Affichage des articles dont le libellé est Moshe Dayan. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Moshe Dayan. Afficher tous les articles

samedi 5 novembre 2011

Parole d'expert: le sionisme a fait son temps

Dans l’article que je vous propose, Rula Jebreal, qui est palestinienne, a eu une longue conversation avec Ruth Dayan, l’ex-femme du général Moshe Dayan dont elle était divorcée. Elle n’est donc pas la « veuve » de cet officier sioniste contrairement à ce qu'indique le titre de l'article.
La tonalité de l’entretien a été à l’évidence cordiale et les deux femmes, bien que séparées par une importante différence d’âge (Ruth Dayan a 95 ans) sont amies.
Mme Dayan a été, et reste une personne active et engagée dans la fidélité à ses engagements initiaux sionistes et socialistes. Elle déplore fortement la politique menée par le gouvernement de Benjamin Netanyahou et par Avigdor Liberman, le ministre des affaires étrangères qu’elle surnomme Doberman.
D’une certaine manière, cette personne au charme indéniable et aux valeurs humanistes mais qui n’a pas renoncé au sionisme va aussi loin qu’il est possible à un tenant de cette idéologie dans l’ouverture aux Palestiniens et dans la recherche de la justice.
C’est dire que ça na va finalement pas très loin politiquement parlant tant il y a contradiction entre l’objectif qu’elle affiche et celui qu'a toujours poursuivi le sionisme, c’est-à-dire une mainmise sur toute la Palestine et non un partage de cette dernière entre deux Etats.
Sur les plans émotionnel et affectif, l’investissement est par contre énorme et rappelle celui de certains Pieds Noirs d’Algérie, humanistes sincères qui versaient dans un paternalisme qu’il serait injuste de qualifier de méprisant, ou alors de manière non consciente.
Cette dualité explique sans doute pourquoi cette dame âgée, représentative d’une partie du sionisme pionnier, a des mots très durs pour l’actuel gouvernement de Tel Aviv qu’elle accuse en fin de compte de trahir les principes fondateurs de l’Etat sioniste. Alors que Netanyahou, Liberman et consorts ne sont rien d’autre que des sionistes cohérents.
L’incohérence du discours de Mme Dayan est patente et on ne saurait lui en vouloir d’avoir aimé Moshe Dayan. C’est cette incohérence qui l’amène à scotomiser certains aspects des relations de l’entité sioniste avec l’Egypte et les Palestiniens mais aussi à souhaiter le retour à la tête de la diplomatie sioniste de Tzipora Livni, celle là même qui avait été la VRP de l’opération « plomb durci. » contre Gaza fin 2008, début 2009.
Elle est finalement assez typique de ces Juifs qui avaient adhéré au sionisme dans l’espoir de devenir des gens comme tout le monde, c’est-à-dire de devenir un peuple doté d’un territoire et ne se concevant pas comme en exil. C’était, ainsi que l’explique Gilad Atzmon dans son livre «The Wandering Who», une des motivations du sionisme politique sauf que ce dernier a satisfait cette aspiration au détriment du peuple palestinien, d’où l’idée d’une « terre sans peuple » (et pour le sionisme, le peuple palestinien n’existait et n’existe toujours pas). Cette idéologie d’un peuple prétendument comme les autres n’a cependant pas renoncé à son ’exceptionnalisme.
Il est d’ailleurs curieux de voir  Ruth Dayan affirmer, comme Gilad Atzmon, que le sionisme a «fait son temps.  A 95 ans, elle a certainement le recul nécessaire pour en juger avec sûreté.
Ruth Dayan et Rula Jebreal

Ces propos surprenants ont été tenus la semaine dernière à Tel Aviv par Ruth Dayan, 95 ans, veuve d’un des pères fondateurs d’Israël.
par Rula Jebreal, The Daily Beast (USA) 30 octobre 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

Vêtue avec élégance et maquillée à la perfection, Ruth Dayan, 95 ans, me reçoit avec un grand sourire à son domicile de Tel Aviv qui surplombe la mer Méditerranée. La charismatique, alerte et extrêmement intelligente Mme Dayan est la veuve de Moshe Dayan, le légendaire chef d’état major de l’armée israélienne et un des acteurs principaux de la guerre d’indépendance de 1948. De fait Moshe Dayan avait acquis le statut de symbole de la puissance du pays pendant la guerre des six jours en 1967, quand Israël prit le contrôle de Gaza, de la Cisjordanie, de Jérusalem Est et du plateau du Golan [l’auteur a curieusement omis le Sinaï]. Les Israéliens se sentaient invincibles avec ce personnage imposant à la barre. Ayant perdu un œil au combat, il avait choisi de porter un cache-œil noir qui devint sa marque de fabrique. Dans les années qui ont suivi son décès, Ruth a conservé un franc parler peu commun parmi les personnages politiques de sa génération.

Soixante trois ans après que les fondateurs ont commencé à bâtir un Etat démocratique, prospère et sûr, Israël vit toujours dans la tension : il n’y a pas d’accord de paix avec les Palestiniens, les tensions entre Israéliens et Arabes s’aggravent de jour en jour, et la violence perdure. Sous la direction de Benjamin Netanyahou et du parti Likoud, Israël s’est trouvée en proie à des divisions politiques. Le gouvernement s’est positionné politiquement plus à droite afin de conserver une majorité au parlement. Cet été pourtant, des Israéliens de gauche [liberal] ont installé des villages de tentes pour protester contre les énormes inégalités de revenus et la coût élevé de la vie dont souffre la nation. Moshe Dayan est considéré comme étant un des «pères fondateur» d’Israël et il existe une certaine nostalgie aujourd’hui, surtout chez les Ashkénazes de la classe moyenne qui le voient comme une figure fraternelle et un symbole du sacrifice collectif et des liens communautaires.

Mme Dayan

Elle soupire et se rajuste avant de poursuivre. «L’ancienne Israël me manque, on pouvait voyager seul jusqu’à Gaza au lendemain de notre victoire dans la guerre de 1956. Moshe était déjà un héros de la guerre, connu aussi bien des Israéliens que des Arabes. Quand j’ai rencontré le maire Palestinien [de quelle ville ?], je me suis présentée comme étant Ruth Dayan. Le maire a failli faire un malaise cardiaque, » dit-elle en riant. « Ses collaborateurs avaient promptement quitté les lieux. Il m’a demandé prudemment ce que je venais faire, et j’ai répondu que je voulais voir leurs tapis. Il s’est étonné et m’a demandé « Des tapis ? » Je dirigeais Maskit à cette époque, une chaîne de magasins d’artisanat et d’arts traditionnels. Nous employions des immigrants Bulgares, et je voulais aussi embaucher des Arabes. J’ai embauché des Arabes dans tout le pays pour fabriquer des tapis et d’autres articles. Il s’agissait de vivre ensemble, de travailler ensemble, de jeter un pont. Aujourd’hui, nous utilisons de la main d’œuvre étrangère en Israël parce que les palestiniens n’ont plus le droit de venir travailler. Et cette expansion continue des colonies partout – je ne peux l’accepter. Je ne peux tolérer cette dégradation dans les territoires [occupés] et blocs de béton pour barrer partout les routes.  Et cet horrible mur ! Ce n’est pas juste. »

Les tensions entre Juifs et Arabes en Israël sont particulièrement fortes depuis la seconde intifada qui avait commencé en 2000. Le mur élevé pour protéger la nation d’attaques terroristes enserre la bande de Gaza et la Cisjordanie, mais il coupe aussi les contacts entre les deux populations. Ruth Dayan est connue pour sa liberté de pensée dans la société israélienne. Et son dévouement comme ses efforts continuels pour rapprocher israéliens et Palestiniens sont légendaires. «Moshe avait une politique à double détente : des raids punitifs transfrontaliers brutaux en représailles contre les Arabes, et dans le même temps, il prenait la tête d’une délégation pour les négociations de cessez-le-feu avec le roi Abdallah de Jordanie. Il était un combattant et un négociateur. C’était un tacticien et un réaliste – il ne voyait jamais les choses tout en noir ou tout en blanc. Après la mort de son frère Zorik, dans les combats de 1948, Moshe avait tendu la main à la communauté druze qui avait été responsable de la mort de son frère et avait passé un accord de paix avec elle. Le père de Moshe ne le lui avait jamais pardonné.»

