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dimanche 9 juin 2013

Samantha Power, pouvoir et abaissement aux Etats Unis

Ce n'est qu'un exemple parmi bien d'autres.

Samantha Power n’est pas seulement une jolie femme, c’est aussi une universitaire qui s’est lancée dans l’action politique dans son pays, les Etats Unis.
Samantha Power
Samantha Power
Elle fait partie de l’équipe des fidèles de Barack Obama qui vient de la désigner pour succéder à Susan Rice comme ambassadrice des USA auprès de l’ONU, un poste pour lequel le choix présidentiel doit recevoir l’aval du Sénat.

Pour arriver à ce que beaucoup considéreraient comme le point culminant d’une carrière, où à tout le moins une étape décisive, Samantha Power a dû cependant compter sur d’autres atouts que ses compétences et la confiance de l’exécutif.

En effet, nous apprend le New York Times, la confirmation par le Sénat de Mlle Power n’a été garantie que tout récemment grâce à l’approbation explicite et publique de se nomination par Michael B. Oren, ambassadeur de l’entité sioniste à Washington.

Une telle démarche de la part d’un diplomate étranger est non seulement incongrue mais tout simplement contraire aux usages diplomatiques et donnerait lieu à une manifestation de mécontentement dans tout Etat qui se respecte, c’est-à-dire dans tout pays qui n’est pas une république bananière.

 L’approbation formulée par M. Oren intervient après une période pendant laquelle Mlle Power a été mise à l’épreuve et a dû renier en pleurnichant ,au sens propre du terme, devant le gratin du lobby sioniste certaines prises de position qu’Abraham Foxman  H. Foxman, le patron de l’Anti Defamation league [ADL, équivalent de la LICRA aux Etats Unis] qualifie en quelque sorte d’erreurs de jeunesse.

Le choix pour le poste à l’ONU reçoit le vote de confiance d’Israël

Par Mark Landler, The New York Times (USA) 7 juin 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

WASHINGTON — Samantha Power, choisie par le président Obama pour être la prochaine ambassadrice aux Nations Unies, se heurte à la résistance de groupes pro-israéliens pour des propos qu’elle avait tenus à une époque sur Israël et les Palestiniens. Mais vendredi, elle a obtenu un vote de confiance inattendu de la part du représentant de l’Etat d'Israël aux Etats-Unis. 

Michael B. Oren , l'ambassadeur d'Israël à Washington, a déclaré dans une interview que Mme Power, journaliste et universitaire qui a beaucoup écrit et traité des violations des droits de l'homme, avait une profonde compréhension des questions de sécurité d’Israël et de la sympathie pour ses préoccupations. 

Normalement, a expliqué  M. Oren, un officiel du gouvernement israélien ne devrait pas faire de commentaires sur une nomination présidentielle qui requiert une confirmation du Sénat. Il a indiqué qu'il avait décidé de faire une exception dans son cas pour dissiper l'impression que le gouvernement israélien avait des réserves par rapport à elle. 

Mercredi, M. Oren a posté des messages sur Twitter pour saluer  la nomination de Susan E. Rice comme conseillère à la sécurité nationale - une fonction qui ne nécessite pas de confirmation du Sénat - et pour louer son prédécesseur, Tom Donilon. Il avait gardé le silence sur  Mme Power

Vendredi, M. Oren a déclaré qu'Israël "fera bon accueil à quiconque sera désigné par le président et confirmé par le Sénat comme ambassadeur auprès des Nations Unies." Mais il ajoutait: "Samantha Power et moi avons travaillé en étroite collaboration au cours des quatre dernières années sur des questions vitales pour la sécurité d’Israël. Elle connaît à fond ces questions et leur porte un intérêt extrême ". 

Les commentaires de M. Oren pourraient apaiser les effets persistants de propos que Mme Power avait tenus avant d'entrer au gouvernement au sujet de la politique américaine envers Israël. Entre autres choses, elle avait déclaré que les Etats-Unis auraient besoin de prendre un engagement "mammouth" pour obtenir [la création d’]un Etat palestinien - une démarche qui pouvait  signifier s'aliéner les juifs américains, un groupe qu'elle présentait comme ayant un «poids politique et financier énorme.» 

La Republican Jewish Coalition et la Zionist Organization of America avaient exprimé leur opposition à Mlle Power. Dans un communiqué, Morton A. Klein, the président au niveau national de la Zionist Organization [of America], avait dit, «Le bilan de Mlle Power montre avec clarté qu’elle est viscéralement hostile à Israël.»

Chuck Hagel, choisi par M. Obama pour le poste de Secrétaire à la Défense, avait également été accusé d'être anti-Israël. Il avait défendu son bilan et avait été confirmé par le Sénat avec une majorité relativement serrée.

Les officiels de la Maison Blanche disent ne pas avoir d’inquiétudes sur les perspectives [de confirmation au Sénat] de Mme Power, observant qu’elle n’a pas été mêlée à la dispute sur l’attaque contre la mission diplomatique américaine à Benghazi en Libye et que son plaidoyer pour une intervention militaire en Libye lui vaudrait les faveurs des faucons comme le sénateur de l’Arizona, John McCain. 

