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vendredi 19 juillet 2013

L'évolution du catholicisme préfigure-t-elle celle de l'Islam en Europe?

Un des aspects intéressants de cet article est ce dont il ne parle pas : la position doctrinale du judaïsme vis-à-vis du christianisme, de Jésus en particulier..
A part ça, il nous donne peut-être une idée de ce qui attend la religion musulmane, en Europe au moins. Sauf que dans le cas de l’Islam, il faut moins s’attendre à l’influence de convertis qu’à celle de ministres de l’intérieur ou même d’ambassadeurs et d’officines qui leur sont liées.
On aura peut-être aussi les mêmes aberrations que le catholicisme avec ce prêtre Espagnol, Antonio Hortelano, qui admet fièrement avoir travaillé pour le Mossad. :
- J’ai même plus travaillé avec Israël qu’avec le Vatican.
- Pourquoi avec les Juifs ?
- Ca se voit sur ma figure : j’ai une ascendance juive.
- Etre un espion juif va bien avec le sacerdoce catholique ?
- Parfaitement. Jésus était juif de race et de religion. Et il n’est jamais sorti du judaïsme. On ne peut être chrétien sans être juif.
A comparer avec les thèses présentées dans l’article que je vous propose.

Les convertis qui ont changé l'Église

Les prêtres d'origine juive contribué à faire avancer les réformes de Vatican II
Par John Connelly, Forward , The Jewish Daily (USA) 30 juillet2012 traduit de l’anglais par Djazaïri
Il y aura cinquante ans cet automne, les évêques catholiques se réunissaient à Rome pour un Concile qui devait mettre l’Eglise « en phase avec son temps » en la faisant parler plus directement au monde moderne. Après trois années de délibération, les évêques votèrent est acceptèrent des déclarations qui permettaient aux fidèles de suivre la messe dans leurs propres langues, encourageaient la lecture profane des écritures et exhortait les Catholiques à penser les autres religions en tant que sources de vérité et de grâce. Le Concile définissait l’Eglise en tant que « peuple de Dieu » et suggérait une organisation plus démocratique des relations entre les évêques et le Pape.. Il avait aussi adopté une déclaration sur les religions non chrétiennes, connue sous le nom latin Nostra Aetate («à notre époque»). La quatrième partie de ce texte, une déclaration sur les Juifs, s’était avérée des plus controversées, manquant à plusieurs reprises d’être écartée en raison de l’opposition d’évêques conservateurs.
Nostra Aetate confirmait que le Christ, sa mère et les apôtres étaient juifs, et que l’Eglise avait son origine dans l’Ancien Testament. Elle refusait que les Juifs qient tenus collectivement responsables de la mort de Jésus Christ, et fustigeait toutes les formes de haine, dont l’antisémitisme. Citant la l'Epître de Saint Paul aux Romains, Nostra Aetate qualifiait les Juifs de «très chers» à Dieu. Ces paroles semblent relever du sens commun aujourd’hui, mais elles constituaient une révolution dans les enseignements du catholicisme.
Malgré l’opposition à l’intérieur de leurs rangs, les évêques savaient qu’ils ne pouvaient faire silence sur les Juifs. Quand le document se retrouva dans l’impasse en mai 1965, l’un d’entre eux expliqua pourquoi il fallait que les choses avancent : «Le contexte historique : 6 millions de morts Juifs. Si le Concile, qui intervenait 20 ans après ces faits, restait silencieux à leur sujet, il évoquerait alors inévitablement la réaction exprimée par Hochhuth dans ‘Le Vicaire.’ Cet évêque parlait du traitement par le dramaturge Allemand Rolf Hochhuth du silence de Pie XII devant l’holocauste. Ces évêques ne souhaitaient plus vivre dans cette Eglise là [note de Djazaïri :au sujet du prétendu silence de Pie XII, voir ci-après]. 
Le problème était qu’ils ne disposaient pas d’un langage qui leur soit propre pour briser le silence. Plus que la plupart des autres disciplines académiques, la théologie est un maquis complexe dont chaque branche est gardée par une coterie d’experts sourcilleux. Ceux qui voulaient toucher à la complexité des relations de l’Eglise avec les Juifs devaient étudier l’eschatologie, la sotériologie [doctrine du salut], la patristique, l’Ancien et le Nouveau Testament, et l’histoire de l’Eglise dans toutes ses périodes. Les évêques en furent réduits à se reposer sur un tout petit groupe d’expertss qui s’était assez intéressé à cette question pour amasser les inhabituelles qualifications intellectuelles nécessaires pour cette tâche.
Comme je l’ai découvert en faisant des recherché pour mon livre publié récemment, «De l’ennemi au frère: la révolution dans l’enseignement catholique sur les Juifs, 1933-1965,» ces experts n’avaient pas commence leur travail dans les années 1960.
A partir d’avant-postes en Suisse et en Autriche, plusieurs d’entre eux avaient essayé de formuler une argumentation catholique contre l’antisémitisme, trente ans plus tôt, à l’ombre du nazisme. Ils étaient aussi peu représentatifs du catholicisme qu’on pouvait se l’imaginer. Non seulement étaient-ils, vivant en Europe centrale,  assez courageux pour se dresser face à Hitler avec leurs idées, mais ils n’étaient en majorité pas nés catholiques. Les catholiques qui ont aidé l’Eglise à aller vers la reconnaissance de la continuité de la sainteté du peuple juif étaient des convertis, issus pour beaucoup de familles juives.
Le plus important était Johannes Oesterreicher, né en 1904 d’un père Juif vétérinaire et de son épouse Ida à Stadt-Liebau, une agglomération germanophone de Moravie du Nord [en Tchéquie]. Dans sa jeunesse,  il avait participé au scoutisme sioniste avait été élu représentant des élèves Juifs dans son lycée avant de, pour des raisons qui restent inexplicables (il dira plus tard être «tombé en amour pour le Christ»), Oesterreicher avait pris intérêt aux écritures chrétiennes (les écrits du Cardinal Newman, de Kierkegaard et les Evangiles eux-mêmes) et, sous l’influence d’un prêtre qui sera par la suite assassiné par les nazis (Max Joseph Metzger) il devint catholique puis prêtre. Au début des années 1930, il avait pris en charge l’initiative du Diocèse de Vienne pour convertir les Juifs, dans l’espoir d’amener sa famille et ses amis dans l’Eglise. Son succès fut limité. Là où il eut plus d’impact fut dans le rassemblement d’autres penseurs catholiques pour s’opposer au racisme nazi.

