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dimanche 28 juin 2015

Godemichés et plugs anaux, on a trouvé le véritable drapeau de Daesh (Etat Islamique en Irak et au Levant)


Des lacunes dans le domaine de la culture générale peuvent donner lieu à des situations cocasses, telle celle qui a vu un bulletin d'informations de CNN, la fameuse chaîne américaine d'informations en continue, dont une journaliste qui couvrait la gay pride de Londres a cru voir flotter un drapeau de l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daesh) au beau milieu des bannières multicolores arborées habituellement dans ce genre de défilés.
Le drapeau, s'il avait bien l'aspect général de celui du mouvement terroriste, était simplement un trait d'humour puisque, ce que la journaliste a pris pour des inscriptions en langue arabe (ou des inscriptions voulant imiter l'écriture arabe) étaient en réalité des représentations d'objets ludiques qu'on appelle godemiché ou plug anal.


Vidéo : Dieu déteste les drapeaux ? CNN confond des godemichés avec le drapeau de Daesh à la gay pride]

Al Bawaba (Jordanie) 28 juin 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri

Oups... La journaliste de CNN Lucy Pawle n'a pas su faire la différence entre un drapeau de Daesh et des sex toys quand elle a signalé en avoir aperçu un à la gay pride de Londres
Samedi, CNN a consacré toute une partie de son bulletin d'informations à la présence possible d'un drapeau de l'Etat Islamique à la gay pride de Londres.

« Dernière minute : un drapeau de l'EIIL aperçu dans une gay pride, » lisait-on sur le bandeau de bas d'écran de la chaîne d'informations télévisées tandis que des caméras cadraient et zoomaient à plusieurs reprises sur ce qui s'est avéré être un drapeau sur lequel étaient dessinées des représentations grossières de sex toys.

« Un drapeau de l'EIIl au milieu d'une marée de couleurs arc-en-ciel a été repéré par un membre de la rédaction de CNN en poste à l'international, » avait annoncé la présentatrice de CNN.

Le drapeau avait été apparemment repéré par la journaliste de la rédaction internationale de CNN Lucy Pawle qui était en direct par téléphone pour parler de sa découverte étonnante.

« Cet homme vêtu de noir et de blanc brandissait ce qui s'avérait une très mauvaise imitation, mais une tentative évidente d'imiter, le drapeau de l'EIIL, » expliquait Pawle. « Le drapeau noir et blanc avec les lettres caractéristiques.

Quoique Pawle semble s'être aperçu de l'inauthenticité du drapeau, elle n'a pas capté sa dimension humoristique et 'a même signalé aux policiers présents sur place.

« Si vous regardez attentivement le drapeau, on voit bien que ce n'est pas de l'arabe. En fait, çe pourrait bien être un charabia. »


L'erreur de CNN a vite fait le buzz, lui valant des moqueries de la part de toutes sortes de sites internet d'information. CNN a par la suite retiré la vidé de son site web. Mediaite a cependant posté le clip de cet incident pour la postérité.

mardi 7 avril 2015

Yasmina Haifi tient tête au lobby sioniste aux Pays Bas, et gagne.

Yasmina Haifi est une spécialiste de cybersécurité qui exerce aux Pays Bas pour le compte du ministère de la justice. Elle exerce toujours dans ce ministère même si elle a été relevée de ses fonctions dans la cellule antiterroriste qui en dépend.
Yasmina Haifi

Elle aurait pu être licenciée comme le souhaitait un certain nombre de politiques pour avoir écrit sur Twitter qu'elle considérait que l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daesh) faisait partie d'un plan sioniste pour nuire à l'Islam.
On dira que le raccourci est un peu rapide, mais dans le fond elle a raison notre informaticienne dont la mission antiterroriste lui a certainement permis de se faire son opinion.
Son employeur ministériel tout comme une commission des droits des fonctionnaires ont conclu qu'elle n'avait fait qu'exercer son droit à la liberté d'expression.
Elle a bien sûr été accusée d'antisémitisme et elle reconnaît elle-même ne pas avoir réalisé à quel pont la confusion était entretenue aux Pays Bas entre sionisme et judaïsme, elle qui précisément militait contre l'antisémitisme au sein du parti travailliste néerlandais dont elle était une adhérente.
Et dont elle a démissionné pour une raison non expliquée dans l'article.

