Affichage des articles dont le libellé est Wahhabisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Wahhabisme. Afficher tous les articles

dimanche 20 novembre 2011

Une majorité silencieuse pour Assad en Syrie?


Quand je  réfléchis à ce qui se passe en Syrie, j’ai beau faire tous les efforts possibles et imaginables, je n’arrive pas à me figurer les monarchies du Golfe en train de faire souffler un vent de démocratie sur la Syrie, pas plus que sur l’Egypte, la Tunisie ou la Libye.
Non pas que je pense  par  principe qu’une expression politique s’inspirant même très fortement de l’Islam soit incompatible avec telle ou telle forme de démocratie, mais plus simplement que les courants favorisés par les pétromonarchies ne peuvent être que rétrogrades et sectaires.

Et si j’ai cité dans un même souffle plusieurs pays arabes, cela ne signifie pas non plus que les choses se passent ou vont se passer à l’identique dans ces pays.
Il est en effet inconcevable que la Tunisie évolue de la même manière que la Libye. Pour la bonne raison tout d’abord que ce sont deux pays très différents, l’un (la Libye) ayant encore une forte structuration tribale et l’autre (la Tunisie) étant largement détribalisé. Ce qui a nécessairement des incidences sur la formation du cadre d’expression politique. Et que les élites Tunisiennes sont plus abondantes et, surtout, qu'elles ont un véritable public.

Ensuite, même si  le parti tunisien En Nahda jouit du soutien incontestable  de certaines monarchies, sa base et sa direction sont informés par l’histoire même de leur pays et elles savent ce qu’un peuple qui les a approuvées aux dernières élections ne serait pas prêt à accepter. Les forces politiques en Tunisie sont de plus parvenues à un compromis qui écarte sans doute durablement l’hypothèque d’un extrémisme inspiré et subventionné par le wahhabisme.
Et aucune intervention militaire étrangère n’est venue porter telle(s) ou telle(s) fraction(s) politique(s) au commandement.

Les choses se passent autrement en Syrie  qui, de plus et à la différence de la Tunisie, n’est pas un pays homogène religieusement et, ne l’oublions pas, se trouve quand même aux premières loges devant les régimes sionistes et wahhabite. Ce qui change quand même pas mal de choses.
La Syrie vit en fait une situation qui s’apparente à celle qu’avait connue l’Algérie suite à l’annulation des élections législatives et au coup d’Etat militaire qui avait déposé  (démissionné) le président Chadli Bendjedid
Le Front Islamique du Salut algérien avait la particularité de réunir dans une même organisation des éléments hostiles à tout jeu démocratique et d’autres reconnaissant l’intérêt du pluralisme. Si le premier tour des élections avait donné raison aux seconds, l’annulation du scrutin avait confirmé les premiers dans le refus d’une évolution politique pacifique.
D’où un basculement dans la lutte armée qui dégénérera ensuite dans une longue série de massacres qu’on aurait cependant tort d’attribuer majoritairement ou exclusivement aux «islamistes ».

La Syrie connaît un processus semblable sauf qu’il précède tout processus électoral et que la main de l’étranger y est évidente.
Nous avons eu en effet en Syrie un début de contestation populaire authentique et pacifique (réprimé brutalement par les services de sécurité gouvernementaux) qui voit cependant rapidement l’implication d’éléments armés et bien entraînés qui attaquent policiers et militaires.

Cette présence très précoce d’activistes armés et très efficaces avait été signalée sur ce blog il y a un certain temps.

Ces activistes viennent pour partie de l’étranger et ils sont armés et financés par l’étranger, c’est-à-dire les monarchies du Proche Orient pour l’essentiel.
Leurs intentions ne sont pas et ne peuvent pas être démocratiques car, je me répète, il est impossible que les monarchies du Qatar, d’Arabie Saoudite ou de Jordanie puissent, même en rêve, favoriser quoi que ce soit qui s’apparente à de la démocratie.

Bien sûr, il existe des groupements d’opposants que certains pays comme la Turquie se donnent du mal à organiser. Mais ces groupements sont en fait incohérents et ceux qu’on a mis à leur tête n’ont aucune emprise sur ceux qui jouent la stratégie de la lutte armée avec, si possible, intervention militaire étrangère, ne serait-ce que pour sanctuariser une partie du territoire syrien à partir duquel ils porteraient des coups au pouvoir de Damas.

Si le régime syrien a sans doute fait son temps, je considère personnellement qu’on ne peut rien attendre de bon de gens qui manœuvrent de la sorte. Car s’ils procèdent ainsi, c’est que comme en Libye, ils savent ne pas avoir un soutien suffisant auprès de la population.

L’article que je vous propose vaut ce qu’il vaut (je ne crois pas trop à la liberté de parole des soldats, ni en Syrie ni ailleurs), mais il montre surtout qu’on ne peut à tout le moins exclure l’hypothèse que le gouvernement syrien a, pour des raisons  dont on peut concéder qu’elles ne sont pas forcément bonnes, l’appui d’une majorité silencieuse dans le pays.

