ground Zero à New York, mais applaudissent la police égyptienne quand elle interrompt la construction d'une cage d'escalier dans une église du district d'Omranya dans l'agglomération cairote.


J'étais dans les parages, et je vous ai entendu parler dans vos bureaux, dans vos clubs et dans vos soirées: "Les Coptes doivent recevoir une leçon," "Les Coptes sont de plus en plus arrogants," "les Coptes convertissent en secret des Musulmans," et dans un même souffle, « les Coptes empêchent des Chrétiennes de se convertir à l'Islam, ils les kidnappent et les enferment dans des monastères. »

Je vous accuse tous parce que dans votre sectarisme aveugle, vous êtes même incapables lde voir a violence que vous faites subir à la logique et au simple bon sens, d'oser accuser le monde entier de double standard à notre encontre et, en même temps, d'être complètement incapable de montrer un minimum de prise de conscience de votre flagrant double standard .

Et enfin, j'accuse les intellectuels de gauche, Musulmans comme Chrétiens, qui, par complicité, peur ou manqué de volonté de faire ou de dire ce qui pourrait déplaire aux "masses", sont restés de côté, trouvant suffisant de s'associer à un futile chorus de dénonciation après l'autre, alors même que les massacres s'étendent et deviennent de plus en plus horribles.


Il y a quelques années, j'avais écrit un commentaire dans le quotidien arabe Al-Hayat sur un éditorialiste de journal égyptien. Cet éditorialiste, dont j'ai depuis oublié le nom, écrivait pour vanter le patriotisme d'un Copte Egyptien qui avait lui-même écrit pour dire qu'il préférait être tué de la main de ses compatriotes Musulmans plutôt que de chercher une intervention américaine pour le sauver.

M'adressant à ce Copte patriote, je lui posais simplement la question: où s'arrête cette volonté de sacrifice de soi pour le salut de la nation. Donner sa propre vie est peut-être une démarche assez noble et même louable, mais veut-il aussi donner la vie de ses enfants, de sa femme, de sa mère ? Combien d'Egyptiens Chrétiens, lui demandais-je, voulez-vous sacrifier avant de faire appel à une intervention étrangère, un million, deux millions, trois ou la totalité d'entre eux ?

Nos options, disais-je alors comme je continue à le dire aujourd'hui ne sont pas si réduites, si dépourvues d'imagination et de résolution que nous nous trouvions dans l'obligation de choisir entre voir tous les Coptes Egyptiens tués, un par un ou en masse, ou de nous précipiter vers l'Oncle Sam. Est-il vraiment si difficile de nous concevoir nous-mêmes en tant qu'êtres humains rationnels pourvus d'un minimum de cran afin d'agir pour déterminer notre destin, le destin de notre nation ?

C'est en fait la seule option qui se trouve devant nous, et nous ferions bien de nous en saisir avant qu'il soit trop tard.

lundi 3 janvier 2011

L'arrestation d'un néonazi

Ce site de désinformation sioniste nous parle de l'arrestation d'un néonazi à l'aéroport de Tel Aviv. Ce fasciste venait du Kirghizistan, pays dont il a été extradé en vertu d'une démarche auprès d'Interpol formulée par les autorités sionistes..  

Arrestation d'un néonazi à l'aéroport Ben Gourion
[Lundi 03/01/2011 19:56]


Les autorités israéliennes ont interpellé ce lundi, à son arrivée à l'aéroport Ben Gourion, un activiste néonazi d'origine russe qui menait des actions criminelles dans la ville de Petah Tikva. Dmitri Bogotich, 24 ans, a été arrêté par Interpol dans le Kirghizstan et extradé vers Israël.

Son gang, intitulé la « patrouille 36 », attaquait notamment des Juifs religieux, des sans-abris et des travailleurs étrangers. Il s'est enfui en Russie après la première enquête diligentée contre lui en 2007 mais à l'époque, on ignorait encore la gravité de ses actes.


Bogotich a effectué le voyage sous escorte policière et dès l'atterrissage, il a été mis en état d'arrestation.
Rappelons qu'en 2007, huit membres de son gang ont été appréhendés suite aux agressions dont ils s'étaient rendus coupables à l'encontre de personnes isolées, s'attaquant tout particulièrement à des drogués et à des homosexuels. Bogotich est le seul à avoir pu échapper à l'époque à la justice.

Nazisionistes prenant la pose
 Joli pedigree, c'est le moins qu'on puisse dire. Ce qu'omet cependant de préciser l'article publié dans ce site, c'est que si Dimitri Bogotich est bien d'origine russe, il n'en est pas moins un ressortissant de l'entité sioniste comme. Il est en fait originaire de Russie comme de nombreux délinquants sionistes, tandis que d'autres de ces délinquants sont originaires de Moldavie, de Pologne, de France, des Etats Unis etc. Il s'en prenait également aux lieux de culte juifs!