Osterreicher fut choqué de constater la pénétration de ce racisme dans le travail d’éminents penseurs catholiques qui enseignaient que les Juifs étaient une race décadente [damaged] et étaient donc inaptes à recevoir la grâce du baptême. Par mi ses compagnons dans sa démarche, se trouvaient d’autres convertis comme le philosophe Dietrich von Hildebrand,  le théologien Karl Thiem et le philosophe de la politique Waldemar Gurian. En 1937, Gurian, Oesterreicher et Thieme rédigèrent une déclaration catholique sur les Juifs plaidant, à l’encontre des racistes, que les Juifs étaient porteurs d’une sainteté particulière. En dépit de sa conformité à l’enseignement catholique orthodoxe, pas un seul évêque (ne parlons même pas du Vatican) ne la signa.
Oesterreicher fuit l’Autriche à l’arrivée des Nazis en 1938 et continua son travail depuis Paris, diffusant par radio des sermons en langue allemande à destination du Reich, informant les Catholiques que Hitler était un «esprit immoral» aux «antipodes de la forme humaine»  et décrivant les crimes perpétrés par les Nazis contre les Juifs et les Polonais.
Au printemps 1940, il échappa de justesse à une équipe avancée d’agents de la Gestapo et, via Marseille et Lisbonne, il se rendit à New York pour rejoindre finalement la Seton hall University où il devint le principal expert de l’église catholique américaine en matière de relations avec les Juifs.
Oesterreicher abandonna progressivement son approche “missionnaire” des Juifs et définira de plus en plus son travail comme œcuménique. Lui et les Chrétiens qui partageaient ses idées essayaient de voir comment étayer leur croyance dans la vocation ininterrompue du peuple juif dans les écritures chrétiennes. Si la bataille d’avant guerre était menée contre les thèses superficielles du racisme nazi, celle de l’après-guerre avait pour objet les convictions profondément enracinées de l’anti-judaïsme chrétien. Dans un premier temps, les convertis soutenaient que, oui, les Juifs pouvaient être baptisés. Dans un second temps, même s’ils persistaient à penser que les Juifs devaient être baptisés afin d’échapper à la malédiction pour avoir rejeté le Christ, ces penseurs commencèrent  à réfléchir à la nature de cette supposée malédiction.
Si l’histoire était une série d’épreuves envoyées pour punir le people juif de ne pas avoir accepté le Christ, alors quelle était la signification d’Auschwitz? Les Nazis étaient-ils des instruments de la volonté divine dans le but d’amener les Juifs à se tourner enfin vers le Christ ? Répondre oui à cette question était obscène, mais ce fut la seule réponse que la théologie catholique donna en 1945. Dans les années qui suivirent, les convertis durent organiser une révolution dans une Eglise qui se posait comme immuable. Ils le firent en infléchissant la doctrine de l’Eglise dans le sens de l'Epître de Paul aux Romains, chapitres 9-11 où l’Apôtre, sans parler de baptême ou de conversion, proclame que les Juifs restent «chéris de Dieu» et que «tout Israël sera sauvé.» 
Comme Oesterreicher, les penseurs qui firent le travail intellectuel qui a préparé cette révolution étaient en écrasante majorités des convertis. Juste après la guerre, Thieme s’associa à Gertrud Luckner, une survivante des camps de concentration, pour publier le Freiburger Rundbrief dans le sud-ouest de l’Allemagne où ils firent des avancées théologiques remarquables sur la voie d’une conciliation avec les Juifs. A Paris, le Révérend  Paul Démann, un Juif hongrois converti, commençait à publier la revue les Cahiers Sioniens et avec l’aide d’autres convertis, Geza Vermes et Renée Bloch, il réfuta l’anti-judaïsme du catéchisme des écoles catholiques.

En 1961, Oesterreicher fut convoqué pour travailler dans la commission de Vatican II chargée de la «question juive,» qui devint le problème le plus ardu à être soumis aux évêques.
A un moment critique, en octobre 1964, les prêtres Gregory Baum et Bruno Hussar rejoignirent Oesterreicher pour assembler ce qui devint le texte final du décret du Concile sur les Juifs qui sera voté par les évêques l’année suivante. Comme Oesterreicher, Baum et Hussar étaient des convertis d’origine juive.
Ils étaient dans la continuité d’une tendance remontant au premier Concile du Vatican en 1870, quand les frères Lémann – des juifs devenus catholiques et prêtres – avaient présenté un projet de déclaration sur les relations entre l’Eglise et les Juifs qui affirmait que les Juifs « sont toujours chers à Dieu » à cause de leurs ancêtres et parce que le Christ était issu d’eux « par la chair.» Sans les convertis au catholicisme, il semble que l’Eglise catholique n’aurait « jamais su penser » la manière de relever les défis de l’antijudaïsme raciste.
Le pourcentage élevé de Juifs convertis comme Oesterreicher parmi les Catholiques qui étaient opposes à l’antisémitisme est logique: dans les années 1930, ils furent l’objet du racisme nazi et ils ne pouvait pas éviter le racisme qui avait pénétré dans l’Eglise. Dans leur opposition, ils ne faisaient que rappeler à l’Eglise sont propre universalisme [catholique = universel, NdT]. Mais en se tournant vers les passages longtemps négligés de l'Epître de Saint Paul aux Romains, ils ouvraient aussi l’esprit de l’Eglise à une nouvelle approche du peuple juif.
Quelles furent les impulsions derrière leur engagement après la guerre ?
Dans un compte rendu critique très généreux de mon livre dans The New Republic, Peter Gordon suggère que la “volonté [des convertis] de plaider en faveur des autres dérivait d’une préoccupation pour leur Moi [self]. Ils avaient gardé un sentiment d’eux-mêmes en tant que Juifs même dans l’Eglise catholique. Gordon nous remet en mémoire le scepticisme de Sigmund Freud sur la possibilité de l’amour de l’autre. L’amour vrai, pensait Freud, «était toujours mêlé de narcissisme : ce n’est pas l’autre que j’aime, mais moi-même, ou du moins c’est seulement cette qualité chez l’autre qui me ressemble ou ressemble à la personne que je fus un jour.»
Nous voyons cependant chez Oesterreicher une solidarité indéfectible  avec la communauté qui fut la sienne, avec sa famille en premier lieu. En 1946, il avait médité sur le sort de son père qui était mort de pneumonie à Theresienstadt (sa mère sera assassinée ensuite à Auschwitz). Oesterreicher n’avait pas peru l’espérance pour son père. Nathan Oesterreicher avait été un homme bon qui “avait droit à la béatitude des hommes de paix.”
Si Oesterreicher fils avait été un vrai narcissique, il aurait pu se satisfaire de la conviction qu’il avait été sauvé par le baptême. Finalement, l’immense affection et la nostalgie de son père juif commencèrent à ouvrir l’esprit d’Oesterreicher à la possibilité que les Juifs puissent être connaître le salut en tant que Juifs.
Le cadeau le plus durable des convertis qui participèrent à la réécriture des enseignements catholiques sur les Juifs a été d’étendre jusqu’à nous leur sens de la solidarité familiale, aux Juifs et aux Chrétiens. En 1964, Oesterreicher rédigea personnellement cette partie de Nostra Aetate selon laquelle l’Eglise ne parle plus de sa mission à l’égard des Juifs, mais regarde vers le jour qui verra «tous les peuples s’adresser au Seigneur d’une seule voix ‘pour qu'ils invoquent tous le nom de l'Éternel pour le servir d'un seul coeur’.»  (la dernière partie de la phrase est tirée de Sophonie 3 :9). Avec cette nouvelle doctrine, l’Eglise a cessé de vouloir transformer l’autre en une partie d’elle-même, et depuis cette mise au point, les Catholiques qui participent au dialogue judéo-chrétien tendent à ne plus être des convertis. Ils vivent la nouvelle compréhension des juifs et des Chrétiens en tant que frères. Les convertis ont franchi une frontière vers l'autre tout en restant en un sens très profondément eux-mêmes. mais en reconnaissant la légitimité, en fait la bénédiction, de nos différences, ils ont contribué à faire tomber un mur qui sépare Juifs et Chrétiens
John Connelly est professeur d’histoire à Berkeley, Université de Californie, et il est l’auteur de “From Enemy to Brother: the Revolution in Catholic Teaching on the Jews, 1933-1965,” (Harvard University Press,2012).



dimanche 7 avril 2013

Coptes et Musulmans doivent s'unir pour chasser Satan d'Egypte


Les nouvelles sur les relations entre la minorité copte et la majorité musulmane en Egypte ne sont pas bonnes.
Les tensions religieuses ont en effet été exacerbées sous les présidences Anouar es Sadate et surtout Hosni Moubarak dans le souci de détourner l’attention de l’opinion des problèmes économiques et politiques. Il n’est cependant pas du tout sûr que le gouvernement des Frères Musulmans soit en mesure d’enrayer de phénomène qui a aussi maintenant sa vie propre.
J’y vois deux raisons. La première est que les ennemis de la confrérie ont tout intérêt à attiser les passions sectaires. La deuxième est que certains éléments de la confrérie sont également animés par une volonté d’en découdre avec les coptes et que ce n’est pas l’exil dans les pétromonarchies fondamentalistes qui a pu contribuer à les calmer sur ce plan.
Pourtant les coptes sont la plus importante minorité religieuse en Egypte et, comme le nom même de leur église l’indique, ce sont des égyptiens dont la foi est antérieure à l’arabisation et à l’islamisation de l’Egypte.
Je ne connais pas assez l’Egypte pour identifier les interrelations du quotidien, dans la culture et l’éthos populaires entre église copte et Islam, sans parler de ce qui survit de l’ancienne religion du temps des pharaons.
Mon propos n’est pas ici de me placer du point de vue de telle ou telle doctrine religieuse, mais simplement d’inviter à s’intéresser à la réalité de la vie quotidienne d’un peuple qui appartient à une civilisation plurimillénaire avec toutes ses composantes, arabe et musulmane, mais aussi copte et tout simplement égyptienne.
L’article du journal El Mundo que je vous propose en est une illustration.