De fait, M. McCain a déclaré dans un communiqué publié mercredi, "je crois qu'elle est bien qualifiée pour ce poste important." Et le vendredi, un autre faucon républicain, le sénateur Lindsay Graham de Caroline du Sud, a déclaré que  Mme Power était un «choix solide » [sic] pour représenter les Etats-Unis dans" une institution de plus en plus hostile."

Mlle Power bénéficie de plusieurs soutiens juifs de premier plan, dont Alan Dershowitz, le professeur à la faculté de droit d’Harvard, et Joseph I. Lieberman, l’ancien sénateur du Connecticut. 

Certains leaders pro-israéliens dissent comprendre les propos de Mlle Power comme des indiscrétions d’une jeune femme dans un milieu universitaire. Ils disent que son travail dans l’administration Obama, où elle était dans l’équipe de direction du national Security Council, a été marqué par un soutien constant à Israël et à l’alliance israélo-américaine.
Mlle Power a aussi cultivé les relations avec les organisations juives américaines, et a rencontré en 2011 40 dirigeants de ces organisations devant lesquels elle a exprimé ses regrets pour certains de ses [anciens] propos et s’est défendue avec des mots chargés d’émotion contre les accusations de parti pris anti-Israël.

«Ses opinions découlaient de l’environnement politique et culturel dans lequel elle se trouvait à l’époque,” explique Abraham H. Foxman, le directeur national de l’ Anti-Defamation League . Elle a mûri et a évolué, et j’ai hâte de travailler avec elle aux Nations Unies.»

lundi 12 décembre 2011

Comment le lobby sioniste tient la Turquie


Dans les paramètres qui dictent la conduite de la diplomatie turque, il en est un et non des moindres que j’ai omis, c’est la question du génocide arménien.
J’en avais déjà parlé pourtant sur ce blog.

Sans prendre position sur l’adéquation du terme génocide pour qualifier ce qu’ont subi les Arméniens au début du siècle dernier, il faut cependant se rappeler que la Turquie craint énormément l’adoption par les Etats Unis d’une législation qui la sommerait de reconnaître avoir perpétré un tel génocide.
Une telle législation n’aurait bien entendu pas pour but de mettre un point final à un livre d’histoire mais signerait plutôt le début de gros ennuis pour la Turquie qui se verrait obligée d’abord de réécrire justement ses manuels d’histoire.
Mais ce n’est bien sûr pas la conséquence la plus importante d’une législation américaine sur le génocide arménien. Une autre conséquence serait en effet que le gouvernement turc se trouverait tôt ou tard mis en demeure d’indemniser les familles des victimes arméniennes et, pourquoi pas, devoir à terme faire face à des revendications territoriales  sur la partie de l’Anatolie autrefois peuplée d’Arméniens.

De bien sombres perspectives que la Turquie a toujours pu s’épargner autant grâce à son rôle éminent dans l’OTAN que par le précieux soutien du lobby sioniste.
Les sionistes ont en effet toujours marchandé ainsi leurs relations avec la Turquie : maintien d’une politique conforme aux intérêts de l’entité sioniste de la part d’Ankara en échange du blocage des efforts arméniens pour obtenir que les députés US adoptent une législation contraignante sur le génocide arménien.

Il y a bien eu un moment de flottement qui a vu le lobby sioniste faire mine de pencher en faveur d’une telle législation, mais tout est finalement rentré dans l’ordre et c’est bien le signe qu’en dépit de ses gesticulations, le gouvernement turc ne fera rien de sérieux contre l’entité sioniste alors qu’il fait feu de tout bois contre les autorités syriennes.

David Boyadjian nous en dit plus sur les déboires des Américains d’origine arménienne face aux organisations sionistes.

Par David Boyajian,HETQ (USA-Arménie) 6 décembre 2011 traduit de l'anglais par Djazaïri

L’hostilité de l’Anti-Defamation League à l’égard des Arméno-Américains n’est pas un secret. L’ADL et son directeur national, Abraham Foxman, ont collaboré avec la Turquie pour nier le génocide arménien et faire échec à la résolution du Congrès sur le génocide arménien. Ce fut donc un choc d’apprendre que Facing History and Ourselves (FHAO), une organisation nationale d’éducation à l’holocauste et aux droits de l’homme dont le curriculum comprend le génocide arménien, allait être « partenaire » de Foxman pour le groupe de discussion sur « le nouvel Antisémitisme » organisé par l’ADL le 7 novembre 2011 à Boston. 
  
Alertés par une lettre ouverte à FHAO écrite par un Arménien, de nombreux Arméniens ont exhorté cette organisation à annuler son partenariat avec Foxman. J’ai interpellé moi-même à FHAO, sans succès.

La lettre type de FHAO

FHAO a au contraire répondu aux Arméno-Américains par une lettre type qui soutenait hypocritement que Foxman avait reconnu le génocide arménien. FHAO ne s’était même pas fatigué à répondre sur l’opposition hypocrite de l’ADL à la résolution sur le génocide arménien, que Foxman continue à qualifier de «diversion contreproductive.»

Même si la fameuse déclaration du 21 août 2007 de Foxman mentionnait le « mot en G » [génocide], elle impliquait aussi que les morts arméniens de 1915 étaient une « conséquence » de la situation de guerre plutôt qu’intentionnelles. Le critère «d’intentionnalité» est justement ce que le droit américain exige pour considérer un acte comme relevant du génocide. Foxman le savait quant il a fait sa déclaration.

