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mercredi 22 octobre 2014

L'Etat Islamique en Irak et au Levant (Daesh), les Kurdes, la Turquie, et la lutte des classes

Une lecture intéressante du positionnement de la Turquie à l'égard de la situation à sa frontière avec la Syrie où l'Etat Islamique (EI, Daesh) cherche à s'emparer de la ville de Kobané aux dépends des Kurdes syriens.

En effet, Adnan Khan dépasse la lecture commune qui privilégie soit l'angle religieux, soit l'angle ethnique pour nous donner à comprendre ce qui se joue réellement en Turquie : la reprise du bras de fer entre un gouvernement, d'inspiration islamiste, qui a a lancé le pays, avec un certain succès, dans une expansion économique de type capitaliste et une extrême gauche qui n'a pas renoncé à faire aboutir un projet socialiste par la voie révolutionnaire.
Il s'avère que cette extrême gauche comporte une forte représentation kurde sans pour autant qu'on puisse la caractériser sous l'angle ethnique ou culturel. Et cette extrême gauche se reconnaît dans le projet politique non ethnique porté par le Parti des Travailleurs du Kurdistan et le PYD qui assure la défense de Kobané.

On comprend mieux à la fois les réticences du gouvernement turc mais aussi la réaction d'hostilité d'une partie de la population turque à l'égard des régimes occidentaux, Etats Unis en tête.

Le vrai problème kurde de la Turquie

par Adnan Khan, The Globe and Mail (Canada) 22 octobre 2014 traduit de l'anglais par Djazaïri
Adnan Khan
Adnan Khan
Adnan Khan est un écrivain et photographe qui vit à Istanbul et à Islamabad

Il y a eu peu de manifestations de joie chez les Kurdes de Turquie lorsque l'aviation américaine a commencé à larguer des bombes sur l'État Islamique (EI, Daeeh) en Syrie. Leur réaction a été pour le moins surprenante: depuis des semaines, les Kurdes protestaient à Istanbul et dans le sud à majorité kurde de la Turquie contre le manque de soutien apporté à leurs compatriotes kurdes de Kobané, la ville assiégée en Syrie, juste de l'autre côté de la frontière.

Kobané était encerclée sur trois côtés, la seule voie de passage sûre pour y entrer ou en sortir étant celle vers la Turquie au nord. Mais l'armée turque a fermé la frontière. Les défenseurs de la ville, une milice kurde syrienne locale, la branche armée du Parti de l'Union Démocratique (PYD) ont sollicité une aide internationale. Quand les bombardements et les largages de matériel par les Américains ont enfin contribué à faire reculer les forces de l'Etat Islamique, les Kurdes ont probablement échappé au massacre.

L'intervention [américaine] aurait dû provoquer de la joie, mais la protestation a continué, les Kurdes s'en prenant à l'Etat Islamique et condamnant les actions de la Turquie. Encore plus significatif, les manifestants se sont déchaînés contre les Etats Unis et leurs alliés, dont le Canada, dénonçant l'impérialisme et le capitalisme occidentaux.

Les manifestants étaient en majorité des socialistes, d'une tendance virulente qui reste répandue dans la population kurde de Turquie. Leur colère ne découle pas d'un nationalisme ethnique mais d'une idéologie politique. Une révolution est en cours à Kobané, disent-ils, et tout le monde – l'Occident, l'Etat Islamique, les pays arabes, le gouvernement turc – tente de la faire échouer.

Leur version des faits est préoccupante [pour les autorités turques, NdT]. La Turquie a connu des années de violence politique après l'effondrement d'un processus de paix avec sa minorité kurde en 1993. L'es extrémistes de gauche, principalement des Kurdes favorables au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK interdit) étaient à la lutte contre les ultranationalistes turcs et les islamistes qui se faisaient appeler le Hezbollah turc. Le gouvernement de l'époque, fortement influencé par l'armée, était soupçonné de manipuler les islamistes et les nationalistes dans sa tentative pour écraser l'insurrection dirigée par le PKK.

Ce furent des jours sombres. Des milliers de Kurdes périrent et des centaines de milliers furent déplacés après que pas moins de 3 000 villages du sud-est du pays furent rasés par l'armée pour leur soutien présumé au PKK. « C'était comme une guerre des gangs, » affirme Tolga Baysal, un cinéaste d'Istanbul qui a vécu cette époque. « Le Hezbollah enlevait et assassinait des membres présumés du PKK, le PKK faisait de même avec le Hezbollah. »

Aujourd'hui, l'histoire semble se répéter. Un autre processus de paix avec les Kurdes est sur le point de capoter. Le Hezbollah turc est de retour, revigoré par ce qu'il perçoit comme un renouveau islamique en Irak et en Syrie, ainsi que les penchants conservateurs de l'actuel gouvernement turc. Kobané a donné une nouvelle énergie à une extrême gauche turque inspirée par le Parti de l'Union Démoocratique qui a annoncé en septembre dernier qu'il allait instaurer la société socialiste parfaite à Kobané. Une fois encore, le gouvernement turc se tourne vers les ultra-nationalistes pour les contrer.

