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mardi 4 novembre 2014

Le pouvoir syrien repose sur une base majoritairement musulmane sunnite

Un article intéressant sur la situation en Syrie qui relève en passant ce fait important (et évident) que les Musulmans sunnites sont la principale assise du pouvoir de Bachar al-Assad.

La Syrie d'Assad, amputée, malmenée – mais intraitable.

Par Diaa Hadid, The Big Story (Associated Press) 2 novembre 2014 traduit de l'anglais par Djazaïri

Tartous, Syrie – Les hommes d'affaires syriens repartent de zéro après la destruction de leurs magasins et de leurs usines. Des familles qui ont perdu leurs maisons peinent à louer de nouveaux logements et à joindre les deux bouts. Le long des autoroutes qui s'étirent à travers les zones contrôlées par le gouvernement se trouvent les ruines de villes auparavant contrôlées par lé rébellion et aujourd'hui parsemées de points de contrôle.

La Syrie sous contrôle gouvernemental est tronquée dans ses dimensions, malmenée et appauvrie. Mais elle fait face, soulignant la manière dont le président syrien Bachar al-Assad s'est accroché au pouvoir malgré une rébellion armée qui essaye de le déboulonner depuis près de quatre ans.

Des visites la semaine dernière dans la capitale Damas et dans la région côtière de Tartous, un bastion du soutien au gouvernement, montrent à quel point les Syriens se sont adaptés à la vie dans ce pays tronqué. Les immeubles administratifs sont entourés d'épaisses barrières peintes en rouge, noir et blanc, les couleurs du drapeau syrien. Les portraits d'Assad sont partout :en soldat, en homme d'affaires et en père de famille.

Après des années de reculs et d'avancées, le régime gouverne Damas et une bande de territoire à l'ouest de la région de la côté méditerranéenne dans laquelle se trouvent les plus grandes villes de Syrie ainsi que certaines zones au sud de la Capitale. Les rebelles tiennent quelques banlieues dans la campagne qui entoure Damas et des parties du nord-ouest. L’État Islamique extrémiste a imposé son pouvoir sur un territoire qui recouvre un tiers de la Syrie et de l'Irak voisin.

La guerre est toujours présente. Le bruit persistant des bombardements dans les zones proches tenues par les rebelles est le fond sonore de Damas.

Les checkpoints sont omniprésents sur les routes, souvent des abris en béton ornés de posters d'Assad découpés en forme de cœur. Les soldats se reposent sur une literie usée.
« Auriez-vous une cigarette, monsieur ? » demande optimiste un soldat à un chauffeur.

Les milices locales pro-gouvernementales veillent aussi sur les villes et les quartiers, apportant leur aide à une armée d'Assad dont les forces sont tendues.

Des hommes moustachus armés de fusils d'assaut sautent dans des voitures à l'entrée qu quartier historique de Bab Touma à Damas. Ce quartier majoritairement chrétien est une des cibles favorites des tirs de mortiers en provenance du quartier voisin de Khobar tenu par les rebelles. Les militants anti-Assad accusent certaines milices pro-Assad d'être plus brutales que les soldats et affirment qu'ils exigent des pots de vin et qu'ils volent des voitures.

Quand on quitte Damas, le revêtement de l'autoroute est bon, comme cette partie de la route fraîchement goudronnée. Non loin, se trouvent les ruines de la ville de Nabak dont les habitants s'étaient révoltés contre Assad au début du soulèvement. Le jaune de la grande roue du parc de loisirs de Nabak est délavé.

On lit sur un graffiti non loin, « Assad pour l'éternité. » Un autre proclame : « Je t'aime Lulu ».
Carte politique de l'Irak et de la Syrie aujourd'hui (attention, de vastes zones désertiques sont attribuées à une des parties, ce qui n'a guère de sens)
Carte politique de l'Irak et de la Syrie aujourd'hui (attention, de vastes zones désertiques sont attribuées à une des parties, ce qui n'a guère de sens)
On ne sait pas avec précision combien de Syriens vivent dans les zones respectivement contrôlées par le gouvernement et par les rebelles, étant donné le bouleversement démographique dans un pays où près de la moitié de la population a fui son domicile. Des zones auparavant dominées par des minorités fidèles à Assad, comme la région littorale de Tartous, majoritairement alaouite, ont vu la typologie de leur population changer avec l'accueil de quelque 350 000 personnes déplacées, en majorité des Musulmans sunnites.
Cela aura en définitive un effet à long terme : il sera difficile au régime d'Assad de se tailler un bastion alaouite comme certains de ses détracteurs l'accusent de le faire – ce que les responsables du gouvernement contestent.

Cela met aussi en lumière le fait que les Sunnites, qui sont le groupe confessionnel majoritaire dans le pays, forment la principale assise du pouvoir d'Assad, alors même que la rébellion est dominée par des Sunnites. Les minorités, comme les Alaouites, les Chiites et les Chrétiens soutiennent généralement le gouvernement ou sont restées neutres.

Parmi les déplacés, se trouvent un prédicateur musulman, Mustafa Shihi et sa femme, Faten Shaar qui ont fuit vers une ville de la province de Tartous après que des rebelles ont incendié leur usine pharmaceutique. Sobhi explique que les rebelles de sa ville d'origine, Alep au nord du pays, l'ont puni parce que son fils Majed était dans l'armée. Majed a été tué en mars de l'année dernière.
L'autre fils de Sobhi vent maintenant des sandwiches devant une université locale. Les biens de cette famille de la classe moyenne-supérieurs ont été détruits dans la guerre, mais ils sont sains et saufs à Tartous, déclare Sobhi.
« Nous devons être comme une seule main, » dit-il assis à côté de son épouse sur un mince matelas posé sur le sol,l'unique mobilier de l'appartement. Un grand portrait de son fils tué en uniforme de l'armée et un autre faisant l'éloge d'Assad sont fixés au mur.

Parmi les déplacés, figurent des commerçants sunnites d'Alep, qui était le poumon économique du pays. Certains ont ré-ouvert leurs entreprises à Tartous mais à une échelle réduite.
Tartous: manifestation de soutien au président Assad (2011)
Tartous: manifestation de soutien au président Assad (2011)
Mohammed Jallad, un fabricant de fours, a fui quand les combats se sont intensifiés dans son quartier à Alep. Sa maison et son entreprise ont été détruites dans les bombardements.
Un prêt lui a permis de rouvrir une affaire à Tartous, partageant un espace d'activité industrielle avec quatre autres Alépins. Il dort dans un coin au dessus de ses fours pour économiser de l'argent.

