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samedi 5 mars 2016

Après s'être aliéné le lobby sioniste, Donald Trump se met à dos les néoconservateurs

Donald Trump est décidément un personnage inclassable à bien des égards, et il suscite légitimement  la crainte notamment chez les communautés minoritaires.
Mais d’un autre côté, ces minorités ont-elles vraiment mieux à espérer de Mme Hillary Clinton qui est la favorite dans la course à l’investiture présidentielle chez les Démocrates ?
En effet, dans cette organisation démocratique en trompe l’œil que sont les primaires du Parti Démocrate, les dés sont pipés et le candidat Bernie Sanders, dont la sincérité progressiste semble assez évidente, n’a aucune chance.
Donc côté républicain c’est Donald Trump qui tient la corde. Et ce dernier, outre sa xénophobie, affichée à défaut peut-être d’être  réelle, a un certain nombre de graves défauts.
Le premier est qu’il est riche et n’est donc pas à vendre et il l’a dit clairement devant les membres du lobby sioniste qui ont acheté à peu près tous les candidats, dont Mme Clinton qui leur appartient depuis quelques années maintenant, à la notable exception de M. Sanders dont les fonds de campagne viennent  de centaines de milliers de petites gens qui comptent sur lui pour que le pays change en leur faveur.
Le deuxième , qui n’est pas sans rapport avec le premier, est que Donald Trump a déclaré publiquement qu’il serait neutre dans le conflit qui oppose Palestiniens et sionistes. Un propos qui a déclenché l’alarme dans le lobby sioniste pour lequel les Etats Unis sont nécessairement les alliés de l’entité sioniste qui est en retour leur alliée privilégiée dans un lien « unbreakable » (qu’on ne peut briser) selon le mot employé par Barack Obama.
Le troisième défaut de Donald Trump vient tout juste de se révéler : Donald Trump souhaite sortir des logiques de confrontation avec les pays étrangers, notamment la Russie, pour aller vers des relations de coopération !
Tout ça fait un peu beaucoup pour un seul homme se mettre à dos le lobby sioniste et les néoconservateurs (deux secteurs d’influence qui se recouvrent très largement) avec leur doctrine de « full spectrum dominance » [suprématie totale], une doctrine qui a la totale adhésion des industriels de l’armement puisqu’elle justifie le maintien d’un potentiel miliaire très important  qui est une source de revenus pour eux.

Le cauchemar des néoconservateurs: Trump  veut “une bonne entente avec les pays étrangers”

Par Stuart Hooper, 21st Century Wire (USA) 4 mars 2016 traduit de l’anglais par Djazaïri
Serait-ce la vraie raison pour laquelle Trump est si méprisé par l’establishment  républicain?

Dans ce qu’on ne peut présenter que comme un cauchemar pour les néoconservateurs, le candidat en tête pour l’investiture républicaine à la présidentielle, Donald Trump a déclaré hier soir pendant un  débat sur Fox News qu’il veut établir des relations de coopération, et pas de de confrontation, avec les pays étrangers.
Trump a dit ce qui suit:
“Ne serait-ce pas vraiment une bonne chose si nous pouvions nous entendre avec la Russie, si nous pouvions  avoir de bonnes relations avec les pays étrangers."
La faction politique néoconservatrice qui a dominé le Parti Républicain dans l’histoire récente considère qu’il n’y a pas grand-chose à gagner avec une politique de coopération et elle préfère au contraire la confrontation et la domination ; comme elle l’a amplement démontré avec la guerre en irak en 2003.
La déclaration de Donald Trump selon laquelle il veut explicitement  ‘une entente  avec la Russie’ est  sans précédent et Mitt Romney, le candidat républicain à la présidentielle de 2012 avait affirmé que la Russsie était «sans l’ombre d’un doute notre ennemi géopolitique numéro un. »
Un monde avec un président américain qui souhaite ‘l’entente’ pourrait être bien différent du monde d’aujourd’hui. Pourtant comme nous le constatons avec la myriade d’attaques contre Trump, certaines élites politiques et intérêts du complexe militaro-industriel ne sont pas emballés par ce concept.
Bien sûr, nous devons garder à l’esprit que ce n’est que ça: un concept. Et aussi bon que soit ce concept, il se pourrait bien que Trump ne tienne pas cette promesse.
N’empêche, c’est  quand même un changement de ton très différent, un peu plu doux, par rapport à la rhétorique politique que nous avons l’habitude d’entendre.
Pensez-vous que Trump a la bonne orientation en matière de politique étrangère, et la mettra-t-il  en œuvre?

mercredi 17 février 2016

Syrie: Jeffrey Sachs balance tout (ou presque)

L'article que je vous propose est signé Jeffrey Sachs. Jeffrey Sachs n'est pas exactement n'importe qui: c'est un universitaire de renom qui dirige un institut à la Columbia University (New York) et est consultant auprès du Secrétaire Général des Nations Unies.

Eh bien dans cet article Jeffrey Sachs balance tout sur la Syrie. Dans le meilleur esprit complotiste, il pointe le rôle des services secrets américains dès le début de la crise en Syrie et il souligne l'obstination de la diplomatie américaine, de Hillary Clinton en particulier, à empêcher tout règlement politique qui ne passerait pas par le préalable d'une reddition du président Bachar al-Assad quitte à aggraver et à prolonger l'effusion de sang.

Jeffrey Sachs

Il est , je pense, une des premières signatures dans la presse grand public américaine à relever le rôle de l'entité sioniste dans la situation en Syrie et le partenariat entre cette même entité et deux puissances régionales qu'il qualifie de "sunnites", la Turquie et l'Arabie Saoudite.


par Jeffrey Sachs, The Huffington Post (USA) 14 février 2016 traduit de l'anglais par Djazaïri

Pendant le débat de Milwaukee [avec Bernie Sanders] , Hillary Clinton s'est flattée de son rôle dans une récente résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU pour un cessez-le-feu en Syrie:
Mais je voudrais ajouter ceci. Vous le savez, le Conseil de Sécurité a finalement adopté une résolution. Au coeur de cette résolution se trouve un accord que j'avais négocié en juin 2012 à Genève qui prônait un cessez-le-feu et la marche vers une solution politique en essayant d'amener les parties prenantes en Syrie  à se parler.