 Le ‘djihad’ contre Satan se mène dans les églises

Par Francisco Carrión, El Mundo (Espagne) 6 avril 2013 traduit de l’espagnol par Djazaïri
Le Caire – On dit que la foi déplace les montagnes. Les chrétiens égyptiens prétendent que c’est leur ferveur qui a fait se soulever Moqattam, une colline de terre sèche et craquelée, vers l’extrémité sud-est du Caire. Mille ans après un miracle si extraordinaire, une procession de ‘possédés par le démon’ avance vers les contreforts de la colline pour se libérer de Lucifer. 
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                   Colline de Moqattam
Creusée dans la roche, l’église de Saint Siméon rassemble chaque jeudi plusieurs milliers de fidèles chrétiens et musulmans avides de rédemption. La route qui conduit au purgatoire passe par le quartier où les chiffonniers mènent une existence infernale. Dans ses rues poussiéreuses et sombres, les rats se cachent  au milieu de tonnes de déchets entassés devant les portes des maisons. 
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Quartier des chiffonniers
Le père Samaan a construit ce lieu de culte dans les années 1990 et cepuis lors, il livre entre ses murs sa guerre particulière contre les ravages de Satan. La cérémonie hebdomadaire est sue succession de cantiques et de prières fréquemment interrompues par les cris effrayants des possédés qui peuplent les bancs au premier rang. «Le curé a dans son corps l’esprit de Jésus Christ. Je suis venue une fois parce que j’avais mal aux yeux et il m’a soignée avec de l’huile,» explique à El Mundo Oum Ashraf, une chrétienne qui traîne son corps usé à 57 ans. 
Avec sa soutane noire et sa longue barbe, «baba» Samaan – comme l’appelle son bataillon d’adeptes – est un des exorcistes les plus réputés de ce pays arabe. Attirés par une promesse de guérison, les pèlerins parcourent des centaines de kilomètres. Il est même arrivé qu’une fois un musulman fasse le voyage depuis la Syrie en quête de salut pour sa fille handicapée. Selon ses fidèles, le prêtre résout chaque année des centaines de cas de possession par le démon. 
Les symptômes» de la possession 
On assure que la présence du malin se manifeste au travers de douleurs prolongées à la poitrine ou dans le dos et par certaines maladies graves. Le manque d’appétit sexuel chez les femmes mariées est également perçu comme un symptôme du fait que, sans le savoir, ces femmes entretiennent des relations extraconjugales avec Lucifer.
«Je guérirai tous ceux qui sont possédés par Satan,» assure au microphone le septuagénaire Samaan lorsque, à la fin d’une messe de deux heures en prélude aux exorcismes. «Quiconque touchera une goutte de cette eau peut être certain que Jésus le guérira.» 
La voix rauque du vieillard, ses nombreuses plaisanteries qui provoquent des sourires dans le public, installent une attente tendue dans l’église. L’odeur de l’encens reste suspendue dans l’atmosphère quand le prêtre abandonne l’autel pour s’approcher, escorté par une armée de jeunes volontaires, des travées où se tordent ceux qui sont sous l’emprise de Belzébuth. 
Une jeune femme musulmane, avec les cheveux recouverts du «hidjab» (voile), est une des premières personnes souffrantes que Samaan asperge d’eau bénite. «Au nom de Jésus Christ, je t’ordonne de sortir,» lance-t-il tandis que des spasmes secouent le corps de la jeune fille et que des cris de frayeur se propagent chez ceux qui attendent leur tour. «Sors de ce corps,» insiste-t-il armé d’une petite croix en bois. 
 Quelques secondes plus tard, la lutte s’arrête. La terreur disparaît soudainement du visage. La tête cesse son agitation fébrile. Les extrémités arrêtent de marteler le sol. Et le corps fébrile de la jeune femme, qui n’oppose plus aucune résistance, s’abandonne dans les bras du curé. Les acclamations de joie résonnent sur la pierre quand le jeune femme, trempée et éperdue, sort de la transe et se lève avec l’aide de ses amies. 
Samaan trace avec un stylo des croix sur le front et la paume des mains et fend la foule pour se lancer dans le espiritu suivant. L’efficacité du traitement n’est pas toujours aussi rapide. Si Satan s’accroche, l’exorciste frappe et crache sur le malade jusqu’à ce que l’ennemi s’enfuie et que la personne – sous l’effet des coups et de la salive – s’évanouisse ou vomisse. 
Quand elles ont pu reprendre leur souffle, les personnes purifiées se rappellent rarement leurs quelques secondes d’agonie. Celles qui disent s’en souvenir parlent de langues de feu qui les dévoraient. «Je suis malade. Je suis allée voir de nombreux médecins sans ressentir le moindre soulagement. Mes amis m’ont conseillée de venir parce qu’on m’a fait de la magie noire,» raconte Manal Adl Falil, une musulmane âgée de 35 ans qui vient de la province de Menufiya dans la région fertile du delta du Nil. 
La sorcellerie «habite» aussi le corps de la musulmane Azza, une mère de familel âgée de 28 ans qui habite la cité méditerranéenne d’Alexandrie. «Elle est possédée par le démon depuis six années. Elle crie tout le temps et quand elel écoute réciter le Coran, elle se plaint de douleurs au niveau du cœur et elle s’effondre,» assure sa fille Zeinab. «C’est la première fois que nous entrons dans une église parce qu’à la mosqu »e, ils n’ont pas pu la guérir.» 
Des siècles de péché 
Le «djihad» (guerre sainte des musulmans) contre le Léviathan se livre à coups de messes et de versets de la Bible. La puissance fulgurante du rituel de la minorité chrétienne – qui représente 10 % de la population égyptienne – séduit depuis des siècles ceux qui croient en Allah. C’est ainsi que la tradition raconte qu’au 19ème siècle, le gouverneur Mohamed Ali, père de l’Egypte moderne , avait eu recours à un exorciste chrétien pour chasser le démon de l’âme de sa fille Zohra.
«Les exorcismes sont nécessaires parce qu’à chaque fois on commet de nouveaux péchés, ce qui a pour conséquence de déclencher la maladie,» explique à notre journal un autre exorciste, Makari Yunan. Licencié en théologie et en pédagogie, Yunan déclare chaque vendredi la guerre à Lucifer depuis la vieille cathédrale copte du Caire.
La rue égyptienne, sujette à l’insomnie, ne se repose jamais et le prêtre croule sous les demandes d’expulsion du diable qui habite des gens peu dévots, qui professent les «péchés de l’argent ou de la chair comme l’adultère» et vénèrent «la passion de l’amour propre, l’ambition pour le pouvoir et l’égoïsme.» Pour «s’infiltrer,» ils disent que l’antéchrist profite des moments de vulnérabilité : l’obscurité, la visite de certaine maisons, les chutes au sol ou quand on va dans la salle de bain. 
Des dizaines de vidéos attestent du «don divin» dont Unan a commencé à se servir en 1976 et grâce auquel il a parcouru la planète. «Ce n’est pas moi qui guérit mais Jésus Christ. Personne ne peut prendre le dessus sur le diable à part Jésus Christ,» précise-t-il avant de gloser sur un ses derniers ‘miracles’. Vendredi dernier deux femmes atteintes d’un cancer et une autre de paralysie ont dit avoir été guéries,» ajoute le prêtre.
La Bible comme le Coran mentionnent les «génies ifrit» (esprits du diable) et les cheikhs pratiquent aussi l’exorcisme. Mais certains de leurs fidèles finissent par échouer dans les églises, fascinés par la lumineuse cérémonie copte et tourmentés par leurs pèlerinages infructueux auprès de prédicateurs ou de guérisseurs.
«Toute personne, quelle que soit son appartenance sociale ou religieuse et quelle que soit sa maladie est bien accueillie. Nos jours sont comme la vapeur d’eau. Ils se vivent fugacement et disparaissent. Il faut accepter Jésus Christ avant l’arrivée de la fin des temps,» conclut le prêtre.

mercredi 26 décembre 2012

Noël est-il un moment de déchaînement des forces maléfiques?