On peut lire dans Haaretz que:
 Le jour il servait comme garde dans l'armée israélienne et, la nuit selon l'acte d'inculpation, il agressait des gens sur la base de leur appartenance ethnique 
Délinquant 24h sur 24 pour tout dire.

Rouleaux de la Torah à prix cassés!

Je ne vais pas faire trop de commentaires ici, les faits sont assez parlants, une véritable métaphore de l'organisation de la criminalité. J'ai traduit par 'rénover' ce qui veut sans doute dire 'maquiller' comme dans le vol de voitures 
Notez bien que vous avez le rabbin et les membres d'une bande arabe. A aucun moment on ne nous dit que le rabbin fait partie de la bande. Pardi, c'est lui le chef de la bande!

Le rabbin dirige un réseau de trafic de rouleaux de la Torah
Trois membres arabes d'une bande, un rabbin d'Elad arrêtés après que des policiers infiltrés révèlent qu'ils travaillaient ensemble pour voler, restaurer et revendre des rouleaux de la Torah à des prix cassés.
par Eli Senyor, Yediot Aharonot (Sionistan) 2 janvier 2011 traduit de l'anglais par Djazaïri

Coopération interreligieuse et nationalités dans le monde du crime. Au terme d'une longue enquête par infiltration, un rabbin et trois Arabes ont été arrêtés ce weekend sur présomption de vol d'une dizaine de rouleaux de la Torah.

On soupçonne le rabbin et un certain nombre d'autres personnalités religieuses d'avoir commandé auprès des membres arabes de la bande des dizaines de livres volés, certains d'une valeur s'élevant à 28 190 dollars pièce. Les quatre hommes ont été arrêtés et la police doit procéder à l'arrestation d'autres suspects impliqués dans cette affaire.

L'enquête a été conduite ces dernières semaines par des agents de police infiltrés en attendant que la bande commette une erreur de nature à la démasquer. Toute l'affaire a commencé après l'accumulation d'informations selon lesquelles des rouleaux de la Torah étaient disponibles à prix réduits sur le marché ultra-orthodoxe.

Après le lancement de l'enquête, les pistes ont amené les enquêteurs à s'intéresser à un rabbin de la ville d'Elad qu'on soupçonne d'avoir dirigé le réseau de trafic de livres sacrés. Aves les progrès de l'enquête, il est apparu clairement que le rabbin avait l'habitude de "commander" des livres à une bande de cambrioleurs Arabes qui lui donnaient les rouleaux dérobés dans les synagogues.

Le rabbin payait seulement quelques dizaines de shekels [1 shekel = 0,21 €] pour chaque rouleau et après les voir 'rénovés', il les vendait dans divers cercles religieux qui ne savaient qu'ils achetaient en réalité le produit de vols.

Des communications téléphoniques enregistrées par la police ont montré clairement que le rabbin savait que la bande avec laquelle il était en relation volait les rouleaux dans des synagogues mais ne semblait apparemment pas gêné par ce fait.

 Alors qu'elle surveillait les membres de la bande, la police les a vus effectuer le travail préparatoire à une effraction dans une synagogue du centre de Jérusalem. Après avoir réuni suffisamment de preuves, le rabbin a été arrêté avec les trois membres de la bande. 70 rouleaux de la Torah, peut-être volés, ont aussi été saisis.

D'autre suspects, qui ont aidé à la rénovation et la vente des livres après les vols, ont été également arrêtés. Le tribunal a décidé de prolonger le maintien en détention du rabbin et des trois membres de la bande.

dimanche 2 janvier 2011

Des "brêles" au Danemark. Retour sur un attentat déjoué

Je voulais vous parler de l'attentat sanglant qui a visé tout récemment une église à Alexandrie en Egypte et, comme support, j'avais prévu d'utiliser un très bel article, en forme de "J'accuse" à la manière d'Emile Zola, de Hani Shukrallah paru dans le journal égyptien al Ahram. J'avais achevé la traduction et je m'attelais au commentaire introductif quand... mon ordinateur a planté. Et bien sûr, je n'avais pas sauvegardé le travail! je n'ai pas le courage de refaire le boulot tout de suite, j'espère pouvoir recommencer d'ici deux ou trois jours à moins que ce texte n'ait entre temps été mis ailleurs à la disposition des lecteurs francophones.

