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samedi 1 juin 2013

Syrie, propagande et réalités

Comme dans l’affaire libyenne, la crise syrienne a montré que la presse occidentale était une machine de propagande redoutable derrière ses oripeaux de professionnalisme et d’objectivité. Angry Arab nous en livre un exemple que je vous propose traduit en français.
Depuis le début de la crise en Syrie, on nous vend le concept d’une population civile désarmée lâchement massacrée par une armée suréquipée épaulée par des espèces de miliciens cruels, les «shabiha.»
Le moteur de la bestialité du régime étant bien sûr le sectarisme d’une minorité alaouite arc-boutée sur ses privilèges face à une majorité sunnite opprimée et éprise de liberté et de démocratie. Incidemment, on apprend par l’Observatoire Syrien des Droits de l'Homme (OSDH) que près de la moitié des victimes de la guerre en Syrie sont alaouites…
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J'ignorais que j'étais alaouite.
Parce que le problème est que ce beau roman n’est en fait qu’un mauvais roman qui ne permet pas de comprendre par quel miracle le régime de Damas n’a été emporté ni par un putsch, ni par l’élan populaire.
De fait, le régime et son armée où, contrairement à ce que raconte le roman concocté à Londres, Paris et Ankara, toutes les composantes de la société sont partie prenante, ont montré une cohésion remarquable qui s’est traduite par un nombre limité de défections.
De la même manière, la population ne s’est pas soulevée, ni par la violence, ni par des manifestations de désobéissance civile.
La seule réalité pour une bonne partie des gens, c’est la peur pour la sécurité de sa famille et les difficultés à se nourrir et à se loger dans une guerre où les opposants Syriens et étrangers ont fait le choix de s’implanter dans des villes qui ne leur avaient généralement rien demandé.
Tel est le cas d’al Qusayr, cette ville moyenne qui est le théâtre de durs combats entre les «rebelles» et l’armée gouvernementale épaulée par le Hezbollah qui sont semble-t-il en passe d’en reprendre le contrôle.
Al Qussayr n’est pas et ne sera pas un nouveau Guernica. D’abord parce que Bachar al-Assad n’est pas un Adolf Hitler Arabe (comme l’étaient avant lui le colonel Nasser er Saddam Hussein sans parler du non arabe Mahmoud Ahmadinejad) et ensuite parce que ça fait longtemps que la majorité des habitants a fui la ville ou en a été chassée au moment où cette dernière est tombée entre les mains des prétendus rebelles.
Ces civils, comme la plupart des civils Syriens se sont soit réfugiés à l’étranger, au Liban tout proche, soit dans des secteurs de la Syrie restés sous contrôle gouvernemental.
Parce que la grande majorité des gens fuit d’abord la guerre, pas le gouvernement.
par As'ad AbuKhalil, Angry Arab 1er juin 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri
Le correspondant bien connu d’un journal occidental au Moyen Orient m’a envoyé ce qui suit:(il/elle ne veut pas être cité(e) : «Franchement, j’ai parlé hier avec des gens qui ont des informations sur Qusayr, ils disent que la plupart des civils sont partis, les quelques centaines qui sont restés sont surtout des proches des combattants, des femmes qui leur font la cuisine etc. c’est vrai qu’il y a eu entre 600 et 700 blessés mais ce sont presque tous des combattants. Les civils, y compris les femmes et les enfants de certains combattants ont évacué depuis longtemps, les rebelles savaient que l’offensive se préparait et ils ne les auraient pas laissés dans la ville. A chaque fois qu’ils [les soldats Syriens] ont progressé dans la ville, il n’y avait pas de civils, ni dans les maisons , ni dans les rues ou les quartiers qu’ils ont pris aux rebelles, ce qui amène l’armée à supposer et à conclure qu’il ne reste plus de civils. Notez qu’Abdallah, quelque soit son vrai nom, le journaliste citoyen/militant a annoncé sur al Jazeera que 40 000 civils sur place allaient être massacrés.  Sur la BBC, le général Idriss a déploré que 50 000 civils dans Qusayr allaient être passés au fil de l’épée par le Hezbollah, mais personne ne lui a objecté le fait que la population entière de Qusayr se situe entre 30 000 et 40 000 personnes au plus et que nous savons que la majorité d’entre eux sont partis avant l’offensive et l’année dernière quand les rebelles ont pris la ville et que plusieurs milliers, 5 000 au total environ, ont quitté la ville au début de l’offensive (ainsi que l’a signalé un organisme de l’ONU qui rendu visite à ces familles déplacées non loin de là), alors comment peut-il y avoir  de 40 à 50 000 personnes dans la ville comme le prétend l’opposition ?
Ce sont ces chiffres [ceux de l’opposition] que la BBC a choisi de citer dans son reportage en ligne !»   

