mercredi 11 février 2015

Il était une fois l'Islam en Amérique

La mort de trois étudiants musulmans assassinés à leur domicile sur le campus de Chapel Hill aux Etats Unis révèle l'impact dévastateur d'une campagne islamophobe qui a pris son essor après les attentats du 11 septembre.
Les victimes de Chapel Hill: Deah Shaddy Barakat 23 ans son épouse Yusor Abu-Salha 21 ans Razan Abu-Salha 19 ans
Les victimes de Chapel HillDeah Shaddy Barakat 23 ans son épouse Yusor Abu-Salha 21 ans Razan Abu-Salha 19 ans
On découvrira peut-être que leur meurtrier agissait de manière isolée, sans avoir reçu d'ordre de quiconque.

C'est fort possible. L'Amérique est un pays qui se vit comme un pays de l'initiative individuelle, même dans le crime. Il n'en reste pas moins que ces initiatives individuelles se déploient dans un cadre mental et idéologique patiemment construit par des gens très organisés, qui ont de l'argent et savent taper aux bonnes portes.

Cette affaire sera peut-être l'occasion d'un sursaut de conscience aux Etats Unis. Il est à craindre que ce ne soit pas suffisant parce que la campagne islamophobe aux USA répond avant tout à des questions de politique extérieure, le conflit du Proche Orient pour être précis. C'est la même chose qu'en France, sauf que c'est plus évident dans un pays où la (ou les) communauté(s) musulmanes sont ultra-minoritaires et représentent environ 1 % de la population du pays.

Les campagnes islamophobes articulées généralement autour de la menace terroriste et de la menace sur le droit local/les coutumes/traditions que représenteraient les exigences des populations musulmanes amènent le plus souvent à une surestimation par l'opinion globale de la part de ces dernières dans la population totale.
o-IPSOS-MORI-570
Le tableau ci-dessus montre l'écart (dans les bandeaux bleus) dans certains pays entre la proportion réelle de Musulmans évaluée par la statistique et la proportion de Musulmans telle que les opinions se la représentent. l'importance des écarts est un témoin direct de l'importance de la campagne islamophobe

Si tout le monde s'accorde à dire que la présence musulmane n'est pas une nouveauté en Europe,on sait moins qu'elle n'est pas non plus une nouveauté aux Etats Unis.

En effet, l'histoire de la présence musulmane aux Etats Unis est assez méconnue alors même qu'elle est assez ancienne et qu'elle a longtemps été incarnée par les esclaves de confession musulmane parmi lesquels ne manquaient pas les gens instruits en langue arabe.

C'est ce que rappelle Peter Manseau dans l'article du New York Times que je vous propose où il évoque notamment la figure d'Omar Ibn Saïd.
Peter Manseau
Peter Manseau

Les Musulmans des débuts de l'Amérique

par Peter ManseauThe New York Times (USA) 9 février 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri

Ce n'était pas la première fois que l'imam venait au rodéo

Alors que sa présence était programmée pour prononcer une invocation religieuse au Fort Worth Stock Show la semaine dernière, Moujahed Bakhach de l'Islamic Association of Tarrant County avait dû annuler sa présence en raison des réactions négatives à une prière qu'il avait faite quelques jours auparavant. On avait demandé à l'imam de bénir les chevaux, des cavaliers et les membres de l'armée. Son intervention avait été accueillie par des hoquets indignés du public et des protestations sur les médias sociaux : « Choqué par une prière musulmane à un événement américain ! » « Les cowboys n'en veulent pas ! »

L'expression ouverte du sentiment anti-islamique est en plein renouveau. Quatre jours avant l'annulation de sa bénédiction par l'imam, des manifestants devant le State Capitol (siège du gouverneur et des chambres élues) à Austin ont empêché les orateurs musulmans de parler en affirmant que seul Jésus a droit de cité au Texas. En Caroline du Nord, deux semaines plus tôt, le projet de l'université Duke de diffuser un appel musulman à la prière avait été abandonné suite à des menaces de violence. Dans le même temps, le gouverneur républicain de Louisiane, Bobby Jindal, soutenait que si les Américains musulmans « veulent affirmer leur propre culture et leurs valeurs, ce n'est pas de l'immigration, c'est une véritable invasion. »

Quel que soit le niveau d'inquiétude des gens concernant l'Islam, l'idée d'une invasion musulmane dans ce pays majoritairement chrétien n'a aucune base factuelle. En outre, il y a cette affirmation au passage que l'Islam est anti-américain : les Musulmans sont arrivés ici avant la fondation des Etats Unis – et pas seulement quelques uns mais des milliers.