Selon le discours prédominant, la volonté kurde d'une auto-détermination sur une base culturelle et ethnique a été réveillée par les événements de Syrie. Mais c'est une simplification excessive. L'escalade du conflit a plus à voir avec l'idéologie politique – un socialisme radical en opposition avec le projet capitaliste turc en plein essor et le gouvernement enraciné dans l'islamisme politique qui le dirige.

En effet, le Parti de la Justice et du Développement (AKP) qui gouverne la Turquie a fait des avancées significatives ces dix dernières années en reconnaissant des droits culturels aux Kurdes. Beaucoup de travail reste à accomplir, mais il n'est plus illégal de se dire kurde ou de parler d'un espace nommé Kuridtan. Un nombre limité de chaînes de télévision kurdophones onr reçu l'autorisation d'émettre et d'importants projets de développement dans le sud-est ont amélioré la situation économique des Kurdes.

Mais le parti d'Union Démocratique et le PKK ont un projet beaucoup plus vaste que les militants m'avaient expliqué en 2006 quand j'avais visité leur base ses monts Qandil dans le Kurdistan irakien.
« La révolution commence avec le peuple, » m'avait-on dit. « C'est ce qui distingue notre socialisme de tout autre mouvement socialiste : l'action individuelle. Les gens doivent prendre en main leurs propres vies. Essayez d'imaginer ça : un pouvoir qui émane de la base, du peuple vers l'appareil de gouvernement d'une manière qui réduit le pouvoir de ce dernier à un rôle de coordination. C'est la vision du PKK. »

Pendant la semaine que j'avais passée avec les révolutionnaires, j'avais pu voir par moi-même ce à quoi pouvait ressembler leur utopie : une société organisée de manière rigide où tout était mis en commun, les rôles liés au genre étaient éliminés et les idéaux révolutionnaires étaient inculqués. Selon les dirigeants, ce n'était qu'un début.

« Notre mouvement est global, pas seulement limité à la région, » disaient-ils. « Mais nous nous concentrons sur le Moyen Orient comme point de départ. Nous changerons le paysage politique du Moyen Orient comme exemple pour le reste du monde. »

Maintenant, le projet révolutionnaire a trouvé son moment historique : le printemps Arabe. Dans le quartier majoritairement kurde 'Okmeydani à Istanbul, tous les signes sont présents : des graffiti qui annoncent la résurgence du pouvoir populaire, des faucilles et des marteaux grossièrement dessinés avec de la peinture rouge vif, des portraits de Che Guevara à côté de ceux de révolutionnaires kurdes. « Kobané est notre Stalingrad, » affirme un slogan répandu.

« L'Etat Islamique n'est pas seul, » m'a dit un manifestant de gauche. « L'Etat Islamique attaque une révolution... Ce n'est pas une lutte contre l'Etat Islamique. C'est une lutte contre le système et ceux qui le soutiennent, dont l'Etat turc et toute une série d'autres : le Qatar, l'Arabie Saoudite, l'Angleterre, la France, les Etats Unis. On doit s'opposer à tous ces systèmes capitalistes et impérialistes. »

Pour le gouvernement turc, ce genre de ferveur menace de casser des années d'entreprise capitaliste et de ramener la Turquie à l'effusion de sang et à la ruine économique des années 1990. Dans son calcul, l'Etat Islamique est un moindre mal. L'extrême gauche turque, qui se trouve être kurde, est la boîte de Pandore – dont le couvercle doit être maintenu fermé à tout prix.

jeudi 11 septembre 2014

Obama à l’assaut de l’Etat Islamique ou la stratégie du chaos (ou encore la Turquie prise à son propre piège)

Les choses semblent se dessiner maintenant. Le gouvernement des Etats Unis a décidé de former une coalition à laquelle est fixée la mission de vaincre l'Etat Islamique qui a pris corps sur une partie des territoires de l'Irak et de la Syrie.

La coalition comprend un noyau dur avec des pays comme la Grande Bretagne et la France et des partenaires plus périphériques.

L'article que je vous propose parle justement du positionnement de la Turquie par rapport à cette orientation stratégique du président Obama, Turquie qui vient de refuser l'utilisation de ses bases aériennes pour des bombardements en territoire syrien et irakien.

L'auteur nous explique que, parmi les pays susceptibles de participer à ce noyau dur,  la Turquie, est le seul Etat  à partager une frontière avec l'Etat islamique n'a nulle envie de faire partie de ce noyau dur.

Pour la bonne raison que les autorités turques ont longtemps misé et misent encore sur des mouvements comme celui qui a donné naissance à l'Etat Islamique en Irak et au Levant (aujourd'hui Etat Islamique) pour venir à bout des régimes qui selon elles maltraitent les Sunnites. La priorité du gouvernement turc étant de corriger le gouvernement irakien et d'éliminer le régime baathiste au pouvoir à Damas.