Une spécialiste néerlandaise de cybersécurité qui avait déclaré que l'EIIL faisait partie d'un plan sioniste conserve son emploi

Jewish Telegraphic Agency 2 avril 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri
(JTA) Un fonctionnaire néerlandaise qui affirmé que l'EIIL faisait "partie d'un plan [conçu] par les sionistes" peut garder son emploi, a décidé le ministre de la Justice du pays.
Le ministre Ard van der Steur a rendu sa décision publique mercredi dans une lettre adressée au Parlement à propos de la conduite de Yasmina Haifi, un ancien chef de projet au Centre national de cybersécurité du ministère.
Dans la lettre, van der Steur écrit que Haifi a reçu une notification "licenciement avec sursis" et sera transférée à un autre poste. Elle ne sera plus employée à l'unité néerlandaise de lutte contre le terrorisme auquel participe son ancien service fonctionne, mais elle travaillera ailleurs au sein du ministère.
Van der Steur a écrit la lettre pour répondre aux questions posées par des parlementaires de droite qui réclamaient des mesures contre Haifi.
En août, Haifi a été suspendue pour avoir écrit sur Twitter, "l'EIIL n'a rien à voir avec l'islam. Cela fait partie d'un plan par les sionistes qui cherchent délibérément à salir le nom de l'Islam." L'EIIL, ou Etat Islamique, est une organisation terroriste sunnite.
Haifi a nié être antisémite et a affirmé que son tweet visait Israël, pas les Juifs.
En Février, une commission présidée par Job Cohen, ancien maire d'Amsterdam et ancien leader du Parti travailliste néerlandais, conclu qu'il n'existait aucun motif valable pour licencier Haifi. Suite à la controverse, Haifi a quitté le Parti travailliste, où elle militait à titre bénévole.
La commission pour les droits des travailleurs de la fonction publique, présidée par Cohen, qui a des origines juives, avait recommandé une réprimande pour Haifi mais conclu qu'elle était protégée d'un licenciement par les lois relatives à la liberté d'expression.
Le vice-premier ministre Lodewijk Asscher a qualifié le tweet de Haifi "de forme classique d'antisémitisme."
Dans une lettre envoyée à des amis et à de la famille en Août, Haifi a nié être antisémite.
«J'ai toujours participé à des actions contre l'antisémitisme", écrit-elle. "Je ne m'étais pas rendue compte de la charge du mot sioniste / sionisme. Aux Pays-Bas (et dans le reste de l'Europe), il est équivalent de 'juif. " J'ai ciblé la politique d'expansion de l'État d'Israël et non le peuple juif ".

dimanche 22 février 2015

L'incursion de l'armée turque en Syrie, un témoignage des bonnes relations de la Turquie avec l'Etat Islamique (Daesh)

La presse se fait l'écho de la récente opération de l'armée turque pour évacuer des soldats qui se retrouvaient encerclés par l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL, Daesh) dans le mausolée où est inhumé un ancien chef militaire seldjoukide, grand-père du fondateur de la dynastie ottomane.
L'armé turque a démoli le mausolée après avoir retiré la dépouille de Süleyman Chah
L'armée turque a démoli le mausolée après avoir retiré la dépouille de Süleyman Chah
Ce qui est étonnant, et que la presse ne semble pas relever, c'est que les forces turques aient pu pénétrer en plein territoire contrôlé par l'EIIL sans rencontrer aucune opposition.
On dira que le déploiement de forces était plutôt dissuasif ; plus de 80 véhicules blindés en tout et près de 700 soldats.

Mais cette dissuasion était-elle vraiment destinée à calmer les ardeurs des miliciens de l'EIIL ?

Non, si on en croit Elijah Magnier, cité dans l'article ci-dessous par le blogueur Moon of Alabama, Pour Magnier, l'entrée de l'armée turque s'est faite avec le plein accord de l'EIIL qui a laissé libre passage, Le convoi turc est d'ailleurs passé par un poste frontière tenu par les miliciens de Daesh dont le drapeau flottait tout à fait « normalement ».
NB : Elijah Magnier est le correspondant de guerre du journal jordanien Al RAI.

Alors qui était visé par ce déploiement de force ?
La réponse se trouve dans la nature des équipements mis en œuvre par l'armée turque avec en particulier la mobilisation d'avions radars dont le rôle est de détecter la présence d'aéronefs hostiles et de guider les avions amis sur un théâtre de combat aérien.
La seule force hostile qui aurait pu déployer des aéronefs, avions ou hélicoptères, est bien entendu l'armée syrienne, pas Daesh.

Quel prix la Turquie a-t-elle dû payer pour libérer les otages de l'Etat Islamique au mausolée du Chah ?