lundi 25 février 2013

Règles de déontologie journalistique applicables dans le cas de la Syrie


Le règlement politique de la crise syrienne semble avancer et c'est sans doute la meilleure solution aussi bien pour la population que pour le pouvoir en place ou pour la coalition d'opposition dont l'influence est sûrement plus  grande du côté turc de la frontière que du côté syrien. Et qui a surtout une existence médiatique.
Justement, As'ad AbuKhalil, alias Angry Arab, nous explique ce qu’est la déontologie journalistique quand il s’agit de couvrir les troubles qui secouent la Syrie.
Des principes qu’il expose ici, découle une pratique du journalisme qui prétend nous renvoyer une image des évènements correspondant peu ou prou à la réalité alors que cette image est surtout faite de faux semblants.
Sur le plan militaire d’abord, avec ces annonces régulières de prises «décisives» de routes, d’aérodromes et même d’un barrage. Des victoires qui s’avèrent sans lendemain voire même purement imaginaires.
Sur le plan politique ensuite, avec une opposition en exil qui s’avère être de plus en plus une coquille vide dont la composition est supposée refléter la diversité politique, ethnique et religieuse de la Syrie comme se la figurent les Occidentaux mais qui ne correspond pas à  grand chose sur le terrain syrien. Un terrain où l’opposition militaire réelle au pouvoir est le fait de brigades islamistes, notamment celles qui sont liées aux Frères Musulmans.
Si ces forces aspirent à représenter une alternative au régime en place, il ne s’agit en aucun cas d’une alternative démocratique. Mais comme on l’a dit, la situation militaire fait que cette alternative au régime syrien ne semble pas sur le point de renverser ce dernier.
Ce qui nous amène au dernier point qui est, en dépit de quelques défections, la  cohésion d’ensemble du régime, qui n’est pas un régime alaouite comme on le prétend, tant s’en faut.
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Cette cohésion est un des facteurs de la résistance de ce pouvoir aux coups de boutoir qui lui sont assénés par des forces qui sont loin d’être toutes syriennes puisque des tueurs sont venus de l’ensemble du monde musulman et même non musulman pour participer à la curée.
L’autre facteur de la résistance de ce pouvoir, c’est l’absence d’insurrection populaire. En effet, partout où le pouvoir est resté présent, c’est-à-dire sur l’essentiel du territoire, la vie suit son cours avec bien sûr les souffrances qu’endure la population d’un pays mis sous embargo et dont l’économie a été en grande partie ravagée, voire pillée par les prétendus révolutionnaires comme on l’a vu à Alep.
Ce fait est d’autant plus remarquable que l’armée syrienne, il faut le rappeler, est constituée en grande majorité de conscrits et qu’on ne peut pas forcer bien longtemps des appelés à tirer sur leurs propres concitoyens. Un pays comme les Etats Unis avait même pu s’apercevoir qu’il était difficile de forcer très longtemps des conscrits à tuer des étrangers, même quand ils n’ont pas la même couleur de peau. 
par As'ad AbuKhalil, Al-Akhbar (Liban) 25 février 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri
En se fondant sur la couverture de la Syrie dans la presse des Etats Unis, il est possible d’identifier certaines caractéristiques de cette couverture depuis Beyrouth. 
1. Ecrivez les articles mais appuyez vous sur des pigistes locaux sous payés qui peuvent assurer la traduction et l’interprétation pour vous. 
2. Appelez le service de presse d’Hariri et les services de presse des organisations de Syriens en exil dès votre arrive dans la ville. 
3. Vous n’avez pas besoin de sortir de chez vous: le boulot nécessite d’utiliser abondamment Skype. Vous n’avez pas besoin de chercher des adresses Skype : les services de presse d’Hariri et ses alliés dans l’opposition syrienne en exil vous donneront des noms et pourront même en inventer pour vous.
4. C’est bien de montrer de la sympathie pour les organisations syriennes armées et de l’émotion dans vos reportages, exactement comme il n’est pas bien de montrer de l’émotion quand on couvre le côté arabe du conflit arabo-israélien. 
5. Traitez largement de la souffrance humaine, sauf quand elle est causée par les groupes armés syriens eux-mêmes. 
6. Ne citez pas les vrais chefs des organisations syriennes en exil qui sont dominées par les islamistes: citez par contre des Syriens qui résident dans des pays occidentaux afin de donner un visage occidentalisé à l’opposition syrienne en exil. 
7. Essayez de minimiser le rôle de la Turquie, du Qatar et de l’Arabie Saoudite aux côtés des organisations armées syriennes. 
8. N’hésitez pas à vous engager dans des campagnes de collecte de fonds dans vos articles en faisant référence constamment à la pauvreté des groupes armés et à leurs carences en armes et en équipement. 
9. Essayez de montrer l’humanité des groupes armés: des photos d’enfants soldats devraient souligner le fait que ce sont d’abord des enfants après tout et qu’ils représentent la face humaine des groupes armés [comme peut-être cet adolescent Libyen qui résidait en Irlande et qui a été tué au combat en Syrie à l'âge de 16 ans]. 
10. Ne parlez pas avec les deux parties au conflit. Un côté (celui qui est soutenu par le Qatar et l’Arabie Saoudite) est suffisant. 
11.Rappelez-vous: les voitures bourrées d’explosifs ne sont pas une mauvaise chose quand elles sont utilisées par le camp soutenu par les Etats Unis. Les voitures piégées ne sont des armes destructrices haineuses que quant elles sont utilisées par des ennemis des Etats Unis.12. Dans les articles sur une intervention étrangère en Syrie, rappelez-vous qu’une intervention par l’Arabie Saoudite, le Qatar, Bahreïn, la Turquie, la Jordanie, la Libye, l’OTAN, Israël, l’UE et les Etats Unis n’est pas vraiment une intervention. C’est simplement un geste humanitaire et de bonne volonté. Intervention militaire réfère seulement à la Russie, à l’Iran et  au Hezbollah. 
13. Quand vous traitez de l’intervention libanaise en Syrie, souvenez-vous qu’on ne parle que du Hezbollah. L’intervention (militaire ou autre) des organisations hariristes et salafistes ne compte pas et ne justifie pas une intervention [pour y mettre fin].
14. Rappelez-vous que l’étalon en matière de professionnalisme journalistique dans la couverture de la Syrie est représenté par les medias des princes Saoudiens et de la famille Hariri. 
1. Les rumeurs et les inventions répandues par les médias saoudiens et d’Hariri sont «bonnes à imprimer» si elles servent les objectifs de la propagande de la coalition emmenée par les Etats Unis. 
16. Les préjugés contre les Alaouites et la lecture sectaire sont essentiels à la compréhension du conflit. SVP, parlez de tous les Alaouites, bébés compris, comme de Shabiha. Ce qui rendra plus facile de justifier leur assassinat par les groupes armés. 
17. Faites de votre mieux pour dissimuler le poids d’un leadership islamiste fanatique et l’affiliation des groupes armés. Essayez plutôt de trouver quelqu’un qui porte des jeans et affirme parler au nom de l’unité militaire libérale et «laïque» [secular]. 
18. Toute histoire relative à la défection d’une personne, même un simple soldat ou le chauffeur d’un petit cadre d’une usine locale de traitement des déchets devra être couverte très largement. 
19.  Oublions SVP notre ancienne hostilité envers al-Jazeera. Al-Jazeera a changé maintenant et nous la considérons maintenant comme une télévision exemplaire qui représente la merveilleuse propagande de la famille royale du Qatar.
20. La famille Hariri vous fournira des noms et des numéros de téléphone de ses homes dans les services de sécurité intérieure du Liban et de ceux qui acceptant de livrer toute information ou rumeur qui va contre les intérêts du Hezbollah et vous pouvez citer ces personnes comme de «hauts responsables du gouvernement libanais en matière de sécurité.» 
21. Les intérêts et la propagande d’Israël devront être fortement représentés dans la couverture du conflit, et Israël devra être présenté comme l’ami du peuple syrien, malgré son occupation [du Golan] et ses attaques en territoire syrien.
22. Exactement comme dans le cas de la couverture de presse de l’opposition irakien en exil avant 2003, souvenez-vous SVP que toutes les personnalités de l’opposition syrienne en exil sont intelligents, éloquents (même dans le cas de Cicéron de Syrie) et vraiment drôles. 
23. En parlant des armes chimiques syriennes, ne mentionnez pas SVP l’arsenal israélien d’armes de destruction massive. Au contraire, pour que les Israéliens passent encore pour des victimes, choisissez des photos d'Israéliens posant avec des masques à gaz à chaque fois que vous écrivez sur l’armement chimique syrien. 
24. Rappelez-vous, vous êtes là pour remonter le moral et pas seulement pour “couvrir” les évènements. Vous devez écrire chaque semaine quelque chose sur la chute imminente du régime de Bachar et sur les rebelles qui sont sur le point de contrôler le centre ville de Damas. 
25. Il est important de rappeler aux lecteurs que 99 % de la population syrienne soutient l’action des Etats Unis et d’Israël en Syrie et que 99 % d’entre elle s’oppose farouchement au régime. Seuls des scélérats et des voyous persistent à soutenir le régime. 
26. A l’appui du succès de l’opposition syrienne à obtenir du soutien parmi toutes les minorités en Syrie, le service de presse d’Hariri à Beyrouth vous donnera les numéros de téléphone d’un Druze, d’un Chrétien, d’un Kurde et même d’un Alaouite qui sont contre le régime. 
27. La connaissance de la langue arabe – comme toujours quand on traite du Moyen Orient – n’est pas nécessaire du moment que vous savez reconnaître un sandwich au falafel.