A l’instigation de militants des droits de l’homme de d’Arméno-Américains, une dizaine de villes du Massachussetts et la Massachusetts Municipal Association avaient condamné les tours de passe-passe rhétoriques de Foxman et, en 2007 et 2008 – après la déclaration de Foxman – avaient cessé toute relation avec le programme de l’AFL «No Place for Hate» (pas de place pour la haine).

Lettre ouverte au Genocide Education Project

Une deuxième lettre ouverte (31 octobre 2011) a appelé l’organisation arménienne de San Francisco, le Genocide Education Project (GEP), dont la mission principale est d’éduquer au génocide arménien, à demander à FHAO de renoncer au co-parrainage de l’événement organisé par Foxman.

Pourquoi GEP? Parce que son conseil consultatif et celui de FHAO se chevauchent : les professeurs Peter Balakian et Richard Hovannisian sont dans les deux instances. Et les dirigeants de FHAO, Adman Strom, fils du fondateur de l’organisation, et Jack Weinstein figurent dans le conseil consultatif de GEP.

J’ai contacté GEP qui a répondu qu’elle déciderait de la marche à suivre et me recontacterait. Elle ne l’a jamais fait. D’autres Arméniens ont aussi exhorté GEP à demander à FHAO de ne pas coopérer avec Foxman.  J’ai fait par la suite une autre tentative pour contacter GEP, sans succès. Finalement, GEP a gardé le silence. GEP devait des réponses au public concerné. Le silence appelle la spéculation. GEP craignait-elle de perdre ses bonnes relations avec FHAO ? Si oui, une organisation arméno-américaine devrait-elle collaborer avec ce genre d’organisations si ça l’empêche de s’exprimer ?

Heureusement, la Coalition to Recognize the Armenian Genocide, composée de Juifs et d’Arméniens, a saisi l’occasion. Pendant la manifestation organisée par l’ADL, elle a distribué des tracts invitant « toutes les organisations et tous les officiels à se détourner de l’ADL jusqu’à ce quelle reconnaisse sans équivoque le génocide arménien » et qu’elle « cesse de faire pression contre » la résolution sur le génocide arménien.

Des questions et des problèmes intéressants sont soulevés par ce triste spectacle du partenariat FHAO-ADL et du silence de GEP.

Les droits de l’homme comme paravent

Si une organisation reconnait, et même informe sur le génocide arménien, cette reconnaissance repose-t-elle sur des principes et est-elle consistante ? Où est-elle surtout un moyen pour cette organisation de faire avancer ses propres objectifs ?

Nous savons après tout, que des organisations se servent des droits de l’homme ou de l’éducation sur le génocide pour masque leur propre agenda. L’ADL en est un exemple.

L’ADL a de nombreux programmes aux noms “politiquement corrects”  et qui sonnent bien : «Pas de Place pour la Haine», «Lutter contre les brimades,» «Faire valoir la Diversité», « Les Différences sur le Lieu de Travail, » «récits de l'histoire des gays, lesbiennes, bisexuels et transsexuels» et autres. Ces programmes, avec leurs importants financements et le prestige qu’on leur attribue, ont permis à l’ADL d’entrer dans des centaines d’écoles élémentaires, lycées et facultés publics, d’entreprises et administrations publiques (FHAO a, incidemment, plusieurs programmes semblables à ceux de l’ADL). Eduquer aux droits de l’homme n’est cependant pas le véritable but de l’ADL. Les programmes de l’ADL sont juste un moyen détourné pour instiller de la familiarité avec elle-même, les préoccupations du peuple juif, l’holocauste et Israël.

Comment pouvons-nous le savoir? Parce qu’aucune véritable organisation des droits de l’homme ne pourrait jamais collaborer aussi étroitement – comme l’ADL l’a fait – avec un gouvernement turc qui viole les droits de l’homme et nie le génocide arménien pour mettre en échec une résolution du Congrès sur le génocide arménien, alors même que cette organisation plaide au Congrès pour la reconnaissance de l’holocauste [juif] et pour des indemnisations.
Et devons-nous respecter le “tabou” qui interdit de critique des organisations juives comme l’ADL, même quand elles sont nos adversaires déclarés ?

Ce tabou pourrait expliquer la réticence, il y a trois ou quatre ans, de beaucoup de dirigeants et d’organisations politiques et d’universitaires arméno-américains, particulièrement sur la côte ouest à imiter la très réussie et internationalement reconnue campagne du Massachussetts (www.NoPlaceForDenial.com) contre le biais anti-arménien de l’ADL.

Quand les leaders Arméno-Américains s’abstiennent de critiquer d’influents adversaires, défendent-ils les intérêts de la communauté ou les leurs ?
Une autre question. Quand un individu reconnaît le génocide arménien, cette reconnaissance est-elle basée sur des principes et est-elle consistante ? Où n’est-elle qu’un moyen pour faire avancer ses propres intérêts ? Les responsables politiques en sont les exemples les plus évidents.