Par Angeles Espinosa (envoyée spéciale à Damas)
El Pais (Espagne) 19 novembre 2011 traduit de l’espagnol par Djazaïri
 «Au début, j’ai eu de la sympathie pour la contestation, mais quand j’ai découvert sa nature violente, j’ai changé d’avis,» confie un fonctionnaire Syrien. « Ce régime a commis beaucoup d’erreurs. Mais quel choix nous proposent ceux qui le combattent ? Le chaos ? Les islamistes ? Non merci, je préfère le régime avec tous ses défauts.» C’est une opinion commune dans la ‘majorité silencieuse’, qui comprend certains détracteurs de la dictature de Bachar el-Assad. Cette attitude semble indiquer que la militarisation de l’opposition jour en sa défaveur, mais qu’elle profite aussi à un régime de plus en plus isolé internationalement.
 «Bien sûr que nous avons besoin d’un changement politique. Nous avons besoin de la liberté de la presse, du multipartisme et, par-dessus tout, de transparence pour en finir avec la corruption,» déclare un politologue qui appartient à la minorité druze. Ce dernier craint cependant qu’un « changement radical sans une transition organisée » n’emporte au passage les droits individuels dont ils bénéficient dans une Syrie nominalement laïque (quoique sa législation fasse des concessions à la charia).
 «Sous ce régime, nous pouvons prendre une bière à une terrasse, avoir une petite amie ou afficher notre athéisme sans que personne ne puisse sous faire quoi que ce soit, » affirme-t-il, persuadé que les islamistes, qui s’avèrent être le cœur du Conseil National Syrien (CNS), vont détruire ces avancées. « Je ne me fie pas à leurs promesses et ce qui se passe en Tunisie et en Egypte n’est pas encourageant non plus,»  souligne-t-il. « Après quarante années de dictature, nous n’avons pas de culture politique. Nous avons besoin de créer des institutions avant de faire le changement, » ajoute-t-il.
«Ce que je crains le plus, ce sont les barbus, » insiste le fonctionnaire qui refuse de nous dire son affiliation religieuse « c’est sans importance, je ne suis pas pratiquant »). Les barbus sont les islamistes et ce père de famille est convaincu que ce sont eux qui sont derrière les révoltes et qui les financent. « Ce qui est honteux, c’est que les manifestants sortent des mosquées et que ce soient des imams qui encouragent les gens, » explique-t-il.
La même inquiétude est exprimée par Mayed Nyazi, présidente du mouvement syrien La Patrie qui veut jeter des ponts entre «opposants et loyalistes.»  «Le parti unique est inacceptable, mais l’extrémisme islamique ne cous convient pas, » explique-t-il. Cette femme, qui se présente comme artiste plasticienne et militante sociale » et a été membre du Conseil Provincial de Damas de 2006 à 2007, insiste sur son indépendance à l’égard du pouvoir. « Nous attendons toujours l’agrément officiel, » dit-elle dans le bureau financé par les 50 fondateurs de l’organisation.
L’avocat et militant des droits de l’homme Anwar al Bounny considère que la crainte des islamistes est exagérée. « Je suis Chrétien, et je n’en ai pas peur, » assure-t-il. «Quelque 40 % des Syriens appartiennent à des minorités et 60 % d’entre eux sont Arabes sunnites dont la moitié ne se préoccupe pas de religion. Alors même si tous ceux de l’autre moitié étaient des islamistes et votaient en bloc, ils se pourraient pas nous imposer leur système, » explique-t-il. Il signale qu’en plus, « tous les partis islamistes ont changé de discours et parlent maintenant de société civile et de démocratie parce qu’ils savent que les discours radicaux ne leur rapporteront pas de soutien.»
Cependant, à Homs, baptisée capitale de la révolution, on a commencé à voir des signes inquiétants de vengeances sectaires la chaîne télévisée Dunia a rapporté la mort de 11 travailleurs dans une attaque nocturne contre la camionnette dans laquelle ils circulaient. Un militant des droits de l’homme a confirmé l’incident à Reuters et a fait part de ses soupçons selon lesquels les victimes avaient été choisies pour leur appartenance à la confession alaouite (la secte de la famille au pouvoir).
Mais même sans le facteur islamiste, il existe une crainte du désordre que pourrait générer un soulèvement généralisé. « Ce régime nous a protégés, il nous permet de célébrer nos fêtes et de vivre tranquillement. J’ai peur de ce qui peut arriver, » affirme M., une Chrétienne mariée à un étranger. « Nous avons perdu la sécurité, » affirme de son côté un policier. « Si ce pays va bien, c’est parce que son leader est bien, » déclare le père d’un soldat blessé.
 « Je les comprends. 95 % de ceux qui ont moins de 65 ans n’ont pas connu la liberté. Ils en ont seulement entendu parler et on a toujours peur de l’inconnu, » explique Al Bounni. « Quand le changement se produira, je suis convaincu qu’ils le soutiendront, » dit-il. Selon lui, ce n’est qu’une question de temps. Nyazi pense toutefois qu’il est encore possible d’éviter un basculement dans l’extrémisme  qu’elle perçoit comme imposé du dehors «ce qui compte pour l’occident, ce ne sont pas nos droits mais ses intérêts »). « Il n’est jamais trop tard, » conclut-elle.
Lutter pour le régime
 
Des bandes armées, des bandits, des éléments étrangers… La version officielle de ce qui se passe en Syrie dresse un panorama aux antipodes de ce que dénonce l’opposition. Dans l’impossibilité d’accéder aux zones de conflit, il est risqué de se hasarder à une évaluation mais le directeur de l’hôpital militaire Techrin de Damas, le général Fayçal Hassan, assure que les insurgés ont blessé 4 168 membres des forces de sécurité et tué 600 (bilan au 31 octobre). Voici les histoires de trois des 36 agents admis dans cet établissement.
 
Muhiddin Hanwa, officier des forces de l’ordre, 35 ans. Blessé par balles à la poitrine et aux deux bras le 8 novembre à Abou Kamal (province de Deir ezZohr, à la frontière avec l’Irak. J’avais pour mission de contrôler une voie de circulation pour détecter des charges explosives. Je m’étais rendu sur place avec ma motocyclette quand ils m’ont tiré dessus dans une rue d’Abou Kamal. Quelqu’un me surveillait apparemment, » se souvient Hanwa qui était seul et s’était retrouvé étendu à terre sans que personne ne vienne à son aide. « J’ai appelé avec mon téléphone portable et une ambulance de l’armée est venue. »
 
Rashad Said al Dgesh, sergent de réserve de l’armé, 23 ans. Blessé par balle aux deux jambes le 25 octobre à Kherbet al Joss (province d’Ibleb) à la frontière avec la Turquie. J’ai failli perdre la jambe droite. « Je circulais dans un camion militaire avec mon unité et nous transportions de la nourriture pour nos autres compagnons quand nous avons été surpris par un groupe armé qui nous a attaqués avec des fusils, des lance grenades et des bombes aux cris de Allah ou Akbar. Ils étaient une vingtaine. Ils sont partis, nous laissant pour morts, » se souvient-il. Qui vous a attaqués ? Des gens qui parlaient arabe mais qui n’ont ni religion, ni morale. Ils étaient masqués. » Deux de ses camarades sont morts et, comme lui, cinq autres ont été blessés.
 