mercredi 16 janvier 2013

Réfugiés Syriens au Liban, l'exemplarité du Hezbollah


Je ne ferai pas de commentaires

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Nord Liban: un réfugié Syrien construit une maison avec des palettes de manutention
par David Enders, McClatchy Newspapers (USA) 14 janvier 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri
Malgré son soutien sans faille au régime syrien ces deux dernières années, l’organisation militante chiite Hezbollah aide dans la discrétion les Syriens qui sont au Liban – même ceux qui ne soutiennent pas sa ligne politique.
“Nous aidons les réfugiés depuis le début des évènements en Syrie,’’ déclare Imad al Wahda, un représentant du Hezbollah dans cette ville du sud Liban qu’on considère comme étant un bastion du parti. 
“Nous avons donné l’accès à plus de 2 000 maisons et appartements à Nabatiyeh et les villages alentours,’’ explique al Wahda. ‘’Certaines maisons accueillent deux ou trois familles.’’
L’organisation apporte une aide semblable à des réfugiés dans d’autres régions du pays, alors même que, selon des informations, ses combattants se battraient du côté du gouvernement syrien [une accusation de l’opposition syrienne et des pro Hariri jamais étayée par aucune preuve, NdT].
Fondé au début des années 1980, le Hezbollah est aujourd’hui la première force politique libanaise, un statut qu’il doit en partie à son action sociale en faveur de la communauté chiite longtemps déshéritée, qui forme la principale communauté religieuse du pays. En Syrie et dans le monde arabe, la popularité du Hezbollah a atteint des sommets en 2006 quand la milice de l’organisation avait tenu en échec une invasion du pays par les troupes israéliennes. 
Six ans plus tard, certaines des personnes qui adulaient l’organisation auparavant la dénoncent maintenant à cause de son soutien au président Syrien Bachar al-Assad qui appartient à la secte alaouite, une branche du chiisme. Les rebelles hostiles à Assad sont presque tous issus de la majorité musulmane sunnite du pays, dont beaucoup accusent les Alaouites de pratiquer une discrimination contre les Sunnites tout au long des quarante années d’exercice du pouvoir par la famille Assad.
Le Hezbollah a certainement tiré avantage du pouvoir de Assad en Syrie, et la chute de ce dernier rendrait probablement plus difficile sa domination au Liban. Une bonne partie de l’armement lourd du Hezbollah est venu d’Iran via la Syrie, et la défaite d’Assad par les militants sunnites pourrait encourager les Sunnites du Liban à relever la tête.
Mais alors que les quelques déclarations publiques du mouvement ainsi que sa presse et sa propagande ont largement collé aux positions du gouvernement syrien pendant les 22 mois du soulèvement, l’action d’assistance humanitaire de l’organisation ne semble pas s’inscrire dans cette ligne devant les centaines de milliers de Syriens qui arrivent ici avec les quelques effets qu’ils ont pu emporter.
Le Hezbollah affirme même avoir aidé des immigrés Syriens qui travaillent au Liban dans la construction et dans d’autres secteurs des services à faire venir leurs familles. 
“Nous payons parfois la course de leur taxi pour qu’ils rentrent en Syrie pour ramenet leurs familles ici,’’ affirme al Wahda. 
Le mois dernier, dans une de ses rares déclarations sur la situation en Syrie, le chef du Hezbollah,Hassan Nasrallah a demandé au gouvernement libanais d’avoir une approche politique cohérente de la crise.
“Nous devrions nous intéresser aux réfugiés Syriens sur la base d’une responsabilité purement humanitaire, sans politiser cette question,” avait déclaré Nasrallah. ‘’Nous devrions accorder notre attention aux familles déplacées, quelles que soient leurs opinions politiques.’’
Tandis que la majorité des Syriens au Liban se sont réfugiés dans des régions dominées par la même secte que celle à laquelle ils appartiennent, le Hezbollah assiste en fait les déplacés qu’ils soient sunnites ou chiites.
“Mon mari cherche du travail,’’ explique Umm Ibrahim, une Sunnite de 22 ans, mère de trois enfants, qui se fait appeler de ce surnom qui signifie ‘’Mère d’Ibrahim’’ lorsqu’elle parle avec la presse parce qu’elle craint pour la sécurité de ses proches restés en Syrie. ‘’Il n’y a plus de travail en Syrie.’’
Umm Ibrahim partage les quatre pièces d’un appartement avec 20 personnes. Elle a récemment emmené son fils se faire vacciner dans un hôpital géré par le Hezbollah.Elle dit que quand sa famille est venue à Nabatiyeh il y a quatre mois de ça, le Hezbolah leur a aussi donné des draps et des poêles de chauffage.
‘’Nous pensions que nous n’étions ici que pour un mois,’’ dit-elle.
C’était avant que son quartile d’Alep, la plus grande ville de Syrie, se transforme en ligne de front.
 ‘’Je ne sais pas ce qui est arrivé à notre maison,’’ dit-elle. ‘’La maison de mes parents a été pillée et détruite. La maison de ma sœur a été détruite par un bombardement.’’
Umm Ibrahim n’a exprimé de soutien pour aucun des camps qui s’opposent en Syrie, mais elle a utilisé la désignation ‘’Armée Syrienne Libre’’ pour parler des rebelles. Elle n’a pas hésité non plus à le faire en présence d’un officiel du Hezbollah, alors même que les partisans du régime syrien tendent à utiliser l’expression ‘’groupes armés’’ ou ‘’terroristes’’ quand ils parlent des rebelles, reprenant ainsi la terminologie du gouvernement syrien.