Une bonne partie des milliers de combattants qui peuplent les rangs du Califat proclamé par Abou Bakr al-Baghdadi ont en effet à un moment ou à un autre transité par le territoire turc et y retournent à l'occasion pour se soigner par exemple.

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Un autre problème auquel fait face le gouvernement turc tient à ce qui se passerait si l'Etat Islamique était contraint d'abandonner ses positions : ce serait alors le reflux des miliciens « djihadistes »vers la Turquie où l'armée de ce pays n'aurait sans doute plus d'autre choix que de leur livrer bataille.

Tout cela est exposé dans cet article (que j'ai traduit de l'anglais à partir d'un original écrit en turc, ce qui explique certains défauts du texte), Ainsi que ce cauchemar pour le gouvernement turc que constituerait une alliance formelle ou de facto entre la coalition anti-EI et le régime de Bachar al-Assad !

Pour l'heure on ne sait cependant pas si l'intervention militaire occidentale aura un effet positif pour le régime syrien où si elle cherchera à l'affaiblir sous couvert de bombarder les forces de l'Etat islamique.
Enfin l'auteur observe que, en cas de défaite de l'Etat Islamique, les organisations qui pourraient se substituer à lui sont faites à peu près du même bois, l'une d'entre elles étant officiellement affiliée à al Qaïda.

Ce qui ne saurait gêner outre mesure la CIA comme on peut s'en douter.

Le dilemme de la Turquie devant la lutte contre l'Etat Islamique

par Fehim Taştekin, Al-Monitor 7 septembre 2014 traduit de l'anglais par Djazaïri

Après quehttp://www.al-monitor.com/pulse/contents/authors/fehim-tastekin.html les Etats Unis ont annoncé qu'ils constituaient un « noyau de coalition » avec dix pays pour combattre l'Etat Islamique (EI), les regards se sont tournés vers la Turquie. La Turquie aura-t-elle vraiment une place parmi les dix pays cités par Reuters ? Dans l'affirmative, quel rôle jouera-t-elle ? Après le sommet de l'OTAN du 5 septembre au Pays de Galles, le Secrétaire d'Ertat à la Défense Chuck Hagel a indiqué que ce noyau de la coalition facilitera la formation ultérieure d'un groupe plus large et plus structuré. Le Secrétaire d'Etat US John Kerry a déclaré que la coalition devait être mise en place de sorte à empêcher l'EI de s'emparer de plus de territoires sans avoir à envoyer sur place des soldats de l'alliance [OTAN], par un soutien aux forces de sécurité irakiennes et à d'autres qui sont prêtes à affronter l'EI. Il a précisé que la ligne rouge pour tous était de ne pas lancer d'opération terrestre.

Selon des informations de coulisses rapportées par CNN Turquie après la rencontre entre le président américain Barack Obama et le président turc Recep Tayyip Erdogan, Ankara n'est pas favorable à l'idée de participer au noyau de la coalition. Le quotidien Cumhuriyet a rapporté que la Turquie formulait des réserves et que la rencontre Obama – Erdogan s'est conclue avec un accord sur une participation de la Turquie de derrière les coulisses.

Les réserves de la Turquie sont répertoriées comme suit :

Les otages turcs détenus par l'EI ne doivent subir aucun mal
L'équilibre des forces dans la région ne doit pas être modifié, et de ce point de vue, aucun armement ne devrait être fourni aux Chiites qui sont puissants à Bagdad.
La Turquie est dans un processus de règlement avec les Kurdes. La présence d'armes incontrôlées dans la région pourrait représenter une menace pour la sécurité intérieure de la Turquie.
L'opération ne devrait pas renforcer le régime de Bachar al-Assad en Syrie.

Reuters a cité un diplomate US affirmant qu'en raison de la situation particulière qui prévaut, la contribution de la Turquie ne peut pas être très visible.

Les dilemmes de la Turquie

Les dilemmes de la Turquie devant la lutte contre l'EI ne se limitent pas à la question des otages. Les Etats Unis ont fixé comme ligne rouge la présence de troupes au sol. Dans une telle situation, il est inévitable que les troupes sur le terrain pour combattre l'EI doivent provenir de forces locales [de la région]. Un succès durable implique que les forces locales consolident leur emprise. Les forces terrestres qui ont repris des sites stratégiques comme le barrage de Mossoul et la ville d'Amerli avec l'appui aérien des Etats Unis étaient des acteurs que la Turquie n'a pas vraiment envie d'aider. 