En fait, la famille Dayan a été rudement mise à l’épreuve par les événements historiques lies à la création de l’Etat d’Israël. « Vous savez, Moshe est décédé il a 30 ans ce mois-ci [octobre]. Son courage et sa bravoure ont façonné l’histoire d’Israël.» Pour le 30ème anniversaire de sa mort, Ruth Dayan a écrit une lettre d’amour à Moshe  qui a été publiée dans un des plus grands journaux israéliens. Mais Ruth se plaint que le journal ait parlé longuement des nombreuses aventures sentimentales de Moshe plutôt que de sa contribution au service de l’Etat. « Les femmes tombaient comme des mouches aux pieds de Moshe, mais je m’enfichais. Le magnétisme disparaissait à la table du repas.» Indépendamment  de ses sentiments réels par rapport aux infidélités de son mari, Dayan tient à défendre sa mémoire. « On peut divorcer d’un mari, mais on ne peut pas divorcer d’avec une légende. » Leur plus jeune fils, Assi, a parlé publiquement de ses conflits avec son père. Comme l’explique Ruth, « C’était une sensation de ressentiment et d’abandon » du côté de son fils. Pour Moshe, « les missions militaires étaient la priorité absolue… Nous avions dû abandonner une vie que nous adorions à la ferme. Nous avons déménagé souvent dans tant d’endroits. C’était devenu une gageure que d’avoir une ambiance familiale adéquate au moment où Moshe avançait dans sa carrière. Les problèmes du pays nécessitaient des solutions immédiates. » Ruth ajoute, « J’avais visité Naplouse dans ce qu’on appelle maintenant la Cisjordanie. Le gouverneur militaire m’avait demandé si je pouvais aller rencontrer des femmes Arabes en prison pour voir si je ne pourrais pas les amener à broder. Plus tard dans la journée, quand je suis rentrée à la maison, Moshe m’a critiqué en me disant : « J’ai mis ces femmes en prison et tu vas leur rendre visite. Qu’est-ce que tu fais ?!? J’avais alors décidé qu’il était temps pour nous de divorcer. »

Ruth Dayan est issue d’une famille «laïque» aisée. Son grand-père était diplômé de la Sorbonne et sont père avait étudié à la London School of Economics. A l’âge de 17 ans, elle a abandonné l’école, quitté la maison confortable de ses parents à Jérusalem pour aller dans un centre de formation agricole à Nahalal, un village coopératif dans la vallée de Jezreel en basse Galilée. Son rêve était de construire des kibboutzim, des fermes et de travailler la terre. C’est là qu’elle rencontra Moshe qui était né dans la dure réalité du travail éreintant, de la boue et des odeurs de la vie en kibboutz à Degania. «Il savait faire pousser les récoltes et les arbres fruitiers. Il s’occupait des arbres comme si c’étaient ses propres enfants.» Ruth et Moshe se marièrent en 1935, un an après leur rencontre et ils aspiraient tous deux à un pays basé sur des idéaux socialistes. « Le travail était au centre de nos vies. Je trayais les vaches même le jour de mon mariage, » dit-elle. « Avant le lever du jour, chaque matin je faisais du pain, du fromage et j’e m’occupais des animaux pendant que Moshe travaillait la terre, alors je comprends parfaitement les Arabes et leur attachement à la terre. La vie à la ferme me manque, les vaches, les chiens, même la crasse.»

 [ici, c’est Rula Jebreal qui parle]
J’étais une adolescente Arabe de Jérusalem Est pendant la première intifada. J’ai vu les multiples visages d’Israël, surtout ceux de soldats Israéliens qui imposaient la loi martiale à ma communauté, mais je me suis aussi liée d’amitié avec des gens de gauche comme Rula dont les convictions en faveur de la coexistence et de la réconciliation ont élargi ma façon de voir. Les échos d’années de violences ont diminué le nombre de modérés. Je crains que sans plus de personnes comme Ruth Dayan, les enfants de ce pays ne grandissent en s’accoutumant à la haine et à une profonde division raciale qui devient insurmontable.

Ruth me fait partager ses liens profonds avec la communauté arabe sous la forme d’une lettre écrite en 1924 à sa grand-mère, Mme Clinker, par Nazira Zananiri. Zananiri remercie sa chère amie israélienne pour une carte de Noël qu’elle a reçue de sa part. L’affection entre les deux femmes est évidente. « Ma mère parlait arabe et nous accueillions souvent des palestiniens à la maison. Nous vivions parmi eux, même en temps de guerre. Pour le double mariage de nos enfants Assi et Yael en 1967, nous avions invité des Israéliens, des Druzes [les Druzes sont des Arabes, NdT], des Arabes, c’était une fête magnifique.»

L’opinion commune en Israël, avant la demande d’admission d’un Etat palestinien à l’ONU en septembre dernier, était qu’en érigeant un mur, le gouvernement n’aurait plus à s’occuper du problème palestinien. La sécurité serait garantie. Une défense matérialisée physiquement était construite pour faire rempart contre les journées sanglantes du terrorisme impulsé par le Hamas.
.
Mais il n’a pas mis fin à la guerre intestine. Les derniers gouvernements israéliens ont été pris en otage par les partis politiques ultra-orthodoxes qui dictent les orientations nationales en demandant d’importantes subventions et des prix modérés pour les logements dans les colonies en échange de leur soutien au parlement.
Ces partis politiques et leur électorat, les ultra-orthodoxes, sont en train de transformer le visage de la nation en promouvant une intransigeance idéologique qui s’oppose à tout accord de paix avec les Palestiniens. Ce qui a créé d’énormes tensions avec l’administration Obama et est à rebours de la vision de personnes comme Moshe Dayan qui, après avoir subi une défaite psychologique avec la guerre d’octobre 1973, avait initié un dialogue d’un nouveau genre avec l’Egypte. Moshe Dayan était passé du discours « Jamais de paix sans Sharm el Cheikh et jamais de Sharm el Cheikh sans la paix » à une entrée en négociations avec Anouar Sadate sous l’égide de l’administration Carter. Cette transformation politique ne s’est pas perdue avec Ruth.

