mercredi 10 octobre 2012

La Syrie décidée à gagner la bataille de la crème glacée


Non, c'est pas la guerre chimique.

Je vous disais que les affaires reprennent entre la Jordanie et la Syrie. Et ces affaires ne concernent pas que le contrat passé par le ministère jordanien de l’agriculture mais une spécialité damascène bien connue : la crème glacée.

Bikdash, le fameux glacier de la capitale syrienne vient en effet de s’implanter à Irbid en Jordanie. Non pas que la célèbre maison ait fui la Syrie, mais un investisseur Jordanien intuitif s’est dit que la présence de réfugiés Syriens représentait un atout favorable à l’implantation d’une succursale du glacier de Damas.

Bien vu, puisque la clientèle d’expatriés Syriens a vite été rejointe par une clientèle locale séduite par la qualité du produit.

La crème glacée est confectionnée en Jordanie avec des ingrédients venus de Damas et d’Alep tandis que la main d’œuvre a été envoyée par la maison mère avec l’autorisation d’une administration syrienne des frontières plus tatillonne que jamais.

La vidéo ci-dessous donne un aperçu du mode de préparation en rythme de la fameuse crème glacée.



par Taylor Luck, Jordan Times (Jordanie) 9 octobre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Irbid - Hamzeh Hashish plonge le pilon en bois massif dans la cuve de crème, et le rythme régulier du martèlement est le même que celui dont l’écho retentit dans les rues de Damas depuis un siècle.
Avec le mixage de six lots en autant d’heures, cette journée était comme n’importe quelle autre journée de ses dix années de carrière passées à servir de la crème glacée artisanale dans la capitale syrienne.
A une chose près: Hashish est maintenant en Jordanie.

«J’oublie parfois que je ne suis plus en Syrie tant que je n'ai pas passé la porte,» admet Hashish

Bikdash, l’icône de la culture syrienne, a transporté le mois dernier sa fameuse crème glacée et son nappage de l’entrée du souk Hamadiya à la ville d’Irbid dans le nord de la Jordanie.
L’arrivée de Bikdash sur le marché jordanien est le fruit des cogitations d’ Abdul Wahab Ababneh, qui dit avoir constaté un accroissement de la demande pour cette douceur glacée au moment où le conflit syrien entrait dans sa deuxième année.

En Jordanie, nous avons deux marchés en croissance: les expatriés Syriens et les Jordaniens qui avaient coutume de voyager en Syrie et qui recherchent un goût de Damas” explique l’investisseur Jordanien.

D’un point de vue commercial, il aurait été stupide de ne pas ouvrir une branche en Jordanie”
Au début de cette année, Ababneh avait noué des contacts avec Bikdash qui, selon ses employés, connaît un ralentissement de son activité à cause du conflit en cours.

 “On avait des files d’attente jour et nuit devant la porte” explique Mohammad Ahmad, qui a travaillé pour la branche damascène de Bikdash pendant cinq ans.
 “Depuis que le conflit est présent à Damas, nous avons de la chance quand nous avons plus de deux clients à la fois.”

Soucieux de donner un coup de fouet à ses affaires, Bikdash a rapidement accepté d’ouvrir une boutique de l’autre côté de la frontière.

Afin de saisir l'essence et la saveur qui ont  séduit des générations de Damascènes et de touristes, Ababneh a fait en sorte que la production reste «100 % syrienne».
Ababneh importe la crème depuis l’atelier de la compagnie à Damas, les pistaches d’Alep et a même fait venir des employés de la maison mère Bikdash dans la capitale syrienne pour assurer la production des spécialités du glacier.

La crème glacée syrienne n’est pas seulement un dessert; c’est un art – qui n’est pas à la portée de n’importe qui.”
Ababneh affirme.  “Si nous faisons le moindre changement, ce ne sera plus Bikdash”

Selon les clients, Bikdash et Ababneh ont trouvé ensemble une recette gagnante.

Abu Muath fait partie des dizaines de réfugiés Syriens qui ont traversé le pays pour un gout nostalgique de leur patrie.
Cet homme de 44 ans originaire de Dar'a explique que sa famille et lui ont fait une heure d’autobus depuis leur appartement en colocation à Mafraq rien que pour goûter la crème glacée qui était autrefois le moment fort de toute excursion à Damas.
Chaque fois que nous parlons du pays, nous parlons de missiles et de tanks, de qui a survécu et qui n’a pas survécu” déclare Abu Muath tout en tendant une coupe de glace au chocolat tout juste brassée à son fils âgé de cinq ans.

C’est bon de s’arrêter un moment et de se rappeler des choses qui font que la Syrie est un beau pays”

La crème glacée syrienne centenaire vient même de se gagner de nouveaux fans en Jordanie puisque des centaines d’habitants d’Irbid sont devenus des clients réguliers en seulement quelques semaines.

Tous ceux qui sont allés à Damas parlent toujours de deux choses: le shopping et la crème glacée” affirme Fatima, 22 ans, étudiante à l’université de Yarmouk, présente dans la file d’attente.
Maintenant, je peux voir ce dont tout le monde parlait.”

Malgré son succès initial, ‘’Bikdash Jordanie’’ doit relever plusieurs défis, déclare son propriétaire.
En raison de restrictions au transport de marchandises, les livraisons arrivent avec retard de Syrie, voire pas du tout et la société a eu des difficultés pour faire venir ses employés du fait du strict contrôle de Damas à la frontière.

 “C’est parfois comme si nous avions affaire à des secrets d’Etat, et pas à de la crème glacée” concède Ababneh.

Malgré les difficultés, Bikdash envisage déjà d’accroître sa présence en Jordanie, avec Ababneh en quête d’un distributeur à Amman et qui étudie une troisième implantation à Akaba.

Alors que le conflit s'éternise et que le nombre de réfugiés augmente, les Syriens affirment que la demande est appelée à croître pour cette friandise glacée qui est devenue avec le temps un symbole de fierté syrienne.

"En temps de guerre ou de paix, en Jordanie ou en Syrie, on a parfois tous besoin de  quelque chose de simple," déclare Abu Muath que faisait tournoyer sa cuillère dans la crème fraîchement pilée.

"Un petite dose de quelque chose de sucré."

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