Ils ont été largement ignorés parce qu'ils n'étaient pas libres de pratiquer leur culte. Ils n'étaient eux-mêmes pas libres et pour cette raison ils n'étaient le plus souvent pas en mesure de laisser des traces de leurs convictions religieuses [écrits, monuments, NdT]. Ils en ont laissé cependant juste assez pour confirmer que l'Islam en Amérique n'est pas une religion d'immigrés récents qui se serait fait connaître tardivement, mais une tradition qui a des racines profondes ici, malgré le fait qu'elle a été parmi les plus réprimées de l'histoire nationale.

En 1528, un esclave marocain nommé Estevanico avait fait naufrage en compagnie d'un groupe d'explorateurs espagnols près de l'endroit où se trouve aujourd'hui la ville de Galveston. La ville d'Azemmour où il avait grandi avait été un bastion de la résistance musulmane à l'invasion européenne jusqu'à sa chute pendant sa jeunesse. Bien qu'ayant reçu un nom chrétien après son asservissement, il avait fini par échapper à ses ravisseurs chrétiens et fait sa propre route à travers une bonne partie du sud-ouest.

Deux cents après, les propriétaires de plantations en Louisiane se faisaient un devoir d'ajouter des Musulmans asservis à leur main d'oeuvre car ils comptaient sur leur expérience dans la culture du riz et de l'indigo. Les chercheurs universitaires ont constaté la présence de noms musulmans et de titres religieux musulmans dans les inventaires d'esclaves de la colonie et dans les registres de décès.

Le Musulman le plus connu à être passé par le port de la Nouvelle Orléans était Abdul-Rahman Ibrahim Ibn Sori, un prince dans son pays d'origine et dont le sort avait attiré une large attention. Comme l'observait un article de journal, il avait lu la Bible et en admirait les préceptes, mais,ajoutait l'article, « Sa principale objection était que les Chrétiens ne les suivaient pas. »

Parmi les esclaves musulmans en Caroline du Nord, se trouvait un dignitaire religieux nommé Omar Ibn Saïd. Capturé à nouveau en 1810 après avoir fui un maître cruel qu'il qualifiait de kafir (infidèle), il s'était fait connaître par les écrits en caractères arabes qu'il avait inscrits sur les murs de sa cellule. Il a écrit un récit de sa vie en 1831 dans lequel il explique comment, à l'époque où il était libre, il aimait lire le Coran, mais devenu esclave, ses propriétaires l'avaient converti au christianisme.

L'histoire de l'Islam des débuts de l'Amérique n'est pas simplement l'histoire de quelques individus isolés. On estime que 20 % des Africains asservis étaient musulmans, et beaucoup d'entre eux cherchèrent à reconstituer des communautés telles que celles qu'ils avaient connues. En Géorgie, qui a rejoint une dizaine d'autres Etats dans la comédie politicienne qui consiste à débattre de l'interdiction pour les juges de se référer à la charia, on sait que les Musulmans d'une plantation isolée avaient vécu sous la direction d'un chef religieux qui avait écrit un manuscrit de droit musulman pour transmettre ce savoir traditionnel.

Un indice de ce qui est arrivé à ces Américains musulmans oubliés peut être trouvé dans les mots d'un missionnaire qui sillonnait le Sud pour prêcher l'évangile aux esclaves des plantations. Beaucoup d' «Aafricains mohammédiens » observait-il ont trouvé des façons d' « accommoder » l'Islam aux nouvelles croyances qui leur étaient imposées. « Dieu, disent-ils, est Allah et Jésus Christ est Mohammed. La religion est la même, mais différents pays donnent des noms différents. »

Le missionnaire y voyait la preuve lamentable de l'inaptitude des Musulmans à reconnaître l'importance des vérités religieuses. Mais en fait, c'est juste la preuve du contraire. Ils comprenaient que leur foi était si importante qu'ils devaient être prêts à l'écouter partout, même dans un pays si éloigné de ceux où ils entendaient autrefois l'appel à la prière.

L'Islam fait partie de notre histoire commune – une foi résiliente qui n'est pas que celle des asservis mais aussi d'immigrants arabes à la fin du 19ème siècle, et au 20ème siècle de nombreux Afro-Américains l'ont revendiquée et en ont refait leur religion. Pendant des générations, ses adeptes ont connu les secousses d'une nation qui bascule des promesses de liberté religieuse vers des événements qui démentent ces promesses.