Le prix de location de son local commercial a triplé en deux ans avec l'augmentation de la demande par des personnes déplacées. Alors qu'il faisait travailler 15 ouvriers à Alep, il n'en emploie plus que deux.
Jallad dit qu'il ne veut pas fuir à l'étranger, par crainte de subir le sort des quelque 3 millions de réfugiés syriens qui vivent en majorité dans des conditions misérables.
« Je voulais travailler, alors où aurais-je pu aller ? La situation à l'étranger est humiliante, » dit-il.

En luttant pour s'en sortir, les Syriens se sont adaptés à la réalité.

Taghrid, brodeuse à Damas, dit avoir envoyé son fils en âge d'être incorporé dans l'armée en Égypte pour éviter la conscription, ce que beaucoup de familles ont fait.

« Puisse Dieu le protéger, » dit-elle devant la grande mosquée des Omeyyades à Damas. Elle n'a donné que son prénom par crainte de mettre son fils en danger.

Les services de l’État existent toujours, quoique de manière décousue. Les travailleurs touchent leurs salaires même si la monnaie locale se déprécie. Il y a toujours de l'électricité même si les coupures de courant sont la routine. Les soins restent gratuits quoique les habitants disent que l'attente est longue car des médecins abandonnent leur poste.

« Le gouvernement syrien tient et se cramponne à l'unité et à l'intégrité territoriale de la Syrie. Et c'est pour nous une affaire sacrée, » affirme la conseillère d'Assad Bouthaina Shaaban.

La vie suit son cours pour les Syriens riches. Cafés et restaurants sont à moitié remplis, leurs propriétaires arguant du fait que la reprise des études par les jeunes a réduit leur affluence. Des hommes d'affaires ont ouvert un centre de loisirs et un centre commercial à Damas et un centre commercial sur sept étages à Tartous.

Au centre commercial Malki à Damas, une pancarte annonce une compétition de selfies. Dans le centre commercial presque vide de Tartous, l'investisseur Ali Naddeh fume une pipe à eau et dit que les boutiques vont bientôt ouvrir.

« C'est une époque d'opportunités, » dit-il.

mercredi 26 juin 2013

La victoire en Syrie, question de vie ou de mort pour la monarchie saoudienne?

Le Belfast Telegraph nous donne un petit article dont une partie est une reprise d’une dépêche de l’agence de presse syrienne Sana qui rend compte de critiques acerbes portées par le gouvernement syrien à l’encontre de l’Arabie Saoudite accusée d’armer et de financer les «rebelles.»
Ces accusations interviennent après des propos pour le moins outranciers tenus par le prince Saoud al-Fayçal qui accuse Assad de «génocide » en Syrie.
Vous me direz que le soutien matériel et diplomatique de l’Arabie Saoudite à l’opposition armée syrienne n’est en rien une nouveauté, et vous aurez raison.
Ce qui est nouveau, c’est le langage adopté par le gouvernement syrien à l’égard de la monarchie wahhabite car Damas a, jusqu’à présent, toujours cherché à ménager la monarchie saoudienne.
Ce temps est révolu et je l’interprète par le fait que le gouvernement syrien a compris qu’il était engagé dans une lutte à mort, non pas avec la prétendue rébellion, mais avec certaines monarchies du Golfe [pas toutes en effet].
Et ces monarchies ont de leur côté compris qu’une victoire du régime baathiste signerait le glas de leur hégémonie régionale et un affaiblissement de leur situation intérieure.
Qu’on songe en effet simplement que, en dépit de ses immenses ressources naturelles et de son faible peuplement, l’Arabie Saoudite est un pays profondément inégalitaire où, à côté des gens fortunés, existent de nombreuses couches de la population qui vivent le chômage et la pauvreté.
Ce fait de société a pour l’instant rencontré essentiellement l’indifférence du régime saoudien quand la répression ne s’est pas abattue sur ceux qui réclamaient plus d’égalité dans la répartition des richesses.
L’article comporte aussi des références à des propos de Susan Rice sur la nécessité d’agir en Syrie pour des raisons «morales et stratégiques,» deux termes à la promiscuité incongrue pour un problème qui peut être résolu à coups de B 52 et de missiles Tomahawk.
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Ian Cameron, le mari de Susan Rice a prévu la petite pilule bleue
Cette conne (c’est le seul qualificatif qui me vient à l’esprit) de Susan Rice s’était déjà illustrée par son autre plaidoyer pour une guerre qui était seulement morale contre la Libye, une guerre qui lui avait permis de donner libre cours à ses fantasmes sexuels.

La Syrie accuse Riyad [d’être responsable] du conflit

Belfast Telegraph (UK) 26 juin 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri 
Le ministre de l'Information syrien a fustigé l'Arabie Saoudite , en disant que Riyad est responsable du conflit dans son pays. 
Omran al-Zoubi affirme que l'Arabie Saoudite donne des armes et de l'argent aux «terroristes», le terme par lequel le gouvernement désigne les rebelles qui se battent pour renverser le président Bachar al-Assad.
Damas a déjà par le passé accusé les Etats sunnites du Golfe d’être responsables de la guerre civile [en Syrie]. 
Les propos de M. Al-Zoubi interviennent après la déclaration sur la Syrie confrontée à une«invasion étrangère» par les alliés de M. Assad. 
Ses propos ont été répercutés par l’agence officielle Sana dans la soirée de mardi après que le ministre Saoudien des affaires étrangères, le prince Saoud al-Fayçal, ait discuté à Djeddah du conflit syrien avec le Secrétaire d’Etat Un John Kerry, condamnant M. Assad pour avoir renforcé son armée par l’apport de combattants Libanais du Hezbollah qui est soutenu par l’Iran.
L’Arabie Saoudite est un allié essentiel de Washington et un ennemi de l’Iran. Elle soutient les rebelles Syriens qui sont majoritairement sunnites. Téhéran soutient M. Assad.
Dans le même temps, l’échec de l’ONU à agir pour stopper le conflit en Syrie est une « honte morale et stratégique que l’histoire jugera sévèrement,» a déclaré l’ambassadrice sortante des Etats Unis [à l’ONU]. 
Elle a dit aux journalistes lors de son ultime conférence de presse mardi avant de rejoindre son nouveau poste ce conseillère à la sécurité nationale des USA que la paralysie du Conseil de Sécurité de l’ONU est une «tache» [sur cette institution] qu’elle regrettera à jamais. 
Elle a soutenu que les Etats Unis et leurs alliés n’étaient pas responsables, et elle a accuse les trois double veto de la Chine et de la Russie sur des résolutions visant à faire pression sur le président Syrien Bachar al-Assad pour qu’il mette fin à la violence, même si ces résolutions n’étaient pas assorties de sanctions.
Mme Rice a exprimé l’espoir que le peuple syrien sera en fin de compte capable de définir lui-même son destin » et que les USA étaient assurément engagés à le soutenir dans ses efforts et nous resterons ainsi [dans cette disposition]. »