Le leurre du génocide

Le candidat à la présidentielle Barack obama reconnaissait le génocide arménien et promettait de le reconnaître une fois élu. En conséquence, il avait obtenu le soutien d’Arméno-Américains. Une fois à la maison Blanche, il a vite oublié sa promesse. Et voyez Jane Harman qui, en tant que parlementaire avait soutenu la résolution sur le génocide avant de malhonnêtement la vider de son sens. Et puis il y a Richard Gephardt, qui avait été à un moment chef de la majorité à la chambre des représentants. Il avait même pris la parole lors d’une commémoration du génocide arménien à Capitol Hill. N’empêche, après avoir quitté le Congrès en 2005, Gephardt est devenu un consultant rémunéré pour la Turquie et a fait pression contre la résolution sur le génocide arménien qu’il soutenait auparavant. Et souvenez-vous de Samantha Power, la prétendue spécialiste du génocide et «amie» des Arméno-Américains.

Résistance à la critique

Il y a trois ans, Samantha Power avait toit à fait publiquement exhorté les Arméno-Américains à voter pour Barack Obama parce qu’il reconnaîtrait notre génocide. Elle est actuellement à la Maison Blanche où elle dirige l’“Office of Multilateral Affairs and Human Rights” (son mari, Cass Sunstein, qui est un vieil ami d’Obama, est le « patron de la règlementation » auprès du président). Nous n’avons plus de nouvelles de notre «amie» Samantha depuis quelques années. A l’heure qu’il est, les organisations arméno-américaines auraient dû adresser quelques critiques la protectrice des droits de l’homme en Amérique. Mais non, elles sont aussi discrètes qu’elle. Cela doit servir de leçon au sujet de Power ou les motifs derrière la rhétorique et les promesses que n’importe qui d’autre fait aux Arméniens.

Et des intérêts particuliers, et non les intérêts supérieurs du peuple arménien, pourraient-ils expliquer pourquoi les « leaders » et organisations de la diaspora arménienne n’ont pas été plus nombreux à critiquer la corruption des membres du gouvernement et les oligarques Arméniens ?

Les Arméno-Américains attendent de leurs organisations et de leurs dirigeants politiques qu’ils se fassent entendre avec force quant nos intérêts sont en cause. La crainte de déplaire à ceux qui nous blessent est une pauvre excuse.

jeudi 24 mars 2011

Bernard-Henri Lévy et Nicolas Sarkozy au secours des émules de Ben Laden!

Mouammar Kadhafi est [un chien] fou, Bernard-Henri Lévy est un penseur de la philosophie. Aucune de ces deux affirmations n'est conforme à la vérité.
Le colonel Kadhafi n'est certes pas fou comme l'a montré sa façon de gérer les menaces intérieures et extérieures dont il faisait l'objet. Ce n'est pas pour rien que ses ennemis (et ex amis) n'ont rien trouvé d'autre que la force brute et les menaces de meurtre pour en finir avec lui.
Et dictateur ou pas, le colonel Kadhafi est loin de disposer de capacités de destruction et de mort comparables à celles dont disposent et se servent les nations démocratiques comme la France ou la grande Bretagne.
Un des arguments qui plaidait en faveur de la folie du dirigeant Libyen était son invocation de la menace d'al Qaïda. Là, il avait commis une petite faute, car al Qaïda c'est seulement où et quand ça arrange les Etats Unis.
Sinon, nous avons toujours affaire à des combattants de la liberté, comme ceux qui avaient lutté contre la présence soviétique en Afghanistan. Le présumé philosophe Bernard-Henri Lévy est tout particulièrement chargé par les néoconservateurs américano-sionistes de délivrer des certificats de démocratie en bonne et due forme.
Personnellement, je pense que Ben Laden est décédé et je ne crois pas qu'al Qaïda existe au sens ou on l'entend d'organisation autonome, calquée sur le SPECTRE, l'organisation criminelle sans base territoriale définie qu'affronte James Bond. Ce qu'on appelle al Qaïda n'est sans doute que la désignation d'un réseau dont les ficelles sont tirées par le régime saoudien et qui s'en prend tout spécialement aux Etats qui gênent les monarques du Nedjd.
Qui qu'il en soit, l'article que je vous propose semble indiquer que Kadhafi n'est peut-être pas si fou et que Bernard-Henri Lévy devrait peut-être relire les philosophes, les vrais.


Deux documents donnent à penser que le nord est libyen, centre de la rébellion, est une zone d'activités d'al Qaïda