Moon of Alabama 22 février 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri

La nuit dernière, environ 700 soldats turcs lourdement armés ont pénétré en Syrie et ont évacué quelque 40 de leurs camarades. Ces derniers veillaient sur la tombe de Süleyman Chah, un chef militaire de l'émir seldjoukide du 12ème siècle.
Situation du mausolée de Süleyman Chah
Situation du mausolée de Süleyman Chah
L'emplacement de la tombe était considéré comme une enclave turque depuis un accord passé en 1921 avec l'administration coloniale française du Levant :
Pendant l'opération qui a été lancée dans la nuit du 21 février, des avions radars (AWACS), des hélicoptères militaires et des drones étaient mobilisés tandis que 39 tanks et 57 véhicules blindés traversaient la frontière avec des équipes de soutien des forces spéciales turques. Les vidéos en direct ainsi que d'autres informations obtenues sur place étaient traitées dans une salle d'opérations au siège de l'état-major.
Sans avoir à s'engager dans des combats, les troupes turques ont quitté la Syrie dans la matinée du 22 février après avoir fait exploser le mausolée pour éviter qu'il serve de base aux militants de l'EIIL.
Davutoğlu a annoncé dans une série de tweets le 22 février que le contenu du mausolée avait été « temporairement » emmené en Turquie et que l'armée turque « prenait le contrôle d'une zone dans la région d'Ashma en Syrie, en hissant nos couleurs, où Süleyman Chah sera transféré plus tard. »
Alors, la Turquie veut voler plus de territoire syrien près de sa frontière pour y déposer les restes du Chah. Pourquoi devrait-ce être considéré comme quelque chose de légal ?
Mais revenons aux raisons de l'évacuation. Les soldats chargés de la tombe, à seulement 40 kilomètres de la frontière turque, étaient encerclés par des combattants de l'Etat Islamique. En temps normal, la garde était relevée touts les trois ou quatre semaines, mais les soldats turcs qui viennent d'être évacués étaient sur place depuis 11 mois. Ils étaient en pratique des otages de l'Etat Islamique. Alors pourquoi l'Etat Islamique les a-t-il laissés partir ?

Il est très peu probable que l'opération turque n'ait pas été connue de l'Etat Islamique. La Turquie a mis en œuvre près de 100 véhicules blindés. Avec des combattants de l'Etat Islamique présents dans tout le sud de la Turquie, la concentration de cette force près de la frontière ne sera pas passée inaperçue. Deux jours auparavant, la Turquie avait informé de l'opération le YPG kurde qui combat l'Etat Islamique dans le secteur. Quand les troupes sont entrées en Syrie, elles ont été filmées passant près d'un grand drapeau de l'Etat Islamique au poste frontière.


L'Etat Islamique n'aime pas les tombeaux. Il a démoli des centaines de tombeaux historiques dans les zones qu'il contrôle en Syrie et en Irak. Il n'a pas touché à la tombe de Süleyman Chah mais a gardé les troupes qui la surveillaient sous son contrôle. L'Etat Islamique devait savoir que les Turcs venaient pour évacuer les soldats et la dépouille mais il n'a rien fait pour s'y opposer, Comment est-ce possible ?

Comme l'observe Elijah Magnier (correspondant de guerre d' Al Raï, journal jordanien)
Nous pouvons l'affirmer avec force : L'organisation « Etat Islamique » a autorisé une armée membre de l'OTAN à entrer dans son territoire et lui a donné libre passage.
En effet. Ce qui m'amène à cette question :
Qu'est-ce que la Turquie a donné à l'Etat Islamique pour obtenir la libération des otages du mausolée de Süleyman Chah sans avoir à livrer un seul combat ?
La Turquie a déjà un accord de libre échange et des facilités bilatérales pour les touristes [les touristes sont les "djihadistes" NdT]  avec l'Etat Islamique. Une entente a dû se faire sur quelque chose d'autre et de plus précieux pour l'Etat Islamique en échange du retour des otages. Qu'est-ce que c'est ?

Les Etats Unis veulent coopérer avec la Turquie pour entraîner des combattants syriens à affronter l'Etat Islamique. Il serait assez important d'avoir une réponse à la question précédente avant de continuer à explorer cette voie.

mardi 17 février 2015

Islamo-fascisme et responsabilités de l'Islam de France: aux sources de la "pensée" de Manuel Valls

Les attentats de Paris, la marche « républicaine » du 11 janvier, les tout récents attentats de Copenhague et enfin la profanation d'un cimetière juif en Alsace mettent au centre du débat politique français les questions de l'Islam et de l'antisémitisme.

Peu importe si la profanation du cimetière juif est probablement plus le fait d'adolescents désoeuvrés qui s'approprient ainsi un territoire sinon ignoré d'eux et des camarades du même âge, et surtout si ces sales gosses ne sont pas musulmans.
Le président Hollande qui s'est déplacé pour faire part de son indignation devant cette profanation n'a curieusement pas insisté sur la nécessité de renforcer l'éducation à la laïcité. Il est vrai qu'un tel propos aurait été plutôt mal venu dans un département où le régime de la laïcité ne s'applique pas sauf pour la religion musulmane!