Amerli, ce sont des milices chiites comme les Brigades de la Paix, les brigades Abou Ali avec des unités de l'armée irakienne dominée par les Chiites qui ont ouvert la voie. Les opérations dans le nord sont conduites par les peshmerga, la branche militaire du Gouvernement Régional du Kurdistan, le Parti des Travailleurs du Kurdisatn (PKK) et les Unités de Protection du Peuple (YPG, Kurdes de Syrie). Repousser l'EI sans les forces locals à propos desquelles Ankara a émis des réserves ne sera pas possible. En déclarant « Nous devons soutenir les autres [forces] qui sont prêtes à résister à l'EI, » Kerry a souligné l'importance de ces forces locales. La Turquie, qui a interprété les soulèvements dans les provinces de MossoulSalahuddin et Anbar comme des rébellions sunnites contre le gouvernement chiite en Irak et a maintenu des contacts étroits avec ces organisations dans l'espoir d'une issue favorable aux Sunnites, ne veut pas que la coalition contre l'EI relance les forces chiites. 

Les propos suivants du premier ministre turc Ahmet Davutoglu sur l'Etat Islamique (qui s'appelait lui-même auparavant EIILEtat Islamique en Irak et au Levant) doivent être compris comme l'expression de l'attente par la Turquie d'un nouveau rapport de forces en faveur des Sunnites : « La colère, la marginalisation et les insultes ont abouti à l'éruption soudaine d'une réaction sur un vaste front. Si les Arabes sunnites n'avaient pas été marginalisés en Irak, il n'y aurait pas eu une telle accumulation de fureur La structure que nous appelons EIIL pourrait être vue comme une organisation terroriste extrémiste. Mais parmi ceux qui la rejoignent, il y a des Turcs, des Arabes et des Kurdes. »

Le deuxième dilemme important pour la Turquie est le renforcement de la puissance du PKK et du PYG par leur combat contre l'EI et leur gain de légitimité aussi bien aux yeux des populations de la région que de la communauté internationale.

Depuis que le Parti d'Union Démocratique (PYD) est apparu comme le catalyseur de l'autonomie de fait des Kurdes de Syrie, la Turquie a dû revoir son approche. Cette nécessité a été ressentie pour la défense des frontières avec l'Irak et la Syrie, et même pour assurer la sécurité de la tombe de Suleiman Shah qui est considérée comme territoire turc sur la rive de l'Euphrate [en Syrie]. Les mouvements militaires turcs pour ravitailler les soldats turcs qui gardent la tombe et pour la relève doivent se faire en concertation avec le YPG.

La Turquie coopère-t-elle avec l'EI ou le YPG ou le PKK ? Le co-président du Parti Démocratie Populaire Kurde (HDPSelahhatin Demirtas explique, « Ca pourrait sembler marginal, mais le PKK combat la barbarie de l'EI. S'il doit y avoir la paix avec la Turquie et si le PKK doit renoncer à la lutte armée contre la Turquie, pourquoi ne pas l'aider maintenant avec des armes ? » La question que la Turquie cherchait à éviter est ainsi revenue à l'ordre du jour. La Turquie doit décider si elle veut préserver le processus de paix [avec les Kurdes] en passant de l'animosité à la coopération ou tout perdre en exagérant les craintes de voir les armes que pourraient acquérir les Kurdes se retourner un jour contre la Turquie. Les craintes de la Turquie limitent bien sûr sa marge de manoeuvre pour accéder au statut d'acteur régional auquel aspire tant les dirigeants du Parti de la Justice et du Développement (AKP au pouvoir).

Un dilemme de plus : La possibilité que l'Etat Islamique qui amasse pas mal d'argent avec le gas oil qu'il vend en contrebande en Turquie se serve des frontières turques comme route logistique pour orienter ses attaques contre la Turquie. L'EI qui a été en capacité de s'organiser dans les grandes villes turques pourrait très bien cibler ces villes. De nombreuses informations alertent sur une telle possibilité. Si l'EI se désintégrait , le pays vers lequel il se repliera en premier lieu pour s'y réorganiser sera la Turquie.

C'est un motif de migraine pour le long terme, mais ce qui est indéniable c'est que la Turquie est beaucoup plus préoccupée par des attaques de l'EI qu'elle ne l'était au moment de la prise de Mossoul par l'EI. Le gouvernement avait même dit auparavant à propos de le prise du consulat de Turquie à Mossoul : « Notre consulat est territoire turc. Mais l'attaque qu'il a subie et la prise d'otages ne sont pas significatifs pour la Turquie. Le territoire turc n'est pas visé. » La Turquie – seul pays du noyau dur à avoir une frontière avec l'Etat Islamique est une cible aisée et parfaite pour des représailles – a fait connaître ses inquiétudes au sommet de l'OTAN. D'autres pays qui pourraient être visés par l'EI n'appartiennent pas au noyau de la coalition. La Jordanie que l'EU veut ajouter au Califat ne s'est pas montrée avec la coalition même si le roi Abdallah de Jordanie était au sommet de l'OTAN et que son pays a été chargé de fournir des renseignements sur les forces présentes sur le terrain. L'Arabie Saoudite, qui apporte ses ressources financières pour ce genre d'opérations, est un autre pas à ne pas se manifester de manière visible