dimanche 16 décembre 2012

Massacres et propagande en Syrie, un article d'Alex Thomson sur la tuerie d'Aqrab


En matière politique, il existe à n’en pas douter toute une variété de militants qu’on peut qualifier d’islamistes, certains parmi eux pouvant être considérés, ou se considérant, comme modérés.
Il faut entendre par «modérés » des mouvements ou des personnes qui admettent la pluralité des opinions et la liberté de leur expression.
Et sans entrer dans les détails, il n’est pas du tout sûr qu’on puisse considérer comme identiques des mouvements comme Ennahda en Tunisie ou la confrérie des Frères Musulmans en Egypte.

Peut-on pour autant dire avec Riad Seif, que Le Figaro nous présente comme «l’inspirateur » de la Coalition nationale, l’organisation d’opposition, censée représenter le peuple syrien, que «Les islamistes syriens sont connus pour leur modération» ?
Au vu de ce qui se passe sur le terrain, c’est vraiment difficile à croire, sauf à admettre que l’essentiel des militants armés qui opèrent en Syrie ne sont pas syriens.
De toute façon, pour Riad Seif, Jabhat al-Nosra, l’organisation armée la plus active sur le terrain syrien, n’est en rien une organisation extrémiste et ses membres « ne font de mal à personne. 
A une question du Figaro sur l’absence d’expression de compassion de la part de Moaz al-Khatib, à l’égard de la centaine de victimes alaouites d’ un massacre perpétré dans le village d’Aqrab, Riad Seif répond :
Il n'y a jamais eu de massacres commis par les sunnites contre les alaouites. Et il est très probable que ce sont les chabihas (miliciens pro-régime, NDLR) eux-mêmes qui aient commis ce massacre à Aqrab. Je connais Moaz al-Khatib depuis des années, et sa philosophie c'est la paix entre les communautés.
S’il n’y avait pas eu cette question, j’aurais eu du mal à savoir qu’un massacre avait été perpétré contre des alaouites dans un village syrien.

J’ignore si l’information a été diffusée largement au début, mais elle l’est on ne peu plus parcimonieusement en ce moment
.
Quand je pense qu’un blogueur lyonnais ose parler de la propagande du régime syrien, comme si cette dernière avait un quelconque impact sur les médias en France !

Tandis que la propagande de l’opposition syrienne est reçue 5 sur 5 et c’est pourquoi la presse internationale a retenu que ce sont les forces gouvernementales qui sont responsables du massacre d’Aqrab.

On a en fait peu de certitudes sur ce qui s’est passé à Aqrab et on n’est même pas sûr de la réalité d’un massacre ainsi que le signale le titre du papier que je vous propose.
Il n’en reste pas moins que l’article d’Alex Thomson qui s’est rendu sur place et a rencontré des témoins nous donne une version des faits très différente de celle que nous offre la propagande, qu’elle émane de l’opposition syrienne ou des officines dépendant des gouvernements occidentaux.

Et, comme le dit un commentateur syro-arménien, le travail de vérité d’Alex Thomson est malheureusement inutile car il se retrouve face à un déferlement propagandiste qui fonctionne 24/24 et 7 jours sur 7.

Par Alex Thomson, Channel 4 (UK) 14 décembre 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Pour atteindre Aqrab, il faut pénétrer profondément dans les terres ingrates du centre de la Syrie, où bon nombre des pires atrocités de la guerre ont eu lieu.
Ce n’est pas un voyage qu’on entreprend à la légère, et il nous a fallu 24 heures de préparatifs intenses pour être en mesure de rouler vers l’ouest en partant du chef lieu de la province, Hama.

Malgré tout ça, il nous avait fallu une escorte embarquée, et nous avions dû passer de véhicule d’escorte en véhicule d’escorte à travers la mosaïque de villages des plaines fertiles du centre du pays.

La connaissance du terrain fait la différence entre la vie et la mort dans une région où tourner au mauvais endroit peut vouloir dire rencontrer les mauvaises personnes qui trouvent sur vous les mauvais papiers – avec des conséquences qui ne sont que trop souvent fatales.

C’est pourquoi il nous a fallu plus d’une heure pour un trajet d’environ une quinzaine de kilomètres à vol d’oiseau. Enfin, à l’approche d’un autre éperon rocheux, elle était en vue : Aqrab.

Récits de témoins oculaires

C’est une petite agglomération, et nous étions à peu plus d’un kilomètre. Des maisons basses, une ville très compacte peuplée de 9 000 sunnites et 2 000 alaouites. Trois hauts minarets perçaient le ciel de l’hiver qui est rude ici.

Ce qui suit est une série de récits de témoins oculaires dont les versions contredisent presque entièrement la version des évènements survenus ici qui a été propagée dans le monde par les sites internet de la propagande rebelle.