Dans un sens, l'Islam est aussi américain que le rodéo. Le rodéo a aussi été importé mais est maintenant indéniablement une partie de la culture. Que les manifestants du Texas y soient prêts ou non, il est inévitable que certains Musulmans laisseront leurs gosses devenir des cowboys. Quelques cowboys pourraient aussi devenir Musulmans en grandissant.

Le dernier livre de Peter Manseau s'intitule "One Nation Under Gods: A New American History." [Une nation et des Dieux : une nouvelle histoire américaine]

lundi 9 février 2015

Bûchers en Syrie, bûchers en Amérique. Barbarie en Orient, civilisation en Occident

Mon commentaire après cet article riche de sens.

Ceci est le corps calciné de Jesse Washington et des hommes blancs de Waco – pas Daesh – l'ont brûlé vif

par Bill Moyers, Raw Story (USA) 7 février 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri

Ils l'ont fait brûler vif dans une cage de fer, et tandis qu'il criait et se tordait dans les affres de l'enfer, sa mort pour eux n'était qu'un jeu.
Le bûcher et la cage de fer où était enfermé Jesse Washington
Le bûcher et la cage de fer où était enfermé Jesse Washington
Après avoir écouté les bulletins d'information l'un après l'autre condamner à juste titre l'assassinat barbare de ce pilote de l'armée de l'air jordanienne tombé entre la mains sanglantes de l'EIIL, je ne pouvais trouver le sommeil. Mon esprit s'évertuait à ressasser le passé pour essayer de retrouver une photo dont je me souvenais vaguement et que j'avais vue il y a longtemps de cela dans les archives d'une bibliothèque universitaire au Texas.

Soudain, vers deux heurs du matin, l'image s'est reformée dans mon cerveau. Je suis descendu pour aller à mon ordinateur et j'ai tapé les mots clefs : « Waco, Texasn Lynchage. »
Effectivement, elle était là : le cadavre carbonisé d'un jeune homme noir attaché à un arbre au tronc boursouflé au cœur de la Bible Belt du Texas. Non loin du corps brûlé, on peut voir de jeunes hommes blancs souriants et satisfaits, dans un état apparent de jubilation à être assis aux premières loges d'un carnaval de mort. L'un d'entre eux avait envoyé une photo comme carte postale à la maison : « C'est le barbecue qu'on a fait la nuit dernière. Je suis à gauche sur la photo avec la marque de la croix. Votre fils, Joe. »

La victime se nommait Jesse Washington. C'était en 1916, l'Amérique allait bientôt entrer en guerre en Europe « pour rendre le monde plus sûr pour la démocratie. » Mon père avait 12 ans, ma mère 8. Je suis né 18 ans après, à une époque, comme je devais l'apprendre, où les Blancs du coin parlaient encore de l'exécution de Washington comme si elle avait eu lieu la veille. Ce n'était pas l'Europe médiévale. Pas l'Inquisition. Pas un hérétique envoyé au bûcher par une autorité ecclésiastique dans l'Ancien Monde. C'était au Texas, et les hommes blancs sur la photo étaient des fermiers, des ouvriers, des commerçants, certains d'entre eux étant des membres respectables des églises locales à Waco et ses environs.

jesse-washington-lot13093-no.38

Voici la photo. Regardez bien le corps raidi de Washington attaché à l'arbre. Il avait été condamné à mort pour le meurtre d'une femme blanche. Aucun témoins n'avais vu le crime ; il aurait avoué mais la véracité des allégations n'a jamais été vérifiée. Le grand jury n'avait mis que quelques minutes pour rendre un verdict de culpabilité, mais il n'y eut ni appel, ni réexamen, pas de prison [en attendant l'exécution de la sentence, NdT]. Au lieu de tout ça, la foule présente à l'audience le traîna dehors, le plaqua au sol et lui coupa les testicules. Un bûcher fut rapidement installé et mis à feu. Deux heures durant, Jesse Washington – vivant – fut levé et abaissé au-dessus des flammes. Encore, encore et encore. Les officiels de la ville et la police se tenaient là, approbateurs. Selon certaines estimations, la foule grossit jusqu'à atteindre 15 000 personnes. On se moquait, on applaudissait et on riait. Les journalistes avaient rapporté entendre des « cris de joie. »

Quand les flammes s'éteignirent, le corps de Washington fut taillé en pièces qui furent vendues comme souvenirs. La fête était finie.