Raed Munzer Salum, sous lieutenant des forces de l’ordre, 27 ans, originaire de Homs. Blessé à la jambe gauche par un franc tireur à Harasta. «J’avais été dépêché là-bas avec mon unité  après que quelques habitants aient dénoncé la présence d’hommes armés dans les rues. Nous nous y étions rendus pour les arrêter et ils nous ont tendu une embuscade. Ils m’ont atteint avec une arme si sophistiquée que nous n’en avons même pas pour les forces de police. Comme c’était une zone résidentielle, nous ne pouvions pas riposter sans risquer de blesser des civils, » assure-t-il. « L’occident devrait se souvenir que si en Syrie nous jouissons d’une sécurité que beaucoup de pays nous envient, c’est précisément grâce au peuple et à son président, » dit-il.

jeudi 10 mars 2011

Inqilab en vue en Arabie saoudite?

Un vent de fronde souffle en ce moment parmi la population en Arabie saoudite. Cette fronde s'explique certes par l'absence de libertés publiques et la férule exercée par la clique wahabbite  qui veille au strict respect de l'idéologie pseudo religieuse qu'incarne la maison Ibn Séoud. Mais ce pays que nous percevons à juste titre comme immensément riche, avec des réserves pétrolières considérables pour une population relativement peu nombreuse. connait aussi de fortes inégalités économiques avec des secteurs de la population déshérites.

Il y a quelques années, j'avais eu l'occasion de discuter avec Ahmed Abodehman, un écrivain originaire de ce pays et a la particularité d'être le seul écrivain "séoudien" à avoir publié une oeuvre de fiction (La ceinture) écrite directement en langue française.
Comme je lui disais que je comprenais bien le problème du manque de libertés publiques dans son pays mais que, au plan économique, j'avais l'impression que personne n'était à plaindre (en dehors de certains travailleurs étrangers), il m'avait rétorqué que je devais me détromper et que dans son pays, il y avait aussi de jeunes "hittistes" [qui "tiennent" les murs], c'est-à-dire de jeunes contraints à l'oisiveté faute de perspectives d'emploi.
Je dois dire que j'avais été doublement troublé par cette révélation. D'abord parce que je m'imaginais bel et bien que tous les autochtones en Arabie avaient un revenu convenable si ce n'est confortable. Ensuite parce que je pensais que l'Algérie avait le monopole du "hittisme".
Bref, les raisons de bouger sont multiples en Arabie séoudite et c'est bel et bien le cas en ce moment.
La police vient d'ailleurs d'ouvrir le feu contre des personnes rassemblées à Qatif, une ville de l'est du pays.
Trois manifestants auraient été blessés, selon l'AFP qui nous précise que ces manifestants sont chiites.
Cette évocation de l'appartenance chiite des manifestants n'est bien entendu pas anodine et elle vise à orienter notre analyse sur le terrain familier des affrontements sectaires. et, bien sûr, de nous rappeler que l'Iran n'est pas loin.
Or comme je le laissais entendre, et comme le comprend bien Dominique Moïsi, le mal est plus profond et c'est la survie du régime qui est peut-être en jeu.
Or l'Arabie Saoudite est avec le Maroc, mais bien plus que la monarchie chérifienne, une des pièces maîtresses du dispositif politique et stratégique des Etats Unis dans le monde arabe. L'Arabie Saoudite est en réalité une des meilleures assurances vie du régime sioniste. Et David Moïsi le sait bien, lui qui est en sa qualité de sioniste plutôt modéré, si soucieux du bien-être de l'Etat voyou.

mercredi 23 février 2011

L'Iran et l'impact stratégique du mouvement démocratique dans les pays arabes

Le grand chambardement continue dans les pays arabes et il touche pour l'essentiel des pays alliés des Etats Unis et de l'Occident. Cette affirmation est valable aussi pour le régime de M. Kadhafi qui est rentré dans les bonnes grâces des puissances occidentales après les attentats du 11 septembre 2001 et a vu affluer en masse des capitaux notamment britanniques et italiens. Outre les ressources en hydrocarbures su sous sol libyen, M. Kadhafi apporte une contribution inestimable au mur invisible supposé décourager les candidats à l'émigration vers l'Europe, c'est-à-dire avant tout vers l'Italie.
Tiens, le Royaume Uni vient tout juste d'annuler des exportations de matériel répressif vers la Libye et Bahrein
La Grande Bretagne fait partie des pays qui vouent actuellement aux gémonies le régime de M. Kadhafi.. Cherchez l'erreur.
On a beaucoup parlé du tweet et du facebook dans ces mobilisations qui impliquent la jeunesse au premier chef. Or, plus que ces instruments qui ont bien sûr joué un rôle, comme tous les autres moyens de communication (téléphone, téléphone portable, SMS) ce sont les réseaux de télévision par satellite, al Jazeera en premier lieu, et internet en tant qu'outil d'information, pensons à WikiLeaks) qui ont contribué aux soulèvements populaires.
Ces soulèvements épousent d'ailleurs parfaitement les réalités locales, ce qui explique qu'il n'y a pas de contagion à proprement parler puisque, en dépit de tensions réelles, il n'y a pas eu de mobilisation en Algérie ou au Liban et que la mobilisation au Maroc a pris une forme assez timide, concernant quelques grandes villes et ignorant (ou étant ignorée par) les campagnes.
J'ai dû l'écrire quelque part, mais il est difficile de ne pas constater l'impatience de voir éclater des mouvements de type insurrectionnels en Algérie et surtout en Iran. Car si le régime algérien est par certains aspects la bête noire des autorités françaises, le régime iranien est la bête noire de tout l'Occident, Etats Unis en tête.
Or, comme l'explique Kaveh L. Afrasiabi dans l'article que je vous propose, les récents événements en Afrique du Nord et au proche Orient jouent à l'avantage de l'Iran (qui est presque une démocratie avancée à côté des régimes déchus de MM. Ben Ali et Moubarak) et, comme je l'ai noté, au désavantage des USA. James Petras a bien montré, concernant la situation en Egypte, le suivisme de la Maison Blanche par rapport à l'évolution des prises de position du lobby sioniste aux Etats Unis. Afrasiabi bous explique lui que, en  dépit des apparences, il existe une forte convergence d'intérêts stratégiques entre Téhéran et Washington.
Et que seul le soutien aveugle des Etats Unis à l'entité sioniste les met en difficulté dans la région et les empêche de tirer parti de ces convergences. L'histoire n'est bien sûr pas écrite, comme le reconnaît l'auteur de l'article, mais les Etats Unis se trouvent contraints à des contorsions et à des prises de risque qu'ils pourraient s'épargner s'ils voulaient bien se délester de leur boulet stratégique sioniste.
   