C'est là le genre de déclarations compulsivement trompeuses qui rendent Clinton inapte à la fonction présidentielle. Le rôle de Mme Clinton en Syrie a été de contribuer à provoquer et à prolonger le bain de sang en Syrie, pas d'y mettre un terme.

En 2012, Mme Clinton était l'obstacle, pas la solution, à un cessez-e-feu qui était négocié par l'envoyé spécial de l'ONU Kofi Annan. C'est l'intransigeance des Etats Unis - l'intrnsigeance de Mme Clinton - qui avait abouti à l'échec des démarches pour la paix de M. Annan au printemps 2012, un fait bien connu des diplomates. En dépit de l'insinuation de Mme Clinton pendant le débat de Milwaukee, il n'y eut (évidemment) pas de cessez-le-feu en 2012, mais seulement une escalade dans le carnage. Mme Clinton porte une lourde responsabilité pour le carnage qui a causé la mort de 250 000 Syriens et en a déplacé plus de dix millions.

Comme tout observateur averti l'a bien compris, la guerre en Syrie n'avait pas tellement rapport avec Bachar al-Assad, ni même avec la Syrie. C'est surtout une guerre par procuration avec l'Iran.Et le bain de sang n'en est que plus tragique et malheureux pour cette raison.

L'Arabie Saoudite et la Turquie, les principales puissances sunnites au Moyen Orient perçoivent l'Iran, la grande puissance chiite, comme un concurrent en termes d'influence et de pouvoir dans la région. La droite israélienne voit l'Iran comme un ennemi implacable qui contrôle le Hezbollah, une organisation militante chiite qui opère au Liban, un Etat limitrophe d'Israël. C'est pourquoi la Turquie l' Arabie Saoudite et Israël ont tous  réclamé l'élimination de l'influende iranienne en Syrie.

Cette idée est d'une naïveté incroyable. L'Iran est présent en tant que puissance régionale depuis longtemps - en fait depuis près de 2700 ans. Et l'Islam chiite ne va pas disparaître comme par enchantement. Il n' y  a auun moyen, et aucune raison, de "vaincre" l'Iran. Lespuissances régionales doivent forger un équilibre géopolitique qui reconnaît les tôles mutuels et d'équiliration des pays arabes du Golfe d el'Iran et de la Turquie. Et la droite israélienne est naïve et profondment ignorante de l'histoire pour regarder l'Iran comme son ennemi implacable, particulièrement quand cette façon de voir erronée pousse Israël à se ranger du côté des djihadistes sunnites.

Pourtant Mme Clinton n'a pas suivi cette voie. Elle a au contraire rejoint l'Arabie Saoudite la Turquie et le droite israélienne pour essayer d'isoler et même de vaincre l'Iran. En 2010, elle avait encouragé des négociations secrètes entre Israël et la Syrie pour essayer de soustraire la Syrie à l'influence de l'Iran. Ces discussions avaient échoué. Alors la CIA et Mme Clinton avaient poussé avec succès en faveur d'un Plan B: renverser Assad. 

Quand les troubles du Printemps Arabe ont éclaté début 2011, la CIA et le font anti-iranien constitué par la Turquie, l'Arabie Saoudite et Israël y virent une opportunité pour renverser rapidement Assad et de s'assurer ainsi une victoire géopolitique. Mme Clinton se fit la principale promotrice de l'entreprise menée par la CIA pour un changemet de régime en Syrie.

Début 2011 la Turquie et l'Arabie Saoudite mirent à profit des protestations locales contre Assad pour essayer de fomenter les conditions de son éviction. Vers le printemps 2011, la CIA et les alliés des États Unis organisaient une insurrection armée contre le régime. Le 18 août 2011, le gouvernement des États Unis rendait publique sa position:"Assad doit partir."

Depuis, et jusqu'au récent et fragile accord de cessez-le-feu au Conseil de Sécurité de l'ONU, les États Unis ont refusé d'accepter tout cessez-le-feu tant qu'Assad n'était pas écarté du pouvoir. La politique américaine - sous Clinton et jusqu'à récemment - a été celle du changement de régime d'abord et du cessez-le-feu ensuite. Après tout, ce ne sont que des Syriens qui meurent. Les efforts de paix d'Annan avaient été sabotés par l'exigence inflexible des États Unis pour qu'un changement de régime contrôlé par les USA précède ou au moins accompagne un cessez-le-feu. Comme l'avait observé en août 202 la rédaction de The Nation [hebdomadaire progressiste américain]::

L'exigence par les États Unis d'un départ d'Assad et de l'imposition de sanctions avant même que débutent des négociations sérieuses, tout comme le refus d'inclure l'Iran dans le processus condamnaient la mission [d'Annan].

Clinton n'a pas été un acteur mineur dans la crise syrienne. Son représentant diplomatique à Benghazi, Chris Stevens, avait été assassiné alors qu'il s'occupait d'une opération de la CIA pour expédier des armes lourdes libyennes en Syrie. Clinton elle-même a été à la pointe de l'organisation des soi-disant "Amis de la Syrie" pour soutenir l'insurrection dirigée par la CIA.

La politique américaine a été un échec massif et terrible. Assad n'est pas parti, et il n'a pas été vaincu. la Russie est venue l'aider, l'Iran est venu l'aider. Les mercenaires envoyés pour le renverser étaient eux-mêmes des djihadistes extrémistes avec leurs propres agendas? Le chaos a ouvert la voie à l'Etat Islamique, bâti avec des officiers de l'armée irakienne mécontents (exclus de l'armée par les États Unis en 2003) des armes américaines et avec le soutien considérable de fonds saoudiens. Si la vérité devait être entièrement connue, les nombreux scandales associé rivaliseraient certainement avec le Watergate dans leurs ébranlement des fondations de la classe dirigeante des États Unis.