“Pour Netanyahou, la paix n’est qu’un mot et ce [l’actuel ministre des affaires étrangères] Lieberman ?... c’est l’homme le plus affreux de tout le pays. La façon dont il parle de nos Arabes, nos Arabes israéliens est inacceptable. J’appelle Liberman « Doberman », comment un tel homme peut-il représenter notre pays ? » Ruth soutient par contre le prochain leader potentiel d’Israël, Avishay Braverman, un député au parlement. « J’ai été impressionné par son travail à l’université Ben Gourion. J’aimerais aussi voir quelqu’un comme Tzipi Livni au poste de ministre des affaires étrangères. Elle a été une grande représentante d’Israël quand elle était ministre des affaires étrangères. Elle comprend la diplomatie et, par-dessus tout, elle est bien élevée, pas comme Avigdor Liberman. Je l’ai même dit à la télévision – ce Doberman est dérangé. »  Liberman a plaidé pour un transfert forcé des citoyens arabo-israéliens dans un futur Etat palestinien en échange de la conservation des blocs de colonies juives en Cisjordanie, et il a proposé une série de lois anti-arabes.

A l’opposé, Moshe Dayan était capable de faire évoluer ses points de vue politiques. Dans ses premiers discours, il niait l’existence de la Palestine alors que plus tard, devenu ministre des affaires étrangères, il acceptera l’autonomie palestinienne et négociera les accords de Camp David avec l’Egypte. Dans le cadre de ces accords, les Israéliens accepteront de se retirer de la péninsule du Sinaï en échange de la paix avec Le Caire, le tout malgré que les vues de Dayan étaient en conflit avec celles du premier ministre Menahem Begin. « [Feu le dirigeant palestinien Yasser Arafat qui m’embrassait toujours quand nous rencontrions avait du respect pour lui. Tout comme le roi Abdallah de Jordanie. «Quel plaisir d’avoir votre mari pour ennemi,» disait-il. Moshe a toujours traité les Arabes avec respect Même après la guerre des six jours, il se rendait à titre personnel en Cisjordanie. Il aimais passer du temps avec les Arabes et il allait à Naplouse sans escorte.. Il pensait que e travail nous rapprocherait. Il dialoguait avec les Arabes. Comme le faisait mon beau-frère Ezer Weizman qui était pilote et devint ensuite président d’Israël. Il croyait aussi vraiment en la paix. Il connaissait Le Caire comme sa poche pour s’y être rendu très souvent en mission. Il riait et plaisantait souvent avec le président Sadate. Les relations étaient différentes à l’époque. «Qui parle avec les Palestiniens aujourd’hui?» demande-t-elle.

Pour évoquer la position conservatrice de l’actuel premier ministre, Ruth Dayan s’efforce d’être claire. «Je rejette la politique de Netanyahou, c’est la recette pour le désastre. Il n’a pas la volonté de traiter le problème. C’est une mentalité de bunker [de ghetto, NdT]. Nous avons eu les accords d’Oslo, qui ont établi un contrôle palestiniens sur certains secteurs de la Cisjordanie et de Gaza, tandis que d’autres zones restaient sous contrôle mixte. Les accords avaient institué une force de police palestinienne, mais rien n’a changé. Le nombre de colonies a augmenté pour passer de 60 à 200, les checkpoints de l’armée sont partout et la liberté de circulation presque inexistante. La violence reste le seul langage. Je n’essaye pas d’instiller de l’optimisme à mes amis Palestiniens. Par politesse, je leur dis que j’espère que quelque chose va changer. Mais je ne parle plus du tout de paix. Je n’en ai pas le courage. J’ai tant d’amis Arabes. Mon âme soeur est Raymonda Tawill, la belle-mère d’Arafat. Ce gouvernement ne représente pas mes valeurs. Il est allé trop loi. Les deux côtés pensent être des combattants de la liberté.»

Ruth Dayan s’exprime comme un leader né. Quand je la provoque avec la question de savoir si les mesures de sécurité sont justifiées par le terrorisme, elle m’interrompt pour dire : « Oh, je vous en prie, rein n’arrêtera le terrorisme sauf e dialogue. [Yitzhak] Rabin aurait abouti à la paix. Il combattait le terrorisme comme s’il n’y avait pas de négociations et il négociait comme s’il n’y avait pas de terrorisme. Aujourd’hui, il faut appliquer la solution à deux Etats parce que nous avons évolué séparément et ce serait mieux si chacun s’occupait de ses affaires. Nous ne sommes déjà pas capables de nous entendre entre nous.»

Ayant prévu d’aller voir un ami, elle me ramène chez moi et nous continuons notre conversation dans la voiture. La radio rapporte la nouvelle de la mort de Mouammar Kadhafi. Dayan est indignée. « Pourquoi ne pas l’avoir jugé ? C’est barbare. Même les pires criminels ont droit à un procès équitable. C’est le prix de la démocratie ! Pourquoi faire démarrer la Libye nouvelle par le sang versé, » Kadhafi, me dit-elle, lui avait envoyé un livre en 2008 dans lequel il décrivait son plan de paix. Il écrivait que tout le monde devait vivre ensemble et tirer parti des ressources des uns et des autres. Je lui avais envoyé un mot de remerciement et donné le livre à Shimon Peres.»

Dayan poursuit : «Israël n’est pas un rêve aujourd’hui, c’est un pays avec beaucoup de problèmes. C’est une société high-tech qui communique via ’iPad, iPhone et Facebook au lien d’avoir des enfants qui se parlent. Notre jeunesse vit partout dans le monde, là où elle peut trouver du travail. Il y a une fuite des cerveaux. Je suis très inquiète au sujet de où tout cela nous mènera. Je suis vraiment fière des 300 000 manifestants qui exigent la justice sociale. Je dis continuez et ajoutez la question palestinienne à vos revendications ! C’est aussi une question de justice et liée à notre avenir.» Ruth Dayan ne fait pas que parler, elle agit aussi : il y a quelques mois, elle invité 300 personnes de Kharbata, un village arabe de Cisjordanie, à faire un séjour en Israël. « je leur ai obtenu des permis d’entrée et ils ont été magnifiquement bien traités. Je les ai emmenés à la plage où ils ont nagé et les enfants se sont si bien amusés qu’il semble que pendant un jour au moins, ils ont eu une vie normale. C’est mon but ultime.»