L'Iran dans un nouveau voyage de découverte

par Kaveh L Afrasiabi, Asia Times (Hong Kong) 25 février 2011 traduit de l'anglais par Djazaïri

"Les Américains s'efforcent de ne pas être pris pour cibles par ces grands soulèvements populaires, mais ils échoueront parce que les gens ont réalisé que les politiques des Etats Unis et de leurs acolytes sont la cause de leur humiliation et de la division dans leurs nations. Par conséquent, la clef pour résoudre les problèmes des peuples se trouve dans la fin de l'irdre américain dans la région." - Ali Khamenei, guide suprême Iranien.

Ce lundi, alors que deux navires de guerre iraniens se préparant à traverser le canal de Suez - au grand dam d'Israël qui a perçu ce mouvement naval "avec la plus extrême gravité" - le guide suprême Iranien Ali Khamenei s'est adressé à un groupe de diplomates du monde musulman et leur a parlé avec confiance d'une nouvelle àre au Moyen Orient, reflet d'un "renouveau musulman."

Avec la chute de deux dictateurs pro occidentaux en Egypte et en Tunisie et l'évolution rapide de la contestation dans Bahrein qui est majoritairement chiite et est le port d'attache de la Vème Flotte US, les dirigeants Iraniens ont d'amples motifs pour justifier leur affirmation confiante d'un "nouveau Moyen Orient" qui sera de moins en moins soumis devant les intérêts occidentaux en s'affirmant et en étant plus indépendant..

Une frégate et un navire logistique iraniens ont franchi le canal de Suez, en route vers la Syrie après avoir obtenu l'accord des autorités égyptiennes - c'est la première fois que de tels bateaux empruntent cette voie d'eau depuis la déposition du chah d'Iran en 1979. Le premier ministre Israélien Benyamin Netanyahou a déclaré ce dimanche que l'Iran essayait d'exploiter l'instabilité dans la région.

Selon le droit international, seuls les bateaux des pays en guerre avec l'Egypte sont interdits de franchissement du canal de Suez. Mais les navires militaires doivent obtenir l'autorisation préalable des ministères égyptiens de la défense et des affaires étrangères.

"Je pense qu'aujourd'hui, nous pouvons voir dans quelle région instable nous vivons, une région dans laquelle l'Iran tente d'exploiter la situation nouvellement créée afin d'élargir son influence en faisant passer des navires de guerre par le canal de Suez," a déclaré Netanyahou selon la presse. Le ministre israélien des affaires étrangères a qualifié les bateaux de "provocation" qui devrait être "traitée par la communauté internationale."

Il y a consensus chez les spécialistes de la politique étrangère iranienne pour dire que la décision de l'armée égyptienne de permettre le passage de l'Alvand et du Kharg est une ouverture significative qui crée un climat favorable pour une amélioration bien nécessaire des relations entre l'Iran et l'Egypte.

Accusés par la presse israélienne de "connivence" avec l'Iran au sujet du passage des bateaux, les commandants de l'armée égyptienne - qui dirigent le pays depuis le renversement du président Hosni Moubarak en janvier - pourraient maintenant accélérer le processus de normalisation des relations avec l'Iran avant les élections prévues pour septembre. En quoi ils dérogent à leur affirmation selon laquelle le gouvernement s'en tiendrait à ses obligations en matière internationale, dont l'accord de paix de Camp David signé avec Israël.

D'après le journal israélien Haaretz, Israêl ne peut plus avoir la certitude que l'Egypte restera son alliée contre l'Iran. Une lecture plus précise pourrait être qu'Israël craint la formation d'une alliance entre l'Egypte et l'Iran, entraînant une modification du rapport de forces au détriment du bloc conservateur soutenu par Israël et les Etats Unis pour isoler l'Iran.

En ces temps tumultueux au Moyen Orient et en Afrique du Nord, ce sont maintenant des régimes pro USA qui sont soit renversés soit sérieusement contestés par leurs propres populations, donant au bloc emmené par l'Iran, qui comprend la Syrie, le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban, une opportunité unique de récolter d'importants gains (géo) politiques. Ce serait tout particulièrement le cas si l'actuel "effet domino" donnait lieu à une transformation significative du système politique archaïque en vigueur à Bahrein.

Même si l'amiral Mike Mullen, patron de l'état-major interarmes de l'armée des Etats Unis, a accusé implicitement dans sa dernière interview, l'Iran d'attiser les troubles au Bahrein, le fait est que de nombreux chiites Bahreinis se tournent plutôt vers la ville sainte irakienne de Najaf et la direction spitituelle de l'ayatollah Ali Sistani, tandis que seule une minorité se réfère aux orientations de Khamenei.

Quoi qu'il en soit, l'inévitable autonomisation politique des chiites Bahreinis - qui dépassent en nombre les dirigeants sunnites - sous une forme ou sous une autre (comme par une révolution ou par le "dialogue national" proposé par le gouvernement), sera largement interprétée comme un succès important pour l'Iran. Elle amènera Bahrein ainsi que d'autres membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) à montrer plus de référence à la rapide montée en puissance de l'Iran dans la région. Créé en 1981, le CCG réunit les Etats du Golfe Persique: Bahrein, Qatar, l'Arabie Séoudite, Oman et les Emirats Arabes Unis.