L'arrogance des États Unis dans cette approche semble ne connaître aucune limite. Le procédé du changement de régime fomenté par la CIA est si profondément inscrit comme un instrument "normal" de la politique étrangère américaine qu'elle est à peine remarquée par l'opinion publique ou les médias aux États Unis. Renverser le gouvernement d'un autre pays est contraire à la charte de l'ONU et au droit international. Mais a-t-on besoin de telles subtilités entre amis?

L'instrument [la déposition d'Assad] de la politique étrangère des États Unis n'a pas été seulement en violation flagrante du droit international mais a aussi été un échec massif et répété. Au lieu d'un coup d'état rapide et décisif pour résoudre un problème de politique étrangère, chaque changement de régime ourdi par la CIA a été, presque inévitablement, le prélude à un bain de sang. Comment pouvait-il en être autrement? Les autres sociétés n'aiment pas que leur pays soit manipulé par des opérations secrètes des États Unis.

Écarter un dirigeant, même quand l'opération est un "succès" ne résout aucun des problèmes géopolitiques sous-jacents, et encore moins les problèmes de nature écologique, sociale ou économique. Un coup d'état invite à la guerre civile, du genre de celles qui secouent aujourd'hui l'Afghanistan, l'Irak, la Libye et la Syrie. Il invite une réaction internationale hostile, comme celle de la Russie en appui à son allié syrien pour faire face aux opérations dirigées par la CIA. Nous en sommes au point où la somme des malheurs causés par es opérations secrètes de la CIA peut littéralement remplir des volumes. Sera-t-on dès lors surpris de voir Mme Clinton reconnaître en Henry Kissinger un mentor et un guide?

Et où en sont les médias de l'establishment  dans cette débâcle? Le New York Times a fini par parler d'une partie de cette histoire le mois dernier en présentant la connexion entre la CIA et l'Arabie Saoudite, dans laquelle l'argent saoudien sert à payer les opérations de la CIA afin de contourner le Congrès et le peuple américain. Après cette première publication, il n'y a pas eu de suite. Pourtant le financement saoudien d'opérations de la CIA est fondamentalement le même procédé que celui utilisé par Ronald Reagan et Peter North dans le scandale Iran-Contra des années 1980 (avec des ventes d'armes à l'Iran utilisées pour financer des opérations secrètes de la CIA en Amérique Centrale sans le consentement ou la supervision du peuple américain).

Mme Clinton elle-même n'a jamais montré la moindre réserve ou le moindre scrupule à mettre en oeuvre cet instrument de la politique étrangère américaine. A son actif en matière de soutien enthousiaste à des changements de régime sous l'impulsion des Etats Unis, on inclura (liste non exhaustive) le bombardement de Belgrade en 1999 l'invasion de l'Afghanistan en 2001 la guerre contre l'Irak en 2003, le coup de force au Honduras en 2009, l'assassinat du Libyen Mouammar Kadhafi en 2011 et l'insurrection contre Assad coordonnée par la CIA de 2011 à ce jour.

Libye octobre 2011 -Pour  une Hillary Clinton  radieuse, c'est comme si Mouammar Kadhafi était déjà mort

Il faut un grand leadership présidentiel pour résister aux malheureuses aventures de la CIA. Les présidents finissent par s'entendre avec les entreprises du secteur de la défense, les généraux et les cadres de la CIA. Ils se protègent ainsi des attaques venues de la droite extrémiste dure. Ils réussissent en exaltant la puissance militaire des États Unis, pas en la contenant. Beaucoup d'historiens pensent que JFK [John Fitzgerald Kennedy] a été assassiné suite à ses ouvertures de paix en direction de l'Union Soviétique des ouvertures qu'il avait faites contre les objections d'une opposition de droite tenante d'une ligne dure au sein de la CIA et d'autres secteurs de l'appareil d'état américain.

Hillary Clinton n'a jamais fait montre d'un iota de courage, ou même de compréhension , dans la confrontation avec la CIA. Elle a été un inlassable partisan de la CIA et  jubilait à montrer sa fermeté en soutenant chacune de ses opérations malavisées. Les échecs sont bien sûr constamment dissimulés à notre vue. Clinton est un danger pour la paix mondiale. Elle doit répondre de beaucoup de choses en ce qui concerne le désastre en Syrie.

Jeffrey Sachs est le Directeur de l'Earth Institute (Institut de la Terre) à la Columbia University