samedi 1 juin 2013

Syrie, propagande et réalités

Comme dans l’affaire libyenne, la crise syrienne a montré que la presse occidentale était une machine de propagande redoutable derrière ses oripeaux de professionnalisme et d’objectivité. Angry Arab nous en livre un exemple que je vous propose traduit en français.
Depuis le début de la crise en Syrie, on nous vend le concept d’une population civile désarmée lâchement massacrée par une armée suréquipée épaulée par des espèces de miliciens cruels, les «shabiha.»
Le moteur de la bestialité du régime étant bien sûr le sectarisme d’une minorité alaouite arc-boutée sur ses privilèges face à une majorité sunnite opprimée et éprise de liberté et de démocratie. Incidemment, on apprend par l’Observatoire Syrien des Droits de l'Homme (OSDH) que près de la moitié des victimes de la guerre en Syrie sont alaouites…
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J'ignorais que j'étais alaouite.
Parce que le problème est que ce beau roman n’est en fait qu’un mauvais roman qui ne permet pas de comprendre par quel miracle le régime de Damas n’a été emporté ni par un putsch, ni par l’élan populaire.
De fait, le régime et son armée où, contrairement à ce que raconte le roman concocté à Londres, Paris et Ankara, toutes les composantes de la société sont partie prenante, ont montré une cohésion remarquable qui s’est traduite par un nombre limité de défections.
De la même manière, la population ne s’est pas soulevée, ni par la violence, ni par des manifestations de désobéissance civile.
La seule réalité pour une bonne partie des gens, c’est la peur pour la sécurité de sa famille et les difficultés à se nourrir et à se loger dans une guerre où les opposants Syriens et étrangers ont fait le choix de s’implanter dans des villes qui ne leur avaient généralement rien demandé.
Tel est le cas d’al Qusayr, cette ville moyenne qui est le théâtre de durs combats entre les «rebelles» et l’armée gouvernementale épaulée par le Hezbollah qui sont semble-t-il en passe d’en reprendre le contrôle.
Al Qussayr n’est pas et ne sera pas un nouveau Guernica. D’abord parce que Bachar al-Assad n’est pas un Adolf Hitler Arabe (comme l’étaient avant lui le colonel Nasser er Saddam Hussein sans parler du non arabe Mahmoud Ahmadinejad) et ensuite parce que ça fait longtemps que la majorité des habitants a fui la ville ou en a été chassée au moment où cette dernière est tombée entre les mains des prétendus rebelles.
Ces civils, comme la plupart des civils Syriens se sont soit réfugiés à l’étranger, au Liban tout proche, soit dans des secteurs de la Syrie restés sous contrôle gouvernemental.
Parce que la grande majorité des gens fuit d’abord la guerre, pas le gouvernement.
par As'ad AbuKhalil, Angry Arab 1er juin 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri
Le correspondant bien connu d’un journal occidental au Moyen Orient m’a envoyé ce qui suit:(il/elle ne veut pas être cité(e) : «Franchement, j’ai parlé hier avec des gens qui ont des informations sur Qusayr, ils disent que la plupart des civils sont partis, les quelques centaines qui sont restés sont surtout des proches des combattants, des femmes qui leur font la cuisine etc. c’est vrai qu’il y a eu entre 600 et 700 blessés mais ce sont presque tous des combattants. Les civils, y compris les femmes et les enfants de certains combattants ont évacué depuis longtemps, les rebelles savaient que l’offensive se préparait et ils ne les auraient pas laissés dans la ville. A chaque fois qu’ils [les soldats Syriens] ont progressé dans la ville, il n’y avait pas de civils, ni dans les maisons , ni dans les rues ou les quartiers qu’ils ont pris aux rebelles, ce qui amène l’armée à supposer et à conclure qu’il ne reste plus de civils. Notez qu’Abdallah, quelque soit son vrai nom, le journaliste citoyen/militant a annoncé sur al Jazeera que 40 000 civils sur place allaient être massacrés.  Sur la BBC, le général Idriss a déploré que 50 000 civils dans Qusayr allaient être passés au fil de l’épée par le Hezbollah, mais personne ne lui a objecté le fait que la population entière de Qusayr se situe entre 30 000 et 40 000 personnes au plus et que nous savons que la majorité d’entre eux sont partis avant l’offensive et l’année dernière quand les rebelles ont pris la ville et que plusieurs milliers, 5 000 au total environ, ont quitté la ville au début de l’offensive (ainsi que l’a signalé un organisme de l’ONU qui rendu visite à ces familles déplacées non loin de là), alors comment peut-il y avoir  de 40 à 50 000 personnes dans la ville comme le prétend l’opposition ?
Ce sont ces chiffres [ceux de l’opposition] que la BBC a choisi de citer dans son reportage en ligne !»   