Par Alexander Cockburn, The First Post (UK) 24 mars 2011 traduit de l'anglais par Djazaïri
La guerre contre la Libye menée en ce moment par les Etats Unis, la Grande Bretagne et la France figure certainement par mi les entreprises guerrières les plus stupides, à une échelle plus réduite, c'est certain, depuis qua Napoléon s'était mis en tête d'envahir la Russie en 1812.
Ca commence avec le bras de fer entre les membres de la coalition qui disputent des objectifs fondamentaux de l'opération. Comment s'accorde « prendre toutes les mesures nécessaires » avec l'exclusion de toute « force d'occupation étrangère sous n'importe quelle forme et sur un point quelconque du territoire libyen. » La coalition peut-elle tuer Kadhafi et reconnaître un gouvernement provisoire à Benghazi ? Qui sont exactement les révolutionnaires et libérateurs de la nation dans l'est libyen ?
Aux Etats Unis, l'offensive s'est faite à l'instigation des interventionnistes libéraux [une notion approchant de celle de "gauche" institutionnelle dans le vocabulaire américain] : notamment trois femmes, à commencer par Samantha Power qui dirige le bureau des affaires multilatérales et des droits de l'homme au Conseil de Sécurité Nationale d'Obama. C'est une Américano-irlandaise de 41 ans qui s'est fait un nom pendant les années Bush avec son livre « A Problem From Hell, une étude de la réponse de la diplomatie des Etats-Unis au génocide et de l'incapacité de l'administration Clinton à réagir avec force aux massacres au Rwanda.
Elle avait dû démissionner de sa fonction de conseillère pour la campagne d'Obama en avril 2008, pour avoir qualifiée Hillary Clinton de "monstre" dans un entretien accordé au Scotsman, mais était rentrée dans les bonnes grâces après l'élection d'Obama, et le monstre qu'elle a maintenant dans son viseur est Kadhafi.
Susan Rice, ambassadrice des Etats Unis à l'ONU, est la première femme Afro-Américaine nommé à ce poste. Elle a longtemps été une ardente interventionniste. En 1996, en qualité de membre de l'administration Clinton, elle avait soutenu la force multinationale qui avait envahi le Zaïre à partir du Rwanda en 1996 et déposé le dictateur Mobutu Sese Seko, affirmant en privé « Tout sauf Mobutu. »
Mais le 23 février, elle a fait l'objet d'une attaque virulente dans le Huffington Post de la part de Richard Grenell, un ancien membre de la mission diplomatique des Etats-Unis à l'ONU pendant les années Bush. Grenell s'attardait avec sévérité sur des exemples où, selon lui, Rice et son dernier patron, Obama, jetaient l'éponge et faisaient montre d'un manque de leadership devant le tumulte qui s'emparait du Moyen orient et tout particulièrement en renonçant à soutenir le soulèvement contre Kadhafi.
Susan Rice comme Hillary Clinton ont été piquées à vif par l'attaque de Grenell. Stimulées par l'ardeur de Power, elles ont brusquement durci leur position et Clinton a lancé ses furieuses diatribes contre Kadhafi, « le chien enragé. » Pour Clinton, c'était une réédition à l'identique de ses tentatives de 2008 pour présenter Barack Obama comme une lavette pacifiste, du genre à ne pas interrompre sa sieste si le téléphone rouge sonne à trois heures de l'après-midi.
De son côté, Obama ne tenait pas trop à une intervention, la percevant comme un bourbier coûteux, une guerre de plus à laquelle étaient farouchement opposés son secrétaire à la défense Robert Gates son état-major interarmes. Mais à ce moment, les interventionnistes libéraux et les néo conservateurs s'égosillaient à pleins poumons et Obama, dans sa crainte perpétuelle d'être débordé, a succombé, s'empressant de formuler la moins convaincante des déclarations de buts de guerre de toute l'histoire de la nation.
Il a déjà récolté une menace d'impeachment de la part du député de gauche Dennis Kucinih pour s'être arrogé des pouvoirs de déclaration de guerre réservés au Congrès des Etats-Unis, même s'il faut bien dire que les protestations venues de gauche ont été assez faibles. Comme toujours, beaucoup à gauche attendent l'intervention qu'ils pourront finalement soutenir, et dès le début nombre d'entre eux ont murmuré avec délice, « C'est la bonne. » Bien entendu, le bon sens (le mien) dit simplement que rien de bon n'est jamais sorti d'une intervention des grandes puissances occidentales, que leurs buts affichés soient ou non humanitaires.
Voilà pour les instigateurs de l'intervention aux Etats Unis. En France, l'initiateur de l'intervention est le dandy intellectuel et « nouveau philosophe » Bernard-Henri Lévy, que ses admirateurs comme ses détracteurs appellent BHL. Comme l'a relaté Larry Portis dans notre newsletter sur CounterPunch, BHL est arrivé à Benghazi le 3 mars. Deux jours après, BHH était interviewé par diverses chaînes de télévision. Il apparaissait devant la caméra dans son uniforme habituel – une chemise blanche immaculée, col relevé, veste de costume noire et cheveux en bataille.
Son message était urgent mais rassurant. « Non », disait-il, « Kadhafi n'est pas capable de lancer une offensive contre l'opposition. Il n'a pas les moyens de le faire. Il a cependant des avions. C'est le vrai danger. »
BHL appelait au brouillage des communications radio, à la destruction des pistes d'atterrissage dans toutes les régions de Libye et au bombardement du bunker personnel de Kadhafi. En bref, ce serait une intervention humanitaire dont il n'avait pas spécifié les modalités [juridiques].