Cette reconnaissance de l'évolution de la tendance politique en faveur de l'Iran, la bête noire des Etats Unis dans la région, peut déjà être perçue dans la décision sans précédent de l'Arabie séoudite d'autoriser une escale dans un de ses ports de navires de guerre iraniens (ceux qui ont traversé la mer Rouge et le canal de Suez, en route pour le port syrien de Lattaquié). Cependant, ce geste de paix de l'Arabie envers l'Iran a pu être motivé par la crainte d'un soulèvement de ses propres sujets chiites mécontents (environ 2 millions sur un total de 26 millions d'habitants).

Ce qui soulève de nouvelles questions sur l'avenir des relations entre les Etats Unis et l'Iran à la lumière d'une coexistence difficile et conflictuelle tout autant que d'intérêts communs entre ces deux pays dans le chaudron moyen oriental et ailleurs.

Les Etats Unis pourraient devoir revoir leur approche coercitive envers l'Iran par rapport à son programme nucléaire et s'abstenir de nouvelles sanctions ainsi que de la politique vaine jusqu'à présent consistant à isoler l'Iran, afin que Téhéran prenne confiance dans la faisabilité d'une coopération basée sur des intérêts communs, comme l'endiguement de la triple menace des Talibans, de l'extrémisme wahabbite et du trafic de drogue, sans parler de la stabilité régionale.

En ce qui concerne la crise du nucléaire, une avancée prudente des Etats Unis serait un consentement à un échange de combustible nucléaire pour le réacteur médical de Téhéran, et qu'ils pèsent politiquement dans le sens des efforts actuels de l'ONU pour un Moyen Orient dénucléarisé.

Les Etats Unis pourraient aussi accepter de ne plus objecter à la participation de l'Inde à un pipeline reliant l'Iran, l'Inde et le Pakistan, la modération politique favorisée par la logique de l'interdépendance économique ne peut pas, et ne devrait pas, être ignorée.

Il est cependant peu probable que Washington reconnaisse jamais la place éminente de Téhéran dans l'ensemble des affaires du Moyen Orient. Au lieu de quoi, ainsi qu'on l'a vu avec Mullen, les Etats Unis continuent à orienter leur politique à travers un regard iranophobe, en conséquence de quoi la zone grise des "intérêts communs" restera largement inexplorée et inexploitée.

La 'lancinante' question des droits des Palestiniens

Comme on s'y attendait, la presse iranienne a fustigé le veto de l'administration de Barack Obama la semaine dernière contre la résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU qui critiquait les colonies israéliennes illégales. Un veto qui renforce l'idée très répandue en Iran et dans d'autres parties du monde arabe et musulman que le gouvernement US est entre les mains du lobby pro israélien et fondamentalement incapable de se démarquer, et encore moins de s'opposer aux plans israéliens pour la région.

Sauf démonstration du contraire par la Maison Blanche, en ajustant on approche du "processus de paix" en exerçant de véritables pressions sur Israël; le soupçon subsistera que la politique des Etats Unis pour le Moyen Orient est façonnée à un degré significatif par Tel Aviv.
L'intérêt de l'Iran pour le "problème" palestinien est à la fois idéologique et issu de la volonté de développer la zone d'influence de l'Iran, ce qui veut d'abord dire que la politique des Etats Unis consistant à exclure l'Iran du dialogue multilatéral sur le processus de paix est à la fois contreproductive et dysfonctionnelle.

"Les politiques expansionnistes d'Israël ont nui aux intérêts des Etats Unis et contribué sans aucun doute à l'impopularité du chah de l'Amérique, Hosni Moubarak," affirme un politologue de l'université de Téhéran spécialisé dans la politique étrangère iranienne; il ajoute que "les politiciens Israéliens sont naturellement aveugles sur ce point, mais devrait-il en être de même pour les Américains?"

Considérant l'ordre récent de l'armée égyptienne d'ouvrir le point de passage vers Gaza pour plusieurs jours comme l'indication d'une nouvelle approche égyptienne qui n'adhère plus au siège de Gaza, aussi bien ce professeur de Téhéran qu'un certain nombre d'experts Iraniens sont optimistes sur le brillant avenir des relations entre l'Iran et l'Egypte. Cet avenir sera basé, disent-ils, sur une "commune solidarité avec les Palestinens." A tout le moins, Le Caire peut maintenant en meilleure posture pour obtenir des concessions de la part des USA et d'Israël, en agitant le spectre d'un compagnonnage avec l'Iran, ce qui serait un développement inquiétant vu sous le prisme des intérêts d'Israël et des Etats Unis.

Conscient de la nécessité de creuser un fossé ente les Etats Unis et Israël, la stratégie iranienne consiste à combiner son bâton anti-américain d'un "Moyen Orient sans les USA", pour paraphraser le discours du président Mahmoud Ahmadinejad à l'occasion du 32ème anniversaire de la révolution de 1979 et la carotte de la coopération sur des "préoccupations communes," comme la menace des Talibans.

Le fait que l'Iran puisse constituer un corridor d'accès direct dans le contexte des attaques constantes contre les routes d'approvisionnement de l'OTAN en Afghanistan via le Pakistan, ou encore avoir une influence modératrice que les coreligionnaires chiites dans le Golfe Persique a été souligné par certains experts à Téhéran. Ils conditionnent un tel rôle de Téhéran à la volonté des Etats Unis de revenir sur leur politique de sanctions, de menaces et de tentatives de changement du régime.

L'ironie du sort veut que le résultat de la politique US a été à l'exact opposé de ce qu'elle cherchait: ses alliés tombent tandis que l'Iran ne subit qu'un minimum de conséquences de la "fièvre démocratique" qui touche la région, en conséquence de quoi, Téhéran se considère comme étant en capacité de dicter les termes de tout dialogue Iran - Etats Unis. C'est parce que les Etats Unis sont perçus comme affaiblis, sur la défensive et en "mode panique devant la chute des dominos," pour citer l'éditorial d'un journal conservateur de Téhéran.