mercredi 3 juillet 2013

Hosni Moubarak et Mohamed Morsi: la continuité jusque dans la rupture

Le président égyptien Mohamed Morsi vient d’être renversé par un coup d’état militaire avec, dit-on, le soutien populaire.
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Mohamed Morsi
Il est certes vrai que les rues des villes égyptiennes sont depuis plusieurs jours le lieu de manifestations imposantes pour exiger le départ de M. Morsi, l’armée ayant été publiquement appelée à intervenir par les manifestants.
Il y a là bien sûr des manipulations évidentes de la part de ceux qui, dans l’armée, souhaitaient mettre un terme au mandat présidentiel.
Il y a aussi  une insatisfaction évidente de larges couches de la société mécontentes de la situation sociale et économique, mais aussi des penchants sectaires du gouvernement des Frères Musulmans. Parmi ces mécontents, il faut évidemment compter la masse des Coptes, ces chrétiens autochtones qui tendent à se sentir mis à l’écart de la vie publique et visés par des discours d’exclusion. Les affirmations de la fraternité islamo-chrétienne ou tout simplement égyptienne ont de fait été nombreuses ces derniers jours.
Il faut cependant reconnaître que le gouvernement de Mohamed Morsi n’est en rien l’initiateur de cette approche de cette minorité religieuse. Sur ce point comme sur d’autres, le gouvernement des Frères Musulmans est dans la continuité du régime précédent.
Cette continuité s’observe par exemple dans son attitude vis-à-vis de la bande de Gaza. En effet, alors que tout le monde s’attendait, y compris une bonne partie de son électorat, à ce que l’Egypte cesse de collaborer avec le régime sioniste au siège de Gaza, il n’en a rien été. Au contraire, puisque les autorités égyptiennes ont déployé un zèle sans précédent pour neutraliser les fameux tunnels qui relient Gaza à l’Egypte et servent à acheminer toutes sortes de marchandises.
De la même manière, le gouvernement de la confrérie a accepté de respecter les accords de paix qui lient l’Egypte à l’entité sioniste, une condition sine qua non pour que l’armée égyptienne continue à recevoir l’importante aide financière des Etats Unis.
Cette continuité du pouvoir des Frères Musulmans avec l’ancien régime se repère même dans les convulsions qui ont finalement abouti à la destitution de Mohamed Morsi.
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février 2011: le général Omar Souleiman annonce la démission de Hosni Moubarak
Cette continuité est parfaitement explicitée dans l’article que je vous propose.
On observera quand même que, à la différence de Hosni Moubarak, Mohamed Morsi tirait son pouvoir d’élections qu’il a remportées régulièrement. Même si cette élection s’inscrivait dans une démarche des USA et de l’armée égyptienne visant à mettre fin à un processus révolutionnaire qui aurait pu réserver bien des surprises.
C’est ce processus révolutionnaire qui a repris ces jours-ci et que l’armée a enfourché pour profiter d’une opportunité de se débarrasser d’un Mohamed Morsi qui n’a décidément pas su tenir la baraque. 
par Dan Murphy, The Christian Science Monitor (USA) 3 juillet 2013  traduit de l’anglais par Djazaïri
Au milieu de manifestations sans précédent qui ont commencé depuis trois jours, le président égyptien Hosni Moubarak a prononcé un discours provocateur  qui accusait des mains de l’étranger qui cherchent à semer le chaos dans le pays et à saper ce qu'il considère être sa propre légitimité en tant que leader.
Cet appel en forme de fin de non recevoir avait exaspéré les manifestants et avait, on le comprend avec le recul, ruiné le mince espoir qu’il avait à cette étape de se maintenir au pouvoir. Comme la contestation s’accentuait, les Etats Unis avaient pris lentement leurs distances avec M. Moubarak. Le 27 janvier, le vice président Joe Biden soulignait que Moubarak n’était pas un dictateur et qu’il devait rester au pouvoir. Deux jours avant, le 25 janvier, la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton déclarait que l’Egypte et son gouvernement étaient «stables.»
Mais après le discours de Moubarak, les Etats-Unis  adoptèrent un ton nouveau. PJ Crowley , le porte parole du Département d'Etat à l’époque, écrivait sur Twitter le lendemain :  «Le gouvernement égyptien ne peut pas se contenter de reprendre les cartes puis rester sur son quant-à-soi. Les paroles par lesquelles le président Moubarak s'engage à réformer doivent être suivie par des actes."
Le 30 janvier, Mme Clinton déclarait:
"Nous avons dit très clairement que les mesures concrètes de réforme démocratique et économique que le président Moubarak a évoquées dans son discours doivent être mises en oeuvre ... il faut qu’un engagement soit pris par quiconque est au pouvoir de lancer dans un dialogue national avec le peuple d'Egypte, dans le but de prendre des mesures qui répondent aux revendications légitimes du peuple égyptien pour une plus grande participation ... c'est un moment très grave pour l'Egypte, et nous allons faire tout ce que nous pouvons pour soutenir une transition ordonnée. "
Puis, le 10 février, Moubarak a prononcé un autre discours provocateur, exaspérant à nouveau les manifestants. Les États-Unis se plaignirent que Moubarak n'avait pas fait de démarches concrètes de «réformes». Le 11 février, il  démissionnait.
Hier, le président égyptien Mohamed Morsi a prononcé un discours dans lequel il a rejeté la masse de manifestants comme étant manipulée par des mains étrangères qui cherchent à semer le chaos en Egypte, et il a fait référence à plusieurs reprises à ce qu'il considère comme étant sa légitimité en tant que leader de l'Egypte. Ses propos ont provoqué la fureur manifestants, qui continuent à être très nombreux à battre le pavé au Caire et dans d'autres villes.
Aujourd'hui, la porte-parole du département d'Etat Jen Psaki a dit: 
«Nous pensons qu'il y avait une absence de mesures spécifiques significatives dans la déclaration de Morsi. Il doit faire plus pour être vraiment réceptif aux préoccupations du peuple égyptien .... Nous sommes au côté du  peuple égyptien. Nous avons été en contact avec toutes les parties -.avec  l'opposition, avec le gouvernement, avec l'armée -. et nous allons continuer à l’être. Mais pour apaiser les  inquiétudes ou éviter les suppositions, nous ne sommes pas [parties prenantes] - nous n'avons pas pris parti. [Washington s'est abstenu de critiquer l'armée égyptienne après la destitution de M. Morsi, NdT]
Cela vous rappelle quelque chose?

mercredi 30 janvier 2013

Réalité politique de l'opposition armée au régime syrien


Comme on l’a vu dans mon post précédent, le chef de l’Etat syrien Bachar al-Assad soutient que l’armée gouvernementale a repris l’initiative et qu’elle a porté des coups sévères à l’opposition armée, créant ainsi une nouvelle réalité sur le terrain qui deviendra bientôt claire aux yeux de tous.

On saura donc assez rapidement si le dirigeant Syrien pèche par excès d’optimisme ou si l’opposition armée va prendre ou reprendre l’initiative.

Si cette opposition est peut-être en reflux sur le terrain militaire, elle l’est assurément sur le plan politique et la dernière réunion des «amis» de la Syrie qui s’est tenue en France tend à le confirmer tant elle semble se résumer à un aveu d’impuissance et à une quête d’argent.
Notre amitié pour la Syrie est scellée par le sang.
Trois amis sincères de la Syrie
 M. Laurent Fabius n’a cependant toujours pas renoncé à faire couler le sang en Syrie tant que l’actuel président n’aura pas été éliminé par un moyen quelconque puisqu’il ne «mériterait pas d’être sur la Terre» selon ses propres termes. Un appel au meurtre, ni plus, ni moins. 