Après avoir lu cet article du Haaretz, j’ai cru à une blague. Sauf que nous ne sommes pas au moment de la fête de Pourim où on voit dans la presse juive fleurir des articles qui correspondent aux poissons d’avril en France.
Et en recherchant sur le net, j’ai trouvé d’autres articles sur le même sujet, c’est-à-dire sur une pratique du judaïsme hassidique qui coïncide avec la fête chrétienne de Noël.
Une pratique qui se résume à l’exécration des chrétiens et de Jésus si on en croit l’article.

Pendant Nittel Nacht – connue de par le monde sous l’appellation veillée de Noêl – les juifs hassidiques croient que les mauvais penchants s’expriment à fond. Afin d’éviter tout dommage qui pourrait résulter de ce phénomène, ils s’abstiennent d’étudier la Torah.
par Shahar Ilan, Haaretz (Sionistan) 25 décembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Pendant Nittel Nacht – connue de par le monde sous l’appellation veillée de Noêl – les juifs hassidiques croient que les mauvais penchants s’expriment à fond. Afin d’éviter tout dommage qui pourrait résulter de ce phénomène, les hassidim s’abstiennent d’étudier la Torah, afin de ne pas laisser les démons l’emporter, et ils s’abstiennent d’accomplir la mitzvah que constitue le fait d’avoir une descendance et de se multiplier.
Pas de relations sexuelles. Cette nuit, croient les hassidim, le klipot – les vaisseaux ou manifestations des forces maléfiques – devient plus fort. Sefer Haminhagim (Le Livre des Coutumes) enseigne que la plupart des hérétiques qui ont abandonné leur religion juive pour se convertir descendaient d’un accouplement illicite pendant le premier Noël chrétien.

Jeu d’échecs et jeux de cartes. Pendant Nittel Nacht, les hassidim jouissent d’une expérience assez rare dans la vie quotidienne des ultra-orthodoxes – beaucoup de temps libre. Dans le folklore qui s’est développé autour de Nittel Nacht, la tradition a fait que les échecs sont devenus le jeu par excellence. Il y a même une photo célèbre du dernier chef spirituel Loubavitch, le rabbin Menachem Mendel Schneerson en train de jouer aux échecs avec son prédécesseur (quoiqu’on ne sache pas vraiment si la photo a été prise pendant Nittel Nacht). D’autres préfèrent jouer aux cartes, comme la variante galicienne du poker ou le «21,» un jeu hongrois.

Découper du papier toilette pour le sabbat. Certains rabbins marquaient la fête gentille [chrétienne] en découpant du papier toilette pendant chaque sabbat tout le reste de l’année. Ce n’était pas une simple marque de mépris pour ceux qui croyaient en la sainte Trinité- c’était la manifestation d’un mépris insigne. Les livres de la Kabbale considèrent la chrétienté  comme un déchet qui s’est détaché de la nation d’Israël. La coutume de déchire du papier toilette n’est tombée en désuétude que parce que de nos jours, il est possible d’acheter du papier toilette prédécoupé. D’autres rabbins profitaient de l’occasion pour classer leurs factures de l’année, calculant ce qu’il leur fallait mettre de côté pour accomplir la mitzvah de la dîme.
Il y avait des pogroms de toute façon. Il y a certaines raisons derrière la pratique inhabituelle qui consiste à ne pas étudier la Torah pendant Nittel Nacht :

* Selon l’explication la plus rationnelle, le soir de Noël, les juifs devaient fermer leurs synagogues et leurs lieux de culte, et éteindre la lumière chez eux, par crainte de pogroms. Avec le temps, l’obligation de ne pas étudier la Torah s’est inscrite dans l’idéologie.
* Comme c’est un jour de deuil le jour de la naissance du même homme [c’est-à-dire qu’on porte le deuil pour commémorer la naissance de Jésus], une sorte de Tisha B’ac en hiver, comme pour Tisha B’av, l’étude des textes sacrés n’est pas autorisée ce jour là. Pourquoi alors les hassidim s’abstiennent-ils de jeuner et de porter le sac et la cendre ? Peut-être pour la même raison pour laquelle ils ont maintenu secrète la pratique de Nittel : par crainte de la colère des Gentils.
*Jésus, ainsi qu’il est dit dans le traité Sanhédrin, était un des élèves du rabbin Joshua ben Parchia. L’interdiction d’étude des textes sacrés a aussi pour but d’empêcher de se souvenir ce jour là du droit qu’il avait d’étudier.

Herzl n’a pas dit. Au fil des ans, les hassidim ont développé un genre de plaisanteries sur Nittel. Par exemple : on avait demandé à un rabbin hassidique de faire l’éloge de Herzl. Après y avoir réfléchi rapidement, il a parlé de trois de ses vertus : Herzl ne parlait jamais quand il portait un tefilin, il ne pensait jamais à la loi religieuse dans des lieux sales, et il n’étudiait pas la Torah la nuit de Nittel. Une autre blaque raconte l’histoire d’un homme à qui on demandait pourquoi il n’arrêtait pas l’étude de la Torah pendant Nittel Nacht. « J’observe le Nittel en fonction du Noël arménien,» avait-il répondu.

Nittel orthodoxe. Le fait que les Grecs orthodoxes et l’église russe fêtent Noël le 6 janvier est source d’une certaine confusion chez les hassidim. Il s’avère que cela ne les amène pas à observer deux Nittels et que les instructions sont que chacun devrait observer Nittel le jour où Noël est célébré dans son pays d’origine. En Galicie, Nittel est observé le 6 janvier. Les Belz Hassidim le font le 5 janvier et on ne sait pas trop pourquoi. Aux Etats Unis, selon une décision du rabbin Loubavitch, Nittel doit être marqué la nuit entre le 24 et le 25 décembre.

Les klipot sont hors de contrôle. Il y a ceux qui sont persuadés de l’absence de nécessité d’observer Nittel nacht en Israël en raison de la sainteté de cette terre. Le rabbin Mordechai de la Sionim a de son côté conclu qu’en Israël les klipot étaient hors de contrôle, même à Jérusalem où il y a tant d’églises. Malgré cela, les Séfarades et les Lituaniens n’ont pas adopté cette coutume et ils étudient la Torah tous les jours, même pendant Nittel.
klipot
clic sur l'image
Les juifs ne sont pas autorisés à étudier. L’origine du mot Nittel n’est pas claire. La meilleurs explication, même si elle n’est pas des plus convaincantes, est qu’il est constitué des initiales en yiddish de «les juifs ne sont pas autorisés à étudier.» Selon Wikipedia, «Ce mot tire son origine du nom donné en latin à Noël à l’époque médiévale – Natal Domini – la naissance du Seigneur (en vieux latin – Dies Natalis, le jour de la naissance). Une explication donnée par le journal du parti Shas, Yom Leyom, est que c’est une déformation du nom latin pour la nuit de la Saint Sylvestre, Natlus, quoique Nittel Nacht s’observe à Noël. Le journal d’Agudat Yisrael, Hamodia, donne une autre explication possible, et apporte de nouvelles explications sur la manière dont jésus a été mis à mort : «Comme ils ne voulaient pas dire le nom de l’homme en question, que pourrisse le nom du méchant, ils l’ont appelé le pendu parce qu’il avait été tué et pendu à un arbre.» [l’histoire de la pendaison de jésus par les juifs est connue, voir ici ou là, NdT]