vendredi 26 mars 2010

Sionisme et apartheid: la presse espagnole enfonce le clou

L'Espagne, comme d'autres pays à vrai dire, a été accusée de connaître un regain d'antisémitisme. Et il faut dire que cette accusation n'est pas exactement passée comme une lettre à la poste et qu'elle a suscité une réaction de la presse espagnole.
Je l'avais déjà noté dans un précédent post où je vous proposais un article du journal El Pais. Cette fois, c'est La Vanguardia, le grand quotidien hispanophone de Barcelone qui s'y met en publiant un long article qui porte sur l'apartheid dans l'entité sioniste. Cet article est le fait d'un spécialiste puisque rédigé par un guide touristique qui exerce en Afrique du Sud et a donc quelque compétence pour comparer la situation de l'Afrique du Sud du temps de l'apartheid et ce que subissent actuellement les Palestiniens. La vanguardia n'est pourtant pas un journal particulièrement pro palestinien!
L'article donne des indications précises sur les relations entre l'entité sioniste et le régime d'apartheid sud africain. Il met notamment en relief le rôle de l'institution communautaire juive, partie prenante du régime d'apartheid et fer de lance de la mise en relation de l'Afrique du Sud avec l'entité sioniste. Il souligne aussi le rôle de personnalités juives, dont le chanteur Johnny Clegg est une des figures les plus connues, dans la lutte contre l'apartheid. Ces Juifs, nombreux au demeurant, n'étaient par contre pas intégrés dans le système communautariste juif d'Afrique du Sud. Ils n'agissaient pas en tant en qualité de Juifs que de militants de gauche ou tout simplement antiracistes.
On peut lire que John Vorster, futur premier ministre Sud Africain, interné par les Britanniques pendant la seconde guerre mondiale pour cause de sympathies pour le nazisme, n'en sera pas moins couvert d'éloges par des dignitaires du régime sioniste comme Moshe Dayan ou Yitzhak Rabin.
Et que Shimon Peres (prix Nobel de la paix!), chargé en tant que ministre de la défense de la coopération militaire avec Pretoria, ne regrette rien puisque, dit-il, "Il faut oublier le passé," "Le passé ne m'intéresse pas."
Shimon Peres est un de ceux qui somment pourtant le monde entier d'entretenir la mémoire de l'holocauste...



Apartheid en Israël
Quiconque a vécu dans l'Afrique du Sud de l'apartheid et voyage aujourd'hui en Israël observera des choses désagréablement familières.
par Jaume Saladrigas au Cap, La vanguardia (Esp) 23 mars 2010 traduit de l'espagnol par Djazaïri

Il est courant de lire des articles sur le malaise que ressentent les politiques Israéliens devant l'actuel climat d'antisémitisme qui, selon eux, s'est installé en Espagne. Par antisémitisme, certains entendent les opinions opposées ou qui interrogent les actions de l'actuelle administration israélienne. L'Etat hébreu est celui de l'apartheid, entend-on souvent. Pourquoi les autorités israéliennes s'indignent-elles chaque fois que quelqu'un en vient à faire des comparaisons avec l'ancien système d'apartheid en Afrique su Sud? Et dites-moi en quoi est-il antisémite de dire quelque chose de ce genre?

Dans les années 1950, DF Malan, premier ministre d'Afrique du Sud, créa un système de lois qui rappelaient celles de Nuremberg, à l'époque d'Hitler: la loi sur l'état civil qui classait la population en fonction de la race. Des lois qui interdisaient les relations sexuelles ou matrimoniales entre personnes de races différentes. Des lois qui excluaient les noirs du monde du travail blanc.

Les origines de l'antisémitisme des Afrikaners remonte à une décennie avant 1948,année qui vit le Parti Nationaliste remporter pour la première fois des élections législatives. DF Malan avait déclaré son opposition à l'acceptation par l'Afrique du Sud de réfugiés Juifs supplémentaires venant d'Allemagne. A cette fin, il proposa des lois anti-immigration. Dans un discours au parlement, il défendit ainsi sa position: "On m'accuse souvent de discrimination envers les Juifs pour le simple fait d'être Juifs. Je vous dis en toute sincérité que c'est le cas; je les discrimine parce qu'ils sont Juifs."

La présence de communautés juives en Afrique du Sud est antérieure aux événements de la seconde guerre mondiale. Au 19ème siècle, arrivèrent des familles entières ou ce qui restait de familles décimées qui fuyaient les pogroms en Lituanie et en Lettonie. Avec Staline, les persécutions contre les Juifs s'accentuèrent, ce qui provoqua une deuxième vague de réfugiés vers l'Afrique du Sud. Avec la découverte en 1860 des riches gisements de diamants de Kimberly et l'enrichissement notable de certains membres de la communauté juive, l'antisémitisme s'accrut. Les préjugés, les clichés: "le Juif est avare" étaient déjà à l'époque très répandus. La guerre anglo-boer à la fin du 19ème siècle servit aussi d'argument à des politiciens mal intentionnés. Ces derniers ne tardèrent pas à accuser les Juifs de s'enrichir aux dépens des perdants [les Boers]. Hendrik Verwoerd, rédacteur en chef de l'influent journal Die Transvaler et fondateur du mouvement Apartheid, soutenait que les Juifs en Afrique du Sud et dans le monde poursuivaient le même objectif: contrôler l'ensemble de l'économie. Les outils de communication (presse et radio) entre les mains de l'appareil du parti Nationaliste ne rataient aucune occasion de lancer une campagne antisémite. Il faut se souvenir que les Afrikaners s'étaient montrés favorables à la cause d'Hitler randis que les Sudafricains d'origine anglaise - dont étaient isus presque tous les membres du gouvernement - soutenaient le camp allié.
Don Krausz, survivant de l'holocauste (sa famille a eu moins de chance) et président de l'association des survivants de l'holocauste en Afrique du Sud, le rappelle bien: "Les Afrikaners, et en particulier les adhérents ou sympathisants du Parti Nationaliste, nous haïssaient. La presse afrikaans était un calque du journal hitlérien "Der Stürmer". Les Juifs vivaient dans une anxiété constante sous la menace des Afrikaners. A Potschefstroom, d'où est ma femme, les milices des Chemises Grises jetaient des pierres sur les magasins juifs. Ou pire encore, ils y mettaient le feu ou les faisaient exploser. Ces gens là seront au pouvoir en 1948. Peu de ministres n'avaient pas la nostalgie du IIIème Reich et du nazisme."

Après la guerre, le Parti nationaliste remporta les élections de 1948 et lança un vaste processus de transformation politique. Peu importaient les différends avec les anglophones (représentés par le Parti de l'Unité et le Parti Progressiste; l'opposition). Ensemble, il s'agit maintenant de construire une société nouvelle. L'apartheid est l'affaire de tous. La même année, le parlement, avec l'appui de tous les partis, opposition comprise, approuvait un nouveau système de lois pour l'Afrique du Sud. Un Ordre Nouveau: l'apartheid. La communauté juive d'Afrique du Sud n'avait rien à craindre. Le train de nouvelles lois ségrégationnistes ne touchait pas aux Juifs. Il s'agissait de créer un Etat dans lequel il serait possible de construire deux sociétés distinctes et différentes entre elles: les blancs d'un côté, les noirs et le reste des communautés non blanches de l'autre (à l'époque l'Afrique du Sud avait un déficit important en matière de population d'origine européenne). Et eux, les Juifs, étaient blancs.

Que s'était-il passé? Qu'est-ce qui avait changé entre les Afrikaners et la communauté juive? En 1961, le Parti nationaliste obtint l'approbation majoritaire au parlement d'un nouveau statut et de la décision de proclamer la république. Ce changement avait contrarié le Royaume Uni qui n'y pouvait cependant pas grand chose. Sauf exercer une pression maximum pour expulser l'Afrique du Sud du Commonwealth britannique, ce qui se produisit effectivement. Les blancs d'Afrique du Sud - qu'ils soient Boers ou d'origine anglo-saxonne - et Israël s'étaient toujours vues comme deux nations authentiquement démocratiques et soucieuses de défendre les valeurs occidentales dans un environnement le plus souvent hostile. En conséquence elles exigeaient le respect mutuel.