Bien des années plus tard, alors jeune homme, je m'étais rendu à l'université Baylor de Waco, souvent considérée comme le Vatican baptiste du Texas. On m'y avait proposé un poste d'enseignement. Je m'étais assis un moment à la bibliothèque Armstrong Browning de la faculté, une des plus belles des Etats Unis qui contient non seulement les œuvres de Robert et Elizabeth Barrett Browning, les fameux poètes victoriens, mais aussi des vitraux, des colonnes de marbre et des plafonds élégants qui rappellent l'intérieur somptueux de la bibliothèque Laurentienne construite par Michel-Ange à Florence.

Assis là, je trouvais difficile de concilier la beauté et la quiétude de ce sanctuaire avec la photo que m'avait montré auparavant un homme nommé Harry Provence, responsable de la publication du journal local. En la voyant, je réalisais qu'au moment où le jeune Jesse Washington était soumis à la torture, des étudiants du même âge que lui, certains se préparant à une carrière ecclésiastique, venaient juste de terminer leur semestre de printemps. En 1905, quand un autre homme noir fut lynché à Waco, le président de l'université Baylor prit la tête du mouvement contre le lynchage. Mais d'horribles souvenirs continuaient à diviser la ville.

Jesse Washington n'était qu'un cas parmi d'autres d'hommes noirs qui connurent une mort horrible des mains d'escadrons de la morts blancs. Entre 1882 et 1968 – 1968 ! - il y a eu 4 743 cas répertoriés de lynchage aux Etats Unis. Environ le quart des lynchés étaient des Blancs dont beaucoup avaient été tués pour avoir sympathisé avec les populations noires. Mon père, qui était né en 1964 près de Paris (Texas) avait gardé dans un tiroir cette photo de journal datant de l'époque de son enfance quand des milliers de personnes s'étaient rassemblées comme pour un pique nique et festoyer devant le spectacle d'un homme noir torturé et pendu en plein centre ville. Au cours d'un voyage à la recherche de nos racines bien des années plus tard, mon père s'étrangla et se tut quand nous nous trouvâmes près de l'endroit ou cela s'était passé.

Oui, il avait été difficile de retourner dormir la nuit où nous avons appris la nouvelle de l'horrible fin du pilote jordanien. Maudit soit l'EIIL ! avais-je pensé. Mais après coup, je ne pouvais que songer que nos propres barbares n'avaient pas à attendre à une quelconque frontière. Ils étaient de chez nous. Eduqués ici. Dans la religion. Nos voisins, nos amis et notre parentèle. Des gens comme nous.

L'exécution/assassinat par l'Etat Islamique en Irak et au Levant (Daesh) d'un pilote de l'armée de l'air jordanienne brûlé vif dans une cage de fer a suscité une indignation tout à fait compréhensible.
Pourtant, que le pilote ait réellement ou pas été brûlé vif et mis à mort dans les conditions que donne à voir la vidéo, cette exécution date de debut janvier peu après l'échec d'une tentative de raid héliporté pour le tirer des griffes de ses geôliers.
Muad al-Kasasbeh, le pilote de l'armée jordanienne capturé et exécuté par l'EIIL
Muad al-Kasasbeh, le pilote de l'armée jordanienne capturé et exécuté par l'EIIL
Le moment de la diffusion de cette vidéo a évidemment été décidé en fonction de l'agenda des néoconservateurs qui veillent au maintien et à l'aggravation du chaos dans la région.

A l'indignation de la populace un peu partout, c'est-à-dire des gens comme vous et moi, s'est bien entendu jointe celle des grands de ce monde qui n'ont pas eu de mots assez durs pour condamner la sauvagerie de Daesh, rappelant ainsi opportunément qu'eux-mêmes se considéraient incarner la civilisation.
Les condamnations les plus fermes sont souvent venues de ceux-là mêmes qui ne sont pas sans affinité avec les types qui, aux Etats Unis, lynchaient des gens parce qu'ils n'avaient pas la bonne couleur de peau. Et qui continuent à le faire le plus souvent impunément sous couvert de leur activité de policier.

Alors oui, l'EIIL est une organisation brutale qui ne fait pas de quartier et se livre à des exactions aux dépens des civils qui sont du mauvais côté, que ce soit par leurs affinités politiques ou leurs appartenances religieuses. Mais il faut admettre qu'on en a ajouté dans l'horreur de leurs agissements, ce qui tend à laisser les réactions morales supplanter le raisonnement et l'analyse politiques.

Ce sont des procédés de ce genre qui ont été utilisés contre l'Irak de Saddam Hussein, la Yougoslavie de Slobodan Milosevic, la Libye de Mouammar Kadhafi et la Syrie de Bachar al-Assad.