Se souvenir de haïr le goy. Il y a quelque chose d’étrange à s’abstenir d’étudier la Torah le soir où précisément les puissances maléfiques se renforcent. Car en fait, l’étude de la Torah est semble-t-il, d’après les juifs ultra-orthodoxes, la meilleure réponse à cette montée des forces du mal.  La Nittle Nacht est en réalité une nuit du souvenir de la persécution des juifs par les chrétiens et une nuit où on doit se souvenir de les haïr, en conséquence de quoi tout le reste n’est pas si important.  Et comme le disent les lituaniens, les juifs hassidim de manquent jamais une occasion d’éviter l’étude de la Torah.

samedi 23 octobre 2010

Le Vatican contre le sionisme

Vos journaux ne se bousculent pas pour parler du sujet que je vous propose; tout simplement parce que cette réunion au Saint-Siège ne portait pas sur le préservatif ou la contraception (on verra cependant demain s'ils sont plus diserts).

Les sionistes attendaient beaucoup du synode pour le Moyen-Orient qui vient de se réunir au Saint-Siège. Si le synode s'est effectivement inquiété du sort des Chrétiens au Moyen-Orient, les sionistes en sont cependant restés pour leurs frais comme on peut le voir avec cette réaction du rabbin David Rosen, directeur du département des Affaires interreligieuses du Comité juif international, pour qui ce synode, auquel il a participé en tant qu'invité, accueillait des "évêques radicalement hostiles à l’Etat hébreu". En plus de ces évêques et du rabbin, on a noté aussi la présence d'un ayatollah Iranien et d'un Musulman sunnite venu du Liban.

En fait, non seulement rien de ce qu'espéraient les sionistes ne s'est produit au Vatican mais le synode a apporté une réponse théologique ferme d'opposition à la doctrine sioniste.
Excusez du peu, mais on peut lire en titre d'un article sur RFI que
Vous avez bien lu et je rappelle que RFI est l'acronyme pour Radio France Internationale (et non pour Radio fasciste Islamique comme vont vite tenter de vous en persuader les sionistes).
Le Vatican n'y va effectivement pas avec le dos de la cuiller et affirme qu'il 
Mgr Cyrille Salim Bustros, archevêque de Newton (USA) enfonce le clou:
"Pour nous, chrétiens, on ne peut plus parler de Terre promise au peuple juif", terme qui figure dans l'Ancien testament, car cette "promesse" a été "abolie par la présence du Christ". Après la venue du Jésus, "nous parlons de Terre promise comme étant le royaume de Dieu", qui couvre la Terre entière, et est un "royaume de paix, d'amour, d'égalité (et) de justice", a-t-il expliqué.

Nous avons là un important pas supplémentaire dans une des directions que redoutent le plus les sionistes, c'est-à-dire la délégitimation de leur Etat usurpateur.
Mais vous verrez, les sionistes qui déjà prétendent mieux connaître le Coran que les Musulmans (le Coran disent-ils, légitime le sionisme!) vont arguer du fait qu'ils sont bien meilleurs spécialistes des Evangiles que les hiérarques catholiques eux-mêmes.

mercredi 30 décembre 2009

Que ferait Jésus à Gaza?

Mon post sur "Jésus le musulman" a déchaîné les passions les plus stupides qu'on puisse imaginer. Or, ce post faisait simplement référence à la place de Jésus dans le Coran, place que tous ceux qui ont quelque notion d'histoire religieuse connaissent.


Le plus drôle, c'est de voir qu'apparemment certaines personnes comprennent le mot musulman comme ayant une signification ethnique ou ésotérique. Or, ce n'est pas le cas et musulman signifie simplement "soumis à Dieu." Et le Coran ne se veut rien d'autre qu'un rappel au monothéisme absolu, celui qui, toujours d'après le Coran, est la foi prêchée par tous les prophètes qu'ils se nomment Abraham (Ibrahim), Jacob (Ya'coub), Moïse (Moussa), David (Daoud), Salomon (Soulimane) ou encore Jésus (Aïssa). C'est dans cette tradition prophétique que s'inscrit précisément Muhammad, le messager de l'Islam.

Il y aurait beaucoup à dire, que ce soit d'un point de vue religieux ou profane, sur la place de l'islam et de l'Arabie dans cette histoire prophétique mais ceci n'est pas un blog dédié à la théologie, ni à l'histoire religieuse.

Bon, j'en profite pour vous faire connaître un autre article qui nous parle de Jésus, de manière beaucoup plus prosaïque car il s'agit d'un Jésus en quelque sorte impuissant, du fait de son absence ici-bas (à part dans le cœur de ceux qui croient en lui ou en sa mission) et que l'auteur appelle le président Obama à suppléer au nom tout à la fois de ses valeurs chrétiennes affichées et de son statut de dirigeant de la première puissance mondiale.

Publié dans Newsweek, donc un magazine très lu par les élites aux Etats Unis, cet article manifeste sans ambages l'agacement d'une frange sans doute substantielle de ces élites devant les atermoiements puis la quasi soumission du président Obama devant le régime sioniste et, mais ça notre journaliste ne peut pas le dire, devant le lobby sioniste aux Etats Unis.

Ce journaliste observe que le président, après des débuts en fanfare au Caire, semble se détourner de tout ce qui pourrait aller dans le sens d'une solution pacifique au conflit. Et notre journaliste met Obama devant sa propre contradiction; après avoir encouragé la résistance pacifique ou non violente à la place de l'action armée, voilà que la marche pacifique pour Gaza du 31 janvier offre une belle occasion à M. Obama de mettre en accord ses principes et son action. Et que le président ne la saisit pas, en encourageant comme il aurait pu le faire les autorités égyptiennes à faciliter les choses aux organisateurs de cette marche. Ceci dit, M. Obama peut-il ignorer que nombre de militants Palestiniens adeptes de la non violence croupissent dans les geôles sionistes s'ils ne sont pas parfois purement et simplement tués?

Personnellement, je vois dans cet article le pessimisme absolu d'une partie des élites des Etats Unis qui voient la puissance de leur pays s'affaiblir, au point d'être tenue en respect par un petit état voyou flanqué entre mer Méditerranée et mer Rouge; sans parler des guerres ruineuses dé^à en cours en Irak et en Afghanistan et celle peut-être à venir contre l'Iran.

A défaut de bonne année, je souhaite bon courage à nos amis Américains.



Obama parle d'amour du prochain tout en justifiant des guerres, mais au Moyen Orient, ni l'un ni l'autre ne fonctionnent
par Christopher Dickey, Newsweek (USA) 24 décembre 2009 traduit de l'anglais par Djazaïri

Il peut sembler hors de propos, même en cette veille de Noël, de nous demander ce que Jésus ferait en Terre Sainte aujourd'hui. Le réduit de Gaza, Jérusalem, la Judée et la Samarie sont des lieux où l'amour de Dieu a été supplanté depuis longtemps par la guerre pour la terre et la mauvaise volonté des hommes.Il y a maintenant un an,commençait la tentative sanglante et vaine d'Israël pour écraser le Hamas dans ce qui s'apparente à une prison géante pour un million de personnes. Les faiseurs de paix sont rarement heureux et souvent vilipendés, demandez seulement à l'envoyé spécial George Mitchell. Et la vérité rend rarement qui que ce soit libre comme l'a prouvé le rapport onusien basé sur les faits et rédigé par le juge Sudafricain Richard Goldstone qui a été dénigré à Washington et rejeté par Israël.