Un autre motif d'inquiétude pour le gouvernement AKP est la possibilité d'une reprise du contrôle par l'armée syrienne après avoir éliminé l'EI. Erdogan n'est pas disposé à voisiner à nouveau avec une Syrie qui resterait gouvernée par Assad. L'administration Obama n'a pas encore décidé si elle allait coopérer avec Assad où avec les ennemis d'Assad contre l'Etat Islamique. En Irak, un partenariat informel s'est mis en place avec l'Iran et le mouvement de Moqtada al-Sadr qui avait combattu l'invasion américaine, mais ce n'est pas si facile de prendre une décision quand on en vient à la Syrie. Même si Obama peut continuer à envisager l'option du soutien à l'opposition syrienne modérée, rien ne garanti que ça marchera contre des organisations extrémistes comme l'EI. C'est pourquoi les Etats Unis veulent se concentrer sur l'EI pour le moment.

Il y a deux candidats assez forts pour remplir le vide laissé par l'Etat Islamique : le Front Islamique, qui est lui-même constitué d'éléments extrémistes, et la branche syrienne d'al Qaïda, le Jabhat al-Nosra. C'est suffisant pour compliquer les efforts d'élaboration d'une stratégie pour la Syrie.

jeudi 11 avril 2013

La Turquie et la diplomatie du gaz


Un autre article bien intéressant de Semih Idiz qui compare les développements en cours au Proche Orient au Grand Jeu qui désignait la compétition géostratégique entre la Russie tsariste et le Royaume Uni pour le contrôle de l’Asie occidentale et de ses ressources minières.

Selon Semih Idiz, c’est en effet un nouveau Grand jeu qui se déroule en ce moment au Proche Orient et dont l’objet justement est le contrôle des ressources gazières sous-marines, ce contrôle portant moins sur l’extraction de la ressource proprement dite que sur son acheminement vers les pays consommateurs.

Et il se trouve que d’importants gisements de gaz ont été découverts dans la région, dans la zone maritime de la Palestine usurpée par l’entité sioniste et à Chypre que l’auteur de l’article désigne comme la Chypre grecque (pourtant le droit international ne reconnaît qu’un seul Etat chypriote).

Toujours selon Semih Idiz, c’est l’exploitation de ces ressources qui a dicté le récent rapprochement spectaculaire entre le gouvernement turc et le régime sioniste, ce dernier ayant présenté ses excuses pour l’assassinat de 9 ressortissants turcs (dont un turco-américain) qui étaient à bord du navire humanitaire Mavi Marmara.

Les autorités d’Ankara pensent que la Turquie peut jouer un rôle de puissance dominante dans la région grâce aux performances de l’économie turque et à l’emplacement stratégique du pays, lieu de transit obligé ou presque des ressources en hydrocarbures du Levant et du Caucase destinées aux marchés européens.

Pour qu’Ankara puisse rafler la mise, il importe cependant de résoudre les conflits en cours. C’est en partie le sens de la démarche de Recep Tayyip Erdogan à l’égard des séparatistes du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), d’un règlement de la question chypriote et du rabibochage avec l’entité sioniste.

On aurait tort d’être trop optimiste sur le règlement du dossier kurde. En effet, même si on parvenait à concevoir l’idée d’un PKK qui aurait renoncé, même provisoirement, à ses objectifs nationaux, la conséquence en serait l’accroissement de l’influence turque dans le Kurdistan irakien ou un renforcement de l’autonomie de cette province vis-à-vis des autorités de Bagdad. Le résultat en serait alors une crise interne majeure en Irak et une montée des tensions entre Bagdad et Ankara.

Sur la question chypriote, l’auteur de l’article semble avoir oublié que l’île est en partie occupée par l’armée turque en dehors de toute légalité internationale. C’est donc bien au gouvernement turc de lâcher du lest pour se conformer au droit, et pas au gouvernement de Chypre.

C’est là une question de souveraineté nationale sur laquelle aucun chef d’Etat chypriote ne pourra transiger au nom d’avantages économiques sous peine d’être écarté du pouvoir par la voie des urnes ou par la rue.

Ce que je viens d’observer pour Chypre vaut aussi pour la Palestine et l’entité sioniste. Certains tablent en effet sur un abandon par les palestiniens du recouvrement de leurs droits nationaux. C’est le cas du régime sioniste bien sûr, d’un certain nombre de puissances occidentales mais aussi d’Etats musulmans comme le Qatar, la Jordanie ou l’Arabie saoudite. Les palestiniens seraient alors amenés à accepter de vivre dans des bantoustans, peut-être même l’unique bantoustan de Gaza tandis que le patrimoine islamique de Jérusalem serait administré au titre de sainte relique par la Jordanie et les pétromonarchies. Pour finir, les Palestiniens seraient appelés à s’établir dans d’autres pays arabes, une suggestion faite depuis longtemps par les sionistes.