Même si ces images d'horreur peuvent être jugées utiles par ceux qui sont favorables au régime syrien, il faut se souvenir que la propagande aura vite fait de les remplacer par d'autres images d'horreur qui les feront oublier et qu'on imputera alors au régime syrien si les néoconservateurs jugent le moment venu d'en terminer avec le gouvernement syrien.

Il faut comprendre que l'EIIL agit dans le cadre d'une volonté de remodelage du Proche Orient qui passe par la dislocation de certains Etats et c'est pour ça que les Etats Unis ont laissé prospérer cette organisation dont le fer de lance est constitué de combattants étrangers venus d'un pays allié de l'OTAN comme l'Arabie Saoudite ou via ce pays membre de l'OTAN qu'est la Turquie.

Bien sûr Daesh n'est pas un simple instrument qui obéirait au doigt et à l'oeil à ses maîtres, il faut plutôt le comparer à un fauve dont on gère au mieux l'agressivité en la tournant vers ses propres ennemis et qu'on fouette et punit quand il en vient à s'en prendre à vos amis.
C'est exactement ce qui s'est passé avec l'EIIl sur lequel Washington comptait pour faire tomber le gouvernement de Nouri al-Maliki mais qui a commis la faute d'attaquer dans le Kurdistan irakien, une zone que Washington a souhaité sanctuariser

Aujourd'hui on nous parle de la nécessité impérieuse d'une intervention de troupes terrestres pour défaire les milices de l'EIIL. On pense en effet que le terrain psychologique est bien mûr après tous ces horribles crimes perpétrés par les extrémistes de l'Etat Islamique.

Il va de soi qu'une telle intervention aurait en réalité pour finalité d'abattre le régime syrien qu'aucune force terroriste n'a réussi à réduire. Et demain, les miliciens de Daesh se transformeraient comme par enchantement en combattants de la liberté.

samedi 7 février 2015

Expulsée d'une mosquée londonienne, ou le mensonge d'une journaliste britannique

Voilà ce qu'on pouvait lire il y a quelques jours dans "Courrier International" qui reprenait la presse britannique.

La journée "Visite ma mosquée" marquée par une bévue vis-à-vis d'une journaliste

Le Conseil musulman britannique organisait hier une journée "portes ouvertes" dans des mosquées du pays. Une opération globalement réussie, jugent les journaux, hormis un incident "sexiste" – une journaliste a été refoulée à l'entrée d'un établissement.
 
Des visiteurs à la mosquée de Finsbury, à Londres, le 1er février 2015 - AFP/Ben Stansall
Des visiteurs à la mosquée de Finsbury, à Londres, le 1er février 2015 - AFP/Ben Stansall
 
Portes ouvertes, thé et gâteaux pour les non-croyants : hier n'était pas une journée comme les autres dans une vingtaine de mosquées d'outre-Manche, puisque le Conseil musulman britannique organisait la journée #VisitMyMosque ("Visite ma mosquée"). Cet événement inédit "était organisé après que le Conseil musulman britannique se fut inquiété d'un sentiment anti-musulman, après le meurtre de 17 personnes à Paris le mois dernier", note The Independent.
Journée de tolérance
L'événement a connu un certain succès, note le quotidien, qui rapporte le témoignage de Britanniques non musulmans heureux de leur visite, notamment dans une mosquée de l'est de Londres, où une cinquantaine de visiteurs se sont rendus. Les uns y sont allés "pour rencontrer des musulmans qui ne sont pas à la télévision", les autres pour "dépasser leur crainte de finir par croire à la propagande". Les non-croyants ont pu visiter la mosquée, assister à la prière des hommes, puis des femmes, avant de terminer par la visite d'une petite exposition sur l'histoire de l'établissement, construit en 1986.
Parmi les établissements qui ont ouvert leurs portes, la mosquée de Finsbury, "dont l'histoire récente a été marquée par [la présence] de membres extrémistes", rappelle de son côté The Guardian. L'établissement souffre toujours d'une mauvaise réputation, causée par le passage en ses murs de figures extrémistes notoires comme Abou Hamza, qui "a pris le contrôle de la mosquée à la fin des années 1990 et l'a transformée en l'un des plus importants centres de l'islam radical en Grande-Bretagne", avant d'être arrêté en 2003 et d'être condamné à la prison à perpétuité aux Etats-unis, explique le journal. Mais la plupart des visiteurs qui se sont rendus hier à la mosquée de Finsbury ont été séduits par la visite et par la rencontre avec les pratiquants, poursuitThe Guardian, qui salue cette "journée de tolérance".
"Jetée à la rue"
Pourtant, un "couac" de taille a quelque peu entamé le succès du #VisitMyMosque Day : la journaliste de Channel 4 Cathy Newman a été refoulée à l'entrée de la mosquée de Streatham, à Londres, note The Independent. Sur Twitter, elle a expliqué "avoir été surprise de se retrouver mise à la porte". "J'étais habillée comme il faut, la tête couverte et les pieds nus, mais un homme m'a mise à la porte. J'ai dit que j'étais là pour la journée 'Visite ma mosquée', mais cela n'a rien changé." Immédiatement, des réactions ont fusé sur le réseau social, notamment celle de Louise Mensch, une responsable du parti conservateur, qui a parlé d'un "gigantesque raté misogyne", regrettant que Cathy Newman ait été "jetée à la rue".
Le Conseil musulman s'est excusé pour cet "incident", expliquant que l'établissement en question ne participait pas à la journée portes ouvertes, et que Cathy Newman s'était rendue "dans la mauvaise mosquée". "Ce n'est pas parce qu'elle est une femme [qu'elle s'est vu refuser l'entrée], mais parce que l'établissement ne faisait pas de 'portes ouvertes' ce jour-là", a expliqué l'organisation. La journaliste de Channel 4 a indiqué s'être rendue ensuite dans une autre mosquée, où elle a été "chaleureusement accueillie".
 