L'empire peut réussir à riposter et à restaurer son ordre en ruines, mais l'avantage est pour le moment à l'Iran et à ses alliés.

Kaveh L Afrasiabi, PhD, is the author of After Khomeini: New Directions in Iran's Foreign Policy (Westview Press) . For his Wikipedia entry, click here. He is author of Reading In Iran Foreign Policy After September 11 (BookSurge Publishing , October 23, 2008) and his latest book, Looking for rights at Harvard, is now available.

mercredi 16 septembre 2009

Elvis Presley est plus vivant aujourd’hui qu’Oussama Ben Laden

L'époque où la propagande néoconservatrice tendait à dominer toute la sphère médiatique tend vers sa fin. C'est du moins ainsi que je comprends la parution d'un certain nombre d'articles (pas en France je vous rassure) qui remettent en cause des vérités qu'on pouvait croire officielles.

Le Daily Mail de Londres semble être en pointe dans ce domaine et la raison est à rechercher dans la situation politique britannique elle-même. Traditionnellement proche du parti Conservateur, le Mail participe bien volontiers à l'opération de tri des reliquats du blairisme, cette forme de travaillisme ou social-démocratie qui a fait alliance corps (ceux des cadavres des soldats britanniques) et âme (celle de Tony Blair) avec les néoconservateurs US et le sionisme.

Gordon Brown, le successeur de M. Blair, n'a pas l'âme justement d'un prophète du néoconservateur et son assise politique est d'ailleurs chancelante. Les conservateurs Britanniques ont peut-être compris qu'il était temps de sortir des pièges dans lesquels le Royaume Uni s'est fourvoyé, des pièges coûteux en hommes, en argent sans parler d'une armée qui peine à faire face aux desiderata des Etats Unis.

Quoi qu'il en soit, le Daily Mail nous livre un article informé sur la qualité de vivant ou de mort d'Oussama Ben Laden.

Oussama Ben Laden est-il mort il y a sept ans – et la Grande Bretagne et les USA ne cachent-ils pas ce fait pour continuer la guerre contre la terreur ?

Par Sue Reid, Daily Mail (UK) 11 septembre 2009 traduit de l'anglais par Djazaïri

La dernière fois que nous l'avons entendu grincer des dents, c'était le 3 juin de cette année.

Le plus célèbre des terroristes internationaux avait damé le pion à l'Amérique en diffusant un message de menaces au moment où Air Force One atterrissait sue le sol d'Arabie Saoudite pour le début de la première tournée si applaudie de Barack Obama au Moyen Orient.

Avant même que le nouveau président pose le pied à l'aéroport de Riad pour serrer la main du Prince Abdullah, les paroles de Ben Laden étaient retransmises à la radio, à la télévision et par internet sur tous les continents.

C'était un nouvel effet de propagande pour le chef d'al Qaïda âgé de 52 ans. Dans la bande audio transmise à la chaîne d'informations arabe Al Jazeera, Ben Laden disait que l'Amérique et ses alliés occidentaux étaient en train de semer les germes de la haine dans le monde musulman et méritaient d'en subir les conséquences désastreuses.

C'était le genre de diatribe que nous avions déjà entendu de sa part, et la réponse des services de renseignements britanniques et étatsuniens était toute aussi prévisible.

Ils mettaient l'accent sur le fait que des détails de l'enregistrement, sur la visite présidentielle et d'autres événements contemporains, prouvaient que le cerveau du 11 septembre, la pire atrocité terroriste jamais subie par les USA, était encore vivant – et que sa traque devait continuer.

Ben Laden a toujours été accusé d'avoir orchestré l'horrible attentat – qui avait coûté la vie à près de 3000 personnes – depuis huit années cette semaine. Le président George W. Bush avait fait de sa capture une priorité nationale, promettant honteusement comme à la belle époque de l'ouest sauvage de le prendre 'mort ou vif.'

Le Département d'Etat US offrait une récompense de 50 millions de dollars pour connaître son repaire. Le FBI l'avait désigné comme un des dix fugitifs les 'plus recherchés', demandant à la population de faire attention à un homme à la barbe grisonnante, gaucher et qui marche avec une canne.

Ce maître du terrorisme reste pourtant insaisissable. Il a échappé à la plus vaste et coûteuse chasse à l'homme de l'histoire, qui s'est étirée à travers le Waziristan, ces 1500 miles de terres montagneuses inhospitalières aux confins de l'Afghanistan et du Pakistan.

Sans se décourager, Barack Obama a lancé une nouvelle opération pour le trouver. Travaillant avec l'armée pakistanaise, des unités d'élite étatsuniennes et des forces spéciales britanniques ont été envoyées au Waziristan cet été pour 'traquer et tuer' ce personnage flou que ces agents du renseignement désignent toujours comme 'le principal objectif' de la guerre contre la terreur.

Cette nouvelle offensive est basée, bien entendu, sur la prémisse que le terroriste du 11 septembre est vivant. Après tout, il y pléthore 'd'enregistrements de Ben Laden' pour le prouver.

Et si cependant ce n'était pas le cas ? S'il était mort depuis des années et que les services secrets britanniques et étasuniens nous jouaient en réalité un double bluff ?

Et si tout ce que nous avons vu ou entendu de lui sur des bandes sonores ou vidéos depuis les premiers jours d'après le 11 septembre était faux – et que les alliés occidentaux le maintenaient en 'vie' pour encourager le soutien à la guerre contre la terreur ?

C'est incroyable, mais c'est la théorie ahurissante qui gagne du terrain chez les commentateurs politiques, chez de respectables universitaires et même auprès de spécialistes du terrorisme.

Certes, il y a eu plusieurs théories conspirationnistes au sujet du 11 septembre, et ce pourrait en être une de plus.

Mais le poids des opinions qui penchent maintenant pour l'hypothèse que Ben Laden soit mort – et l'accumulation des indices qui la soutiennent – rend cette notion au moins digne d'examen.