Pour l’instant, aveuglé par le flot de dollars, le Hamas semble marcher dans cette combine et ne manque aucune occasion de faire savoir à ses tuteurs aristocratiques qu’il est leur serviteur dévoué.

Mais comme dans le cas de Chypre, et comme dans toutes les situations coloniales, les Palestiniens ne renonceront jamais à leurs droits nationaux d’autant qu’ils sont face à un Etat sioniste qui est fondamentalement anormal et dont seul un naïf peut penser qu’il se comportera un jour normalement.

Le ‘Grand jeu’ au Levant

par Semih Idiz, Al-Monitor Turkey Pulse 5 avril 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Avec des réserves gazières estimées à des milliards de mètres cubes, la Méditerranée orientale, appelée aussi «Bassin du Levant", se transforme lieu d’une version contemporaine du "Grand Jeu" du 19ème siècle, qui peut aussi bien agir comme catalyseur pour la paix que contribuer à de nouvelles tensions dans une région déjà en proie à des conflits.

L’événement capital à cet égard est s’est produit le 30 mars, une date historique qui a vu le gaz naturel du champ de Tamar au large d’Israël, s’écouler vers le territoire israélien, donnant ainsi le coup d’envoi à un processus qui va non seulement rendre l’Etat juif largement indépendant en matière d’énergie mais en faire un fournisseur important pour les marchés européens.

Le champ gazier de Tamar, découvert seulement en 2009, recèlerait 250 milliards de mètres cube de gaz et est le plus petit des deux champs gaziers sous-marins d’Israël, le plus gros étant Léviathan dont les réserves sont estimées à 425 milliards de mètres cube mais qui n’a pas encore été développé.

Les deux principaux partenaires dans l’exploitation du champ gazier, l’entreprise texane Noble Energy et la société israélienne Delek Energy, seraient en train d’essayer d’obtenir le feu vert du gouvernement israélien pour exporter la plus grande partie du gaz, étant donné que la demande en Israël est insuffisante rentabiliser le développement de Léviathan.

Et c’est à ce stade que la Turquie, qui est déjà un espace de transit énergétique important pour le pétrole de la Caspienne et d’Irak, et qui a consolidé sa position grâce à des accords pétroliers récents avec le Gouvernement Régional du Kurdistan dans le nord de l’Irak, entre dans le «Jeu » en tant qu’acteur essentiel. La Turquie est un pays qu’Israël ne peut évidemment ignorer dans sa démarche visant à trouver la route la plus rentable pour exporter son gaz.

Avec une économie dont la croissance est parmi les plus rapides du monde, la Turquie a des besoins énergétiques en augmentation et représente donc un client stable pour le gaz israélien. Il n’est donc pas surprenant d’entendre dans les milieux diplomatiques des sous-entendus sur le rôle qu’a aussi joué «le facteur énergétique» dans les excuses récemment présentées par Israël pour son raid meurtrier de 2010 contre le Mavi Marmara, un navire humanitaire turc

Le fait que les excuses israéliennes interviennent au moment où on s’y attendait le moins offre un nouvel exemple de la manière dont des intérêts communs vitaux peuvent aider à surmonter des différences. Ce qui est proposé aujourd’hui, c’est la réalisation d’un gazoduc sous-marin reliant la côte turque à Israël qui sera connecté à l’infrastructure existante en Turquie.

Le groupe Zorlu, un conglomérat turc qui a des investissements significatifs en Israël, ferait du lobbying auprès des deux gouvernements pour ce contrat. Le ministre turc de l’énergie, Taner Yildiz, a suggéré dans des propos récemment tenus dans les médias turcs, que cette idée ne laisse pas Ankara indifférent. Indiquant que cette route est en fait la seule faisable pour Israël, Yildiz a néanmoins ajouté que le projet ne pourra être réalisé qu’après un rapprochement complet avec Israël.
Gisements de gaz de le bassin oriental de la Méditrerranée
Gisements de gaz de le bassin oriental de la Méditerranée
Israël avait d’abord envisagé de transporter son gaz vers l’Europe via la partie grecque de Chypre et la Grèce. Le piteux état des relations israélo-turques et le fait que Noble Energy est engagée dans des activités de forage et d’exploration au large des côtes chypriotes semblait aussi orienter les choses dans cette direction.

Des analystes, faisant écho aux réserves de Yildiz, considèrent cependant que la route par la Grèce et Chypre serait la plus coûteuse sur le long terme. Ils ajoutent que le marasme économique dans ces deux pays est aussi un facteur de découragement. On ne sera donc pas surpris si l’effort de rapprochement turco-israélien a rendu nerveux le gouvernement chypriote grec car il pourrait signifier concrètement sa sortie de l’équation.