Mais étant donné que c'est Barack Obama qui est le président des Etats Unis, la question de Jésus a une pertinence aujourd'hui qu'elle n'aurait pas eu il y a un an. Non, Obama n'est pas le messie, ce n'est pas ce que je dis. Mais Obama a réellement employé le mot amour d'une manière que Jésus aurait comprise. Donc si la question de ce que jésus pourrait faire dans la Terre sainte d'aujourd'hui est toute théorique, la question de ce qu'Obama fera ne l'est pas. Et certaines de ses idées les plus chères sur la paix, l'amour et la compréhension mutuelle pourraient être mises à l'épreuve le 31 décembre, date à laquelle des militants espèrent mettre en branle une énorme marche de la liberté pour Gaza.
C'est précisément le genre de protestation qu'Obama appelait lui-même de ses vœux dans son adresse au monde musulman en juin dernier au Caire quand il avait dit que les Palestiniens devaient abandonner la violence et prendre exemple sur le mouvement des droits civiques aux Etats Unis, et sur d'autres luttes similaires par les peuples de l'Afrique du Sud à l'Asie du sud, de l'Europe orientale à l'Indonésie.

Un choix clair devrait s'opérer entre les politiques de terreur, d'occupation, le combat destructeur et le cynisme politique auxquels nous assistons depuis si longtemps de la part des dirigeants Palestiniens comme Israéliens, ou des politiques de désobéissance civile et de bon sens que souhaite Obama. Mais ne vous attendez-pas à entendre beaucoup parler de cette marche quand elle aura lieu, si même elle a lieu. L'Egypte et Israël pourraient rendre impossible la jonction entre les militants pour la paix et les marcheurs de Gaza. Il y a souvent des manifestations dans les territoires palestiniens, mais habituellement seul le sang attire l'attention des média et encore pas toujours.
La seule chance qu'une grande marche non violente ait un impact est qu'Obama lui-même en tienne compte. Mais depuis le Caire, il a été tenu en respect par les tenants de la ligne dure en Israël. Ainsi en juin, Obama a déclaré catégoriquement que les Etats Unis ne reconnaissaient pas la légitimité de la poursuite de la colonisation israélienne, ce qui semblait un acte de fermeté.Mais il a tôt fait de découvrir que le premier ministre Israélien Bibi Netanyahou ne se souciait pas vraiment de ce qu'Obama acceptait. Au terme d'un long bras de fer, Washington a finalement amadoué Netanyahou qui a annoncé un gel partiel temporaire de quelques quartiers d'habitations et maisons en Cisjordanie, mais la poursuite des projets publics et des constructions déjà engagés.

Oslo était une chance pour Obama de mettre les choses au point: soit il croit au pouvoir de la protestation non violente pour influer sur un avenir de paix au Moyen orient, soit il n'y croit pas.Mais alors qu'il lançait son appel aux Européens pour qu'ils dépêchent plus de troupes de l'OTAN pour la "guerre juste" en Afghanistan, il s'est complètement éloigné de son vieux thème sur le Moyen Orient. La conviction que la paix est désirable est rarement suffisante pour l'obtenir, a déclaré Obama. Un mouvement non violent n'aurait pas pu arrêter les armées d'Hitler. Des négociations ne peuvent pas convaincre les dirigeants d'al Qaïda de déposer les armes. Dire que le force peut être parfois nécessaire n'est pas un appel au cynisme - c'est une reconnaissance de l'histoire, des imperfections de l'homme et des limites de la raison.

C'est assez juste. Mais peu de conflits sont aussi évidents que la lutte contre les SS ou contre Oussama ben Laden.

Je me suis demandé quand Obama, cet admirateur de Gandhi et de Martin Luther King rendrait un hommage autre que verbal à leur grandeur en allant au fond de la question centrale pour la paix entre les Arabes et les Juifs. Dans les guerres contemporaines, beaucoup plus de civils que de soldats sont tués; les germes d'un futur conflit sont semés, les économies sont brisées, des sociétés civiles en lambeaux, des réfugiés entassés, des enfants effrayés, a-t-il dit à Oslo. Et ce n'est nulle part plus vrai qu'à Gaza. Mais Obama n'a pas mentionné Gaza.

Le président des Etats Unis a appelé toutes les nations, puissantes ou non, à se conformer aux normes internationales qui régissent l'usage de la force, mais sans aucune référence aux allégations très détaillées du rapport Goldstone ou autres qui accusent Israël et le Hamas d'avoir commis des crimes de guerre.

Je sais que discuter avec des régimes répressifs n'a pas la pureté satisfaisante de l'indignation, a déclaré Obama. Mais il parlait de l'Iran et de la Corée du Nord, de la Birmanie et du Zimbabwé. Il n'a pas dit que les Etats Unis devaient discuter avec le Hamas et il n'a pas encouragé les Israéliens à le faire.

Dans un passage retentissant, Obama a déclaré qu'aucune guerre sainte ne pouvait être une guerre juste. Car si vous croyez sincèrement que vous êtes porteur de la volonté divine, alors vous n'avez aucune raison de vous retenir, aucune raison d'épargner la femme enceinte, ou le médecin ou l'employé de la Croix Rouge, ni même une personne de votre propre religion. Une telle vision faussée de la religion n'est pas seulement incompatible avec l'idée de paix, mais je pense qu'elle est incompatible avec les buts mêmes de la foi - car la règle fondamentale de toutes les grandes religions est de se comporter avec autrui comme on voudrait qu'il se comporte avec nous. Mais Obama parlait-il des colons Israéliens extrémistes de Cisjordanie ou des forces israéliennes détruisant des usines, des fermes et des maisons à Gaza il y a un an? Ou du Hamas? Il n'a mentionné ni les uns ni l'autre.

Adhérer au principe de l'amour a toujours été le combat essentiel de la nature humaine, a déclaré Obama vers la fin de son discours, utilisant sans réserves ce mot qui est au cœur des Évangiles. Et Obama nous a appelés à tendre vers cette étincelle divine qui brille toujours dans l'âme de chacun. Mais sa seule référence spécifique au conflit en terre sainte qu'il a faite a été une remarque en passant que le conflit entre Arabes et Juifs semblait en train de se durcir.

Non, je ne sais pas ce que ferait Jésus, mais je sais ce qu'Obama devrait faire. Il peut faire sienne la plus importante conclusion du rapport Goldstone, qui est essentiellement un appel à Israël et au Hamas à s'engager dans un processus de vérité et de réconciliation similaire à celui qui a contribué à panser les blessures de l'apartheid. (Jusqu'à présent, le Département d'Etat a affirmé que le rapport était en réalité un obstacle à la paix). Et Obama devrait user de son autorité morale, tant qu'il en reste un peu, pour ouvrir la voie à la protestation pacifique à gaza au lieu de permettre à Israël et à l'Egypte de l'étouffer. Quand le président Obama a visité un Boys and Girls Club dans un Washington enneigé l'autre jour, il a dit aux enfants que ce que la naissance de l'enfant Jésus "symbolise pour des gens un peu partout dans le monde, c'est la possibilité de la paix et que des peuples se traitent les uns les autres avec respect." Il est temps qu'Obama travaille avec plus de force pour appliquer ce principe dans la partie du monde où l'enfant Jésus est né

vendredi 25 décembre 2009

Jésus, le Musulman

En ces temps de fêtes de Noël, un article rafraîchissant sur l’importance de Jésus et de Marie dans la religion musulmane. Rien de nouveau, bien entendu, pour ceux qui sont un peu au fait de la religion musulmane mais un rappel salutaire notamment en ces temps de « débat » sur l’identité nationale en France.
Dans cet article, il y a deux choses. D’une part, l’auteur fait le point sur la place de Jésus dans l’Islam et dans le Coran, en signalant convergences et divergences avec le christianisme. D’autre part, l’article évoque une réflexion sur les festivités de Noël et les Musulmans de Grande Bretagne. Cette réflexion intéresse aussi la France, en gardant bien en tête cependant que le Royaume Uni n’est pas un pays  laïque puisque le christianisme Anglican y est religion d’Etat.