Quant au terrain militaire, il est surtout occupé par des milices qui ne sont jamais invités aux réunions des «amis » de la Syrie, au grand dam de Cheikh Mouaz Alkhatib, le leader de la Coalition Nationale Syrienne des Forces Révolutionnaires et d’Opposition. 
L’article que je vous propose montre tous simplement que cette  Coalition Nationale Syrienne des Forces Révolutionnaires et d’Opposition portée à bout de bras par Laurent Fabius et William Hague n’est qu’une coquille vide supposée envelopper cette autre coquille vide qu’est l’Armée Syrienne Libre. 

Ce constat avait déjà été fait par le gouvernement britannique qui se proposait justement, après avoir favorisé l’afflux en Syrie de ceux qui forment maintenant l’armature de la rébellion armée, de remplir cette coquille et de la rendre populaire auprès de la population syrienne.

 Les efforts des Etats Unis pour affaiblir les rebelles islamistes en Syrie semblent avoir échoué

par David Enders, McClatchy Newspapers (USA) 28 janvier 2013 traduit de l’anglais par Djazaïri

Beyrouth - Soutenu par les Etats Unis, un effort pour mettre en place des conseils militaires dans toute la Syrie pour unifier les centaines de groups qui combattent pour renverser le président Bachar al-Assad et coordonner la fourniture d’aide aux groupes rebelles laïques semble avoir largement échoué.

Les rebelles expliquent que les officiels US ont poussé à la création de ces conseils dans chacune des 14 provinces syriennes en réponse aux demandes des rebelles de fourniture d’armes et d’autres soutiens. En décembre, les représentants de plusieurs organisations rebelles se sont réunis en Turquie et ont élu un Conseil Militaire Suprême de 30 membres qui a ensuite désigné à sa tête le général Syrien déserteur Salim Idriss

Mais des militants Syriens affirment que les conseils sont devenus un sujet de dérision et de moquerie en Syrie dans les semaines qui ont suivi et que d’autres organisations, dont le Front al-Nusra lié à al Qaïda ont assumé le rôle de coordination centrale que les officiels US espéraient voir revenir aux conseils militaires.

“Je n’ai pas beaucoup entendu parler des conseils militaires,” déclare Jeff White, un analyste militaire du Washington Institute for Near East Policy.  «Je n’ai pour l’instant vu aucun signe que le Conseil Militaire Suprême ou les commandements régionaux aient entrepris une action quelconque.»

Des membres des conseils militaires ont accusé les Etats Unis et d’autres pays pour leur absence d’assistance, affirmant que sans aide, les conseils étaient incapables d’acquérir une influence sur les combats à l’intérieur de la Syrie.

“Ils avaient ce plan, mais personne n’a reçu aucun soutien,” affirme Mahmoud, un Syro-américain qui a mis en place un petit camp d’entraînement rebelle en Syrie de nord et dit recevoir de l’aide de donateurs individuels. Il a demandé que sont identité complète ne soit pas divulguée pour des raisons de sécurité.

Ce lundi, des responsables américains à Washington continuaient à exprimer leur appui à l'opposition anti-Assad.
“Je pense que nous avons vu l’opposition en Syrie faire des progrès continus,” a déclaré à la presse Jay Carney, le porte parole de la Maison Blanche. «Je pense que nous avons vu l’emprise d’Assad sur le pouvoir en Syrie continuer à diminuer. Nous continuons à faire des démarches avec nos partenaires pour fournir à la fois de l’aide humanitaire et de l’assistance non létale [terme de la novlangue américaine supposé désigner des armes qui ne tuent pas, NdT] à l’opposition et à travailler avec nos partenaires pour contribuer à parvenir à une Syrie post-Assas qui reflète la volonté du peuple syrien, parce que le bon résultat ici sera que les Syriens décident de leur propre avenir.»

L’échec des conseils militaires à s’organiser rapidement et à gagner en influence a court-circuité ce que les officiels US espéraient être un système qui aurait permis aux Etats Unis et à leurs alliés de diriger l’aide vers les organisations rebelles qui prônent une Syrie post-Assad démocratique, où les droits des minorités ethniques et religieuses seraient respectés, et non vers des groupes comme Nosra qui veulent un régime basé sur la loi islamique.
Mais les organisations islamistes restent en pointe dans les récents combats, alors que les conseils militaires fonctionnent à peine. Ce constat se vérifie dans tout le pays, y compris le sud où plus de 20 000 personnes ont fui les combats vers la Jordanie rien que la semaine dernière.

Le présumé gouvernement syrien en exil, la Coalition Nationale Syrienne des Forces Révolutionnaires et d’Opposition, a également échoué à s’imposer – un autre important revers pour la politique américaine. La Secrétaire d’Etat US Hillary Clinton était le principal promoteur de la coalition qui s’était constituée après que Mme Clinton avait annoncé publiquement que les Etats Unis ne pouvaient plus soutenir la structure qui l’avait précédée, le Conseil National Syrien.

Mais après que des dizaines de pays eurent reconnu cette nouvelle structure comme étant le successeur du régime Assad, elle a également échoué à avoir de l’influence. Elle n’a pas respecté la date butoir qu’elle s’était elle-même fixée pour désigner un premier ministre par intérim et l’engagement des Etats Unis auprès de cette organisation, qui avait atteint son apogée avant l’élection présidentielle américaine de novembre, a décliné après que le leader de la coalition, Cheikh Mouaz Alkhatib, a critiqué la désignation par les Etats Unis du Front al Nosra comme organisation terroriste qui se confond avec al Qaïda en Irak.
Les militants Syriens dissent que le plan américain pour réduire le rôle des groupes islamistes dans la lutte anti-Assad a au contraire abouti à un renforcement de la puissance des islamistes.

“Les bataillons islamistes sont les seuls bataillons qui agissent sur le terrain,” déclare Omar Shakir, un militant antigouvernemental d’Homs, la troisième plus grande ville du pays.