Des propos comme ceux du spécialiste de l’industrie pétrolière Jen Alic de «Oilprice.com» viennent ajouter aux préoccupations chypriotes grecques. Alic a signalé dans un article récent que le gouvernement chypriote grec peut bien penser être assis sur des réserves de 600 milliards de mètres cubes de gaz mais, ajoutait-il, «Ce ne sont pas des réserves prouvées et leur viabilité commerciale pourrait attendre des années.»
Selon Alic, “Dans le scénario le plus favorable, la production pourrait commencer dans cinq ans. Les exportations seraient plus lointaines encore, certains spécialistes évoquant 2020 comme année de départ. La question de savoir si les chypriotes grecs peuvent se permettre d’attendre aussi longtemps reste ouverte.

Manifestement préoccupés par les excuses d’Israël à la Turquie, Ioannis Kasoulides, le chef de la diplomatie chypriote grecque, et George Lakkotrypis, ministre chypriote de l’énergie et du commerce doivent se rendre la semaine prochaine en Israël tandis que le président chypriote grec, Nicos Anastasiades est également attendu en Israël à la fin du mois.

Les inquiétudes des chypriotes grecs transparaissent aussi dans un entretien accordé le 3 avril par Kasoulides à l’Associated Press et dans lequel il a observé que les excuses d’Israël à la Turquie «ne signifient pas qu’Israël est obligé de suivre ce que dicte la Turquie dans cette région.» Mais il est évident que ce sont les nécessités et les intérêts économiques qui dictent les choix présentement.

Il y a ceux qui, comme Tim Ash, le chef économiste du Standard Bank Group pour les marchés émergents, qui disent qu’il devrait en aller de même pour Chypre. Ash pense que leur débâcle économique donne aux chypriotes grecs une occasion de relancer les discussions pour un règlement du problème de Chypre et d’ouvrir la porte à une coopération économique avec la Turquie.

Un tel règlement ouvrirait évidemment au gaz chypriote la route turque que le ministre de l’énergie Yildiz considère comme étant la seule route viable vers l’Europe pour ce gaz. Mais le gouvernement chypriote grec ne semble pas l’entendre de cette oreille. Kasoulides a indiqué dans son entretien avec AP que leurs réserves sous-marines étaient suffisamment importantes pour l’installation d’une usine de traitement sur l’île qui exporterait en Europe qu’Israël décide ou non d’être partenaire.

Il a aussi minimisé les propositions d’un transit du gaz chypriote par la Turquie, affirmant que cette modalité serait «trop limitative» dans la mesure où le gaz naturel liquéfié «peut être vendu à l’est et à l’ouest, au nord et au sud.» Une source au ministère turc des affaires étrangères, s’exprimant sous condition d’anonymat, a déclaré à Al-Monitor que de tels propos ne font que refléter l’entêtement des chypriotes grecs devant la réalité.
Le gouvernement chypriote grec se trouve cependant devant un problème de taille avec la Turquie. Ankara insiste pour dire que les chypriotes turcs ont une part égale des réserves sous-marines de gaz et a fait savoir sa détermination à ce que la partie grecque de Chypre n’ait pas le monopole de la souveraineté sur elles. Pour le prouver, Ankara vient d’exclure le géant pétrolier italien ENI de tous les projets en Turquie à cause de sa coopération sur ces réserves de gaz avec le gouvernement chypriote grec.

Le fait est qu’Ankara peut donner de fortes migraines au gouvernement chypriote grec à un moment où il n’en a vraiment pas besoin, compte tenu de l’importance croissante de la Turquie comme plaque tournante de la circulation de l’énergie que les grandes compagnies ne peuvent pas se permettre d’ignorer. On espère chez les diplomates que le gouvernement chypriote grec va finir par se rendre compte des avantages d’un règlement de la question chypriote et de la coopération avec la Turquie dans le domaine de l’énergie.

D’un autre côté, un rapprochement turco-israélien ne veut pas dire tout va aller comme sur les roulettes pour les deux pays sils décident de réaliser leur projet commun de gazoduc. Haaretz a récemment cité des sources dans l’industrie qui disent qu’un tel gazoduc devrait passer par les zones d’exclusivité économique du Liban et de la Syrie avant d’arriver en Turquie, ce qui risque de s’avérer problématique.

L’avenir de la Syrie est cependant en jeu en ce moment. Dans le même temps, le Liban est aussi en train de rechercher les immenses réserves sous-marines dont il suppose l’existence dans sa propre zone économique de la Méditerranée orientale. Si elles sont prouvées, ces réserves devront être exploitées dans le cadre d’une coopération internationale.

Une Turquie qui aura scellé ses relations avec Israël au moyen d’un gazoduc stratégique aura toutes les raisons d’utiliser son influence sur le Liban pour le convaincre de rejoindre le réseau de coopération du bassin du Levant dans son propre intérêt pour son développement économique et pour la stabilité de la région.