En attendant, je vous propose un petit retour sur l'attentat déjoué contre le siège du quotidien danois qui avait publié les fameuses caricatures sur le prophète de l'Islam.  L'article que je vous propose s'attarde sur un des protagonistes du complot, un certain Munir Awad, un ressortissant Suédois d'origine libanaise.
Le moins qu'on puisse effectivement dire, c'est que le plan dont le but aurait été de commettre un massacre était dès le départ destiné à échouer. Il est même tout à fait étonnant que des cerveaux du terrorisme "islamique" se soient adressés à quelqu'un que n'importe quel banlieusard aurait qualifié au minimum de "brêle". 
Mais nous dit-on en conclusion de l'article, cette tentative a suscité la peur et elle a donc en quelque sorte réussi puisque la peur est l'essence même du terrorisme.Certes, mais il n'y a pas que le terrorisme qui mette la peur au coeur de son business...
Avant de vous laisser lire, si vous le souhaitez, l'article du Local suédois, je voudrais juste faire deux remarques sur les fameuses caricatures. La première est que la colère des Musulmans aurait été mieux employée contre des atteintes autrement plus graves que les dessins minables parus dans le Jyllands-posten. La deuxième est que, contrairement à ce qui est souvent affirmé, ces caricatures renvoient moins à la liberté d'expression caractéristique des Lumières occidentale qu'à l'imagerie médiévale qui identifiait le prophète de l'Islam à l'Antéchrist, au mal..


Un expert: le plan terroriste au Danemark  était "destiné à l'échec."
The Local (Suède) 1er janvier 2011 traduit de l'anglais par Djazaïri

Un complot déjoué cette semaine qui visait à massacrer le personnel d'u journal danois était voué à l'échec parce que les liens des suspects avec des extrémistes islamistes étaient très bien connus, a déclaré samedi un spécialiste du terrorisme.
Un des cinq hommes arrêtés mercredi était "si exposé publiquement et si bien connu des services de renseignements que le complot contre le Jyllands-Posten était pratiquement destiné à échouer," a déclaré à l'édition en ligne du journal Politiken Magnus Ranstorp, un spécialiste du terrorisme au Swedish National Defence College.

Munir Awad, un Suédois de 29 ans né au Liban était l'un des cinq hommes arrêtés mercredi pour avoir ourdi ce que les officiels Danois ont qualifié de plan pour "tuer le plus de personnes possible" dans une attaque contre le siège du quotidien Jyllands-Posten.

Ce journal avait publié en septembre 2005 une dizaine de dessins du prophète de l'islam qui ont suscité des manifestations violentes et parfois meurtrières dans le monde, ainsi que des menaces contre le journal.
Quatre hommes, dont Awad et deux autres hommes vivant à Stockholm - ont été arrêtés dans les faubourgs de Copenhague et un autre a été interpellé à son domicile dans la capitale suédoise.
Les quatre personnes vivant en Suède étaient sous surveillance depuis des mois, a annoncé cette semaine le Sapo, les services secrets suédois.
Le ministère suédois des affaires étrangères a confirmé vendredi qu'Awad avait été arrêté en Somalie en 2007 et au pakistan en 2009 et que des officiels Suédois étaient intervenus en sa faveur.
Awad avait remercié publiquement le Sapo pour avoir obtenu sa libération de Somalie où il avait été détenu il y a trois ans avec son épouse enceinte âgée de 17 ans.

"Nous savons que le Sapo nous a ramenés à la maison et nous lui en sommes très reconnaissants,é avait-il dit à l'époque à un journal suédois.

Au Pakistan, Awad, son épouse et leur fils âgé de deux ans avaient été arrêtés en compagnie de mehdi Ghezali, un Suédois qui avait passé deux années dans le centre de détention US de Guantanamo Bay, a déclaré à l'AFP le porte parole du ministère Anders Jörle.
Les informations en Suède indiquent aussi qy'il avait partagé par intermittence un appartement à Stockholm avec deus membres du mouvement islamiste Al-Shabab qui ont été condamnés en décembre à de la prison par un tribunal suédois pour avoir "planifié des crimes terroristes" en Somalie.

"Il est probablement le dernier homme que des professionnels du terrorisme enverraient pour une mission au Danemark," déclare Ranstorp qui ajoute s'être douté que les suspects du complot déjoué au Danemark étaient certainement des "semi-amateurs."
Petter nessar du Norwegian Defence Research Establishment a déclaré par ailleurs que si Awad et ses complices présumés n'étaient peut-être pas un choix idéal pour réaliser un attentat professionnel, "des cellules terroristes doivent utiliser les ressources qu'elles peuvent se procurer."
"Et même si les terroristes n'ont pas réussi à mener à accomplir cette opération... elle a eu un effet évident. Les gens sont effrayés et c'est l'essence même du terrorisme," a-t-il déclaré à Politiken.