Il explique que les efforts des Etats Unis pour aider le conseil militaire à Homs ont cessé quand les commandants de cette ville ont refusé de couper les ponts avec les groupes islamistes, ainsi que les Etats Unis l’avaient exigé.
“Les bataillons islamistes ont leurs propres sources pour les armes et l’argent, ils se battent vraiment bien contre le régime,” déclare Shakir. «Donc, après que les Etats Unis ont interrompu leur aide, le conseil militaire est devenu impuissant et la plupart des combattants rejoignent les bataillons islamistes.»

Ces bataillons, qui comprennent Nosra et une autre brigade islamiste, Ahrar al Sham, ont été à la pointe du combat dans toute la Syrie. Des groupes islamistes plus modérés comme les Brigades Farouq et Liwa Tawhid, qu’on considère toutes eux comme affiliées aux Frères Musulmans syriens, opèrent également dans tout le pays.

On considère que Nosra dispose d’environ 5 000 hommes en armes, et on pense que Sham est encore plus importante, ce qui fait des groupes d’obédiences islamiste les plus importantes organisations combattantes d’une opposition syrienne aux multiples facettes.

Selon les Nations Unies, plus de 60 000 personnes ont péri dans les violences depuis que le soulèvement anti-Assad a commence en mars 2011.

samedi 1 décembre 2012

Palestine, Gaza, ONU, la nouvelle donne


J’ai un peu de temps, alors j’en profite pour sortir un peu le blog de sa léthargie.
La dernière agression sioniste contre Gaza a montré comme les agressions précédentes la capacité destructrice du terrorisme sioniste.

Si les conflits politiques se résumaient à une simple arithmétique de la force militaire, l’entité sioniste aurait dû poursuivre son offensive et lancer à l’assaut les dizaines de milliers de réservistes qu’elle avait commencé à mobiliser.

Il n’en a rien été parce que la guerre  est autre chose qu’une bagarre de gamins dans un bac à sable ou un combat de boxe qui s’achève par le K.O. d’un des adversaires.

En effet, le conflit palestino-sioniste n’engage pas seulement l’Etat prétendu juif et le peuple palestinien, mais toute la région arabe et proche orientale ainsi que les Etats Unis et l’Europe.

La récente agression a permis de vérifier une fois de plus la détermination du peuple palestinien à résister et à recouvrer ses droits. Et les autorités sionistes médusées ont pu constater que les combattants palestiniens étaient désormais en mesure de toucher des villes aussi éloignées de Gaza que Beersheba et surtout Tel Aviv.

En ce sens le Hamas et les autres organisations de la résistance palestinienne ont remporté une victoire stratégique en faisant échouer la tentative sioniste de leur administrer une raclée et en signifiant qu’un jour peut-être pas si éloigné, c’est un déluge de feu qui pourrait s’abattre sur Tel Aviv.

Et Tel Aviv, c’est le véritable cœur de l’entité sioniste qui se résume en pratique à cette cité Etat.

Ensuite, comme je l’écrivais précédemment, l’entité sioniste est en quelque sorte passée sous la tutelle de l’Egypte qui a assuré, en coordination avec les Etats Unis, la gestion des tractations en vue d’un cessez-le-feu.

 C’est un point de vue très proche du mien que développe Alex Callinicos et je suis donc ravi de vous proposer une traduction d’un article qu’il vient de publier dans The Socialist Worker.
Alex Callinicos à la 5ème conférence anti-guerre du Caire en 2007
Alex Callinicos à la 5ème conférence anti-guerre du Caire en 2007
L’autre grand évènement stratégique est bien sûr l’octroi à la Palestine du statut d’Etat observateur à l’Organisation des Nations Unies.

Certains considèrent que cette reconnaissance porte en elle l’abandon par les Palestiniens d’une partie de leurs droits fondamentaux sur leur patrie. C’est vrai en théorie et en faisant abstraction du contexte réel. Ceux qui pensent ainsi supposent en effet que l’entité sioniste pourrait admettre un jour ou l’autre la restitution des territoires qu’elle occupe depuis 1967, permettant ainsi à un gouvernement palestinien d’exercer une autorité souveraine sur la Cisjordanie et la bande de Gaza.

Cette hypothèse relève de la chimère car jamais les sionistes n’accepteront de rétrocéder des territoires qu’ils estiment avoir vocation à contrôler et à coloniser totalement. Le nouveau statut politique reconnu à la Palestine est donc un acquis précieux qui  ne remet nullement en cause la pertinence de la résistance sous tous ses aspects, y compris militaires.


Les révolutions font trembler tous les régimes – les régimes arabes, ainsi que celui d'Israël,
Par Alex Callinicos, Socialist Worker (UK) 1er décembre 2012 traduit de ‘anglais par Djazaïri

Friedrich Engels écrivait en 1854: «Nous ne devons pas oublier qu'il y a une sixième puissance en Europe, qui à certains moments affirme sa suprématie sur l'ensemble des cinq soi-disant« grandes puissances »et fait trembler chacun d'entre eux. Cette puissance est la Révolution. "

Il en va de même dans le Moyen-Orient aujourd'hui. Si vous ne vous intéressez qu’à l'équilibre militaire des forces, vous conclurez que rien n'a vraiment changé depuis la dernière guerre d'Israël contre Gaza.

Le Hamas dispose désormais de missiles Fajr-5 de plus longue portée qui peuvent frapper Tel-Aviv. Mais l’armée israélienne conserve une écrasante supériorité matérielle. Mais ne prendre en compte que le matériel et les troupes serait superficiel. En réalité, tout a changé.
Le quotidien libéral israélien Haaretz a publié un article fascinant sur les débats de la semaine dernière entre les hauts responsables du gouvernement- le premier ministre Benjamin Netanyahou, le ministre de la Défense Ehud Barak et le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman –au sujet de la trêve proposée par le président égyptien, Mohamed Morsi:
"Lors de la réunion de mardi, juste avant l’arrivée de la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, il est apparu clairement à Israël que les principes du cessez-le feu proposé par l'Egypte étaient beaucoup plus proches des positions du Hamas que des siennes.