La journée Visite Ma Mosquée s'est donc globalement bien passée n'était cet incident avec Cathy Newman, la journaliste de la Chaîne de télévision Channel 4 qui a été refoulée d'un lieu de culte musulman londonien.
Cathy Newman de Channel 4
Cathy Newman de Channel 4
Cet incident dépasse la simple anecdote parce que non seulement les tweets de la journaliste ont servi d'argument à certains politiciens comme on peut le lire dans l'article ci-dessus mais aussi parce que la mosquée incriminée a ensuite reçu un flot d'insultes par internet et même des menaces de mort par téléphone.
 
Comme on peut le lire aussi, les responsables de la dite mosquée ont présenté leurs excuses à la présentatrice télé.
 
Ils l'ont fait à tout hasard car ils n'étaient pas vraiment informés de l'existence d'un incident.
 
Pour la simple raison que l'incident n'a pas eu lieu et que la journaliste a fait preuve de mauvaise foi dans cette affaire.
 
Cette mauvaise foi a été démontrée par la diffusion auprès du public d'un enregistrement de la caméra de surveillance de la mosquée qui montre que si, en effet, Mme Newman s'est bien présentée dans une mosquée où elle a ôté ses chaussures après être entrée dans le vestibule, elle n'en a nullement été refoulée mais en est sortie sans contrainte après avoir eu une brève conversation avec un homme.
 
De son côté l'homme croyait que cette femme était à la recherche d'une église et lui indiquait donc où se trouvait l'église du quartier, tandis que pour sa part,  la journaliste  s'était trompée de mosquée.
 
Mme Newman était de fait attendue dans une autre mosquée assez proche où elle devait rejoindre son équipe de tournage déjà sur place.
Cathy Newma a reconnu avoir été bien accueillie à la mosquée Hyderi où elle af inalement rejoint son équipe de tournage
Cathy Newman a reconnu avoir été bien accueillie à la mosquée Hyderi où elle af inalement rejoint son équipe de tournage
 
Par ailleurs la mosquée où elle s'était présentée ne participait pas à l'opération de la journée Visite Ma Mosquée.
Mme Newman a présenté ses excuses pour ce qu'elle qualifie de malentendu.

A mon avis, elle ne s'était surtout pas rendu compte de l'impact que peuvent avoir les tweets d'une personnalité publique dont les messages sont suivis par plus de 70 000 abonnés. Des tweets qui de plus sont d'autant plus crédibles qu'ils entrent en résonance avec les représentations prédominantes sur la vision des femmes en Islam.Ce qui est étonnant de la part de quelqu'un qui travaille pour un grand média audiovisuel comme Channel 4.
 
La presse britannique rapporte généralement en détail ces éléments correctifs avec photos et vidéo à l'appui.

Malheureusement, le mal a été fait car, comme le dit Esmat Eraj, une des responsables de de l'Hyderi islamic Centre qui a si bien accueilli la journaliste,  les allégations de Mlle Newman 'alimentent l'islamophobie.'
 

mercredi 4 février 2015

L'ancien ministre britannique pédophile Leon Brittan. un scandale qui n'intéresse pas la presse française. Et pourquoi donc?