La théorie avait d'abord été rendue publique au début de cette année par le magazine American Spectator et l'affirmation sans appel d'Angelo M. Codevilla, le rédacteur en chef, professeur de relations internationales à l'université de Boston et ancien officier du renseignement : 'Tout suggère qu'Elvis Presley et plus vivant aujourd'hui qu'Oussama Ben Laden.'

Le professeur Codevilla soulignait des incohérences dans les vidéos et affirmait qu'on n'avait aucun élément d'observation fiable sur Ben Laden depuis des années (par exemple, toutes les interceptions de communications du chef d'al Qaïda ont soudainement cessé en 2001).

Le professeur Codevilla assurait : 'Les bandes sonores et vidéos attribuées à Oussama n'ont jamais convaincu l'observateur impartial. Le type [sur les vidéos, NdT] ne ressemble tout simplement pas à Oussama. Certaines vidéos le montrent avec un nez sémitique, aquilin, tandis que d'autres le montrent avec un nez plus court et plus large. A côté de ça, les différences de couleurs et de styles de barbes ne sont que des broutilles.'

Il y a d'autres sceptiques. Le professeur Bruce Lawrence Head, chef du département d'études religieuses de l'université Duke et plus grand spécialiste de Ben Laden, soutient que le langage de plus en plus profane dans les bandes sonores et vidéos d'Oussama (ses premières étaient truffées de références à Dieu et au prophète Mohamed) ne cadre pas avec le caractère strict de son Islam, le Wahhabisme.

Il note que, dans une vidéo, Ben Laden porte des bagues en or sur les doigts, un ornement prohibé chez les adeptes du wahhabisme.

De nouvelles questions ont été soulevées cette semaine avec la publication aux Etats Unis et en Grande Bretagne d'un livre intitulé Oussama Ben Laden : mort ou vivant ?

Ecrit par le professeur David Ray Griffin, philosophe et essayiste politique, ancien professeur émérite à la faculté de théologie de Claremont en Californie, il provoque une onde de choc – car il examine dans tous ses détails la mort supposée de Ben Laden et suggère qu'il y a eu dissimulation par l'Occident.

Le livre affirme que Ben Laden est mort d'une défaillance rénale ou d'une affection en rapport le 13 décembre 2001 alors qu'il vivait dans les montagnes afghanes de Tora Bora près de la frontière avec le Waziristan.

Son enterrement a eu lieu dans les 24 heures, conformément au rite musulman, et dans une tombe anonyme, ce qui est la coutume wahhabite.

L'auteur insiste pour dire que de nombreux enregistrements de Ben Laden réalisés depuis cette date ont été concoctés par l'Occident pour que le monde croie que Ben Laden est vivant. Le but ? Pour relancer un soutien déclinant à la guerre contre la terreur en Irak et en Afghanistan.

Pour comprendre la thèse de Griffin, nous devons nous remémorer la réaction de l'Occident au 11 septembre, cette journée ensoleillée fatidique de 2001. En l'espace d'un mois, les USA et le Royaume Uni avaient lancé des représailles aériennes massives dans la région de Tora Bora où, selon eux, ben Laden vivait en tant que 'invité de l'Afghanistan'.

Cette offensive militaire ignorait le fait que Ben Laden avait auparavant dit nettement et à quatre reprises dans des déclarations officielles d'al Qaïda à la presse arabe qu'il n'avait joué aucun rôle dans le 11 septembre.

En fait, à la quatrième occasion, le 28 septembre, une quinzaine de jours après l'atrocité, il avait déclaré avec force : 'J'ai déjà dit ne pas être impliqué. En tant que Musulman, je fais de mon mieux pour éviter de dire un mensonge. Je n'en ai pas eu connaissance... je ne considère pas non plus le fait de tuer des enfants, des femmes et d'autres humains innocents comme un acte digne d'estime.'

Dans les heures du 7 octobres marquées par les bombardements US sur Tora Bora, Ben Laden fit, pour la première fois, son apparition sur une bande vidéo. Habillé en treillis militaire et portant une coiffe islamique, un fusil d'assaut était posé derrière lui, dans une cache montagnarde bien éclairée. Fait significatif, il avait l'air pâle et amaigri.

Même s'il avait qualifié le président George W. Bush de 'chef des infidèles » et avait vilipendé les Etats Unis, il avait une fois encore rejeté toute responsabilité pour le 11 septembre.

'L'Amérique a été frappée par Dieu dans un de ses points les plus sensibles. L'Amérique est emplie de crainte, du nord au sud, d'est en ouest. Dieu en soit remercié'

Puis vint une nouvelle bande vidéo le 3 novembre 2001. A nouveau, un Ben Laden affaibli fustigeait les Etats Unis. Il demandait instamment aux vrais Musulmans de célébrer les attentats – mais ne reconnaissait à aucun moment avoir été implique dans cette atrocité.

Puis ce fut le silence jusqu'au 13 décembre 2001 – date à laquelle Ben Laden est décédé selon Griffin. Le même jour, le gouvernement US diffusait une nouvelle vidéo du chef terroriste. Dans l'enregistrement, Ben Laden contredisait ses dénégations précédentes et admettait soudain son implication dans les atrocités du 11 septembre.

On rapporte que l'enregistrement avait été trouvé par des soldats US au domicile d'un particulier à Jalalabad en Afghanistan après la prise de la ville par des forces anti Talibans. Une étiquette fixée dessus la datait du 9 novembre 2001.

La bande montre Ben Laden en conversation avec un cheikh de passage. Il y affirme clairement que non seulement il était au courant à l'avance des atrocités du 11 septembre mais qu'il en avait planifié les moindres détails personnellement.

Quelle aubaine pour les autorités occidentales ! Le terroriste se repositionnait dans le schéma du 11 septembre. Le Washington Post citait des officiels Etatsuniens qui affirmait que la vidéo 'apporte la preuve la plus convaincante d'un lien entre Ben Laden et les attentats du 11 septembre.'

Un président Bush euphorique ajoutait : 'Quant à ceux qui voient cet enregistrement, ils réalisent que non seulement il est coupable d'un meurtre incroyable, mais qu'il est dépourvu de conscience et d'âme.'