"L'hypothèse formulée par les responsables du renseignement lors de la réunion triumvirat était que, contrairement à la situation à l’époque de Moubarak, les Egyptiens s'alignant sur le Hamas et essayent de lui permettre d’obtenir des succès."

Cessez-le-feu

Barak voulait accepter le cessez le feu sur la base du fait que l'armée israélienne avait donné une leçon au Hamas. Lieberman plaidait pour une offensive terrestre et Netanyahou se situait entre les deux points de vue.

Les trois ministres israéliens avaient demandé à Clinton de «faire pression sur l'Egypte pour qu’elle présente un accord de cessez-plus équilibré». Au lieu de quoi, soutenue par des appels téléphoniques de Barack Obama, elle les a poussés à accepter les termes de l'Egypte.
Et ils les ont acceptés. Même l'extrémiste de droite Lieberman s'est soumis, expliquant à d’autres ministres, «La décision est simple. Rabin [le Premier ministre israélien assassiné pour avoir enclenché le «processus de paix»] avait dit que s’ils nous tirent dessus depuis le bande de Gaza, nous la réoccuperons, mais c’est à l’évidence difficile. " 

Les révolutions arabes sont derrière le rôle joué par Morsi pour obtenir un cessez-le-feu que le Hamas pourrait proclamer comme une victoire. La dernière guerre contre gaza a montré comment ces révolutions commencent à transformer la géopolitique régionale.
Netanyahu s’est servi de la supériorité militaire d'Israël pour reprendre l'initiative. Ses exigences pour une guerre contre l'Iran, techniquement très difficile à faire sans le soutien des Etats Unis - étaient son stratagème initial. Mais il s’est retrouvé bloqué à la fois pas sa propre hiérarchie militaire et par Obama

L'assassinat du chef militaire du Hamas, Ahmad al-Jaabri au moment où un nouveau cessez-le feu de Gaza était en discussion [avec précisément al-Jaabri, NdT] était le stratagème suivant de Netanyahou. 

Agenda

Netanyahu a soutenu Mitt Romney lors des dernières élections américaines. Le journaliste américano- palestinien Ramzy Baroud avance que le but de la guerre était de "pousser le thème de la sécurité d'Israël dans les priorités de l'agenda de la nouvelle administration"
Mais les yeux Etats Unis se sont tournés plus loin à l’est. Ce qui a été symbolisé par le fait qu’Obama s'est rendu en Birmanie, dans une démarche visant à l’éloigner de la Chine au moment de l'attaque israélienne contre Gaza. Une nouvelle guerre au Moyen Orient est donc la dernière chose que veulent les Etats Unis.

Et, à dans la région, M. Netanyahou a perdu des amis très puissants. La Turquie, qui avait fait signé un pacte militaire avec Israël, s'est retournée contre lui. Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé la semaine dernière Israël comme un "Etat terroriste".

Mais Morsi et Erdogan ont un problème. Ils veulent nuire symboliquement et diplomatiquement à Israël, mais ils n'ont pas l'intention de reprendre la lutte armée contre Israël.
Morsi en particulier,est le président d’un peuple pour qui trouve insuffisantes les dénonciations rhétoriques et les manoeuvres en coulisses.

Ainsi qu’il l’a découvert le weekend dernier, la révolution arabe est une force dynamique qui ne peut pas être simplement exploitée à des fins d’intrigue de parti. Comme le disait Engels, elle fait trembler chaque régime, arabe comme israélien, même ceux qui prétendent être le produit de la révolution.

mardi 6 novembre 2012

Vers des négociations en Syrie?


On a déjà croisé Joshua Landis sur ce blog. Landis est un universitaire Américain spécialiste de la Syrie : il intervient régulièrement dans les médias (BBC, al Jazeera, Time Magazine etc.) et il anime le blog Syria Comment.

Son attitude vis-à-vis des évènements en cours dans ce pays a connu une évolution tous à fait saisissante. Son approche au départ était empreinte de neutralité, même s’il considérait que le régime en place ne pourrait pas tenir face aux troubles qui commençaient à s’emparer du pays. Il n’hésitait pas cependant à signaler deux aspects largement ignorés par les médias occidentaux : le premier était l’intervention dès le début d’éléments armés dont l’action ne relevait pas de l’amateurisme ou de l’improvisation, et le deuxième était la manipulation de l’information, notamment par le truchement de vidéos.

Landis n’a jamais pensé que la Syrie pouvait passer rapidement à la démocratie et certainement pas par le biais d’un mouvement violent. C’est pourquoi, tout en essayant de rester neutre, il s’était montré (prudemment) favorable aux réformes proposées par le régime syrien. Joshua Landis a progressivement abandonné sa position neutre (souvent interprétée  comme favorable au régime) pour appeler ouvertement à l’armement des milices rebelles et à leur dotation notamment en missiles sol-air.

Difficile de comprendre les raisons de cette évolution. Peut-être tiennent-elles à l’influence de sa belle famille syrienne (Landis est mariée avec une Syrienne, fille d’un officier supérieur en retraite), ou à la conviction qu’il faut en finir le plus vite possible parce que la chute du régime est inévitable ou encore pour prétendre jouer un rôle dans l’ingénierie politique et sociale que les Etats Unis mettraient en application en cas de renversement du régime.
Joshua Landis (assis) en famille à la résidence d'Imad Mustafa, ambassadeur de Syrie à Washington
Ce ne sont bien sûr que des conjectures.

Dans un article tout récent, Landis s’intéresse à la dernière tentative de Washington pour organiser l’opposition syrienne et obtenir la constitution d’un gouvernement en exil. Hillary Clinton s’est en effet aperçue qu’en matière de putsch et autres coups d’Etat, on était jamais mieux servi que par soi-même et qu’il était temps de mettre un terme à la fiction d’une opposition syrienne qui aurait une volonté de conduire son pays vers la démocratie.