mercredi 16 janvier 2013

Réfugiés Syriens au Liban, l'exemplarité du Hezbollah


Je ne ferai pas de commentaires

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Nord Liban: un réfugié Syrien construit une maison avec des palettes de manutention
par David Enders, McClatchy Newspapers (USA) 14 janvier 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri
Malgré son soutien sans faille au régime syrien ces deux dernières années, l’organisation militante chiite Hezbollah aide dans la discrétion les Syriens qui sont au Liban – même ceux qui ne soutiennent pas sa ligne politique.
“Nous aidons les réfugiés depuis le début des évènements en Syrie,’’ déclare Imad al Wahda, un représentant du Hezbollah dans cette ville du sud Liban qu’on considère comme étant un bastion du parti. 
“Nous avons donné l’accès à plus de 2 000 maisons et appartements à Nabatiyeh et les villages alentours,’’ explique al Wahda. ‘’Certaines maisons accueillent deux ou trois familles.’’
L’organisation apporte une aide semblable à des réfugiés dans d’autres régions du pays, alors même que, selon des informations, ses combattants se battraient du côté du gouvernement syrien [une accusation de l’opposition syrienne et des pro Hariri jamais étayée par aucune preuve, NdT].
Fondé au début des années 1980, le Hezbollah est aujourd’hui la première force politique libanaise, un statut qu’il doit en partie à son action sociale en faveur de la communauté chiite longtemps déshéritée, qui forme la principale communauté religieuse du pays. En Syrie et dans le monde arabe, la popularité du Hezbollah a atteint des sommets en 2006 quand la milice de l’organisation avait tenu en échec une invasion du pays par les troupes israéliennes. 
Six ans plus tard, certaines des personnes qui adulaient l’organisation auparavant la dénoncent maintenant à cause de son soutien au président Syrien Bachar al-Assad qui appartient à la secte alaouite, une branche du chiisme. Les rebelles hostiles à Assad sont presque tous issus de la majorité musulmane sunnite du pays, dont beaucoup accusent les Alaouites de pratiquer une discrimination contre les Sunnites tout au long des quarante années d’exercice du pouvoir par la famille Assad.
Le Hezbollah a certainement tiré avantage du pouvoir de Assad en Syrie, et la chute de ce dernier rendrait probablement plus difficile sa domination au Liban. Une bonne partie de l’armement lourd du Hezbollah est venu d’Iran via la Syrie, et la défaite d’Assad par les militants sunnites pourrait encourager les Sunnites du Liban à relever la tête.
Mais alors que les quelques déclarations publiques du mouvement ainsi que sa presse et sa propagande ont largement collé aux positions du gouvernement syrien pendant les 22 mois du soulèvement, l’action d’assistance humanitaire de l’organisation ne semble pas s’inscrire dans cette ligne devant les centaines de milliers de Syriens qui arrivent ici avec les quelques effets qu’ils ont pu emporter.
Le Hezbollah affirme même avoir aidé des immigrés Syriens qui travaillent au Liban dans la construction et dans d’autres secteurs des services à faire venir leurs familles. 
“Nous payons parfois la course de leur taxi pour qu’ils rentrent en Syrie pour ramenet leurs familles ici,’’ affirme al Wahda. 
Le mois dernier, dans une de ses rares déclarations sur la situation en Syrie, le chef du Hezbollah,Hassan Nasrallah a demandé au gouvernement libanais d’avoir une approche politique cohérente de la crise.
“Nous devrions nous intéresser aux réfugiés Syriens sur la base d’une responsabilité purement humanitaire, sans politiser cette question,” avait déclaré Nasrallah. ‘’Nous devrions accorder notre attention aux familles déplacées, quelles que soient leurs opinions politiques.’’
Tandis que la majorité des Syriens au Liban se sont réfugiés dans des régions dominées par la même secte que celle à laquelle ils appartiennent, le Hezbollah assiste en fait les déplacés qu’ils soient sunnites ou chiites.
“Mon mari cherche du travail,’’ explique Umm Ibrahim, une Sunnite de 22 ans, mère de trois enfants, qui se fait appeler de ce surnom qui signifie ‘’Mère d’Ibrahim’’ lorsqu’elle parle avec la presse parce qu’elle craint pour la sécurité de ses proches restés en Syrie. ‘’Il n’y a plus de travail en Syrie.’’
Umm Ibrahim partage les quatre pièces d’un appartement avec 20 personnes. Elle a récemment emmené son fils se faire vacciner dans un hôpital géré par le Hezbollah.Elle dit que quand sa famille est venue à Nabatiyeh il y a quatre mois de ça, le Hezbolah leur a aussi donné des draps et des poêles de chauffage.
‘’Nous pensions que nous n’étions ici que pour un mois,’’ dit-elle.
C’était avant que son quartile d’Alep, la plus grande ville de Syrie, se transforme en ligne de front.
 ‘’Je ne sais pas ce qui est arrivé à notre maison,’’ dit-elle. ‘’La maison de mes parents a été pillée et détruite. La maison de ma sœur a été détruite par un bombardement.’’
Umm Ibrahim n’a exprimé de soutien pour aucun des camps qui s’opposent en Syrie, mais elle a utilisé la désignation ‘’Armée Syrienne Libre’’ pour parler des rebelles. Elle n’a pas hésité non plus à le faire en présence d’un officiel du Hezbollah, alors même que les partisans du régime syrien tendent à utiliser l’expression ‘’groupes armés’’ ou ‘’terroristes’’ quand ils parlent des rebelles, reprenant ainsi la terminologie du gouvernement syrien.

mercredi 29 août 2012

Syrie: montée de l'exaspération en Turquie


Nous avons d’une part les rodomontades d’Ahmet Davutoglu, le chef de la diplomatie turque, ou les propos grotesques et grossiers de François Hollande comparant les opposants armés au gouvernement syrien aux Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) dans leur lutte pour libérer Paris de l’occupation allemande (puisque le régime de Vichy ne contrôlait pas l’ex capitale française).
Et nous avons d’autre part une inquiétude qui monte en Turquie dans des segments de la population de la Turquie qui sont ouvertement hostiles à la politique syrienne menée par leurs autorités.
Ces segments de population sont tout sauf négligeables : les 500 000 alaouites arabes de la province de Hatay, les 15 à 20 millions d’alévis et les 15 millions de kurdes.
Ce n’est à mon avis pas pour rien si le gouvernement turc cherche à stopper un afflux de réfugiés syriens qui, tout en étant important certes, n’a rien à voir avec les flux colossaux engendrés par des situations de conflit en d’autres lieux (Palestine, Libye sous les bombardements amicaux de l’OTAN, Irak émancipé par les chars américains…).
Parce que les forces qui secouent la Syrie existent aussi à leur manière en Turquie et ce n’est pas un hasard si la presse turque donne de plus en plus souvent la parole à des universitaires qui mettent en garde contre une politique aventureuse.
Ces intellectuels ont d’autant plus de mérite qu’ils doivent veiller à ne pas franchir certaine limites, comme quand il s’agit de la question kurde, limites dont le dépassement leur vaudrait quelques ennuis.

Les 120 pays  Non Alignés réunis à Téhéran devraient appeler à une solution politique qui passe par une discussion impliquant les acteurs de la région, dont la Turquie. Qui disait que l’Iran était un pays isolé ?