Nous ne disons pas que ce qui suit est la vérité. Mais nous sommes en mesure de dire que c’est le premier article résultant de constatations indépendantes à Aqrab par le premier journaliste étranger à s’être rendu sur place.

Nous avons interviewé nos trois principaux témoins oculaires en trois endroits différents. Aucun d’entre eux ne pouvait être informé de notre arrivée soudaine, et aucun ne connaissait non plus l'identité des deux autres témoins oculaires.

Ce qui est frappant, c'est que leurs récits se recoupent entièrement, dans les moindres détails. Et leurs versions sont de plus étayées par au moins une douzaine de témoignages d'autres alaouites qui avaient fui Aqrab.

 Hayat Youseh est à l'abri chez des parents dans un village situé à quelque distance d’Aqrab.
Hayet Youseh est alaouite. C'est dire qu'elle détient une parcelle du pouvoir en Syrie
Hayet Youseh est alaouite. C'est dire qu'elle détient une parcelle du pouvoir en Syrie
Son mari est toujours là-bas. Et son fils de 18 ans, Ali Ibrahim, a subi une fracture de la jambe qui est restée sans soins pendant 12 jours. 

Ali al-Hosin a bientôt 16 ans et est manifestement traumatisé. Il dit que ses deux parents et 23 membres de sa famille élargie sont toujours pris au piège à Aqrab. 
Madlyan Hosin est également au bord des larmes. Elle dit que ses quatre oncles et tantes sont toujours là-bas et que deux de ses tantes sont enceintes.

Pas des “Syriens normaux”

Tous les trois sont d'accord - comme le sont les rebelles – pour dire que les rebelles ont attaqué Aqrab le dimanche 2 Décembre. Madlyan déclare: «Ils avaient de longues barbes. C’était difficile de comprendre ce qu'ils disaient. Ils n'étaient pas habillés comme des Syriens normaux. "

Je lui demande de préciser et elle est catégorique : leur arabe n’était pas un parler syrien.
Le jeune Ali nous a dit: «Ils avaient tous de grandes barbes et ils étaient arrivés dans quatre ou cinq voitures, de la direction d'Al-Houla."

Ils soulignent tous, de même que tous ceux que nous avons rencontré, que les rebelles de l'Armée syrienne libre (FSA) ont parqué environ 500 civils alaouites dans une grande maison rouge à deux étages appartenant à un homme d'affaires nommé Abou Ismail.

Ils disent ensuite qu'ils ont été détenus - environ 500 hommes, femmes et enfants - dans ce bâtiment jusqu'aux premières heures du mardi 11 Décembre. Neuf jours.

Ils dissent que pendant tout ce temps, ils n’ont pratiquement pas eu de nourriture et que des femmes frappaient leurs propres enfants pour essayer de les faire s’arrêter de pleurer. Quand il pleuvait, ils passaient des chiffons par la fenêtre pour les mouiller et boire l’humidité.

Hayat précise que les rebelles ont dit à tout le monde: «Nous sommes vos frères d'Al-Houla et d’Al-Rastan, vos frères musulmans. Nous n'allons pas vous faire de mal. "

Ces deux villes sont des bastions rebelles. Al-Houla, à seulement huit kilomètres de distance, a été le théâtre en mai d'un tristement célèbre massacre de 108 civils, en majorité des femmes et des enfants.

Boucliers humains?

Ils disent [les 3 témoins] que les rebelles voulaient prendre les femmes et les enfants d'al-Houla pour les utiliser comme boucliers humains contre les bombardements des forces gouvernementales, et qu’ils croyaient qu'ils allaient tuer les hommes restants. 

Ils sont d'accord pour dire que la situation a atteint son paroxysme quand une délégation de villageois a été envoyée le lundi à 16 heures pour sortir de l'impasse. Cette délégation comprenait un officier de l'armée en retraite, Hamid Azzudin, l’imam sunnite de la ville, Cheikh Sayid Hawash, et aussi Hashab, le maire de la ville. 

Quand ils sont arrivés, les prisonniers n’ont pas voulu les laisser repartir. Comme l’explique Ali : «Une fois qu’ils sont entrés dans la maison, nous avons simplement dit : ‘Nous partons tous ensemble, hommes, femmes et enfants – ou nous mourrons ensemble.»
Il semble que les négociations entre ces anciens et les rebelles ont duré environ quatre heures, pour se terminer en impasse vers 20 heures, lundi soir. 

À ce moment, des tirs ont éclaté, les rebelles tirant à travers les fenêtres et criant qu'ils avaient piégé la maison. Les témoins oculaires disent que les tirs ont cessé vers minuit, après quoi un accord a été conclu. Dans un chaos nocturne de cris et de tirs intermittents d’armes à feu, trois véhicules  ont emmené environ 70 des prisonniers en  sécurité dans le village le plus proche à un peu plus d’un kilomètre de là.

Cependant, il semble qu’un quatrième véhicule a conduit un certain nombre de prisonniers à Al-Houla, où deux d’entre eux - une femme non identifiée et un garçon - ont été soignés pour des blessures dans un hôpital de campagne rebelle. 

La femme et le garçon ont accusé des milices pro-gouvernementales d’avoir fait les gens prisonniers, selon les sites internet rebelles, et c'est cette version des évènements qui a fait le tour du monde.
Jusqu’à présent

Nos témoins, cependant, ont été interrogés indépendamment les uns des autres et sont prêts à donner leurs noms et à se montrer aux télévisions internationales.

Curieusement, les sites rebelles disent que le bâtiment abritant les prisonniers qui étaient restés sur place, a été complètement détruit par l'artillerie et des frappes aériennes gouvernementales mardi. Nous avons pourtant vu et filmé le bâtiment dans lequel des témoins oculaires ont dit avoir été emprisonnés, et il semble intact - tout comme le reste du village.
Une autre observation curieuse. Si vous sélectionnez les sites rebelles et leurs vidéos sur YouTube  à partir du 2décembre, il semble n’y être fait  aucune mention d'un grand nombre d'Alaouites détenus dans le village. Une omission inhabituelle pour ce qui pourrait sans doute être  un énorme coup de propagande.

Un autre aspect curieux est que leur version des faits n'explique pas pourquoi les fonctionnaires du gouvernement à Hama se sont démenés pour négocier la libération des prisonniers, des blessés et, de fait, la restitution des cadavres bloqués dans une situation qui est toujours dans l’impasse en ce moment comme ils le reconnaissent.