Par la suite, comme BHL l'a expliqué: "Je l'ai appelé [Sarkozy] depuis Benghazi. Et quand je suis rentré, je suis allé au Palais de l'Elysée pour le voir et je lui au dit que les gens du Conseil National de Transition étaient des types biens. »
De fait, le 6 mars, BHL est renter en France et a rencontré Sarkozy. Quatre jours après, le 10 mars, il a vu à nouveau Sarkozy, cette fois avec trois Libyens qu'avec de proches conseillers de Sarkozy, il avait encouragés à venir en France
Le 11 mars, Sarkozy a déclaré que le Conseil National de Transition était le seul représentant légitime du peuple libyen. A Benghazi, les gens appelaient à l'aide et applaudissaient au nom de Sarkozy. Sarko est enfin populaire, lui dont les taux d'approbation en France oscillent autour de 20 %.
Autant pour les circonstances dans lesquelles a été conçue l'intervention. Elles n'ont rien à voir avec le pétrole, tout avec le narcissisme et le calcul politicien. Mais à qui exactement ceux qui interviennent prêtent-ils secours ? C'est le grand flou de ce côté, mises à part les références enthousiastes aux révolutionnaires romantiques de Benghazi, et la ridiculisation de la façon dont Kadhafi a qualifié ses opposants de l'est du pays.
Pourtant, deux documents appuient fortement les arguments de Kadhafi sur ce point.
Le premier est un câble secret envoyé en 2008 par l'ambassade US à Tripoli au Département d'Etat US et qui figure dans la mine qu'est WikiLeaks. Intitulé « L'extrémisme en Libye orientale, » ce câble révélait que cette région était en proie à sentiment djihadiste anti-américain.
Selon ce câble de 2008, l'aspect le plus troublant ' est la fierté de nombreux Libyens de l'est, particulièrement ceux de Dernah et ses alentours, semblent ressentir pour la participation de leurs jeunes à l'insurrection en Irak… [et le] don des imams extrémistes pour propager des messages appelant au soutien et à la participation au djihad. »
Le second document, ou plutôt ensemble de documents, est ce qu'on appelle le rapport Sinjar, des documents d'al Qaïda qui sont tombés aux mains des Américains en 2007. Ils ont été analysés comme il se doit par le Combatting Terrorism Center de l'académie militaire US de West Point. Al Qaïda est une organisation bureaucratique et ces dossiers contiennent des détails précis sur ses membres, dont ceux qui sont venus en Irak pour combattre les forces américaines et coalisées et, si nécessaire, se suicider.
L'étude statistique par les spécialistes de West Point des informations sur les membres d'al Qaïda conclut qu'un pays a fourni « beaucoup plus » que n'importe quel autre de combattants étrangers proportionnellement à sa population : son nom est la Libye.
Les dossiers montrent que la "grande majorité" des combattants Libyens pour lesquels la résidence d'origine était mentionnées habitaient au nord-est du pays." Benghazi a fourni de nombreux volontaires. Tout comme Dernah, une ville à 200 kilomètres à l'est de Benghazi et dans laquelle un émirat islamique a été proclamé quand la rébellion contre Kadhafi a commencé.
Anthony Shadid, journaliste au New York Times, a même parlé avec Abdul-Hakim al-Hasadi, celui qui a promulgué l'émirat islamique. Al-Hasadi fait l'éloge des 'bons côtés' d'Oussama Ben Laden, avait rapporté Shadid, quoique il dénonce prudemment les attentats du 11 septembre contre les Etats Unis. D'autres sources ont signalé que cet admirateur fervent d'Oussama aurait une influence des plus grandes dans la formation d'un éventuel gouvernement provisoire.
L'étude par West Point du dossier Sinjar a calculé que sur les 440 recrues étrangères d'al Qaïda dont les villes d'origine sont connues, 21 venaient de Benghazi, ce qui place cette cille au 4ème rang de toutes les villes citées dans le dossier. 53 des recrues d'al Qaïda venaient de Dernah, l'effectif le plus important de toutes les villes citées dans le dossier, devant Riad en Arabie Saoudite avec 51 recrues. Mais Dernah (80 000 habitants) représente moins de 2 % de la population de Riad. Donc, Dernah apporte de très loin la plus importante contribution en matière de combattants par habitant.
Comme l'écrit Brian Fairchild, un ancien des opérations spéciales de la CIA, avec « l'absence apparente d'un quelconque plan pour une gouvernance post-Kadhafi, une ignorance de la nature tribale de la Libye et notre bilan médiocre dans la négociation avec des tribus, les documents du gouvernement américain établissent de manière concluante que dans l'épicentre de la révolte, sévit un sentiment anti-américain et pro-djihad, et avec le soutien explicite d'al Qaïda à la révolte, il est justifié de demander à nos décideurs politiques en quoi une intervention militaire américaine en soutien à cette révolte sert d'une manière quelconque les intérêts stratégiques vitaux des Etats unis. »
Comme je l'avais écrit ici il y a quelques semaines, "C'est vraiment comme si Oussama Ben Laden était en train de gagner la Grande Guerre contre le terrorisme. » Mais j'étais très loin d'imaginer qu'il [Ben Laden] verrait une alliance des Etats Unis, de la France et de la Grande Bretagne se saignant aux quatre veines pour l'aider dans son entreprise.