L'homme politique britannique Leon Brittan est décédé tout récemment, le 21 janvier dernier, à l'âge de 75 ans Au cours de sa vie, Leon Brittan a occupé diverses fonctions: député (conservateur) au parlement, ministre des finances, ministre du commerce de Grande Bretagne, ministre de l'intérieur, trois fois Commissaire européen et vice-président de la Commission européenne.

Leon Brittan était donc une personnalité politique de premier plan non seulement dans son pays mais en Europe et dans le monde.
Leon Britttan
Leon Britttan
C'était aussi un pédophile qui recourait à la prostitution infantile comme le rapporte la presse britannique. Si le scandale couvait depuis un certain temps, il n'a explosé vraiment qu'après le décès de ce politicien.

Ce scandale ne concerne pas que Leon Brittan puisque d'autres personnalités politiques sont éclaboussées, certaines d'entres elles toujours en vie, d'autant qu'on sait maintenant que les pédophiles de l'establishment britannique ont bénéficié de protections au sommet du pouvoir, Brittan et un autre pédophile, Peter Hayman, sous-directeur du MI6 étaient particulièrement bien placés pour se protéger et bloquer les enquêtes menées par des policiers non corrompus.

Selon le KGB, qui était bien informé des travers de ces hauts responsables britanniques, Leon Brittan se servait de la Special Branch comme s'une milice privée au service de l'establishment.

Mais d'autres responsables politiques ont également veillé à étouffer un dossier qui à ce jour n'a pas encore entièrement été récupéré par la police.

En 2014 encore, le député travailliste Jim Hood était dénoncé pour avoir osé, au cours d'un débat à la Chambre sur les mineurs de charbon, soulever la question des agissements pédophiles de celui qui avait joué un grand rôle dans la répression du mouvement syndical pendant les années Thatcher.
La Dame de Fer et Jimmy Saville, un autre pédophile démasqué après sa mort notoire
La Dame de Fer et Jimmy Saville *, un autre pédophile démasqué après sa mort notoire
Aucun journal français ne parle de cette affaire d'une gravité exceptionnelle qui a impliqué un responsable politique de premier plan qui a eu à se prononcer sur des politiques françaises en qualité de vice-président de la Commission européenne.

Pourquoi ?

* sur Jimmy Saville, voir un post antérieur

Scandale des abus sexuels sur des enfants à Westminster : le KGB et la CIA conservaient des dossiers sur les personnalités pédophiles britanniques

par Don Hale, The Daily Mirror (UK) 31 janvier 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri

Les services secrets russes et américains avaient connaissance de l'existence d'un groupe de pédophiles hauts placés qui sévissaient en Grande Bretagne et le KGB espérait les faire chanter en échange d'informations.

Les espions russes et américains ont compilé leurs propres dossiers secrets sur des députés et d'autres personnalités pédophiles, a-t-on soutenu.

La police enquête sur des dossiers manquants qui ont été mis bout à bout par des militants associatifs britanniques et donnent à présumer de l'existence d'un puissant réseau au cœur de Westminster dans les années 1970 et 1980.

Le Sunday People [ce journal] est en mesure de révéler que des agents du KGB russe et de la CIA américaine ont également compilé leurs propres renseignements dans leur recherche de « saletés » sur des personnalités importantes au plus fort de la guerre froide.

Une source proche du KGB affirme/ « C'était une époque de tension et mon travail était d'identifier des gens qui pourraient peut-être nous aider avec des informations.
« Nous connaissions quelques députés qui aimaient louer des garçons, et d'autres qui étaient des pédophiles actifs. »
« Nous étions aussi au courant de certaines activités inhabituelles à Westminster et du travail du Paedophile Information Exchange (Le PIE était une association visant à faire reconnaître les droits des pédophiles).
« Plusieurs noms revenaient régulièrement et nous voulions entrer en contact pour en tirer avantage pour nous.
« A l'époque, les députés étaient protégés par les policiers de la Special Branch et quiconque avait un passé trouble, ou un appétit malsain pour les jeunes enfants, était rapidement repéré par eux.
« Leur boulot était difficile mais ils étaient tout à fait conscients que nous savions ce qu'ils savaient, et ils faisaient de leur mieux pour empêcher des fuites éventuelles.»

Le nom de l'ancien ministre de l'intérieur Leon Brittan, décédé la semaine dernière, a été cité dans l'affaire historique de scandale sexuel suite à des accusations selon lesquelles on lui avait remis un dossier contenant le détail des allégations d'abus sexuels dans les années 1980.