Il n’y a à mon avis aucune chance qu’une telle démarche se concrétise dans la mesure où les puissances occidentales veulent que la Syrie continue à s’enfoncer dans une spirale destructrice et meurtrière.
Notons cependant que le mouvement des Non Alignés se caractérise par un égalitarisme qu’on aura de la peine à retrouver dans la clique des prétendus « amis de la Syrie » animée par des pétromonarchies et des puissances néocoloniales qui manient carotte et bâton pour rameuter du monde à leurs orgies de sang.



par Alexander Christie-Miller, Christian Science Monitor (USA) 28 août 2012 traduit de l'anglais par Djazaïri

Dans la ville d'Antakya à la frontière turco-syrienne, le soutien du gouvernement turc à l'opposition syrienne a déconcerté les habitants qui appartiennent à la même secte chiite que le président Assad.
Le réfugié syrien Abdulhefiz Abdulrahman se souvient qu’il avait de nombreux amis dans la ville turque d’Antakya, mais cette époque semble révolue.

Ce dissident politique avait fui la Syrie pour arriver dans cette cité frontalière plusieurs mois avant que le soulèvement contre le régime du président Bachar al-Assad éclate l’an dernier.
«J'ai eu beaucoup d'amis alaouites ici», dit M. Abdulrahman, se référant à cette branche du chiisme à laquelle une grande partie de la population d’Antakya adhère.

Les alaouites dominent le régime en Syrie, où le soulèvement de 18 mois a divisé le pays selon des lignes sectaires, opposant la minorité alaouite privilégiée contre la majorité sunnite [il est ridicule et faux d’affirmer que la minorité alaouite est privilégiée, note de Djazaïri].

À Antakya, où le soutien au régime alaouite d’Assad est profond, l’hostilité monte envers les rebelles syriens et les dissidents qui ont établi une base temporaire sur place. Et partout dans la province, le soutien apparent [évident, note de Djazaïri] de la Turquie à l'opposition syrienne met à mal un délicat équilibre ethnique.
 «Avant, quand je disais que j’étais un réfugié, ils me respectaient,» a déclaré Abdulrahman au Monitor. «Ils ne me disent même plus bonjour dans la rue.»

Désormais, la frustration locale à propos de la décision apparente du gouvernement de laisser les dissidents et les combattants syriens opérer sur le sol turc pourrait exciter de plus grandes tensions ethniques dans le pays.

Le soutien de la Turquie aux rebelles suscite la colère

Le gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a fortement soutenu l'opposition syrienne, appelant au renversement du régime.

Même si la Turquie est un pays laïque, elle est de plus en plus considérée comme un acteur sunnite [dans le conflit syrien], aux côtés de l'Arabie saoudite et du Qatar», déclare Bulent Aliriza, directeur du Programme Turquie au Centre for Strategic and International Studies à Washington . «Cela affecte inévitablement le corps politique».

Le 26 août, le chef du Parti Républicain du Peuple, le principal parti d'opposition en Turquie, a accusé le gouvernement de former les combattants syriens anti-régime après qu'une délégation de son parti  se soit vue refuser l'accès à un camp de réfugiés à la frontière syrienne.

J’ai envoyé nos députés inspecter le camp dont on disait qu’il était plein d’agents et d’espions, mais les autorités leur ont dit qu’ils ne pouvaient pas entrer dans le camp,» a déclaré Kemal Kilicdaroglu aux journalistes. «maintenant, j’attends une réponse du gouvernement : Qu’est-ce qu’il y a dans ce camp ? Qui entraînez-vous dans ce camp ? Recrutez-vous des homes pour répandre du sang musulman ?»

Ankara dément offrir un soutien à l'opposition syrienne armée, ou lui permettre d’opérer librement à partir du territoire turc. Mais quand le Christian Science Monitor a visité hier le poste frontière de Reyhanli près d’Antakya, un officier rebelle qui attendait là nous a dit que les autorités lui permettaient de passer en Syrie, alors même qu'il n'avait pas de passeport. Et Reuters, citant des sources à Doha, a rapporté le mois dernier qu’Ankara a mis en place une base secrète près de la frontière syrienne, en coopération avec l'Arabie saoudite et le Qatar, pour fournir une assistance militaire et des moyens de communication aux rebelles.

'Solidarité sectaire'

Pendant ce temps, la tension monte à Antakya. La semaine dernière, certains habitants ont organisé une manifestation appelant à l’expulsion [des militants syriens] de la ville, tandis que des militants syriens ont indiqué au Monitor, qu’ils avaient été convoqués à une réunion avec des responsables militaires turcs et des officiels de la municipalité qui leur ont dit qu’ils devaient quitter la ville "pour leur propre sécurité." Les officiels turcs nient qu’une telle réunion ait eu lieu.

 «Les gens de Hatay ont vécu ensemble pendant des milliers d'années sans tenir compte de l'origine ethnique ou de la religion», explique Mehmet Ali Edipoglu, un député local du parti d'opposition de M. Kilicdaroglu. "Le fait que les tentatives de changement de régime en Syrie se sont transformées en une guerre sectaire nuit [à ce vivre ensemble]. "

 «Ce ne sont pas des réfugiés qui viennent à Antakya, mais les militants syriens qui sont armés par le gouvernement pour qu’ils retournent en Syrie", dit-il, décrivant ceux qui  vivent ici [à Antakya] comme des «assassins».
M. Edipoglu accuse le gouvernement de mener une politique étrangère sectaire. «[Le gouvernement turc] ne soutient pas un mouvement laïc, il soutient un mouvement sunnite dont même les sunnites ne veulent pas», dit-il.

Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, à la tête du Parti de la Justice et du Développmement au pouvoir (AKP) a déclaré à plusieurs reprises que son opposition au régime Assad est nourrie par les violations des droits de l'homme par ce régime, non par  une solidarité  avec l’opposition sunnite contre le régime . Mais cela n'a pas empêché des personnalités de haut niveau de l’AKP de lancer des accusations similaires contre l'opposition au gouvernement turc.
M. Kilicdaroglu, le chef de l'opposition, est un alévi, un membre d'une secte alaouite turque distincte de la secte alaouite arabe et qui est forte de 15 à 20 millions de personnes en Turquie. Le nombre d’alaouites est d’environ 400.000, qui vivent presque tous à Hatay.