L'Afrique du Sud percevait sa destinée somme quelque chose de très proche de celle d'Israël. "Les Israéliens sont une minorité qui vit entourée de 200 millions de fanatiques musulmans qui, en outre, reçoivent l'appui de pays communistes. Un îlot de gens civilisés entourés de 200 millions d'Arabes barbares et sauvages. Quant aux Afrikaners, 5 millions de personnes au milieu de centaines de millions de noirs aidés par les communistes," avait déclaré en une occasion John Vorster dont les propos seront répétés des années plus tard par le premier ministre PW Botha.

Pendant la deuxième guerre mondiale, le futur premier ministre d'Afrique du Sud, John Vorster, fut interné dans un camp de concentration allié. Vorster était un admirateur fervent des nazis, chose qui ne cadrait pas bien avec un pays comme l'Union Sud Africaine qui était en guerre aux côtés des alliés. Trois décennies plus tard, en 1976, il se rendait à Jérusalem. en qualité de premier ministre cette fois. Le gouvernement de  Yitzhak Rabin, Menahem Begin et le légendaire général Moshe Dayan ne tarissaient pas d'éloges à l'égard de leur hôte.

Israël et l'Afrique du Sud oublièrent leurs divergences idéologiques du passé et inaugurèrent une relation cordiale et très fructueuse. A l'époque Israël et l'Afrique du Sud ont travaillé à des projets en vue de développer des tecnologies militaires de très haut niveau. Israël apportait à l'Afrique du Sud une aide militaire dans le conflit contre l'Angola. L'ennemi à combattre était le communisme.

Dans les années 1970 et 1980, quand la communauté internationale, sous la pression d'organismes comme l'ONU, décida d'imposer des sanctions économiques à Pretoria, PW Botha, le premier ministre du pays, durcit encore plus l'apartheid et en conséquence, l'Afrique du Sud s'enfonça dans une spirale de l'horreur. Les manifestations, les révoltes, les arrestations, les exécutions et les assassinats politiques firent parti du quotidien. Les grandes multinationales étrangères choisirent de quitter l'Afrique du Sud. L'occident tourna le dos à l'Afrique du Sud. Rien de tout cela n'ébranla le gouvernement. Dans le même temps, les passeports sud africains ne permettaient plus de voyager à l'étranger, sauf en Israël, l'ami fidèle.

Alon Liel, ax ambassadeur israélien à Prétoria, a délaré dans une interview que ce fut précisément l'Etat d'Israël qui assuma la responsabilité d'aider l'Afrique du Sud à se doter du potentiel militaire nécessaire (le plus important du continent). L'Afrique du Sud avec ses énormes réserves de trésorerie issues de sa puissante industrie minière, put financer divers programmes de développement technologique en Israël et, en contrepartie, des scientifiques Israéliens apportèrent leur savoir faire à l'Afrique du Sud. C'est ainsi, par exemple, que ces deux pays obtinrent la technologie essentielle pour développer leur arsenal nucléaire. Peu de gens en étaient informés.  Du côté israélien, Shimon Peres et Rabin le savaient (mais ils essayaient de le cacher). Ces deux hommes, avant d'être des politiciens, faisaient partie de l'équipe de techniciens militaires qui travaillait avec le gouvernement de Prétoria.

Antérieurement à la mise en place d'obstacles aux frontières, de checkpoints et autres dispositifs pour contrôler la population palestinienne qui entrait et sortait quotidiennement d'Israël, des spécialistes de la sécurité anti terroriste Sudafricains apportèrent une aide logistique à leurs coreligionnaires Israéliens. La même chose s'est produite avec la construction de ce qui est peut-être le plus important symbole de la répression et de la ségrégation raciale en Israël: le Mur. La gigantesque clôture de béton et d'acier qui serpente autour d'un périmètre qui ne cesse de s'agrandir.

Vers 1986, sous la pression de la situation internationale, des sanctions économiques, des résolutions successives de l'ONU condamnant à chaque fois l'apartheid, Israël décida de prendre ses distances avec le régime de Prétoria. Cette évolution des relations avec l'Afrique du Sud préoccupa les responsables de l'appareil sécuritaire en Israël. "Qui aurait pu penser? Est-ce que nous sommes tous soudain devenus fous? Comment allons-nous faire sans l'assistance militaire de l'Afrique du Sud? Que va devenir notre industrie aéronautique? Nous ne pourrons pas survivre sans son soutien. N'oubliez pas que les Sudafricains, depuis les années 1970 n'ont cessé de nous aider et sont nos meilleurs clients."

Aujourd'hui, quand on évoque des personnalités juives Sudafricaines, les noms qui nous viennent à l'esprit sont ceux d'Helen Suzman, une éminente militante anti apartheid ou celui de Nadine Gordimer, prix Nobel de littérature. Et peut-être aussi celui de Johnny Clegg, musicien de rock célèbre dans les années 1980. Tous trois s'opposèrent à l'apartheid. Rares sont cependant ceux qui connaissent le nom de Percy Yutar.

Yutar appartenait à l'autre bord. C'était le procureur qui en 1963 a réussi à mettre Nelson mandela derrière les barreaux. Il avait fait valoir des preuves qui incriminaient apparemment Mandela dans un prétendu sabotage et de vouloir conspirer contre l'Etat. Mandela purgea une peine de 27 ans et Percy Yutar fut récompensé par le gouvernement avec le poste de procureur général de l'Etat Libre d'Orange et, peu après, du Transvaal. Pendant des dizaines d'années, la Fédération Sioniste et le Groupe des Députés Juifs d'Afrique du Sud honorèrent des hommes comme Percy Yutar, Juif anti communiste et bon Sudafricain.

Pour Alon Liel, l'image que le monde devait avoir (et continuer à avoir) des Juifs d'Afrique du Sud est le modèle classique des militants contre l'apartheid. Les Juifs déploraient dans leur majorité le racisme mais insuffisamment. C'est que ce système leur apportait deux garanties fondamentales: un bon niveau de vie et une vie sans crainte du communisme. Devant les atrocités endurées au quotidien par les noirs et les autres communautés non blanches, les Juifs liés à l'establishment ont détourné le regard. Les choses iront mieux pour nous, disaient-ils, si nous les laissons telles quelles.

"Il faut oublier le passé," recommandait Shimon Peres lors d'un entretien avec un correspondant Sudafricain. Shimon Peres parlait en connaissance de cause. Ce n'est pas pour rien qu'il a été ministre de la défense à l'époque de la visite de Vorster à Jérusalem et deux fois premier ministre dans les années 1980, à l'époque précisément où les relations entre l'Etat hébreu et l'Afrique du Sud blanche étaient au mieux .Peres goûte peu le charabia moraliste. "Je ne regarde jamais en arrière. Le passé ne m'intéresse pas. Je ne peux pas le modifier, à quoi bon m'en préoccuper maintenant?" Quand on lui demande comment il est possible que deux nations aux idéologies aussi différentes, antagonistes, aient pu s'apporter un soutien mutuel et s'il a douté à l'occasion, il répond: "Toutes les situations ne correspondent pas forcément à un idéal. Toute décision tient compte de deux alternatives imparfaites. Le mouvement noir en Afrique du Sud encensait Arafat depuis des années, et Arafat était notre ennemi chez nous. A la vérité, nous n'avions pas le choix. Nous n'avons cependant jamais cessé de dénoncer l'apartheid. Nous ne l'avons jamais soutenu."