Il y encore autre chose à considérer. Invariablement, quand il ya un massacre, les rebelles présentent  les corps sur YouTube et font tout un tohu bohu sur le sujet. Si le gouvernement avait vraiment commis le massacre de 250 personnes appartenant à la même secte alaouite que le président Assad, YouTube fourmillerait de vidéos rebelles, avec des cadavres, des funérailles, du carnage. Vous pouvez en être certain. Pourtant, vérifiez sur YouTube - il n'est pas le moindre bout de vidéo pour étayer leur version.

Les deux camps parlent de ce qui pourrait être le plus grand massacre d’alaouites commis pendant cette guerre. Les alaouites sont évidemment de la même secte que le président Bachar al-Assad. Les rebelles ont fait connaître leur version des évènements en affirmant qu’entre 200 et 250 personnes ont été ruées quand le gouvernement a bombardé cette maison [ou les alaouites étaient retenus] mardi.

Craignant pour leurs vies, les fonctionnaires du gouvernement refusent de s’exprimer devant les cameras, mais ils sont convaincus qu’un grand massacre s’est produit ici après la libération de quelques chanceux en début de matinée mardi.

Un organisme peut dénouer la dispute sur les évènements, et c’est le Croissant Rouge qui a pu accéder aux prisonniers pendant les neuf jours de blocage. Il sait avec certitude si c’était une milice pro gouvernementale ou des rebelles qui détenaient ces gens. La situation reste cependant dangereuse et le Croissant Rouge ne s’est pas exprimé pour l’instant.

lundi 8 octobre 2012

La presse française n'en parle pas: 155 000 manifestants à Ankara contre la guerre


La situation en Syrie est devenue un vrai casse-tête pour le gouvernement turc qui ne sait maintenant plus comment s’en dépêtrer.
Après l’avoir encouragé Ankara à soutenir la sédition armée dans le pays voisin, les démocraties humanistes occidentales ont clairement fait savoir qu’elles n’étaient pas intéressées par le déclenchement d’une guerre ouverte avec la Syrie.
Pas plus qu’elles n’acceptent de mettre la min au portefeuille pour aider les autorités turques à faire face aux besoins des Syriens qui se sont réfugiés sur son sol.
La Turquie se retrouve maintenant donc seule face aux problèmes posés par la situation en Syrie. On peut compter sur les prétendus rebelles prétendument démocrates pour essayer de provoquer la guerre ouverte dont Recep Tayyip Erdogan et son équipe ne veulent pourtant pas.
C’est ainsi qu’il faut interpréter le récent transfert de ce qui est présenté comme la direction militaire de l’Armée Syrienne Libre en territoire syrien dans ce que les derniers évènements ont transformé en zone tampon, ou en réduit, de facto.
Avec le refus explicite d’accueillir de nouveaux réfugiés, nous avons là les premiers signes d’une volonté de désengagement. Une volonté qu’on peut aussi repérer dans la proposition faite par le gouvernement turc d’une démission du président Bachar al-Assad qui pourrait être remplacé par le vice-président actuel Farouk al Chareh.
Sympa de ta part Bachar, mais tes costumes sont trop grands 
pour moi. Même la retoucheuse Erdogan pourra rien y faire
Recep Tayyip Erdogan ne sait plus comment sortir la tête haute d’une affaire qui se réduirait à une question de personne. J’imagine volontiers le premier ministre Turc supplier à  genoux Bachar al-Assad de suite le pouvoir, seul expédient qui lui reste pour sauver la face.
Parce que le gouvernement turc a fait montre d’irréflexion et de sottise dans sa gestion de l’affaire syrienne. Avant d’emboîter le pas à Londres ou à Paris, il aurait dû se rappeler que son pays partage une longue frontière et bien d’autres choses avec la Syrie : une histoire, des Alaouites et des Kurdes entre autres.
Et que tout bouleversement dans le pays voisin est susceptible d’avoir des répercussions en Turquie où les lignes de fracture sont très présentes  et peuvent s’élargir jusqu’à causer des troubles de nature à remettre en cause la stabilité du pays et la paix civile.
J’’ai déjà parlé sur ce blog de ces lignes de fracture avec les trois minorités précitées, kurdes, alaouites et alévies.
Alévis et Kurdes sont très présents dans les zones limitrophes de la Syrie
Vos journaux n’en ont bien sûr pas parlé, mais ce sont plus de 150 000 manifestants, essentiellement alévis, qui ont défilé dimanche dernier à Ankara pour réclamer justice et égalité mais aussi pour signifier leur refus de l’escalade militaire avec la Syrie voisine.
Manifestants à Ankara: Erdogan, tu insistes sur le foulard, commence d'abord par en porter un toi-même!

A bon entendeur, M. Erdogan!

Zaman (Turquie) 7 Octobre 2012 traduit de l'anglais par Djazaïri

Des manifestants se sont affrontés à la police dimanche alors d’environ 155 000 manifestants étaient rassemblés place Sıhhiye à Ankara ce dimanche, dans une manifestation organisée par la Fédération Alevi Bektaşi et le Fédération des Associations Alévis pour exprimer leur demande d’égalité.

La police a tiré du gaz lacrymogène sur certains manifestants parce qu’ils avaient refusé d’être fouillés à leur arrivée sur la place Sıhhiye. Il y a eu un bref affrontement entre manifestants et policiers quand la foule a commencé à pousser après la barricade de la police à l’entrée. L’agence de presse Cihan a rapporté que ceux qui se sont heurtés à la police aux checkpoints de l’entrée appartenaient à la Plateforme Socialiste des Opprimés (ESP) et à une organisation marginale nommée Partisan. Cihan indique que ce sont ces organisations qui ont lancé des objets contre la police. Un manifestant a été arrêté et trois agents de police ont été blessés dans ces incidents.