Dans le contexte actuel, cette perspective peut paraître lointaine, mais il est évident que la région est aujourd’hui au seuil d’évolutions considérables. Il semble donc de l’intérêt bien compris des pays de la région de bien jouer leurs cartes dans ce nouveau «Grand Jeu» qui se déroule à une époque où il est clair que l’énergie peut être une cause de conflit tout comme elle peut être un catalyseur pour ma paix et la coopération.
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Il y a aussi, bien sûr, un angle iranien et un angle russe dans le Grand Jeu du bassin du Levant, sans parler des développements dans l’Irak du nord dont certains penseront qu’ils ont été négligés ici. Mais ils seront l’objet d’un autre article.

samedi 12 janvier 2013

Trois femmes puissantes ou la Turquie et son casse-tête kurde


On ne peut pas dire que la presse française en fasse des tonnes sur l'affaire des trois militantes Kurdes assassinées à Paris il y a quelques jours (pour le coup, ce sont elles qui ont eu la tête fracassée).
Les trois militantes du PKK assassinées à Paris
Slate nous dit cependant que:
Frapper Sakine Cansiz, c’est donc frapper Abdullah Öcalan, alors qu’il négocie de sa prison d’Imrali avec les services secrets turcs et qu’on venait tout juste d’apprendre qu'un accord cadre serait en vue.
Slate rejoint ainsi la position officielle turque telle qu'elle a pu être exprimée par le premier ministre Recep Tayyip Erdogan:
Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan a dénoncé jeudi l’exécution déplorable de trois femmes kurdes à Paris, retrouvées mortes dans la nuit tuées d’une balle dans la tête.
« Il nous faut être patient et attendre que les autorités fassent la lumière sur cet incident. Il pourrait s’agir d’un règlement de compte interne (au sein du PKK) ou d’une provocation pour tenter de perturber nos efforts de bonne volonté pour avancer dans le cadre du processus de paix », a-t-il déclaré, selon l’agence de presse Anatolie

Mais les choses ne sont peut-être pas si simples ainsi qu'on peut le subodorer en voyant le premier ministre Truc employer le mot "exécution" au lieu d'assassinat. Un mot auquel l'adjectif "déplorable" peine à ajouter une réelle dimension émotionnelle.
De son côté, RFI évoque trois pistes possibles: celle d'un conflit interne au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), un coup des services secrets turcs sur ordre de leur gouvernement pour faire capoter les discussions en cours et faire porter le chapeau ausx radicaux du PKK et enfin une action des Loups Gris, le mouvement nationaliste turc d'extrême droite.
J'observerai qu'on peut sans difficulté fusionner la deuxième et le troisième hypothèse, ce qui nous laisserait seulement deux éventualités.
Et l'hypothèse d'une action ses services secrets turcs est des plus probables, pour des raisons de simple logique.
On sait par exemple que la démarche bassement électoraliste du premier ministre Turc dans son "dialogue" avec le PKK est admise par tous les observateurs même si certains pensent qu'il peut en sortir du positif.
Pourtant, la crise syrienne a donné l'occasion au premier ministre Turc de démontrer son hostilité absolue à de véritables discussions avec les Kurdes et, au contraire, de sa volonté de les amener à se soumettre en échange de quelques mesures symboliques.
Mais Ergogan comme les Kurdes eux-mêmes savent très bien que la concrétisation du projet national kurde n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui et que c'est le gouvernement turc lui-même qui, avec sa politique bizarroïde (il n'y a pas d'autre mot) relativement à la Syrie et à Irak a favorisé cet état de fait.
Je ne veux pas dire par là que les Kurdes vont réaliser leur projet national, mais que le prix à payer pour les en empêcher sera plus élevé que jamais.
Un autre élément qui plaide en faveur de l'hypothèse d'un meurtre commandité par les autorités turques est à chercher dans d'autres propos de M. Erdogan, ceux par lesquels il réagit à des mots du président Français, François Hollande.
On peut lire en effet dans une dépêche Reuters du 12 janvier:
Meurtres de Paris-Erdogan demande des explications à Hollande
M. Erdogan ne demande pas au président Français de faire la lumière sur le triple meurtre à Pais mais réagit à ces propos de M. Hollande:
"C'est directement trois personnes dont l'une était connue de moi et de beaucoup d'acteurs politiques parce qu'elle venait régulièrement nous rencontrer", a déclaré jeudi François Hollande.

Propos qui ont suscité le mécontentement du premier ministre Turc qui a adressé cette sommation au chef de l'Etat français 
"Le président français doit expliquer à l'opinion turque et au monde pourquoi il avait rencontré des membres d'une organisation terroriste".

Une petite phrase où on peut voir tomber le masque d'Erdogan qui qualifie sans hésiter les trois victimes de membres d'une "organisation terroriste". On peut donc conclure que ce que M. Erdogan jugeait déplorable dans "l'exécution" de ces trois militantes Kurdes, c'était la méthode. Peut-être aurait-il préféré la strangulation?
Et l'organisation terroriste est celle-là même avec laquelle son gouvernement est supposé avoir engagé des négociations sérieuses et sincères!