Personne en Israël n'a honte du passé. Le sous directeur général du ministère des affaires étrangères, Gideon Meyer, le justifie ainsi: "Notre handicap majeur a toujours été la sécurité. Aucune nation au monde n'est plus menacée que la nôtre. Il en est ainsi depuis ses tout premiers jours, depuis la naissance de l'Etat d'Israël. La géopolitique d'Israël en est le résultat."

Quiconque a vécu dans l'Afrique du Sud de l'apartheid et se rend aujourd'hui en Israël observera des choses étrangement familières. Il n'existe certes pas en Israël de pancartes où on annonce aux noirs l'interdiction de ceci ou de cela, "blancs seulement", "non européens seulement". Le fait est que ça revient au même; en Israël comme en Afrique du Sud par le passé, prévaut un climat de ségrégation raciale. Les Israéliens préfèrent cependant ne pas s'en rendre compte.

Les soldats de l'Etat hébreu humilient très souvent les Palestiniens qui se présentent aux checkpoints, les postes frontaliers. Les colons s'amusent à tracer des peintures xénophobes sur les humbles demeures des Palestiniens à Hébron. La police de jérusalem Ouest exerce son autorité de manière routinière, interpelle systématiquement toutes les personnes d'apparence arabe et contrôlent leurs identités. Certaines colonies et communautés juives refusent complètement l'entrée de "leur" zone aux palestiniens. L'argument qui justifie ce refus est l'appartenance à deux mondes culturellement distincts.Le maire d'un de ces hameaux de colons juifs en est venu à proposer que les palestiniens portent un quelconque signe distictif qui les identifie comme tels. Renversement de la notion de ghetto? Possible. Dans les années 1990, des groupes d'extrême droite juifs avaient exigé que les commerçants qui employaient des Palestiniens licencient ces derniers. Ceux qui s'étaient pliés à cette exigence  avaient reçu un autocollant où on lisait "nous n'employons pas d'Arabes." Dans les matchs de football qui opposent des équipes israéliennes et palestiniennes, les supposrters juifs crient "mort aux Arabes."

Celui qui a le rare honneur (ou selon le cas, tout le contraire) d'être invité à dîner chez une famille juive de la classe moyenne, il se peut qu'avec le dessert  - peut-être que c'est l'été et que nous soyons sur la terrasse à profiter du parfun que répandent les citronniers du jardin du voisin - la conversation animée porte sur la cause palestinienne. Nos amphitryons disutent, tentent de nous convaincre qu'en réalité les Palestiniens ne "méritent" pas d'avoir leur propre Etat. L'intifada et les attentats suicide justifient mille fois les 37 années d'occupation de leurs terres. Des crimes contre les Palestiniens? Certainement pas. Les criminels sont les Palestiniens.
Ca rappelle beaucoup les discussions sur les noirs qu'il y a vingt ou trente ans, j'avais avec des gens que je connaissais en Afrique du Sud. Les mêmes clichés, les mêmes préjugés, la même étroitesse d'esprit. On fait régulièrement des enquêtes d'opinion en Israël. Les Israéliens sont une majorité pour penser que les Arabes sont des gens "sales", "primitifs",faisant peu de cas de la vie humaine et d'un naturel violent.

Rehavam Ze'evi, ancien ministre du tourisme sous Sharon, avait proposé l'expulsion de tous les Arabes du territoire juif. Dans le plus pur style de l'apartheid. Même la presse juive l'avait traité de raciste. Ze'evi est mort en 2001, victime d'un attentat terroriste.

La liste d'exemples est longue qui démontre de manière claire qu'Israël, actuellement, continue à se prévaloir de pratiques propres à l'apartheid sud africain. "Il y a toujours eu des fanatiques pour exiger un Grand Israël," explique Krausz, survivant de l'holocauste qui réside à Johannesbourg. "Il y a des types, des tarés, il n'y a pas d'autre mot, qui insistent pour prouver que c'est dans la Bible; cette terre est à nous, par la volonté divine. C'est du fascisme."

Hirsch Goodman avait décidé d'émigrer en Israël. C'était il y a trente ans, peu après avoir terminé son service militaire (obligatoire en Afrique du Sud). Son fils, après avoir achevé son service dans l'armée israélienne a émigré en Afrique du Sud. "L'armée l'avait envoyé dans les territoires occupés et il dit qu'il n'oubliera jamais ce qu'on l'a obligé à faire," déclare Goodman qui travaillait comme analyste des systèmes de sécurité à l'université de Tel Aviv. Selon lui, le terme "apartheid" est peut être un peu exagéré. "Si Israël persiste à vouloir se maintenir dans les territoires occupés, sans doute devrons nous accepter ce terme. Nous ne pourrons alors plus parler d'Etat démocratique. Ce qui arrivera alors seront des formes distinctes de développement et la discrimination systématique dans tous les domaines: éducation, santé, légal. Mais on ne peut pas dire aujourd'hui que nous pratiquons l'apartheid alors que 76 % de la population d'Israël désire sincèrement un accord avec le peuple palestinien. Il est vrai que nous discriminons les Arabes, ceux qui sont venus d'Ethiopie et d'autres, mais ce n'est pas pour autant qu'on peut nous coller l'étiquette de racistes. Je déteste qu'on banalise le mot apartheid. C'est quelque chose de trop affreux."

lundi 28 décembre 2009

'Footnotes in Gaza' un reportage en bandes dessinées de Joe Sacco

Le dessinateur Maltais, établi aux Etats Unis, Joe Sacco a inventé il y a quelques années une nouvelle façon d'envisager le métier de dessinateur de presse pour le transformer en véritable méthode journalistique. C'est-à-dire que ses dessins ne se contentent pas de restituer de manière synthétique, éventuellement drôle, la caractéristique marquante d'un événement mais deviennent un élément constitutif de la narration des résultats d'enquêtes journalistiques approfondies.
Vous trouverez ici plus d'informations sur la biographie et le parcours professionnel de Joe Sacco. Et là, une interview intéressante de ce journaliste. Le site de Philip Weiss vous propose lui plusieurs planches extraites de ce nouvel ouvrage de Joe Sacco.
Le travail de Sacco a déjà eu un impact substantiel sur la perception du conflit palestino-sioniste aux Etats Unis puisqu'un précédent ouvrage sur la question avait déjà rencontré un grand succès dans ce pays. Son nouveau livre sur Gaza semble destiné à prendre le même chemin et l'article de Patrick Cockburn que je vous propose nous dit pourquoi. Cockburn explique aussi pourquoi un tel travail peut rarement trouver sa place dans les grands médiats alors même qu'il est effectué par des personnes qui collaborent habituellement avec la grande presse.
Mais la principale leçon à retenir, c'est qu'à la hasbara (pédagogie de propagande sioniste), il suffit le plus souvent d'exposer les faits dans leur dimension historique. Exactement ce qu'a fait Joe Sacco.
Important: ce livre a été traduit en français et sera bientôt disponible sous le titre: 'Gaza 1956, en marge de l'histoire'




par PATRICK COCKBURN, New York Times (USA) traduit de l'anglais par Djazaïri


Ce livre important et saisissant sur deux massacres longtemps oubliés de Palestiniens à Gaza se signale comme un des rares ouvrages contemporains sue l'affrontement israélo-palestinien  susceptibles de résister à l'épreuve du temps.
Sacco aura des lecteurs pour "Footnotes in Gaza" pendant de nombreuses années en raison du format et du style unique de son récit en bandes dessinées. Il a une place à part comme dessinateur de presse parce que son aptitude à raconter une histoire à travers son art se combine à un journalisme d'investigation de la plus haute qualité.