En dépit d’origines et de rites religieux différents, les deux groupes ont tous deux des interprétations laxistes et peu orthodoxes de l'Islam, et ont ainsi en partage un historique de persécution par les musulmans sunnites au milieu desquels ils forment une minorité.

Le 6 août, M. Erdogan a mis en colère les alévis quand il a suggéré que leurs édifices religieux, connus sous le nom de cemevis , n'étaient pas de véritables lieux de culte. Se référant à la mosquée, il a dit aux journalistes que "il doit n’y avoir qu'un seul lieu de culte pour les musulmans." Le mois précédent, la Direction turque des affaires religieuses avait conclu que les cemevis n'étaient que des "centres culturels".

En Juillet, Huseyin Celik, vice-président de l'AKP, a  confondu Alaouites et Alevis quand il a suggéré qu’une «solidarité sectaire» était derrière les critiques répétées de M. Kilicdaroglu contre la position de la Turquie sur la Syrie, affirmant que le chef de l'opposition soutenait le régime Assad.

La Syrie sème-t-elle discrètement la discorde ?

Quelles que soient les motivations du soutien d'Ankara à l'opposition syrienne, certains craignent que Damas réponde à la ligne dure de la Turquie en essayant d'attiser les hostilités avec les minorités que la Turquie a eu du mal à réprimer, en particulier avec les Kurdes, qui sont au nombre d'environ 20 millions en Turquie et ont subi des décennies de persécutions par l’Etat.

Plus tôt ce mois-ci une voiture piégée a tué neuf personnes, dont un enfant de 12 ans dans la ville frontalière de Gaziantep. La Turquie a imputé l'attaque à la guérilla du Parti des Travailleurs du Kurdistan PKK), mais elle a également enquêté sur d'éventuelles connexions syriennes et iraniennes dans cet attentat.

L’attentat a provoqué des tensions entre les Turcs et une minorité kurde de plus en plus agitée.
Le mois dernier, la Turquie avait réagi avec fureur après la cession par damas du contrôle d’une grande partie du territoire syrien à population kurde à une milice liée aux rebelles kurdes qui opèrent en Turquie.

Erdogan a déclaré que le territoire syrien était utilisé pour monter des raids transfrontaliers en Turquie, « une intervention serait donc notre droit naturel.»
À Antakya aujourd'hui, le gouverneur de hatay Mehmet Celalettin Lekesiz a réfuté une récente série de reportages dans les médias turcs,et a affirmé que les Syriens dans la province n'étaient ni armés, ni aidés par l'État, ni persécutés par la population locale.

Il a déclaré aux journalistes lors d'une conférence de presse que ces allégations faisaient partie d'une campagne  «systématique» visant à ébranler la paix dans la province. "Ces tentatives pour trouver des histoires [pour la presse] ne sont ni morales, ni raisonnables. Ne contribuons pas aux tentatives de répandre l’hostilité entre les gens», a-t-il dit.

Koray Caliskan, politologue à l'Université du Bosphore à Istanbul, estime qu’avec la campagne d’Ankara pour le renversement du régime Assad, il est inévitable que Damas cherche à attiser l'instabilité chez son voisin.

"Je crois que si nous nous engageons dans des politiques dangereuses, comme un changement de régime dans les pays voisins, ils se livreront à des activités perturbatrices du même genre dans le nôtre», dit-il.

dimanche 5 août 2012

Retour de bâton de la crise syrienne en Turquie?


Je ne l’ai peut-être pas précisé, mais je ne suis pas forcément d’accord avec tout ce qui est dit dans les articles que je vous propose. Leur valeur porte le plus souvent pour moi sur un point particulier mais j’aime proposer des traductions intégrales autant que faire se peut pour enrichir la réflexion.

Par exemple, l’article du New York Times traduit ci-dessous semble confondre Alaouites et Alevis, deux sectes qui tout en étant apparentées ne se confondent pas.
Cet article vaut surtout en ce qu’il signale une montée de tension confessionnelle en Turquie. Si les tensions préexistaient à la crise syrienne, cette dernière n’a fait que les aiguiser au point que certains en viennent à craindre de graves conséquences sur les relations entre citoyens Turcs de diverses appartenances.
J’avais déjà évoqué les appréhensions des Alevis en les considérant comme un signe de plus de l’imprudence du gouvernement turc sur le dossier syrien avec des conséquences qui pourraient être un de ces fameux retours de bâton dont parle Pepe Escobar

Il en va des Alevis/Alaouites exactement comme des Kurdes auxquels Ankara reconnaît une quasi indépendance en Irak, tout en refusant l’autonomie des Kurdes de Syrie et en continuant sa chasse aux militants Kurdes en Turquie et au-delà.

Tiens, les Kurdes, peut-être une des raisons de l’alignement d’Ankara sur Washington ; on apprend en effet que le Congrès des Etats Unis vient de commencer l’examen d’une résolution anti-PKK (PKK = Parti des Travailleurs du Kurdistan). Cette résolution précise que le PKK est un ennemi de la Turquie et des Etats Unis. Un texte semblable a été présenté au Sénat, nous dit-on, sous l’impulsion du sénateur (indépendant) Joe Lieberman. Ce Lieberman n’est peut-être pas apparenté à son Avigdor Lieberman, le ministre des affaires étrangères de Tel Aviv, mais ils sont aussi ultrasionistes l’un que l’autre.


par Jeffrey Gettleman, New York Times (USA) 4 août 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

ANTAKYA, Turquie - A 1h du matin, dimanche dernier, dans le bourg agricole de Surgu,  à environ six heures d’ici, une foule s’était formée devant la porte de la famille Evli.

Le malaise couvait depuis plusieurs jours, depuis que la famille Evli avait  chassé un tambour qui venait réveiller les gens un peu avant l’aube d’une nouvelle journée de Ramadan. Les Evlis sont des Alaouites, une secte minoritaire de l’islam historiquement persécutée, qui est aussi la secte des dirigeants Syriens affrontés à une insurrection. De nombreux Alaouites ne suivent pas des traditions musulmanes comme jeûner pendant le mois de Ramadan.

La foule a commencé à lancer des insultes. Puis des pierres.

 «Mort aux Alaouites !» criaient-ils. «Nous allons tous vous bruler !»

Puis quelqu’un a tiré avec une arme à feu.