A Londres, Downing Street affirmait que la vidéo était une 'preuve concluante de son implication.' Le ministre des affaires étrangères de l'époque, Jack Straw, ajoutait : 'Nul doute que c'est la pure vérité. Les gens peuvent y voir Ben Laden reconnaître absolument froidement sa culpabilité pour l'organisation des atrocités du 11 septembre'.

Pourtant, le professeur Griffin affirme que cette vidéo 'confession' pose plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. Pour commencer, Ben Laden dans ce témoignage filmé capital a l'air différent.

C'est un homme corpulent à la barbe noire, pas grisonnante. Son teint pâle est devenu tout à coup plus mat, et son nez a une forme différente. Ses mains d'artistes, aux doigts effilés se sont transformées en celles d'un boxeur. Il a l'air en trop bonne santé.

En outre, on peut y voir Ben Laden écrire un mot de la main droite alors qu'il est gaucher. Tout aussi bizarre, il fait des déclarations sur le 11 septembre qui, selon Griffin, n'auraient jamais pu sortir de la bouche du véritable Ben Laden – un homme diplôme en ingénierie qui a fait fortune (avant d'évoluer vers le terrorisme) dans l'industrie du bâtiment au Moyen Orient.

Par exemple, le chef d'al Qaïda claironne que beaucoup plus de personnes ont péri le 11 septembre qu'il ne l'avait prévu. Il poursuit : 'En raison de mon expérience dans ce domaine, je pensais que l'explosion du carburant de l'avion ferait fondre la structure de fer de l'immeuble et s'effondrer seulement la zone d'impact de l'avion et les étages situés au dessus. C'était tout ce que nous espérions.' (en réalité, les tours jumelles se sont complètement effondrées).

Des paroles du vrai Ben Laden ? Non, déclare Griffin. 'Compte tenu de son expérience dans le BTP, il aurait dû savoir que les tours jumelles avaient une structure en acier, pas en fer', dit-il.

'Il aurait dû aussi savoir que l'acier et le fer ne fondent pas à moins de 1538 degrés Celsius. Encore qu'un incendie d'immeuble alimenté par du carburant d'avion est un feu hydro carbonique qui ne pourrait pas atteindre plus de 982 degrés Celsius.'

Dans son livre explosif, Griffin affirme que cet enregistrement est un faux, et il va encore plus loin.

'Une raison pour soupçonner que tous les enregistrements post-2001 de Ben Laden sont des fabrications est qu'elles sont souvent apparues à des moments qui redonnaient du tonus à la présidence de Bush où renforçaient une déclaration du premier ministre britannique Tony Blair, son allié dans la « guerre contre la terreur'.

'L'enregistrement confession était arrivé juste au moment où Bush et Blair avaient échoué à prouver la responsabilité de Ben Laden pour le 11 septembre alors que les deux hommes tentaient de rallier le soutien de l'opinion publique internationale, notamment dans le monde musulman, à la campagne antiterroriste'.

Griffin suggère que les gouvernements occidentaux ont utilisés des technologies d'effets spéciaux très sophistiqués pour mettre en séquences des images et des enregistrements sonores de Ben Laden.

Alors, si ce sont des faux, pourquoi al Qaïda est-elle restée silencieuse à ce sujet ? Et qu'est-il arrivé exactement au véritable Ben Laden ?

La réponse à la première question peut être que l'organisation terroriste informe est heureuse de mener sa propre guerre de propagande alors que ses soutiens déclinent – et profite du mythe selon lequel son dirigeant charismatique est encore vivant pour encourager des ralliements à sa cause.

Quant à ce qu'il est advenu de lui, des allusions à l'insuffisance rénale de ben Laden, où à l'éventualité qu'il soit mort, apparurent le 19 janvier 2002, quatre mois après le 11 septembre.

C'était quand le président pakistanais Pervez Musharraf a déclaré sur la chaîne américaine d'informations CNN : « Franchement, je pense maintenant qu'il est mort car il est malade des reins. Les images le montrent extrêmement affaibli.'

Dans son livre, le professeur Griffin approuve également cette théorie. Il explique que Ben Laden avait été soigné pour une infection urinaire, souvent associée à une maladie rénale, à l'hôpital américain de Dubaï en juillet 2001, deux mois avant le 11 septembre. Dans le même temps, il avait commandé une machine de dialyse à livrer en Afghanistan.

Comment Ben Laden, en fuite dans des grottes au milieu de montagnes enneigées, aurait-il pu utiliser la machine que beaucoup s'accordent à considérer comme essentielle pour le maintenir en vie ? Des médecins cités par Griffin sur ce sujet pensent que ce devait être impossible.

Il aurait fallu qu'il reste dans un lieu avec une équipe médicale, des conditions d'hygiène et un programme de maintenance régulier pour l'unité de dialyse elle-même.

Et quid de cette info, une brève parue le 26 décembre 2001 dans le journal égyptien Al-Wafd ? Elle disait qu'un haut responsable du gouvernement taliban afghan avait annoncé qu'Oussama Ben Laden avait été enterré le 13 décembre ou vers cette date.

'Il souffrait de graves complications et il est décédé d'une mort naturelle et paisible. Il a été enterré à Tora Bora, en présence de trente miliciens d'al Qaïda, de proches parents et d'amis talibans. Selon la coutume wahhabite, aucun signe distinctif n'a été laissé sur la tombe,' disait l'article.

Le responsable Taliban, dont le nom n'était pas cité, déclarait triomphalement avoir vu le visage de Ben Laden dans son linceul. 'Il avait l'air pâle mais calme, détendu et confiant.'

C'était Noël à Washington et à Londres et l'article fut à peine mentionné. Depuis, des enregistrements de ben Laden sont sortis avec la régularité d'un métronome et des centaines de millions ont été dépensés et beaucoup de sang versé dans la traque dont il fait l'objet.

Ben Laden a été l'élément central de la 'guerre [de l'occident] contre la terreur.' Serait-il possible que, depuis des années, il n'ait été qu'un écran de fumée ?