Nous savons pourtant, et Landis le dit ici subrepticement, que la première mouture de l’opposition syrienne était déjà made in Washington. Le problème étant que cette opposition dûment salariée par les Occidentaux n’ayant aucune prise sur la réalité du terrain, il a bien fallu qu’elle accepte d’autres opposants dans ses rangs. D’où une cacophonie et des rivalités qui font la part belle à ce qu’on appelle salafistes et djihadistes qui dominent politiquement et sur le terrain de la lutte armée.

Les motifs des réserves de Washington ne sont pas forcément ceux qu’avance Joshua Landis qui s’imagine que Hillary Clinton a quelque chose à faire des droits de l’homme, comme si elle s’en souciait  en Libye, en Afghanistan ou au Pakistan pour ne citer que quelques pays où l’armée des Etats Unis intervient.

Landis pense que la démarche de Mme Clinton est vouée à l’échec. Il est vrai qu’on peut se demander pourquoi elle a lancé cette initiative à quelques jours de l’élection présidentielle américaine en n’ayant aucune garantie que ce travail sera poursuivi en cas de changement d’administration.

Parce que seule la proximité de l’élection semble donner un caractère d’urgence à un processus qui prend nécessairement un peu de temps. D'autant que l'affaiblissement progressif de la Syrie n'est pas pour déranger les Etats Unis.  Et le processus dont on parle  fait peut-être partie d’une démarche qui admettrait que la sortie de crise doit être négociée et qu’à cette fin il conviendrait d’avoir un partenaire crédible et présentable à mettre en face du gouvernement syrien. Sami Moubayed, dans Asia Times, avance que la prochaine administration américaine, quelle qu’elle soit, poursuivra la même politique en Syrie qui se fonde sur une approche proposée par Riad Seif, un ancien député au parlement syrien.

Ou, tout simplement, que c’est la dernière tentative des Etats Unis avant jet de l’éponge comme ils avaient dû le faire à deux reprises en Syrie dans les années 1950.

Les efforts de Clinton pour constituer un gouvernement syrien en exil semblent voués à l’échec

par Joshua Landis, Syria Comment (USA) 3 novembre 2012 traduit de l'anglais par Djazaïri

L’opposition syrienne a déjà commencé à renvoyer des piques et ses factions jalouses semblent décidées à couler la dernière initiative de Washington. Hillary Clinton fait une ultime tentative pour réunir des personnes issues des couches sociales supérieures dans un leadership «laïcard» [secularish] pour la rébellion syrienne. Un chant du cygne ?

Le plan A de Washington qui était la création du Conseil National Syrien (CNS) a mordu la poussière. Tout le monde s’accorde à dire que Mme Clinton ne peut même plus supporter d’entendre prononcer le nom du CNS.

Le plan B était la mise en place à Istanbul d’un bureau de liaison US pour rencontrer et établir le profil des chefs des milices syriennes et des directeurs des comités locaux de coordination. Les chefs de milices ont provoqué l’inquiétude de Washington et de la CIA. Ce qui en est ressorti, c’est qu’ils étaient «infiltrés» par des hommes du type salafiste et al Qaïda.

Le plan C est actuellement en cours. Il s’agit de retourner vers le Syriens éduqués dans l’espoir d’en tirer rapidement quelque chose qui fonctionne. Clinton est en train de reconstituer une sorte de leadership pro-américain à partir d’éléments du vieux CNS en ajoutant force membres des Comités de Coordination, certains transfuges du gouvernement et d’autres qui viendront les rejoindre. On a comme l’impression que le CNS boycotte cette démarche. Michel Kilo a dit qu’il ne s’y associerait pas. D’autres ont choisi une attitude attentiste.

L’objet de cet exercice semble d’obtenir qu’une sorte d’élite éduqué pro-américaine adhère à un effort militaire qui semble trop islamiste au goût de Washington et pas trop respectueux des droits de l’homme.

Mais cette correction de trajectoire de dernière minute peut-elle marcher ?

Cette démarche est presque identique à celle de la Grande Bretagne et des Etats Unis dans les années 1950 pour empêcher la Syrie de tomber entre les mains de l’URSS, de Nasser et de la gauche baathiste.

Eisenhower et Anthony Eden avaient fait tout ce qu’ils pouvaient en 1956 pour pousser les élites citadines syriennes à coopérer dans un coup d’Etat pro-occidental, mais en vain. Les deux plus grands partis représentés au parlement – le Parti Populaire d’Alep et le Parti National de Damas avaient refusé de coopérer ensemble afin d’éviter une révolution. Les politiciens Syriens pro-occidentaux d’étaient insultés et s’étaient combattus avec une telle virulence que les diplomates Occidentaux s’arrachaient les cheveux de désespoir alors qu’ils essayaient d’empêcher la Syrie d’aller bers les «cocos.»

 Quand le coup de force  échoua, beaucoup de grands notables Syriens pro occidentaux furent accusés de trahison et fuirent le pays. En 1957, les Etats Unis tentèrent de réaliser un autre putsch. «Le « coup américain », ainsi qu’il avait été désigné, n’avait pas eu plus de succès. Certains des agents de la CIA qui étaient chargés de gérer les Syriens sont encore vivants. D’autres politiciens Syriens favorables à l’occident avaient été obligé de fuir le pays. Déstabilisée par la tentative ratée de coup d’Etat par Washington, la Syrie annonça la création de la république Arabe Unie à peine quelques mois après. Nasser en devint le président et entreprit une vaste réforme agraire afin de détruire la base économique des notables des villes qui avaient fait alliance avec l’Occident.

Aujourd’hui, Washington tente à nouveau de rallier les élites pro-occidentales de Syrie pour qu’elles travaillent avec l’Amérique. En 1957, la Turquie, l’Arabie Saoudite et l’Irak avaient coopéré aux efforts américains pour un changement de régime. Aujourd’hui, le Qatar remplace l’Irak mais l’axe qui soutient les Etats Unis dans leur « lutte pour la Syrie » a à peine changé. 

Autres aspects qui n’ont pas changé, les luttes intestines parmi les élites syriennes et le ressentiment et la méfiance que les Syriens partagent à l’égard des Etats Unis. Difficile d’être optimiste.