Jésus en Islam
Par Mehdi Hasan, The Guardian (UK) 24 décembre 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri

Les Musulmans n’adorent pas Jésus mais ils le révèrent et croient en lui autant que les Chrétiens

 « Alors vous me dites que vous croyez en Jésus comme en Muhammad [Mahomet] ? » Je me souviens du regard perplexe de mon ami Chrétien il y a quelques années. Je lui avais lancé une bombe théologique en lui révélant que Jésus était considéré par les Musulmans comme un envoyé de Dieu.

 « Non seulement nous croyons en Jésus, «  avais-je répondu, faisant une pause pour maximiser l’effet dramatique, « nous croyons aussi en sa naissance virginale. » Les yeux de mon ami s’étaient écarquillés de surprise, il en était bouche bée. »

Les Chrétiens, peut-être parce qu’ils s’appellent eux-mêmes Chrétiens et croient dans le christianisme, aiment s’approprier le Christ. C’est donc une énorme surprise pour beaucoup d’entre eux – dont mon ami – de découvrir que la deuxième confession du monde par le nombre, l’Islam, s’en revendique aussi.

Jésus, ou Aïssa, ainsi qu’on le désigne en arabe, est considéré par l’Islam comme un prophète Musulman plutôt que comme le fils de Dieu, ou l’incarnation de Dieu. Il est cité nommément dans pas moins de 25 dfférents versets du Coran et décrit comme le « Verbe » et « l’Esprit » de Dieu. Aucun autre prophète cité par le Coran, pas même Muhammad, n’ a droit à cet honneur particulier.
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En fait, l’Islam révère aussi bien Jésus que sa mère, Marie (Joseph n’apparaît nulle part dans le récit coranique de la naissance du Christ). » « Ala différence des Evangiles canoniques, le Coran s’intéresse plus à sa naissance miraculeuse qu’à l’étape ultérieure de la Passion, » écrit le professeur Tarif Khalidi dans son livre fascinant ‘Le Jésus Musulman.’ « C’es pourquoi il est souvent évoqué comme ‘le fils de Marie’ et pourquoi sa mère et lui apparaissent souvent ensemble. » En fait, Marie, ou Myriam, ainsi qu’on la connaît dans le Coran, est considérée par les Musulmans comme occupant la position spirituelle la plus élevée parmi les femmes. Elle est la seule femme mentionnée nominativement dans le livre sacré de l’Islam et un chapitre du Coran porte son nom en titre.

Mais la signification réelle de Marie est que l’Islam la considère dans sa virginité et fait sienne le concept chrétien de naissance virginale. « Elle était la femme élue, choisie pour donner naissance à Jésus, sans un mari, » déclare Cheikh Ibrahim Mogra, imam à Leicester et secrétaire général adjoint du Muslim Council de Grande Bretagne.

Pour les Musulmans, cependant, la naissance virginale n’atteste pas de la divinité de Jésus mais seulement de son importance unique en qualité de prophète et de messie. La Trinité est rejetée par l’Islam comme le sont la crucifixion et lé résurrection. Le Coran fustige le christianisme pour la pratique répandue parmi ses sectes qui consiste à déifier Jésus (et Marie) et amène sa critique sous la forme d’une interrogation de Jésus par Dieu :

Et quand Dieu dit : O Jésus, fils de Marie ! As-tu dit à l’humanité : Prenez ma mère et moi comme deux dieux à côté de Dieu ? il répondit : Gloire à Toi ! Il ne me revenait pas de dire ce que je n’avais pas le droit [de dire]. Si je l’avais dit, Tu le saurais. »
Les Musulmans chérissent et vénèrent Jésus le prophète – mais, je me le demande souvent, ne nous contentons-nouspa d’hommages de pure forme à sa vie et à son héritage ? Où, par exemple, est léquivaleent islamique de Noël ? Pourquoi les Musulmans celèbrent-ils la naissance du prophète Muhammad et non celle du prophète Jésus ? « Nous aussi, à notre manière, devrions célébrer la naissance de Jésus… [parce que] il est si spécial pour nous, » déclare Mogra.

Ces dernières années, la presse britannique de droite a pris position contre les tentatives d’autorités locales « politiquement correctes » de minimiser voire même de supprimer Noël. La tentative de la ville de Birmingham de rebaptiser ses festivités annuelles « Winterval » et les illuminations avec une thématique Harry Potter appelées « Luminos » à Luton en sont des exemples connus.On a souvent le sentiment que ce genre de décisions est motivé par la crainte que des manifestations ostensibles de la foi chrétienne pourraient offenser la sensibilité des Musulmans Britanniques mais, compte tenu de l’importance de Jésus en Islam, de telles craintes sont déplacées et contre productives. Mogra, qui dirige la commission des relations interreligieuses du MCB renchérit : « Changer le nom de Noël est une idée ridicule. » Il ajoute : « La Grande Bretagne est grande quand elle célèbre les diverses fpetes religieuses de los diverses communautés religieuses. Elles devraient garder leur nom et nous devrions toutes les célébrer. »
Au milieu des tensions entre l’Occident Chrétien et l’Orient Musulman, je pense qu’insister ensemble sur Jésus pourrait aider à réduire le fossé croissant entre les deux plus grandes communautés religieuses du monde. D’autres souscrivent. « Nous ne devons pas nous disputer sur Jésus. Il est spécial aux yeux des Musulmans et des Chrétiens, » déclare Mogra. « Il est plus grand que la vie. Nous pouvons le partager »

dimanche 10 mai 2009

Actualité du judéo-christianisme

La visite du Pape Benoît XVI au Proche Orient est un des faits marquants de l’actualité. Après un passage en Jordanie, le Pape se rend en Palestine occupée où un accueil mitigé lui est réservé aussi bien par les juifs que par les musulmans.
Pas pour les mêmes raisons cependant. La réserve des musulmans tient pour partie aux propos qu’avait tenus le Pape, tendant à assimiler Islam et violence mais surtout à sa renonciation, sous les pressions du régime sioniste, à l’idée de prendre la parole publiquement près du mur de séparation qui marque la limite du ghetto sioniste.
Entre l’église catholique et les juifs, les sujets de contentieux surabondent ; ce sont surtout les juifs qui font des reproches à l’église catholique : ils rejettent par exemple le projet de béatification de Pie XII, rappellent l’appartenance de Benoît Ratzinger aux Jeunesses Hitlériennes et n’oublient pas la remise au goût du jour de la prière pour la conversion des juifs.
En dépit de ce tombereau de reproches, le Pape a tenu à affirmer «le lien inséparable qui unit l'Eglise et le peuple juif.»
On s’interrogera sur la nature de ce lien inséparable. Peut-être s’agit-il de celui constitué par la corde qui, selon le Talmud, a servi à pendre Jésus.
Oui, car selon le Talmud, Jésus n’a pas été crucifié mais lapidé puis pendu par les juifs eux-mêmes, et non exécuté par les romains.
On dira que j’ai pêché ça dans un site antisémite qui accomode le Talmud à sa sauce (au passage, rappelons que pour l'Islam, Jésus n'a été ni crucifié ni pendu).
Que nenni. J’ai trouvé ça dans un article publié par Forward, un magazine juif édité aux USA. Ce qui est d’ailleurs amusant dans cet article, c’est que l’auteur feint de découvrir le sort fait à Jésus dans le Talmud. On aurait pu le croire si l’auteur avait une culture juive minimale alimentée par une version expurgée du Talmud. Or ce n’est pas le cas puisqu’il nous indique avoir effectué un travail universitaire sur (Saint) Paul dans le Talmud.