samedi 1 janvier 2011

Islamisme radical et trous de mémoire

En cette époque où d'aucuns évoquent la montée d'un islamisme radical dont les conséquences seraient visibles un peu partout dans le monde musulman et représenterait une menace sur le sol même de l'Occident par communautés immigrées interposées, cet article vient opportunément nous rafraîchir la mémoire.
Il s'agit en fait d'une dépêche de l'Agence France presse que nous n'aurons, je suppose, guère de chances de voir reproduite dans la presse hexagonale.
Cette banale dépêche nous rappelle tout simplement que ces islamistes, présentés aujourd'hui comme un danger pour l'Occident, ont été fortement encouragés et aidés par ce même Occident désireux de mettre en échec l'emprise communiste en Afghanistan.
Ces choses là sont en fait connues et archi-connues et seul le fonctionnement actuel de nos médiats, où un événement chasse vite l'autre et où la vie des vedettes du cinéma peut occuper autant voire plus de place que des événements politiques majeurs, peut expliquer la déconnexion savamment entretenue entre ce qui se passe aujourd'hui et des faits survenus il y a à peine une trentaine d'années.
La dépêche nous apprend quand même de petites choses (à moi tout du moins). Par exemple la promptitude de la réaction occidentale et de sa décision de soutenir des mouvements qui déjà à l'époque étaient marqués de l'étiquette "islamique" ou "islamiste". Où encore que le gouvernement français était dès le départ partie prenante de cette opération visant à contrecarrer les efforts soviétiques en Afghanistan.
Et vous vous souvenez peut-être de ce philosophe chevelu qui encourageait la résistance face à ce qu'on appelait à l'époque l'invasion soviétique (tandis qu'aujourd'hui encore, on ne parle pas d'invasion occidentale en Afghanistan). Eh oui, c'est le même qui fustige aujourd'hui le péril islamofasciste qu'il voit même en la personne d'un "ami" de Bernard Kouchner!



L'Occident s'était rapidement entendu pour soutenir la résistance afghane en 1980: archives britanniques
AFP, Times of India 30 décembre  2010 traduit de l'anglais par Djazaïri

Londres: Les puissances occidentales s'étaient réunies secrètement peu après l'invasion soviétique de l'Afghanistan et avaient élaboré des plans pour aider la résistance islamique, selon des archives britanniques de 1980 rendues publiques.

De hauts responsables de Grande Bretagne, de France, de l'Allemagne de l'Ouest de l'époque et des Etats Unis s'étaient réunis à Paris le 15 janvier de cette année pour discuter de la réponse de l'Occident à l'invasion du 24 décembre 1979.

L'ouverture au public, après trente années passées dans les caves des National Archives,  de documents secrets intervient alors que les alliés occidentaux se préparent à entrer dans une nouvelle année de conflits en Afghanistan, à combattre les insurgés islamistes.

Le conseiller à la sécurité nationale des Etats Unis, Zbigniew Brezinski figurait parmi les participants à la réunion ainsi que Robert Armstrong, , secrétaire du cabinet, le haut fonctionnaire de rang le plus élevé.
Il [Brezinski] avait dit que l'aide aux Moudjahidine devait être coordonnée par "nos amis" - un euphémisme pour le MI6, le service britannique de renseignements extérieurs, et ses équivalents chez les alliés.
Le compte rendu de la réunion de Paris par Armstrong notait que s'il existait une volonté d'éviter le déclenchement d'une guerre frontalière dans les régions tribales instables du Pakistan, il était cependant possible de faire beaucoup de choses.

Il observait que les puissances présentes à la réunion avaient conclu que "il serait dans l'intérêt de l'Occident d'encourager et de soutenir la résistance."

Tant qu'il y avait des Afghans désireux de continuer à  résister à l'invasion soviétique et tant que les Pakistanais accepteraient de voir leur territoire utilisé, la résistance devait être soutenue, disait Armstrong.

"Cela rendrait plus difficile le processus de pacification de l'Afghanistan par les Soviétiques, et ce processus prendrait beaucoup plus de temps que ce qu'il aurait dû autrement [sans notre aide à la résistance]," disait-il.

Armstrong ajoutait que "l'existence d'un mouvement de guérilla en Afghanistan sera au coeur de la résistance islamique, que nous devrions avoir la volonté de voir perdurer."

Il suggérait que la meilleure manière d'organiser le soutien à la résistance était de passer par "un représentant d'un de nos amis" rencontrant des responsables de ses homologues Français et US.
La résistance des moudjahidine conduisit finalement à la montée en puissance de l'Islam radical en Afghanistan, ce qui fournira le terreau du développement du réseau al-Qaïda.
Après les attentats de septembre 2001 aux Etats Unis, les forces de l'OTAN ont renversé le régime taliban en Afghanistan mais continuent à combattre une insurrection islamiste qui a des bases de repli au Pakistan.

2010 s'est avérée une année de pertes record dans cette campagne avec la mort de plus de 700 soldats étrangers, soit deux par jour en moyenne.