De toute façon, cet incident effectivement déplorable  sera exploité jusqu'à la corde et finira par abonder le discours sur les Musulmans et le nouvel antisémitisme, une thématique en quelque sorte théorisée par le premier ministre Manuel Valls sous l'appellation d'islamo-fascisme.

On voit bien l'intérêt de cette notion d'islamo-fascisme qui renvoie à une menace de nature non seulement sécuritaire mais politique pour la démocratie française et même européenne et justifie un rassemblement de tous ceux qui veulent protéger les libertés publiques. Un autre avantage de cette notion est qu'elle fait le lien avec ceux qui, en terre d'Islam, l'utilisent pour populariser et faire comprendre en Occident leur combat contre les mouvements politiques islamistes.

Ces confusions sont dangereuses parce qu'elles ne font finalement que convoquer à chaque fois l'imaginaire politique occidental et interdisent l'analyse concrète des réalités politiques des pays concernés.

Je fais partie des gens qui estiment qu'on ne doit pas dire n'importe quoi au prétexte que tel ou tel argument sert la cause à laquelle on adhère. C'est ce qu'on appelle de la propagande et je la laisse à ceux qui ont un avantage à en tirer. Je considère notamment qu'on n'a pas besoin de qualifier de manière erronée l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL – Daesh) ou al Qaïda de mouvements fascistes (islamo-fascistes) pour rejeter leurs thèses et leurs procédés.

Si on en revient à ce terme d'islamo-fascisme, il faut bien garder en mémoire son origine dans les milieux néo-conservateurs américains et sa reprise par leurs homologues européens tels Bernard-Botul-Henri Lévy, Caroline Fourest ou Geert Wilders.
La nouveauté, c'est que le terme est aujourd'hui repris par le premier ministre d'un gouvernement français réputé de gauche, ce qui est un signe à la fois d'un grave déficit de culture historique et politique chez Manuel Valls et de l'adhésion de ce dernier à la vision néo-conservatrice de l'Islam et des Musulmans.
Mme Valls n'a probablement aucune influence sur son choix de costumes et de cravates
Mme Valls n'a probablement aucune influence sur son choix de costumes et de cravates. malheureusement.
Le premier ministre ne s'est par ailleurs pas borné à appeler à la lutte « dans l'unité » contre l'islamo-fascisme puisque dans cette unité, il met cependant à part les Musulmans : «
Il faut une rupture. Il faut que l'islam de France assume, prenne totalement ses responsabilités», a réclamé le premier ministre. «C'est ce que demande d'ailleurs l'immense majorité de nos compatriotes musulmans qui n'en peuvent plus d'être confondus avec cette terreur», a-t-il conclu.
Les choses sont dites : dans la France qui ne connaît pas de communauté, les Musulmans doivent prendre leurs responsabilités en tant que tels (il est en outre question d'un Islam "de France" ).

Nous avons là aussi un mécanisme de pensée, en contradiction avec la laïcité, élaboré par les néo conservateurs qui semblent décidément plus inspirer Manuel Valls que Louis Blanc ou Jean Jaurès,

La doctrine d'action qu'on devine chez Manuel Valls est clairement exposée par David P. Goldman, un spécialiste de la finance (et de musicologie) mais aussi essayiste néo-conservateur influent aux Etats Unis. Comme tous les néo conservateurs, croyants ou non, David P. Goldman inscrit sa réflexion dans une perspective « judéo-chrétienne », juive en réalité mais l'oxymore du judéo-christianisme est un passe-partout idéologique efficace. Comme un certain nombre d'intellectuels néo-conservateurs, David P. Goldman a fait un passage par l'extrême gauche avant de s'orienter vers l'extrême droite.
David P. Goldman: virer Obama améliorera l'économie
David P. Goldman: virer Obama améliorera l'économie
Je doute que Manuel Valls adhère à la radicalité de ce qui est proposé mais il est clair qu'il en assume l'esprit.
Il est par contre certain que le chef du gouvernement « socialiste » s'en inspire consciemment.

Beaucoup trop « d'hommes les plus recherchés »

par David P. GoldmanPJ Media (USA)15 février 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri

Les autorités danoises affirment avoir arrêté l'auteur des coups de feu à la synagogue de Copenhague ; son nom n'a pas encore été divulgué [c'est fait depuis], mais c'était une personne « connue des services de sécurité, » rapporte Der Spiegel ce matin. Les Danois ont refusé de donner plus d'informations. Nous avons probablement une répétition du modèle parisien : des terroristes que les services de sécurité surveillaient et qu'ils utilisaient peut-être comme informateurs sont soudain passés à l'action et ont commis des atrocités.