Les juifs ont-ils un problème avec Jésus?
Le Polymath
Par Jay Michaelson Jewish Forward (USA), le 29 avril 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri

La blague, si c’en est une, dit ceci : «Vous devez nous pardonner, nous les Juifs, d'être un peu nerveux. Deux mille ans d'amour chrétien ont usé nos nerfs.»
C’est tout dire, n’est-ce pas ? Les cicatrices de l’antisémitisme et de l’action missionnaire, le sens de l’humour rempli de pathos, le mépris de la chrétienté – c’est certainement ainsi que je voyais majoritairement notre religion dans ma jeunesse. Quand j’étais enfant, le christianisme était comme un grand tyran stupide : à la fois idiot et extrêmement puissant. Etaient-ils incapables de voir à quel point leur religion était ridicule ? Une naissance virginale ? Le Père Noël ? Un lapin de Pâques? Un messie qui a été tué, mais est mort en réalité pour nos péchés? Et pourtant, telles étaient les personne qui dirigeaient notre pays, nous disant les jours avec école et les jours sans, et nous jouant leur musique insidieuse chaque hiver.
Si les livres soumis à la lecture du journal Forward indiquent une quelconque tendance, alors je ne suis pas le seul dans ma névrose par rapport à Yeshu ben Yoseph. Même si rien, semble-t-il, ne rivalisera avec le flot interminable de livres sur l’holocauste, ces dernières années ont vu une petite montagne de livres sur Jésus arriver sur mon bureau, la plupart d’entre eux ne méritant pas d’être signalés. Des balivernes sur comment Jésus s’est trompé sur le judaïsme ou comment le christianisme s’est trompé sur Jésus, ou à quel point nous sommes mieux qu’eux [les chrétiens] – des livres du genre que j’aurais pu écrire dans ma jeunesse.

A coup sur, la jésumanie est en partie due au succès du livre de David Klinghoffer paru en 2005, «Pourquoi les juifs ont rejeté Jésus.» (Réponse : Nous sommes le peuple élu – une nation, pas des universalistes.) Mais je pense qu’elle est en bonne partie liée au renforcement de notre confiance en tant que minorité assimilée aux Etats-Unis. Si à une époque nous aurions pu être torturés ou placés sur le bûcher pour le fait de ne pas accepter Jésus, nous pouvons maintenant publier des livres qui le critiquent.
Il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, les textes discutés dans le meilleur livre de la dernière moisson de publications, « Jésus dans le Talmud » par Peter Schafer ont été autrefois considérés si scandaleux qu’ils firent l’objet d’une autocensure dans les éditions européennes du Talmud. Non pas que cette démarche ait réussi : les autorités chrétiennes brûlèrent tout de même le Talmud et l’antisémitisme continua sans relâche. Mais la censure a quelque peu réussi ; ces textes sont pratiquement inconnus, même à ce jour.
Et ils restent assez scandaleux. Ce que Schafer montre, c’est que les rabbins du Talmud connaissaient suffisamment le Nouveau testament pour le parodier et s’inquiétaient suffisamment de la croissance de la nouvelle secte judéo-chrétienne pour condamner le Nouveau Testament. Et ils le firent dans des termes impitoyables.
L’image de Jésus qu’on retire du Talmud est celle d’un hors la loi, un maniaque sexuel adepte de la magie noire qui recourait à la tromperie pour égarer Israël. Dans BT [Talmud de Babylone] Sanhédrin 103a, Jésus est représenté comme un mauvais disciple qui a « gâché sa nourriture, » ce qui, spécule Schafer, pourrait être un euphémisme pour l’inconduite sexuelle : « manger le mets » étant un euphémisme talmudique connu pour désigner l’acte sexuel lui-même. Une correction ultérieure ajoute qu’il « pratiquait la magie et a égaré Israël. » Et la naissance virginale est ridiculisée comme un camouflage de la véritable filiation de Jésus : sa mère était une « femme illicite » (autre locution talmudique), peut-être même une prostituée.
C’est du lourd – pas étonnant qu’on ne l’enseigne pas dans les cours du dimanche. Mais fascinant aussi, à condition bien entendu, de ne pas le prendre trop au sérieux (ce que certains juifs font, à n’en pas douter). Les textes étudiés par Schafer – tous relativement tardifs, remontant au 3ème ou 4ème siècle après JC, suggérant un effort conscient pour combattre la montée de la secte – montrent que les rabbins talmudistes n’ont pas rejeté Jésus pour les nobles raisons suggérées par Klinghoffer et ses émules. Selon ces textes tout au moins, ils l’ont rejeté parce qu’ils pensaient qu’il incarnait le mal ou le percevaient comme une menace.
De manière choquante, cependant, le Talmud ne fuit pas la responsabilité de la mort de Jésus. Au contraire, il dit qu’il l’avait méritée et qu’elle est l’œuvre des juifs eux-mêmes. Jésus était, indiquent les textes, un sorcier, un idolâtre et un hérétique qui guidait Israël dans l’idolâtrie. Sa condamnation était absolument justifiée et son exécution – lapidation puis pendaison – a été effectuée en stricte conformité avec le droit rabbinique.
Pourquoi le Talmud fait-il cette revendication ? Schafer suppose que c’est pour saper le récit des Evangiles et affirmer le pouvoir des rabbins. Dans le récit des Evangiles, les rabbins sont pratiquement des instruments de Rome. Dans la version du Talmud, ils sont tout puissants – si puissants qu’ils condamnèrent le héros de la secte chrétienne à une mort brutale (croyez-le ou pas, il y a en fait des textes encore plus crus et que Schafer a inclus dans son livre. Il suffit de dire que l’enfer de Dante n’est rien à côté de leur horrible récit. Mais je n’en parlerai pas dans ce journal familial.)
Ce qui est fascinant dans la lecture de ces textes ainsi que des commentaires soigneux et méthodiques de Schafer, est que l’ambivalence envers jésus que j’ai ressenti dans ma jeunesse, semblait déjà présente dès le 4ème siècle. D’un côté Jésus est objet de mépris, de l’autre son pouvoir est dangereux. Ces textes ont été écrits avant que l’église devienne la plus grande force en ce monde, mais ils ne dépareilleraient pas dans la liste des livres que j’ai choisi de ne pas présenter ici.
En fait, je suis certain que certains lecteurs auraient préféré que ces commentaires ne soient pas publiés du tout. Les textes présentés dans l’ouvrage de Schafer restent dangereux. Ils pourraient encore inciter à la violence contre les juifs. Et ils menacent des décennies de progrès des relations judéo-chrétiennes.
On se demande quand, si jamais, les juifs pourront se remettre du traumatisme de l’oppression chrétienne et apprendre réellement, tout en nous en différenciant, de la tradition et de l’enseignement chrétiens. Au cours de mon propre cheminement spirituel, j’ai été étonné d’avoir appris autant des enseignements d’autres traditions – bouddhisme, hindouisme, paganisme, soufisme – et de mon degré de nervosité quand il s’agit du christianisme. Certes, comme beaucoup de juifs, j’accorde de la valeur aux enseignements de Jésus et j’ai même fait mon mémoire de master sur Paul et le Talmud. Mais ce n’est pas assez. Je veux comprendre le Christ à la manière des chrétiens – pas pour devenir l’un d’entre eux, mais pour enrichir ma propre vie religieuse. Je veux apprendre d’eux comment avoir une relation personnelle avec un Dieu personnel, humanisé, incarné qui veille et qui sauve. Je veux ressentir Jésus comme un être humain assez éclairé pour voir chacun comme sacré, même l’impur, le lépreux et le marginal. Et je veux suivre son exemple, voir tous mes frères en humanité et moi-même comme les fils et les filles de Dieu.
Il y a quatre ans, j’avais développé certaines de ces réflexions dans un essai publié par Zeek magazine. J’avais avec humour intitulé l’article « Comment j’en suis finalement venu à accepter le Christ dans mon cœur, » expliquant cette ironie dans le premier paragraphe. Lors d’une conférence où ce magazine était en vente, quelqu’un a vu ce titre, a pris le lot entier de magazines et l’a jeté à terre, avant d’accuser le libraire de vendre des détritus de missionnaires.
Eh bien, je pense que vous devrez nous pardonner, à nous les juifs, d’être encore un peu nerveux...