«Ils étaient là pour nous tuer,» affirme Servet Evli qui s’était caché dans da chambre avec sa femme enceinte et sa fille terrifiée, toutes deux si effrayées qu’elle avaient uriné dans leurs vêtements.

Avec la guerre civile en Syrie qui dégénère en affrontement sectaire sanglant entre les troupes du gouvernement à dominante alaouite et la majorité musulmane sunnite, les tensions s’accroissent de l’autre côté de la frontière entre la minorité alaouite de Turquie et la majorité sunnite de ce pays.

De nombreux Alaouites Turcs, une population estimée entre 15 et 20 millions qui forme une des plus importantes minorités du pays, semblent être résolument derrière l’homme fort menacé de Syrie, Bachar al-Assad, tandis que le gouvernement turc et de nombreux Sunnites soutiennent les rebelles.

Les Alouites craignent que la violence sectaire diffuse à travers la frontière. Déjà, les camps de réfugiés bondés et étouffants installés le long de la frontière deviennent rapidement des marmites où bouillonnent les sentiments anti-alaouites.

 «S’il en vient un par ici, nous le tuerons,» affirme Mehmed Aziz, 28 ans, un réfugié Syrien dans un camp de Ceylanpinar, en passant un doigt en travers de sa gorge.

Lui et ses amis sont sunnites et tous ont manifesté bruyamment de joie à la pensée d’exercer vengeance contre les Alaouites.

De nombreux Alaouites, particulièrement en Turquie orientale où les Alaouites tendent à être arabophones et sont étroitement liés aux Alaouites de Syrie ; soupçonnent d’énormes enjeux géopolitiques, et les spécialistes des relations internationales disent qu’ils n’ont peut-être pas tort. Le gouvernement turc est dirigé par un parti islamiste qui essaye lentement mais clairement de mettre plus de religion, l’Islam sunnite en particulier, dans la sphère publique, tournant le dos à des dizaines d’années d’un système politique délibérément laïque. Les Alaouites d’ici trouvent profondément troublant, et assez hypocrite, de voir la Turquie faire équipe avec l’Arabie Saoudite, un des pays les plus répressifs au monde, et le Qatar, une monarchie religieuse, deux pays sunnites, pour apporter la démocratie en Syrie.

Les Alaouites relèvent le nombre croissant de djihadistes étrangers qui affluent en Turquie, en chemin pour la guerre sainte sur les champs de bataille syriens. Beaucoup de djihadistes ont l’idée bien arrêtée de transformer la Syrie, qui sous la direction de la famille Assad a été un des pays les plus laïcisés du Moyen Orient, en Etat purement islamiste.

«Est-ce que vous croyez vraiment que ces gars vont construire une démocratie ? » demande Refik Eryilmaz, un député Alaouire au parlement turc. «Les Américains font une énorme erreur. Ils aident la Turquie à combattre Assad, mais ils sont en train de créer d’autres Talibans.»

Les officiels Américains ont récemment révélé qu’un petit groupe d’agents de la CIA travaillait le long de la frontière syro-turque avec leurs homologues Turcs, pour sélectionner les rebelles qui recevront des armes. Les officiels Américains ont reconnu des inquiétudes sur l’attraction que pourrait exercer la Syrie pour des djihadistes, mais ils pensent que les combattants étrangers ne représentent encore qu’une toute petite partie de la résistance syrienne.

Ali Carkoglu, professeur de relations internationales à l’université Koc d’Istanbul, explique que le gouvernement turc recourt de plus en plus à un langage sectaire et essaye de jouer le rôle du « grand frère sunnite» dans la région. Comme en Syrie, la population turque est majoritairement sunnite.

Les Alaouites de Turquie craignent d e devenir des cibles faciles. Historiquement, ils ont été vus avec suspicion dans tout e Moyen Orient par les Musulmans orthodoxes et souvent rejetés comme infidèles. La secte alaouite est née au 9ème siècle et mélange ensemble des croyances religieuses, dont la réincarnation, issues de religions différentes.

Beaucoup d’Alaouites ne vont même pas à la mosquée ; ils tendent à faire leurs dévotions à la maison ou dans un temple alaouite qui s’es vu refuser le même soutien financier que celui qui est attribué aux mosquées sunnites. Beaucoup d e femmes Alaouites ne se voilent pas le visage  et ne se couvrent même pas les cheveux. Les villes où ils dominent dans l’est de la Turquie, où les jeunes femmes portent des débardeurs et des jeans serrés, semblent totalement différentes des villes religieuses sunnites à seulement quelques heures, où on peut avoir du mal à voir seulement une femme en public.

 «Nous sommes plus modérés,» explique Turhan Sat, un Alaouite Turc qui travaille dans une station service à Bridgeport dans le Connecticut et qui était en vacances en Turquie. Il sirtait unthé l’autre jour sue la place publique ombragée de Samandag, une ville majoritairement alaouite non loin de la frontière avec la Syrie.

 «Nous sommes tous avec Assad,» dit-il.

Pas bien loin, dans la ville majoritairement alaouite de Harbiye, il y a un nouvel article qui se vend tellement bien qu’il ne semble pas pouvoir rester sur les étagères des commerces : des tapisseries bon marché avec le portrait de M. Assad.

 «Tout le monde en veut,» déclare Selahattin Eroglu, un vendeur qui vient tout juste d’écouler son dernier article. «Les gens d’ici aiment Assad.»

Ce sentiment est peut-être en partie de l’autoprotection. Les rebelles Syriens cachent à peine une violente antipathie sectaire. Khaldoun al-Rajab, un officier de l’Armée Syrienne Libre [rebelle], dit avoir vu deux Alaouites en voiture tourner dans la mauvaise direction à Homs et se retrouver dans un quartier sunnite. «Bien sûr, ils ont été arrêtés et tués par les rebelles,» dit-il.

Peu de gens en Turquie imaginent une telle folie se déclencher de si tôt dans leur pays, où le contrôle [policier] est strict et qui a échappé pour l’essentiel à la violence sectaire.

Mais la foule menaçante devant la maison des Evli à Surgu a rappelé à beaucoup d’Alaouites la mort de plus de 30 Alaouites qui avaient été brûlés vifs en 1993 par un groupe d’islamistes dans la ville turque de Sivas.

C’est seulement après que des agents de police aient rassuré la foule en lui disant que la famille Evli allait déménager, ce que les Evlis ignoraient, que les gens se sont dispersés.