Il semble que les méthodes employée par les services de sécurité européens pour contrôler les djihadistes soient tombées en panne. Quelque 8 000 ressortissants français combattent pour l'Etat Islamique en Irak et au levant (EIILDaesh) ou dans d'autres organisations djihadistes, selon une estimation du gouvernement français. Après quelques centaines de milliers de morts en Syrie et en Irak et la désintégration de la Libye et du Yémen, un très grand nombre de jeunes Musulmans sont prêts à sacrifier leurs vies.

Les services de sécurité contrôlent les terroristes potentiels en exerçant un chantage sur de petits délinquants qui évoluent à la frange des organisations djihadistes pour en faire des informateurs. Comme il y a un large chevauchement entre le milieu criminel musulman et les organisations terroristes, cette stratégie a été efficace ces quinze dernières années. Le roman de John Le Carré et le film de Philip Seymour Hoffman qui en a été tiré « Un homme très recherché » décrit assez bien cette approche.

Peu de jeunes Musulmans plongent directement dans la violence : ils rejoignent des bandes, ils fréquentent des mosquées radicales, ils fréquentent des salons de discussion (chat roomsdjihadistes sur internet, se signalant ainsi aux autorités.

Les services de sécurité les menacent de la prison, d'expulser des membres de leurs familles et ainsi de suite pour les contraindre à coopérer. Cette approche marche jusqu'à un certain point, c'est-à-dire quand le sujet sous surveillance cesse de tenir compte des conséquences [de ses actions]. Comme John Schindler l'avait observé dans le blog XX Committee, il n'y a pas eu un « échec du renseignement » à Paris : le problème était que les services de sécurité étaient débordés. Un officiel d'un service de sécurité européen qui s'exprime sous un pseudonyme a fait la même observation récemment sur Asia Times Online.

La leçon de Copenhague est la même que celle de Paris : la fragile paix civile que les gouvernements européens ont maintenue avec leurs communautés immigrées musulmanes nécessite une révision fondamentale. Par le passé, les services de sécurité européens ont laissé les djihadistes monter en pression tout en éliminant discrètement les tueurs potentiels. Cette approche a échoué. L'alternative consiste à serrer la vis aux communautés musulmanes. J'ai ainsi soutenu le mois dernier sur Asia Times :
Les moyens par lesquels la France, ou n'importe quelle autre nation, pourrait défaire les terroristes sont évidents : contraindre la majorité des Musulmans français à se tourner contre les terroristes, les autorités françaises devant les amener à craindre l'Etat français plus qu'ils ne craignent les terroristes.C'est un sale boulot qui  nécessite de nombreuses expulsions, de retraits de la nationalité française et d'autres menaces qui toucheront inévitablement beaucoup d'individus qui n'ont aucun lien direct avec le terrorisme. A court terme, ça pourrait conduire à plus de radicalisation. Tout le projet de l'intégration comme antidote à l'extrémisme tomberait à l'eau. Ce serait une fort coûteux mais, au bout du compte, il réussirait : la plupart des Musulmans français veulent simplement rester en France et gagner leur vie.
Il ne suffit plus de patrouiller au bord du marécage et de tuer les moustiques avec un chasse-mouches. Il n'y a pas d'autre alternative que l'assèchement du marécage.

mercredi 11 février 2015

Des ultrasionistes dansent sur la tombe de Kayla Mueller, la jeune Américaine qui était prisonnière de Daesh

Ce qu'on appelle en France « apologie de terrorisme » s'exprime librement aux Etats Unis. Et contrairement à ce que certains imaginent quand l'apologie du terrorisme s'exprime, elle n'est pas le fait de « djihadistes » à demi-abrutis par la bière, le pastis ou le cannabis mais celui de personnes appartenant à la frange conservatrice, plus précisément néoconservatrice de la société.

L'actualité nous en donne un bon exemple avec la mort de Kayla Mueller, une jeune américaine qui était au mains de l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL, Daesh) tuée dans les environs de Raqqa en Syrie dans des circonstances encore floues, dans un bombardement par les Américains ou leurs alliés selon l'EIIL ou exécutée par les miliciens de cette organisation.
Kayla Mueller
Kayla Mueller
Si Barack Obama a fait part de sa « tristesse » après avoir eu confirmation du décès de la jeune femme , le moins que l'on puisse dire est que son sentiment n'est pas partagé par tous. En effet, certains aux Etats Unis reprochaient à Kayla Mueller son engagement en faveur de la Palestine, un engagement posé comme étant un soutien au terrorisme et un parti pris motivé par l'antisémitisme.