mercredi 23 mars 2011

L'humanisme guerrier de Barack Obama

Je vais commencer par un mea culpa : j'ai titré mon précédent post sur l'assassinat de six villageois Libyens par les forces US alors qu'ils n'ont en réalité été que blessés par les tirs américains. Le texte n'en reste pas moins valable car si les Américains leur ont tiré dessus, c'était bel et bien pour leur faire des boutonnières dans la peau.

Je passe maintenant à ce texte d'un commentateur politique qui collabore avec le magazine Time et qui cherche à expliquer la démarche d'Obama par rapport à la Libye et son évolution.

Si on comprend bien, ce qui différencie Obama de Bush père et fils, c'est qu'il prétend agir pour des raisons humanitaires et qu'il a besoin de l'approbation de la « communauté internationale » pour intervenir.

Sauf que comme on le comprend à la lecture du texte, Obama, comme tant d'autres responsables ou commentateurs aux Etats Unis, se comporte comme quelqu'un qui penserait que le permis de conduire qui lui a été délivré lui permettait de faire ce qu'il veut avec sa voiture, rouler sur la bande d'arrêt d'urgence, griller les feux rouges et envoyer valdinguer les cyclistes.

Dans ses grands projets pour l'humanité, Obama a l'aide d''une certaine Samantha Power, un genre de Bernard Kouchner au féminin.

En matière d'intervention humanitaire, si Obama s'empresse de ne rien faire pour Gaza, le Yémen ou le Qatar, et s'il donne l'exemple en Irak et en Afghanistan, il a trouvé par contre avec la Libye un terrain d'expérimentation de prédilection. Pourtant, comme l'admet Massimo Calabresi, qui a plutôt la fibre interventionniste, rien dans le comportement des forces fidèles au colonel Kadhafi ne permet d'attester la réalité de crimes de guerre. Pourtant toute la justification de l'intervention repose sur ces allégations. (or, il existe d'amples preuves des crimes commis par Barack Obama en Afghanistan par exemple).

Bref, il s'agit comme le dit l'auteur de remettre au goût du jour l'idée kouchnérienne pour faire la guerre en toute bonne conscience. Et que ceux qui croient que le procédé va rester confiné à la Libye ou rester d'application très exceptionnelle, qu'ils se détrompent puisqu'Obama a dit lui-même qu'il s'agissait de créer un précédent.

Et la guerre « humanitaire », ce n'est pas seulement pour les Etats Unis la guerre avec bonne conscience, c'est aussi une guerre relativement bon marché puisqu'elle mobilise en guise de supplétifs la communauté internationale, pardon les fameux « alliés ». En ces temps de déficits budgétaires et commerciaux monstrueux Outre Atlantique, c'est quand même intéressant de faire payer aux autres la réalisation de ses objectifs stratégiques.

par Massimo Calabresi, Swampland (Time, USA) 20 mars 2011 traduit de l'anglais par Djazaïri

 
Le président Barack Obama dit qu'il intervient pour empêcher des atrocités en Libye. Mais des détails sur les débats en coulisses à la Maison Blanche montrent qu'il va à la guerre en partie pour réhabiliter une idée.

Il y a trois semaines, j'avais publié un article intitulé "Obama ordonnera-t-il une intervention en Libye?" Il commençait ainsi : Il semble absurde de supposer qu'après l'Irak, les Etats-Unis pourraient intervenir militairement pour aider à faire tomber un autre régime arabe. Mais le risque croissant de l création par Kadhafi d'une catastrophe humanitaire, combiné à une large convergence d'intérêts, ont amené les observateurs de la crise à l'intérieur et hors de l'administration à repérer les signes avant-coureurs d'un conflit susceptible de contraindre Obama à agir. »
Mon principal argument était que si Kadhafi commettait des violations à grande échelle des droits humains contre son propre peuple, il donnerait une ouverture à ceux qui, dans l'administration, veulent réhabiliter la doctrine de l'intervention humanitaire huit années après le discrédit jeté sur les actions militaires à l'étranger conduites par les Etats-Unis. Il se trouve que Kadhafi n'en a pas fait assez pour justifier une intervention humanitaire – en dépit de leur rhétorique affirmant le contraire, l'administration et les organisations des droits de l'homme admettent que les informations sur des crimes de guerre potentiels restent non confirmées. Par contre, les interviews de hauts responsables de l'administration montrent que les réhabilitateurs [de l'interventionnisme militaire] ont convaincu Obama d'aller à la guerre pas seulement pour prévenir les atrocités que Kadhafi pourrait [ou pas] commettre mais aussi pour renforcer la capacité des Etats-Unis d'intervenir ailleurs à l'avenir.

Ce n'est pas forcément une mauvaise chose. La capacité des Etats-Unis à mobiliser une force internationale pour empêcher des voyous de tuer des innocents. Mais le président et certains de ses conseillers sont si impatients de réhabiliter l'idée d'interventions préventives qu'ils exagèrent la violence qu'ils disent vouloir prévenir par leur intervention en Libye. « L'effort pour la faire entrer dans le moule du modèle d'un génocide imminent est tiré par les cheveux, » déclare un cadre supérieur de l'administration. C'est dangereux. Les Américains méritent une explication honnête quand leurs dirigeants les conduisent à la guerre. De plu, la centration du discours sur les choses folles que Kadhafi pourrait faire obscurcissent les termes du débat que l'Amérique devrait avoir avant intervenir : empêcher d'éventuels crimes de guerre contre les Libyens a-t-il plus de valeur que les risques pour la sécurité nationale des Etats-Unis entraînés par une intervention ?
Obama et ses collaborateurs savent qu'ils prennent un grand risque. « C'est un énorme pari, » affirme ce haut responsable de l'administration. L'administration sait, par exemple, que al Qaïda qui est actif en Libye, tentera d'exploiter le vide du pouvoir qui résultera de l'affaiblissement ou de l'éviction de Kadhafi. Elle sait aussi que les Etats-Unis devront s'appuyer sur d'autres pays pour la tâche essentielle de reconstruction de la Libye et que la région pourrait en fait être encore plus déstabilisée par l'intervention. Pour Ben Rhodes, du Conseil de Sécurité Nationale, ces risques sont compensés par les avantages à long terme que constituent le fait de sauver des vies, de protéger la possibilité de changements démocratiques dans la région et – c'est révélateur – de s'assurer que la « capacité à agir collectivement soit un outil dans des circonstances telles que celle-ci. »