Quoique les Evlis soient aussi Kurdes, un autre groupe minoritaire en Turquie, ce qui a peut-être contribué aux sentiments de haine contre eux, Songul Canpolat, directrice d’une fondation alaouite en Turquie affirme que «L’idée que les Turcs Alaouites devraient être éliminés gagne du terrain.»

Les officiels gouvernementaux Turcs rejettent tout partipris contre les Alaouites, expliquant qu’ils ont fait un surcroît d’efforts  pour être « attentifs et sensibles aux craintes des Alaouites.»

«Bien sûr, nous ne prétendons pas que tous les problèmes sont résolus, » déclare Egemen Bagis, ministre des relations avec l’Union Européenne.

Il y a quelques mois, M. Eryilmaz, le député qui appartient à un parti d’opposition, était allé voir M. Assad à Damas. Il avait dit que M. Assad était en fait assez détendu et que tout le conflit portait en réalité sur la religion.

 «Ce qui se passe en Syrie est le volet syrien d’un projet international,» avait-il dit, avec le gouvernement turc qui s’est aligné sur l’Arabie Saoudite et le Qatar pour rendre cette région du monde plus «radicale» religieusement.

Il était assis dans un café d’Antakya, une ville frontière avec une importante population alaouite, et il piochait dans un plateau de baklavas pendant ces heures ensoleillées de l’après-midi, quand les musulmans qui observent le Ramadan font habituellement le jeûne.

 «Voyez mon peuple,» dit-il en souriant, ouvrant grand les bras comme pour envelopper des familles qui mangent des glaces et un jeune couple s’étreignant sur un banc public. «Mon peuple est libre.»

Sebnem Arsu contributed reporting from Antakya, and Hwaida Saad from Beirut, Lebanon.

dimanche 10 juin 2012

Syrie: la vérité sur le massacre de Houla


e vous avais mis très tôt en garde contre l’attribution de la tuerie de Houla à l’armée syrienne ou à des milices fidèles au régime de Bachar al-Assad.
On peut affirmer aujourd’hui que le régime syrien est entièrement disculpé de cet acte barbare.
Ce sont en effet des miliciens « rebelles » qui ont perpétré ce crime sauvage, n’hésitant pas à exploiter les images de leurs victimes innocentes pour servir leur ignoble propagande reprise sans examen par la presse et les politiciens occidentaux.
Des moyens de vérifications existent pourtant mais ne sont absolument pas mis à contribution, comme ce monastère de Qara en Syrie qui dénonçait le massacre à Homs de citoyens Chrétiens et Alaouites par ces mêmes rebelles retranchés dans certaines parties de la ville comme Baba Amr.
Mais rien n’y fait car comme je l’écrivais le 29 mai :
ce n'est pas la vérité qui guidera l'action des Etats Unis et de leurs amis de l'OTAN.
Même si on comprend mieux les réticences de l’Allemagne devant la perspective d’une intervention militaire des forces du « bien. »

par John Rosenthal, National Review (USA) 9 juin 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

C’était, selon les propres termes de l’envoyé spécial de l’ONU Kofi Annan, «le « point de bascule » du conflit syrien : le massacre sauvage de plus de 90 personnes, en majorité des femmes et des enfants que la presse occidentale presque unanime a imputé immédiatement au régime de Bachar al-Assad. A peine quelques jours après les premières informations sur le massacre de Houla, les Etats Unis, la Grande Bretagne, la France et plusieurs autres pays occidentaux annonçaient qu’ils expulsaient les ambassadeurs Syriens en protestation.

Mais selon de nouvelles informations parues dans un des plus grands quotidiens allemands, la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), le massacre de Houla a en fait été commis par des militants sunnites hostiles à Assad et la plus grande partie des victimes appartenaient aux minorités chiites et alaouites qui sont en majorité favorables à Assad. Dans son compte rendu du massacre, l’article du journal allemand cite des opposants à Assad qui ont cependant refusé que leurs noms soient publiés par crainte de représailles de la part des organisations d’opposition armées.

Selon les sources de l’article, le massacre est intervenu après l’attaque par des rebelles de trois barrages routiers contrôlés par l’armée à l’extérieur de Houla. Les barrages avaient été mis en place pour protéger les villages majoritairement alaouites des alentours contre les attaques de milices sunnites. Les attaques rebelles ont été suivies d’appels à des renforts par les unités de l’armée encerclées. L’armée syrienne et les rebelles se seraient alors engagés dans une bataille d’environ 90 minutes au cours de laquelle des «dizaines de soldats et de rebelles» ont été tués.

 «Selon des témoins oculaires,» poursuit la FAZ, 
le massacre a eu lieu à ce moment. Ceux qui ont été tués appartiennent presque tous à des familles des minorités alaouite et chiite de Houla. Plus de 90 % de la population de Houla est sunnite. Plusieurs dizaines de membres d’une même famille ont été massacrés étaient des convertis du sunnisme à l’Islam chiite. Des membres de la famille Shomaliya, une famille alaouite, ont aussi été assassinés  comme l’a été la famille d’un membre sunnite du parlement syrien qui est considéré comme un collaborateur. On suppose que les auteurs ont filmé leurs victimes tout de suite après le massacre et les ont présentées comme des victimes sunnites dans des vidéos postées sur internet.
L’article de la FAZ fait écho à des témoignages oculaires recueillis auprès de réfugiés de la région de Houla par des membres du monastère de Saint Jacques à Qara en Syrie. Selon des sources du monastère citées par le spécialiste Hollandais du Moyen Orient Martin Janssen, des rebelles armés ont assassiné des « familles alaouites entières » dans le village de Taldo dans la région de Houla.

Début avril déjà, Mère Agnès-Mariam du monastère de la Croix de Saint Jacques avait mis en garde contre les atrocités commises par les rebelles et reconditionnées dans les media occidentaux et arabes en tant qu’atrocités perpétrées par le régime. Elle avait cité le cas d’un massacre dans le quartier de Khalidiya à Homs. Selon un récit publié en français sur le site internet du monastère, des reblles avaient rassemblé des otages chrétiens et alaouites dans un immeuble de Khalidiya avant de faire exploser le bâtiment à la dynamite. Ils avaient ensuite attribué ce crime à l’armée régulière syrienne. « Même si cet acte a été attribué aux forces de l’armée régulière… les preuves et les témoignages sont irréfutables : c’était une opération effectuée par des groupes armés affiliés à l’opposition, » écrivait Mère Agnès-Mariam.