Dans le cas présent, son thème se rapporte à deux massacres qui se sont produits il y a plus de cinquante ans, qui avaient peu éveillé l'attention internationale et ont été oubliés en dehors des proches immédiats des victimes. Les tueries avaient eu lieu pendant la crise de Suez de 1956, quand l'armée israélienne avait investi la bande de Gaza, peuplée en grande majorité de réfugiés palestiniens. D'après les chiffres de l'ONU, 275 Palestiniens avaient été tués dans la ville de Khan Younes à l'extrême sud de la bande de Gaza le 3 novembre et 111 avaient péri le 12 novembre  à Rafah, à quelques kilomètres de la frontière avec l'Egypte pendant une opération de l'armée israélienne. Israël avait insisté sur le fait que les palestiniens avaient été tués alors que les forces israéliennes rencontraient encore une résistance armée. Les Palestiniens avaient affirmé que toute résistance avait cessé à ce moment là.

Sacco fait l'excellente remarque que ce genre d'épisodes fait partie des véritables éléments constitutifs de l'histoire. Dans cette affaire, les récits des événements ont transpiré lentement et ont été éclipsés par des développements ultérieurs de la crise de Suez. Sacco dont la réputation de dessinateur de presse  a été assise avec "palestine" et "Safe Area Goradze," les a sauvés de l'oublis parce qu'ils sont "comme ces innombrables tragédies historiques à travers les âges qui ont à peine le statut de notes de pied de page dans le grand mouvement de l'histoire - même s'ils... renferment souvent les germes de la souffrance et de la colère qui modèlent les événements actuels."

Les gouvernements comme les médiats oublient que les atrocités restent vivantes dans la mémoire de ceux qui ont été les plus directement touchés. Sacco montre Abdel Aziz El-Rantissi - un dirigeant du Hamas (qui sera plus tard tué par un missile israélien) qui avait 9 ans en 1956 et vivait à Khan Younes - en train de décrire comment son oncle a été tué: "J'en ai gardé une plaie qui ne pourra jamais dans mon cœur," dit-il. "Je vous raconte cette histoire et je suis au bord des larmes... Ils ont planté la haine dans nos cœurs."

La vivacité et le rythme des dessins de Sacco, combinés à une narration très informée et intelligente, racontent extrêmement bien cette histoire. En fait, ils est difficile d'imaginer comment une autre forme de journalisme aurait pu rendre ces événements aussi intéressants. De nombreux journalistes de la presse écrite ou audiovisuelle comprennent que les racines de la crise actuelle plongent dans des événements obscurs, peu connus. Mais ils reconnaissent aussi que leurs rédacteurs en chef sont plus intéressés par ce qui est nouveau et ont tendance à écarter les détours par l'histoire comme de l'auto-satisfaction journalistique susceptible d'ennuyer et d'embrouiller le public.

En fait, "Footnotes in gaza" prend sa source dans de préjugé éditorial contre l'histoire. Au printemps 2001, Sacco et Chris Hedges (enciennement correspondant à l'étranger pour le New York Times) faisaient un reportage pour Harper's Magazine sur les Palestiniens de Khan Younes pendant les premiers mois de la seconde Intifada palestinienne. Ils pensaient que les tueries de 1956 participaient à l'explication de la violence survenue près de 50 ans plus tard. C'était peut-être prévisible, mais les paragraphes sur cet ancien massacre fut coupé [avant publication].

Les rédacteurs en chef Américains n'étaient pas les seules personnes à trouver hors de propos leurs recherches historiques. Quand Sacco revint à Gaza en 2002 et en 2003 pour rechercher des survivants et des témoins, alors que les forces israéliennes occupaient encore ce territoire, de jeunes palestiniens ne parvenaient pas à comprendre son intérêt pour ces événements passés alors qu'il y avait tant de violence à l'époque présente.

La recherche tenace par Sacco de témoins oculaires Israéliens et palestiniens ainsi que de documents israéliens et de l'ONU est impressionnante. Il donne des détails sur la vie de ceux qui l'ont aidé, notamment Abed, son traducteur-interprète, et ramène à la vie deux époques de la bande de Gaza, ses villes pleines de réfugiés au début des années 1950 comme elles le sont encore aujourd'hui.

L'atmosphère était emplie de haine. Peu de dirigeants Israéliens on marqué une quelconque empathie pour la tragédie palestinienne. Mais début 1956, Moshe Dayan, le chef d'Etat Major israélien prononça un discours célèbre aux funérailles d'un commandant Israélien tué à la frontière avec Gaza. Qu'est-ce qui, demandait Dayan, expliquait la "terrible haine contre nous" des palestiniens? Puis il répondit à sa propre question: "Depuis huit ans maintenant ils se trouvent dans des camps de réfugiés à Gaza et ont vu comment, sous leurs propres yeux, nous nous sommes appropriés leurs terres et leurs villages, où eux et leurs ancêtres habitaient auparavant." Il ajouta que les Israéliens devaient être "prêts et en armes, agressifs et durs."

La signification concrète de ces propos deviendra claire lorsque les troupes israéliennes investiront Gaza six mois après. Les tueries de Khan Younes furent assez sommaires, selon des témoins oculaires et de quelques survivants. On ordonna aux hommes de la ville de s'aligner sur la place principale et on leur tira dessus jusqu'à ce que leurs corps gisent dans une longue rangée. Certains restés à leur domicile furent tués chez eux.

L'épisode de Rafah fut plus compliqué et se déroula dans le courant de la journée, quand des gens furent amenés dans une école pour que les Israéliens puissent déterminer s'ils étaient des guérilleros ou des soldats [de l'armée égyptienne]. Ici il y eut bien plus de survivants qu'à Khan Younes; ces derniers décrivent comment certains ont été abattus sur le trajet vers l'école et d'autres battus à mort avec des bâtons au moment où ils entraient dans la cour. L'armée israélienne avait nommé deux officiers pour mener une enquête sur "lincident de Rafah," ainsi que le qualifiait un communiqué top secret 'Le même communiqué disait que 40 à 60 personnes avaient été tuées et 20 blessées). Le chercheur mandaté par Sacco n'a trouvé aucun rapport d'enquête dans les archives de l'armée.

Gaza a changé radicalement depuis l'enquête de Sacco. En 2005, Israël a unilatéralement démantelé les colonies juives et retiré ses soldats tout en maintenant un contrôle strict des frontières de Gaza. En 2007, le Hamas a pris le contrôle de gaza et en 2008 - 2009 l'enclave a été soumise à une attaque israélienne dévastatrice. Dans ce flot déconcertant d'événements, l'enquête de Sacco sur ces massacres vieux d'une cinquantaine d'années est un des guides les plus sûrs pour comprendre la haine avec laquelle Palestiniens et israéliens s'affrontent.

dimanche 11 octobre 2009

Arthur Ruppin, le "père de la colonisation sioniste" de la Palestine était un vulgaire Nazi!

Je n'avais jamais entendu parler d'Arthur Ruppin. Or, cet Arthur Ruppin est une figure très importante du sionisme et il a eu un rôle décisif dans la colonisation de la Palestine.