Une des voix les plus fortes aux Etats Unis pour l'idée d'une action collective pour prévenir des crimes de guerre est Samantha Power, membre de la direction du Conseil de Sécurité Nationale. Fin 2006, Mme Power m'avait dit que les interventions humanitaires internationales avaient été « tuées pour une génération » par l'invasion de l'Irak par les Etats Unis. Alors professeur à Harvard, mieux connue pour son livre lauréat du prix Pulitzer avec l'histoire de la réponse de l'Amérique au génocide (un livre qu'elle avait écrit après avoir couvert les guerres en Bosnie et en Croatie et avoir étudié le génocide au Rwanda), Power était fermement convaincue du bien fondé d'interventions internationales pour empêcher les crimes de guerre. Comme tant d'autres, elle avait été déçue de voir la cause de la prévention des génocides affaiblie par l'intervention unilatérale de George W. Bush en Irak , qui avait discrédité l'action militaire des Etats Unis à l'étranger et rendu apparemment impossible la formation de coalitions pour faire cesser des crimes de guerre.

Mais le soulèvement libyen a donné à l'interventionnisme humanitaire un sursis inattendu. L'hostilité généralisée à Kadhafi dans le monde arabe, les intérêts énergétiques européens, la crainte d'une instabilité régionale et l'arrière-fond des soulèvements arabes pour la démocratie ont fourni aux interventionnistes à Washington des alliés improbables au niveau national et à l'étranger. Power a soutenu dès le début du soulèvement libyen que les Etats Unis devaient se tenir prêts à intervenir pour empêcher des atrocités. Elle a été rejointe dans son propos par Susan Rice, l'ambassadrice d'Obama aux Nations Unies qui était dans l'administration Clinton au moment du génocide rwandais. Début février déjà, un haut fonctionnaire m'avait dit que les partisans d'une intervention jetaient les bases pour la force militaire.

Obama a adopté la posture interventionniste par le passé. Dans son discours d'acceptation du prix Nobel, il avait dit, « Nous sommes de plus en plus confrontés à des questions difficiles sur la manière de prévenir le massacre de civils par leur propre gouvernement, ou de stopper une guerre civile dont la violence et les souffrances peuvent s'emparer de toute une région. Ma conviction est que la force peut être justifiée sur des bases humanitaires, comme c'était le cas dans les Balkans, ou dans d'autres lieux qui ont été déchirés par la guerre. L'inaction pèse sur notre conscience et peut conduire à une intervention plus coûteuse par la suite. C'est pourquoi toutes les nations responsables doivent adhérer au rôle que des armées avec un mandat clair peuvent jouer pour maintenir la paix.
Mais sur des questions comme la fermeture de Guantanamo Bay et du jugement des présumés terroristes par des tribunaux civils Obama a abandonné les principes qu'il avait affichés auparavant quant il s'est retrouvé devant l'opposition du Département d la Défense, des services de renseignements et de faucons parmi ses proches conseillers. Dans le cas présent, le pentagone s'est aussi positionné contre les principes d'Obama. Du côté militaire, le scepticisme régnait les premiers jours quant à la possibilité d'obtenir par une zone d'exclusion aérienne ce qu'on voulait militairement, » explique un haut responsable de l'administration. Un autre cadre de l'administration est plus direct : [Le secrétaire à la défense] Gates avait essayé de l'empêcher. »

Cette fois, Obama s'est servi des arguments des militaires contre eux. Mardi dernier, à 16h, Obama tenu une réunion avec ses hauts conseillers pour décider si les Etats Unis devaient soutenir une résolution de l'ONU présentée par le Liban proposant une zone d'exclusion aérienne en Libye. Power et la secrétaire d'Etat Hillary Clinton ont soutenu la résolution. Le président a écouté les préoccupations du pentagone et de ses hauts conseillers sur l'insuffisance d'une zone d'exclusion aérienne pour empêcher les violences contre les civils. Mais il n'a pas abandonné cette idée.
Après cette réunion, Obama a dîné avec le commandement opérationnel et a discuté d'une intervention. Plus tard dans la soirée, à 21h, il a réuni à nouveau le Conseil national de Sécurité et après deux heures de réunion, a chargé Rice d'essayer d'obtenir l'approbation de l'ONU pour une action plus ferme. Jeudi, elle a proposé une résolution soutenant largement « toutes les mesures nécessaires pour protéger les civils. »

Le jour suivant, Obama déclarait que les Etats Unis intervenaient en Libye non seulement pour prévenir des attaques de Kadhafi contre les civils, mais pour créer un précédent. Si Kadhafi n'était pas stoppé, a-t-il dit, « le discours de la communauté internationale serait vidé de son sens. » L'administration aura peut-être de la chance et l'intervention mettra peut-être la Libye sur le chemin de l'évolution démocratique en contribuant au changement politique qui balaye la région. Ce qui importe sans doute plus pour les réhabilitateurs, c'est qu'elle donnera une crédibilité nouvelle à l'idée de l'intervention humanitaire. Mais même ces officiels de l'administration qui veulent le retour de l'interventionnisme humanitaire réalisent l'importance de l'enjeu. « Je prie pour que ça marche, » dit l'un d'eux.