M. Brittan – dont le nom a été également cité la semaine dernière parmi les auteurs d'abus sexuels à la tristement célèbre Elm Guest House – a été accusé de ne pas avoir agi sur la base de preuves que lui avait transmises le député conservateur Geoffrey Dickens en 1983.
S'il avait reconnu avoir rencontré M. Dickens et avoir reçu un dossier en mains propres, il avait déclaré l'avoir transmis à des officiels [de la police] et ne plus avoir été saisi de ce sujet.

L'ancienne ministre travailliste Barbara Castle (décédée en 2002) avait réuni ses propres dossiers accablants sur PIE – une association qui plaidait auprès du gouvernement pour la légalisation des relations sexuelles avec les enfants – et ces derniers avaient été saisis par des agents de la Special Branch en 1984.
Barbara Castle en1968. Elle reste sans doute à ce jour une des plus remarquables femmes politiques européennes
Barbara Castle en 1968. Elle reste sans doute à ce jour une des plus remarquables femmes politiques européennes
La police essaye maintenant de retrouver les dossiers dans le cadre d'une vaste enquête sur ces allégations historiques d'abus sexuels.

Une source affirme : « La CIA a tuyauté maintes fois les Britanniques sur leurs propres types, mais c'était comme jouer au chat et à la souris.
« Nous avons tous deux [CIA et KGB] gardé des dossiers, et certains noms surprenants étaient impliqués.
« je suis sûr qu'ils seront conservés. Tous les services de renseignements ont amassé d'importantes archives et je pense que les dossiers sur ces députés anglais vont rester disponibles. »

L'ancien député libéral de Rochdale, Cyril Smith [décédé en 2010], était un nom bien connu des Russes.
Il [l'ancien agent russe] déclare : « Nous savions que Smith avait été arrêté pour détention de matériel pédopornographique, et des activités sexuelles dans des foyers pour enfants. La Special Branch était intervenue à plusieurs reprises.
« Nous étions aussi au courant de l'ancien député Geoffrey Dickens et de son dossier sur les abus sexuels sur des enfants confié à votre ministre de l'intérieur Leon Brittan en 1983.
« Nous nous attendions à une enquête de grande ampleur avec l'arrestation de Smith et d'autres, mais rien ne se passa.
« Brittan dirigeait votre Special Branch. Il organisait aussi des campagnes de « coups bas » avec le premier ministre Thatcher contre les mineurs et les militants syndicaux. »

Tony Robinson, 81 ans, un ancien agent expérimenté de la Special Branch qui avait été en poste à Widnes, a confirmé une bonne partie des assertions du KGB, reconnaissant que sa tâche prioritaire consistait à surveiller les parlementaires du nord-ouest.

Il a aussi été celui qui a découvert que les dossiers d'accusation de Cyril Smith avaient été délibérément cachés au quartier général de la Special Branch à Blackburn, et il explique : « Mon rôle était de traiter avec des politiques plutôt qu'avec des éléments criminels. C'étaient des années excitantes avec des incidents liés aux conflits dans le monde du travail, aux syndicalistes et aux militants subversifs. »

Il dit que quoique il ne puisse pas révéler l'intégralité de ses activités en raison des lois qui protègent le secret, il reconnaît avoir contribué à protéger des députés, essayé de contrer 'toute tentative de chantage' et était conscient de l'intérêt des Soviétiques à l'égard de certains individus.

Le diplomate pédophile vulnérable au chantage, révèlent des dossiers secrets.

Un haut diplomate britannique engagé dans la « perversion sexuelle » dans les années 1960 était vulnérable au chantage, ont révélé des dossiers autrefois secrets.
Sir Peter Hayman du MI6 tenait des « dossiers explicites quant à ses propres activités et à ses fantasmes sexuels, » disait un rapport des années 1980.
Sir Peter Hayman, ex sous-directeur du MI6
Sir Peter Hayman, ex sous-directeur du MI6                  (renseignement extérieur)
Certains de ses fantasmes avaient trait à des enfants mais n'avaient pas donné lieu à un passage à l'acte, lisait-on sur un briefing ministériel pour le premier ministre de l'époque, Margaret Thatcher.

Le député Geoffrey Dickens avait recouru à un privilège parlementaire pour accuser Hayman d'être un pédophile.
En dépit des craintes de chantage, une n'enquête n'avait identifié « aucun risque pour la sécurité. »
Hayman, qui a été Haut Commissaire [représentant de la reine Elizabeth II qui est aussi reine du Canada NdT] est décédé en 1992.