Le rassemblement, appelé le "Laik ve Türkiye Demokratik ICIN ESIT Yurttaşlık Mitingi" (manifestation  de l’égalité citoyenne pour une Turquie laïque et démocratique), a commencé dans la matinée, les manifestants alévis s’étant regroupés à la gare d'Ankara avant de se diriger sur Sihhiye vers 10:30. Les manifestants ont scandé des slogans appelant à la justice pour le massacre de Sivas en 1993 où 35 alévis avaient été tués, à l'abolition des cours de religion obligatoires, à l’octroi aux lieux de culte des Alévis (cemevi, mot dérivé de l’arabe djemaa) le même statut que les mosquées, tout en protestant contre l’éventualité d’une guerre avec la Syrie et en exprimant un soutien au peuple syrien.
Outre l’ESP et Partisan, la manifestation a vu la participation d’autres organisations associatives et politiques, dont le Parti de la Solidarité et de la Liberté (ÖDP), le Parti Communiste Turc (TKP), l’Association Halkevleri, le Parti Populaire de Libération (HKP) et beaucoup d’autres.

Ces organisations protestaient aussi contre les insuffisances de l’enquête sur des incidents récents où les maisons d’habitants Alévis avaient été marquées en rouge dans plusieurs villes.
Un bus du Parti Républicain Populaire (CHP) ouvrait la marche pour la foule dans sa marche entre la gare de chemin de fer et Sıhhiye. Le fan club Çarşı de l’équipe de football de Beşiktaş jouait du tambourin et il y avait un groupe de caisses claires nommé  Kızıldavul (tambour rouge).

En 2010, le gouvernement avait organisé sept ateliers sur une période de six mois qui avaient vu la participation de 400 universitaires, théologiens, membres d’organisations de la société civile, politiciens, journalistes et représentants Alévis et Bektaşis.

Malgré tout, un certain nombre d’organisations avaient protesté contre le gouvernement, accusant les autorités de «sunniser» les Alévis dans le pays.

Toute la lumière  n’a pas encore été faite sur l’histoire des Alévis au temps de l’empire ottoman, mais les relations entre les communautés sunnite et alévie en Anatolie ont été difficiles dès le début. En 1511, l’armée ottomane avait brutalement réprimé en Anatolie une révolte des Turkmènes Kizilbaş (tête rouge) de confession alévie, et 40 000 d’entre eux avaient péri. La bataille de Çaldıran, entre l’empire Ottoman sous Yavuz Sultan Selim et le dirigeant Séfévide Ismaïl en 1514 avait eu pour conséquence un édit impérial ordonnant la mise à mort de tous les Kızılbaş de la région.

Les siècles qui suivirent furent aussi troublés, mais pas aussi brutaux. En fait, les troupes impériales ottomanes – appelées janissaires – étaient recrutées exclusivement dans des loges Bektaşi. Ce qui reste difficile à apprécier, c’est l’étendue de la persécution des Alévis à l’époque républicaine. Des centaines d’Alévis furent tués dans des pogroms, dont beaucoup considèrent qu’ils avaient été ourdi en sous-main par des organisations secrètes à l’intérieur de l’appareil d’Etat, dans les villes de Çorum, Yozgat et Kahramanmaraş, dans les années 1970. 34 artistes Alévis avaient péri brûlés vifs en 1992 dans l’incendie de l’hôtel Madimak à Sivas. Il y a eu d’autres incidents, comme celui dans le quartier alévi de Gazi à Istanbul en 1995, quand des Alévis avaient été la cible de tirs à l’arme automatique.

vendredi 5 octobre 2012

Le gouvernement turc en pleine névrose syrienne


Difficile de savoir ce que cherche le gouvernement turc. 

On peut le comparer à un chien enragé  ou mieux au chien chez qui on induit ce qu'on appelle une névrose expérimentale. Confronté à des  injonctions contradictoires de ses maîtres, le premier ministre turc est en effet en proie à une agitation incoercible dont on verra bien si elle débouchera sur une montée d'excitation ou sur l'apathie comme chez le chien de Pavlov..

Selon le journal libanais L’orient le Jour,
Ankara se pose en patron et Damas se répand en excuses
L’orient le Jour parle bien sûr des tirs de mortiers qui ont coûté la vie à cinq habitants d’un village turc frontalier, dont une mère et ses trois enfants.

Comme on le sait, l’armée turque a effectué des tirs de représailles qui ont été renouvelésce vendredi 5 octobre suite à la chute d’un autre obus en territoire turc.

On peut lire dans ce même article de L’Orient le Jour que
Le chef du Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition syrienne, a accusé vendredi le régime de Damas d'avoir voulu "exporter la crise syrienne" en bombardant cette semaine le village turc d'Akçakale.

Après ces tirs, à Akçakale, plusieurs chars et pièces d'artillerie, dont les canons visent ostensiblement le territoire syrien, ont été déployés.
Décidément, ces gens là du Conseil national Syrien ont tous les culots. Ils accusent en effet le gouvernement syrien de vouloir exporter la crise, eux qui sont structurés à l’étranger, en Turquie notamment où les éléments armés avec lesquels ils sont en lien (sans qu’on sache vraiment comment) ont établi leurs bases arrières et se replient après avoir fait le coup de feu avec des armes fournies par le gouvernement turc et ses associés qataris et saoudiens entre autres.

La Syrie a précisé qu’elle regrettait la mort de civils innocents dans l’incident du tir de mortier transfrontalier de mercredi mais qu’elle n’avait pas présenté d’excuses à la Turquie car il restait encore à s’assurer de l’identité de ceux qui ont mené les attaques.
Le gouvernement syrien ne s’est donc pas excusé contrairement à ce qu'a rapporté la presse et n’a pas reconnu sa responsabilité dans les tirs meurtriers.

La tactique de l’opposition armée au régime syrien consiste depuis le début à solliciter une intervention étrangère, c’est-à-dire des bombardements humanitaires sur le modèle libyen. De là à essayer de la provoquer en fabriquant des incidents frontaliers de ce genre, il n’y a qu’un pas que le n’hésite pas à franchir tant nous sommes devant des gens dépourvus de principes. D’autant que les populations des régions limitrophes de la Syrie sont largement hostiles à l’opposition syrienne.

Bachar al-Assad est peut-être un autocrate, mais aucune de ces prétendus démocrates ne lui arrive à la cheville, exactement comme les membres de la clique qui est maintenant au pouvoir en Libye.

Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre Turc, est en campagne électorale et tout ce qui lui reste à faire, devant l’impasse dans laquelle il a placé son pays, c’est de montrer ses muscles et de taper sur le régime syrien en respectant certaines lignes rouges parce que ses amis et patrons de l’OTAN ne sont pas intéressés par un conflit à grande échelle.

Pas plus que les Turcs eux-mêmes ainsi que viennent de le rappeler des citoyens à Istanbul :
des milliers de personnes ont convergé vers la fameuse place Taksim d’Istanbul pour participer à une puissante manifestation anti-guerre. Les militants de la paix scandaient : «Non à la guerre§ La paix maintenant ! Nous ne serons pas les soldats de l’impérialisme !»
Bien sûr, ce sont là des sympathisants de l’opposition au gouvernement turc, mais au delà de l'opposition l’opinion turque est majoritairement contre un conflit armé avec le voisin syrien. Et à mon avis, ils étaient plus de 5 000 contrairement à ce que disent nos journaux:

Manifestation contre la guerre le 4 octobre à Istanbul
Sans préjuger des aspects purement militaires, un tel conflit aurait des conséquences à court et à moyen terme considérables pour la Turquie où, comme on l’a dit, les forces qui pourraient se mobiliser contre le pouvoir actuel sont considérables, entre les Arabes Alaouites du Hatay, les Alévis et bien sûr les Kurdes.

Pa sûr donc que le jeu en vaille la chandelle, même pour Erdogan.

lundi 3 septembre 2012

Une manifestation pro-Assad qui crée le choc en Turquie


Le gouvernement turc n’en peut mais.

Après avoir contribué à organiser la sédition en Syrie, il commence à réaliser qu’il a semé des germes qui sont potentiellement destructeurs pour l’Etat turc lui-même, germes qui sont loin de se limiter au problème kurde.

Un évènement s’est en effet produit samedi dernier en Turquie qui s’il n’a guère eu d’écho dans nos journaux n’en finit pas de susciter des remous là-bas.
Je veux parler d’une manifestation de soutien au président Syrien Bachar al-Assad qui s’est déroulée dans la province turque de Hatay limitrophe avec la Syrie.
Manifestation de soutien à Assad en Turquie
Cette manifestation a créé un choc en Turquie parce qu’elle rappelle aux élites de ce pays que la province de Hatay est historiquement syrienne et que la politique actuelle d’Ankara à l’égard de la Syrie est lourde de menaces pour l’intégrité territoriale turque.

Comme l’explique le journal turc Sabah,
Une manifestation tenue au Hatay ce samedi dans le cadre de la Journée Mondiale de la paix s’est rapidement transformée en manifestation de soutien à Bachar al-Assad.

Emmenées par des individus qui se présentaient eux-mêmes comme des membres de la «plateforme Anti-Impérialiste contre l’Intervention en Syrie ,» environ 2 000 personnes se sont rassemblées samedi dans une manifestation de soutien à Assad et contre la parti AKP (au pouvoir en Turquie). Les manifestants agitaient des portraits de Bachar al-Assad et scandaient des slogans en arabe comme «Nous sacrifierons notre sang et nos âmes pour Assad» et d’autres exaltant Bachar, maher et Bassel Assad.

De fait, la popularité du président Syrien dans la province en question n’est un secret pour personne. Sauf apparemment pour le gouvernement turc et les pseudo-rebelles Syriens.

La manifestation était bien entendu organisée par la dite plateforme qui refuse les agissements délétères du gouvernement turc contre la Syrie. Ces gens qui manifestent rappellent aussi qu’à la base ils sont Syriens et que, si on veut bien se donner la peine de comprendre les minorités, ils pourraient bien un jour prochain signifier aux autorités turques qu’ils ne sont plus intéressés par l’appartenance à la Turquie.
Et si le gouvernement turc veut bien prêter attention à leur voix, il devrait aussi comprendre que la Syrie de demain, avec ou sans Assad, pourrait bien réactiver sa revendication sur cette province en arguant du désenchantement des habitants du Hatay.

Pour l’instant, les Turcs n’en sont pas à la phase d’élaboration de leur réflexion sur le désastre qui leur pend peut-être au nez. Ils ont illico presto trouvé des explications à cette manifestation en faveur du président Syrien :
Le Dr. Muhammed Rahhal, un miltant bien connu de l’opposition syrienne qui réside actuellement en Turquie affirme, «Cette manifestation a été complètement organisée par les moukhabarat (services secrets syriens) et les shabiha. ».
Oui, parce que, au cas où vous ne le sauriez pas, les shabiha font un peu comme chez eux en Turquie et ils tiennent réunion sur réunion dans les provinces de Adana, Mersin, Iskenderun et Hatay.

Et ces réunions sont co-organisées avec Mihraç Ural un militant Turc «néo-nationaliste» recherché par la police turque et qui vivrait en Syrie où il est pote avec le président (ça sent la théorie du complot).

Le Dr Rahhal nous explique :
La manifestation au Hatay a été organisée par des groupes venus de Syrie. Ces gens ont même amené les pancartes et les drapeaux utilisés dans la manifestation et les ont distribués aux Nusayris [Alaouites] pour essayer d’obtenir du soutien. Tout a été organisé par les moukhabarat et les shabiha,» affirme Rahhal.
Un peu sectaire le docteur…

Tout comme ces deux là :
S’exprimant au nom de l’opposition arabe [opposition arabe syrienne parce que le journal Sabah donne aussi la parole à un opposant syrien turkmène!], Şihab et Ebu Ahmed ont commenté en affirmant, «Les manifestations étaient le résultat de l’action des miliciens shabiha fidèles à Assad qui manipulent les Alevis et les Nusayris dans la région. Les militants shabiha sont envoyés ici per le régime Assad pour causer des problèmes entre les habitants d’Antakya et les réfugiés Syriens. »

Il est effectivement clair que beaucoup d’habitants d’Antakya sont excédés par une catégorie de Syriens présents en Turquie, ceux qui se présentent comme des opposants au régime.

J’ai quand même du mal  à imaginer les services syriens et les shabiha, qui sont des miliciens à action surtout locale, se lancer dans une telle entreprise non seulement risquée mais inutile puisque le soutien d’une bonne partie des habitants de la province au président Syrien est un fait avéré.