Ainsi, parmi divers commentateurs, Debbie Schlussel n'hésite pas à insulter la jeune victime et on comprend bien qu'elle se réjouit du sort réservé à la jeune femme, comme d'ailleurs de celui de tous ces « humanitaires » tués par l'EIIL.

Je ne suis personnellement pas surpris de voir une ultra-sioniste comme Debbie Schlussel se réjouir des crimes perpétrés par l'EIIL qui fait un boulot très utile aux intérêts de l'entité sioniste.
Debbie Schlussel avec et sans retouches
Debbie Schlussel avec et sans retouches
Debbie Schlussel n'en est pas à son coup d'essai en la matière puisque elle avait abondamment justifié la tuerie perpétrée en 2011 à Utoeya en Norvège par Anders Behring Breivik.

Une tuerie qui en passant n'a jamais été évoquée dans tout le ressassement des actes terroristes perpétrés ces dernières années en Europe (Londres et Atocha principalement). Pourtant à Utoeya, 68 personnes, en grande majorité des adolescents, avaient été massacrées. Sans oublier que le terroriste d'extrême droite venait de perpétrer un attentat à l'explosif dans le quartier gouvernemental d'Oslo qui avait coûté la vie à 8 personnes .

Des conservateurs dansent sur la tombe de l'otage de l'EIIL : 'Antisémite, Pu...n anti-Israël'

par Brendan James, Talking Point Memo (USA) 11 février 2015traduit de l'anglais par Djazaïri

Tous les conservateurs ne se sont pas servis de la mort de l'otage américaine Kayla Muller pour souligner la brutalité de l'Etat Islamique – certains ont choisi de tourner leur aversion vers le travail humanitaire en faveur des Palestiniens de la jeune femme de 26 ans.

« Pas de larmes pour Kayla Mueller qui vient de mourir, l'otage de l'EIIL dont les parents ont confirmé aujourd'hui qu'elle est morte, » écrivait mardi la blogueuse conservatrice Debbie Schlussel, sous le titre, « Kayla Mueller : l'otage de l'EIIL qui est morte était une putain antisémite et anti-Israël. »

« Mueller était un tas de merde antisémite et anti-Israël qui travaillait avec le Hamas et aidait les Palestiniens à harceler les soldats israéliens et à les empêcher de faire leur boulot de maintien des terroristes islamistes hors d'Israël, » écrit-elle.

Schlussel a condamné l'action humanitaire de Mueller dans la « soi-disant 'Cisjordanie' » pour empêcher la démolition de « maisons de 'terroristes' ».

« Je n'ai de sympathie pour aucun de ces 'Américains' (de nom seulement!) otages de l'EIIL, »poursuit-elle. « Et mon attitude quand j'apprends qu'ils ont été liquidés est de dire, que c'est triste, dommage. » [c'est de l'ironie, NdT]

Schlussel a qualifié l'assassinat de Mueller de « justice poétique. »

Dans le même temps, le rédacteur en chef de Breitbart Californie, ex candidat aux élections au Congrès de l'Illinois, Joel Pollack a tweeté mardi que le militantisme « anti-Israël » de Mueller lui avait coûté la vie des mains de l'Etat Islamique.



Le blog Gateway Pundit (devise: "où l'espoir a finalement fait son retour") a aussi affirmé que Mueller était coupable d'antisémitisme et aidait le terrorisme.
« Mueller protestait contre les Juifs, » lit-on dans le post qui présente l'International Solidarity Movement, une organisation opposée à l'occupation israélienne, comme « pro-terroriste. »

lundi 9 février 2015

Bûchers en Syrie, bûchers en Amérique. Barbarie en Orient, civilisation en Occident

Mon commentaire après cet article riche de sens.

Ceci est le corps calciné de Jesse Washington et des hommes blancs de Waco – pas Daesh – l'ont brûlé vif

par Bill Moyers, Raw Story (USA) 7 février 2015 traduit de l'anglais par Djazaïri

Ils l'ont fait brûler vif dans une cage de fer, et tandis qu'il criait et se tordait dans les affres de l'enfer, sa mort pour eux n'était qu'un jeu.
Le bûcher et la cage de fer où était enfermé Jesse Washington
Le bûcher et la cage de fer où était enfermé Jesse Washington
Après avoir écouté les bulletins d'information l'un après l'autre condamner à juste titre l'assassinat barbare de ce pilote de l'armée de l'air jordanienne tombé entre la mains sanglantes de l'EIIL, je ne pouvais trouver le sommeil. Mon esprit s'évertuait à ressasser le passé pour essayer de retrouver une photo dont je me souvenais vaguement et que j'avais vue il y a longtemps de cela dans les archives d'une bibliothèque universitaire au Texas.