Wikipedia vous apprendra un certain nombre de choses à son sujet, mais rien de ce dont je veux vous parler maintenant.

C'est qu'Arthur Ruppin n'était pas seulement un avocat et sociologue. Wikipedia nous parle bien de son activité intellectuelle et académique mais omet de nous dire que Ruppin était d'abord un savant fou comme seuls le nazisme et le sionisme ont pu en engendrer.

En réalité, Arthur Ruppin était tout simplement un nazi Juif dont une bonne part de l'activité de recherche a consisté à démontrer que, à l'origine, les Juifs ne sont pas des Sémites et que la partie de la population juive qui correspond le mieux à ce type non sémite est la poulation des Juifs Ashkénazes d'Europe orientale.

Seul le métissage des Juifs primitifs avec les Sémites en a fait ce qui correspond à la description par les stéréotypes antisémites : des gens cupides et sans enracinement.

Heureusement, les travaux de Ruppin associés à l'eugénique se proposent de rétablir l'authentique race juive qui fait partie se la souche Indo-Allemande !

Et Ruppin était peut-être un savant fou, mais il fut aussi un sioniste efficace qui a influencé bon nombre de personnalités sionistes. Et on le considère comme le « père de l'installation sioniste » en Palestine. Pas moins.



par Tom Segev, Haaretz (Sionistan) 8 octobre 2009 traduit de l'anglais par Djazaïri


Arthur Ruppin, un avocat et sociologue né en Allemagne, est considéré comme le père de la colonisation nationale sioniste sur le sol d'Israël, qui a commencé en 1908. Entre autres choses, il était impliqué dans la création du kibboutz Degania et dans les premiers développements de Tel Aviv, il figurait parmi les fondateurs de la banque Hapoalim et jusqu'à son décès en 1943, il fut un des grands dirigeants de l'entreprise sioniste. Il fut aussi un des pères de l'éducation hébraïque et de la culture hébraïque en général ; en fait, sa façon de penser influença la vision du monde de Moshe Dayan et d'autres personnalités.

Tout cela est bien connu. Ce qui l'est moins, est la conviction de Ruppin que la réalisation du sionisme exigeait la « pureté raciale » chez les Juifs. Ses conceptions étaient inspirés en partie par les travaux de penseurs antisémites, dont certains des idéologues nazis.

Après l'holocauste, l'historiographie israélienne a tendu à minimiser autant que possible cette information embarrassante – ou même à l'ignorer complètement. Cependant, voici quelques semaines, l'université de Tel Aviv a accepté la thèse de doctorat d'un chercheur nommé Ethan Bloom, qui a découvert, entre autres, que non seulement Ruppin avait été influencé par les théories qui ont engendré le nazisme, mais qu'il avait aussi influé sur leur formulation.

Bloom a découvert que Ruppin avait eu "une influence déterminante" sur la perception par les Allemands des Juifs comme une race. Par exemple, des travaux de Ruppin, dont certains effectués à l'université Hébraïque, proposaient une explication à l'avarice supposée des Juifs : il postulait que les Juifs qui vivaient à l'origine sur la terre d'Israël avant la destruction du premier temple, et s'étaient lancés dans l'agriculture, appartenaient en réalité à des tribus non sémitiques. A un moment sonné, ils commencèrent à se mêler à des tribus sémitiques, ce qui a compromis leur pureté raciale et les a affaiblis. L'élément sémitique commençant à devenir dominant, cela incita les Juifs à abandonner l'agriculture et à développer des instincts commerciaux, une plus grande cupidité et une avidité incontrôlable.

Ruppin pensait que ces défauts pouvaient être corrigés, et la première tâche qu'il exigeait de l'entreprise sioniste était par conséquent d'identifier ce qui restait du groupe de Juifs « originel » ou « authentique » - ceux ayant un lien direct, biologique avec les anciens Israélites racialement purs. Il croyait qu'on les découvrirait parmi les Juifs ashkénazes d'Europe orientale.

A cette époque, les Juifs d'Europe étaient au milieu d'un processus d'assimilation tandis que, selon Ruppin, les Juifs Mizrahim et Séfarades (du Proche Orient et d'Afrique du Nord) subissaient une atrophie biologique, qui jetait le doute sur leur identité en tant que partie de la race juive. Ce ne fut donc qu'après une longue hésitation qu'il autorisa qu'on amène des travailleurs Juifs du Yémen ; il affirmait en outre qu'il n'y avait pas de Juifs noirs.

C'est ainsi, selon Bloom, que la discrimination contre les Mizrahim a pris racine en Israël à l'époque. Contrairement aux idées reçues, affirme-t-il, le phénomène n'est pas né d'une « incompréhension culturelle » mais plutôt d'une planification culturelle basée sur des théories raciales. Selon Bloom, c'était un cas de racisme entre juifs, d'une dimension antisémite dans la culture hébraïque moderne. Certaines des idées de Ruppin s'insèrent dans le discours intellectuel qui prévalait à l'époque, qui vantait la pureté raciale et traitait abondamment d'eugénique, le mouvement visant à améliorer la qualité génétique de l'humanité. La croyance en la théorie que les Ashkénazes étaient le type juif achevé à l'ère moderne permettait à Ruppin d'accepter la théorie raciale allemande et de soustraire la majorité des Juifs à la catégorie des Sémites. En réalité, selon sa conception, les Juifs originels, « sains »qui étaient auteurs des aspects les plus vertueux de la culture juive faisaient partie, en termes raciaux, des Indo-Allemands.

Quelques mois après l'arrivée des nazis au pouvoir en 1933, Ruppin eut une conversation amicale avec Hans Guenther, un des principaux propagateurs de la théorie raciale nazie. La rencontre avait pour but, entre autres choses, de faire avancer les négociations entre le mouvement sioniste et les autorités nazies pour un accord qui permettrait aux Juifs d'Allemagne d'immigrer en Palestine et d'y transférer une partie de leurs biens.

Ruppin apparait, à travers les découvertes de Bloom, comme un individu intellectuellement et psychologiquement complexe qui, des années plus tard, se conduira assez bizarrement. Il photographiait des « types juifs, » mesurait des crânes, comparait des empreintes digitales et pensait qu'il était possible de classer les Juifs Ashkénazes en diverses sous catégories raciales en fonction de la forme de leurs nez. Peu de temps avant sa mort, il terminait une étude comparative sur ce dernier sujet, comparant des personnalités de premier plan du mouvement sioniste – à commencer par Théodore Herzl lui-même, dont Ruppin définissait le nez comme « assyrien-boukharien ». Il définissait le nez d'un juif nommé Jacob Feitlowitz, qui était né en Pologne et avait étudié l'histoire des Juifs Ethiopiens, comme « ashkénazi-négroïde. » Selon Bloom, Ruppin croyait apparemment que l'intérêt de Feitlowitz pour les Ethiopiens témoignait de son attrait pour « sa propre espèce. »

La thèse de doctorat en question est fascinante et parlante. Elle a été rédigée en anglais, sous la supervision d'Itamar Even-Zohar de l'université de Tel Aviv et de l'historien Américain Sander Gilman. Bloom dit ne pas être particulièrement heureux de faire aussi partie de cette histoire. Il s'inquiète des réactions que son travail pourrait provoquer, mais défendra ce qu'il a écrit. De fait, il a déclaré cette semaine : « C'est la vérité.»