Soudain, vers deux heurs du matin, l'image s'est reformée dans mon cerveau. Je suis descendu pour aller à mon ordinateur et j'ai tapé les mots clefs : « Waco, Texasn Lynchage. »
Effectivement, elle était là : le cadavre carbonisé d'un jeune homme noir attaché à un arbre au tronc boursouflé au cœur de la Bible Belt du Texas. Non loin du corps brûlé, on peut voir de jeunes hommes blancs souriants et satisfaits, dans un état apparent de jubilation à être assis aux premières loges d'un carnaval de mort. L'un d'entre eux avait envoyé une photo comme carte postale à la maison : « C'est le barbecue qu'on a fait la nuit dernière. Je suis à gauche sur la photo avec la marque de la croix. Votre fils, Joe. »

La victime se nommait Jesse Washington. C'était en 1916, l'Amérique allait bientôt entrer en guerre en Europe « pour rendre le monde plus sûr pour la démocratie. » Mon père avait 12 ans, ma mère 8. Je suis né 18 ans après, à une époque, comme je devais l'apprendre, où les Blancs du coin parlaient encore de l'exécution de Washington comme si elle avait eu lieu la veille. Ce n'était pas l'Europe médiévale. Pas l'Inquisition. Pas un hérétique envoyé au bûcher par une autorité ecclésiastique dans l'Ancien Monde. C'était au Texas, et les hommes blancs sur la photo étaient des fermiers, des ouvriers, des commerçants, certains d'entre eux étant des membres respectables des églises locales à Waco et ses environs.

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Voici la photo. Regardez bien le corps raidi de Washington attaché à l'arbre. Il avait été condamné à mort pour le meurtre d'une femme blanche. Aucun témoins n'avais vu le crime ; il aurait avoué mais la véracité des allégations n'a jamais été vérifiée. Le grand jury n'avait mis que quelques minutes pour rendre un verdict de culpabilité, mais il n'y eut ni appel, ni réexamen, pas de prison [en attendant l'exécution de la sentence, NdT]. Au lieu de tout ça, la foule présente à l'audience le traîna dehors, le plaqua au sol et lui coupa les testicules. Un bûcher fut rapidement installé et mis à feu. Deux heures durant, Jesse Washington – vivant – fut levé et abaissé au-dessus des flammes. Encore, encore et encore. Les officiels de la ville et la police se tenaient là, approbateurs. Selon certaines estimations, la foule grossit jusqu'à atteindre 15 000 personnes. On se moquait, on applaudissait et on riait. Les journalistes avaient rapporté entendre des « cris de joie. »

Quand les flammes s'éteignirent, le corps de Washington fut taillé en pièces qui furent vendues comme souvenirs. La fête était finie.

Bien des années plus tard, alors jeune homme, je m'étais rendu à l'université Baylor de Waco, souvent considérée comme le Vatican baptiste du Texas. On m'y avait proposé un poste d'enseignement. Je m'étais assis un moment à la bibliothèque Armstrong Browning de la faculté, une des plus belles des Etats Unis qui contient non seulement les œuvres de Robert et Elizabeth Barrett Browning, les fameux poètes victoriens, mais aussi des vitraux, des colonnes de marbre et des plafonds élégants qui rappellent l'intérieur somptueux de la bibliothèque Laurentienne construite par Michel-Ange à Florence.

Assis là, je trouvais difficile de concilier la beauté et la quiétude de ce sanctuaire avec la photo que m'avait montré auparavant un homme nommé Harry Provence, responsable de la publication du journal local. En la voyant, je réalisais qu'au moment où le jeune Jesse Washington était soumis à la torture, des étudiants du même âge que lui, certains se préparant à une carrière ecclésiastique, venaient juste de terminer leur semestre de printemps. En 1905, quand un autre homme noir fut lynché à Waco, le président de l'université Baylor prit la tête du mouvement contre le lynchage. Mais d'horribles souvenirs continuaient à diviser la ville.

Jesse Washington n'était qu'un cas parmi d'autres d'hommes noirs qui connurent une mort horrible des mains d'escadrons de la morts blancs. Entre 1882 et 1968 – 1968 ! - il y a eu 4 743 cas répertoriés de lynchage aux Etats Unis. Environ le quart des lynchés étaient des Blancs dont beaucoup avaient été tués pour avoir sympathisé avec les populations noires. Mon père, qui était né en 1964 près de Paris (Texas) avait gardé dans un tiroir cette photo de journal datant de l'époque de son enfance quand des milliers de personnes s'étaient rassemblées comme pour un pique nique et festoyer devant le spectacle d'un homme noir torturé et pendu en plein centre ville. Au cours d'un voyage à la recherche de nos racines bien des années plus tard, mon père s'étrangla et se tut quand nous nous trouvâmes près de l'endroit ou cela s'était passé.

Oui, il avait été difficile de retourner dormir la nuit où nous avons appris la nouvelle de l'horrible fin du pilote jordanien. Maudit soit l'EIIL ! avais-je pensé. Mais après coup, je ne pouvais que songer que nos propres barbares n'avaient pas à attendre à une quelconque frontière. Ils étaient de chez nous. Eduqués ici. Dans la religion. Nos voisins, nos amis et notre parentèle. Des gens comme nous.

L'exécution/assassinat par l'Etat Islamique en Irak et au Levant (Daesh) d'un pilote de l'armée de l'air jordanienne brûlé vif dans une cage de fer a suscité une indignation tout à fait compréhensible.
Pourtant, que le pilote ait réellement ou pas été brûlé vif et mis à mort dans les conditions que donne à voir la vidéo, cette exécution date de debut janvier peu après l'échec d'une tentative de raid héliporté pour le tirer des griffes de ses geôliers.
Muad al-Kasasbeh, le pilote de l'armée jordanienne capturé et exécuté par l'EIIL
Muad al-Kasasbeh, le pilote de l'armée jordanienne capturé et exécuté par l'EIIL
Le moment de la diffusion de cette vidéo a évidemment été décidé en fonction de l'agenda des néoconservateurs qui veillent au maintien et à l'aggravation du chaos dans la région.

A l'indignation de la populace un peu partout, c'est-à-dire des gens comme vous et moi, s'est bien entendu jointe celle des grands de ce monde qui n'ont pas eu de mots assez durs pour condamner la sauvagerie de Daesh, rappelant ainsi opportunément qu'eux-mêmes se considéraient incarner la civilisation.
Les condamnations les plus fermes sont souvent venues de ceux-là mêmes qui ne sont pas sans affinité avec les types qui, aux Etats Unis, lynchaient des gens parce qu'ils n'avaient pas la bonne couleur de peau. Et qui continuent à le faire le plus souvent impunément sous couvert de leur activité de policier.

Alors oui, l'EIIL est une organisation brutale qui ne fait pas de quartier et se livre à des exactions aux dépens des civils qui sont du mauvais côté, que ce soit par leurs affinités politiques ou leurs appartenances religieuses. Mais il faut admettre qu'on en a ajouté dans l'horreur de leurs agissements, ce qui tend à laisser les réactions morales supplanter le raisonnement et l'analyse politiques.

Ce sont des procédés de ce genre qui ont été utilisés contre l'Irak de Saddam Hussein, la Yougoslavie de Slobodan Milosevic, la Libye de Mouammar Kadhafi et la Syrie de Bachar al-Assad.

Même si ces images d'horreur peuvent être jugées utiles par ceux qui sont favorables au régime syrien, il faut se souvenir que la propagande aura vite fait de les remplacer par d'autres images d'horreur qui les feront oublier et qu'on imputera alors au régime syrien si les néoconservateurs jugent le moment venu d'en terminer avec le gouvernement syrien.

Il faut comprendre que l'EIIL agit dans le cadre d'une volonté de remodelage du Proche Orient qui passe par la dislocation de certains Etats et c'est pour ça que les Etats Unis ont laissé prospérer cette organisation dont le fer de lance est constitué de combattants étrangers venus d'un pays allié de l'OTAN comme l'Arabie Saoudite ou via ce pays membre de l'OTAN qu'est la Turquie.

Bien sûr Daesh n'est pas un simple instrument qui obéirait au doigt et à l'oeil à ses maîtres, il faut plutôt le comparer à un fauve dont on gère au mieux l'agressivité en la tournant vers ses propres ennemis et qu'on fouette et punit quand il en vient à s'en prendre à vos amis.
C'est exactement ce qui s'est passé avec l'EIIl sur lequel Washington comptait pour faire tomber le gouvernement de Nouri al-Maliki mais qui a commis la faute d'attaquer dans le Kurdistan irakien, une zone que Washington a souhaité sanctuariser

Aujourd'hui on nous parle de la nécessité impérieuse d'une intervention de troupes terrestres pour défaire les milices de l'EIIL. On pense en effet que le terrain psychologique est bien mûr après tous ces horribles crimes perpétrés par les extrémistes de l'Etat Islamique.

Il va de soi qu'une telle intervention aurait en réalité pour finalité d'abattre le régime syrien qu'aucune force terroriste n'a réussi à réduire. Et demain, les miliciens de Daesh se transformeraient comme par enchantement en combattants de la liberté.